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  • Illectronisme : 15 % de la population concernée en France 

    Illectronisme : 15 % de la population concernée en France 

    En 2021, 15,4 % des personnes de 15 ans ou plus résidant en France hors Mayotte se trouvent en situation d’« illectronisme », c’est-à-dire ne disposant pas des compétences nécessaires à l’utilisation et à la création des ressources numériques. La définition de l’illectronisme englobe le non-usage prolongé d’Internet et le manque de compétences numériques de base des internautes. 

    Les personnes âgées, les plus modestes et les non-diplômés 

    Les personnes les plus âgées sont les plus touchées par l’illectronisme. 62 % des 75 ans ou plus, contre seulement 2 % des 15-24 ans ne maîtrisent pas les techniques du numérique. C’est aussi le cas de plus d’une personne de 60 ans ou plus sur trois. 9 % des ouvriers sont concernés, contre seulement 2 % des cadres. Si 36 % des retraités sont touchés par l’illectronisme, ce taux atteint 51 % pour les anciens agriculteurs, commerçants et artisans et 53 % pour les anciens ouvriers. Le taux est de 23 % pour les retraités ayant occupé une profession intermédiaire et de 10 % pour les anciens cadres. 

    Les habitants des départements d’outre-mer (DOM) sont un peu plus concernés que ceux de France métropolitaine (20 % contre 15 %). Les personnes sans diplôme ont un risque 7,0 fois plus élevé d’être en situation d’illectronisme que les personnes ayant au moins un bac+3. 

    Les personnes les plus modestes sont plus concernés par l’illectronisme. Celles vivant dans un ménage dont le niveau de vie inférieur au 1er quintile de niveau de vie, soit les 20 % les plus modestes, ont 6,6 fois plus de risques d’être en situation d’illectronisme que les 20 % les plus aisées. 

    L’illectronisme est plus fréquent parmi les personnes vivant seules (30 %) ou en couple sans enfant (20 %). Les personnes seules ont ainsi un risque 3,2 fois plus élevé que les couples avec enfants. La présence d’enfants conduit à se doter d’équipements et à maîtriser les techniques numériques. 

    L’illectronisme, avant tout un manque de pratique ? 

    En 2021, les personnes qui n’ont pas utilisé Internet au cours des trois derniers mois constituent 91 % des personnes en situation d’illectronisme, même si non-usage et manque de compétences sont certainement liés. La proportion de non-internautes dans la population a cependant diminué de 21 points depuis 2009 passant de 35 % à 14 %, les personnes âgées comblant notamment une partie de leur retard (-39 points pour les 75 ans ou plus). 

    La non-possession d’équipements numériques et l’absence d’accès à Internet induisent l’illectronisme. Malgré tout, sur les 91 % de personnes équipées en 2021, 6 % n’utilisent pas Internet : près des deux tiers d’entre elles sont retraitées. 

    La non-utilisation fréquente d’Internet induit l’illectronisme. 

    Les personnes âgées qui en ont un usage régulier ont un taux de compétences voisin de celui des actifs. Une faible capacité à sécuriser les données : en 2021, plus d’un internaute sur cinq ne sait pas protéger ses données en ligne. Il s’agit de la lacune la plus répandue. 68 % des internautes n’ont pas changé les paramètres de leur navigateur Internet pour limiter ou interdire les cookies au cours des trois derniers mois et 63 % n’ont pas limité l’accès à leur profil et au contenu qu’ils ont postés sur les réseaux sociaux. 76 % des internautes ne lisent pas la politique de confidentialité du site qu’ils consultent. Si 72 % des internautes se disent préoccupés par l’utilisation de leurs données à des fins publicitaires, 41 % n’ont pas activé de refus de cet usage au cours de leur navigation en ligne sur les trois derniers mois. Les personnes les moins compétentes sont les plus exposées au vol de données en ligne. 

    Une maîtrise perfectible des logiciels 

    18 % des internautes ne savent pas utiliser de logiciel. En particulier, plus d’un tiers n’ont pas utilisé de logiciel de traitement de texte, un quart n’ont pas copié ou déplacé de fichiers, et plus de la moitié n’ont pas utilisé de tableur au cours des trois derniers mois, que ce soit pour un usage professionnel ou personnel. 

    Un tiers des Internautes en mal de recherche d’information 

    Obtenir de l’information sur Internet est une compétence qui fait défaut à 11 % des internautes : notamment, 32 % des internautes n’ont pas été en mesure de se renseigner sur des produits et services et 38 % n’ont pas lu de journaux, magazines ni consulté de sites d’actualités en ligne. 

    L’utilisation courante d’Internet, largement partagée 

    Les compétences en résolution de problèmes courants, comme le téléchargement de logiciels ou d’applications, l’achat de produits ou services sur Internet ou l’accès à son compte bancaire en ligne, plus utilisées dans la vie courante et professionnelle, sont largement diffusées. Seulement 5 % des internautes n’ont aucune compétence dans ce domaine. Malgré tout, un quart des internautes n’ont pas accédé à leur compte bancaire en ligne. 3 % des internautes n’ont aucune compétence de communication en ligne. 9 % n’ont ni envoyé ni lu de courriels, 31 % n’ont pas téléphoné par Internet et 32 % n’ont pas communiqué via une messagerie instantanée. Les personnes les plus âgées sont celles qui utilisent le moins Internet pour communiquer. 64 % des internautes âgés de 75 ans ou plus n’ont pas eu recours à une messagerie instantanée au cours des trois derniers mois, contre seulement 12 % des 15-24 ans.

    Près de 30 % d’utilisateurs « experts » d’Internet 

    À côté des 15 % de Français en situation d’illectronisme, 28 % déclarent disposer de faibles capacités numériques. Ce sont le plus souvent des personnes âgées, peu diplômées, au niveau de vie modeste, inactives, vivant seules ou en couple sans enfant. À l’opposé, 28 % des personnes de 15 ans ou plus indiquent être très à l’aise avec les technologies de l’information et de la communication et détiennent des compétences avancées dans tous les domaines numériques. Ces technophiles sont souvent jeunes : 45 % des 15-39 ans ont des capacités numériques avancées, contre seulement 10 % des plus de 60 ans. 

    96 % des personnes aux capacités avancées ont utilisé un logiciel de traitement de texte et 98 % ont copié ou déplacé des fichiers au cours des trois derniers mois, contre respectivement 64 % et 74 % de l’ensemble des internautes. 89 % d’entre elles ont créé des fichiers intégrant plusieurs éléments comme du texte, une image ou encore une animation, contre 52 % des internautes. 

    93 % des personnes aux capacités numériques avancées ont déjà restreint ou refusé l’accès à leur position géographique et 92 % ont refusé l’usage de leurs données personnelles dans un but publicitaire, contre 59 % des internautes en moyenne. 

    Les hommes se situent plus souvent que les femmes aux deux extrémités de l’échelle des compétences numériques. Ils ont 1,3 fois plus de risques d’être en situation d’illectronisme que les femmes, mais aussi une probabilité 1,2 fois plus grande d’avoir des capacités numériques avancées. 

    L’illectronisme en baisse depuis la crise sanitaire 

    L’épidémie de covid et ses confinements ont conduit une part plus importante de la population à utiliser Internet. Cela a conduit à un recul de l’illectronisme. La proportion de personnes concernées est passée de 17 % en 2019 à 14 % en 2021. En deux ans, l’illectronisme a davantage diminué pour les personnes les plus âgées (de l’ordre de 8 points pour les personnes de 75 ans ou plus et de 6 points pour les 60-74 ans, contre moins de 1 point pour les 15-24 ans). 

    Avec l’essor du télétravail et de l’enseignement à distance, pendant et après les périodes de confinement, les pratiques comme la modification de logiciel et la création de diaporama se sont répandues chez les personnes en emploi, tandis que la proportion d’étudiants ayant suivi des cours en ligne a presque doublé. 

    La France plutôt bien classée au niveau européen 

    En France, en 2021, selon Eurostat ,10 % des personnes de 16 à 74 ans (tranche d’âge commune à toutes les enquêtes européennes différente de celle de l’INSEE) sont en situation d’illectronisme. La France est ainsi en dessous de la moyenne de l’Union européenne dans cette classe d’âge (14 %). Le Danemark et le Luxembourg sont en tête avec moins de 5 % d’illectronisme, quand la Bulgarie, la Roumanie, la Grèce ou encore l’Italie sont en bas du classement (de 22 % à 31 % d’illectronisme), principalement en raison de la plus faible proportion d’internautes. 

  • Toujours en infraction, la France négocie avec l’UE pour l’atteinte de ses objectifs renouvelables

    Toujours en infraction, la France négocie avec l’UE pour l’atteinte de ses objectifs renouvelables

    La France étant le seul État membre des 27 à n’avoir toujours pas atteint ses objectifs renouvelables pour 2020, Paris et Bruxelles sont actuellement en discussion pour prendre en compte les efforts français en cours et éviter la sanction.

    Au fond, Kadri Simson, commissaire européenne à l’Énergie. Devant, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique française, le 27 juin 2022 au Luxembourg. [Conseil de l’UE / Union européenne]

    Dans un rapport publié le 26 juin, la Cour des comptes européenne en charge de l’audit des finances de l’UE, rappelle que la France est toujours en infraction, car elle n’a pas atteint ses objectifs de déploiement des énergies renouvelables fixés pour 2020.

    Tel que prévu dans la directive sur les énergies renouvelables, la France devait en effet atteindre 23 % de renouvelables dans sa consommation finale brute d’énergie. Or, en 2022, elle en était à 20,7 %, selon le décompte gouvernemental.

    Cinq autres États membres — Luxembourg, Slovénie, Irlande, Pays-Bas et Belgique — étaient dans la même situation. Ces pays étaient donc tenus d’utiliser les mécanismes de flexibilité autorisés pour atteindre leurs objectifs. Tous l’ont fait, sauf la France, seul État membre des 27 à ne pas avoir compensé son déficit.

    « En avril 2023, la France n’avait pas acheté la part d’énergie renouvelable nécessaire pour atteindre son objectif de 2020 », a ainsi déclaré Joëlle Elvinger, membre de la Cour des comptes européenne, lors de la présentation du rapport.

    Graphique, p.29 du rapport de la Cour des comptes européenne rendu le 26 juin 2023.

    Mécanismes de flexibilité

    Les mesures de flexibilité permettent de compenser l’écart entre le niveau de déploiement des énergies renouvelables et l’objectif que les États membres s’étaient fixés pour 2020. Quatre moyens sont autorisés par la Commission européenne, dont l’achat de « mégawatts statistiques » aux États membres excédentaires ou le développement et le soutien de projets conjoints d’énergies renouvelables.

    La France a donc fait le choix de ne pas y recourir. Et pour compenser, « jusqu’à présent, la France n’a pas officiellement communiqué les mesures qu’elle a prises pour remplir ses obligations en vue d’atteindre l’objectif de 2020 », confirme la Commission européenne à EURACTIV France.

    Par conséquent, la France est toujours considérée en infraction, puisque les objectifs sont contraignants.

    Paris et Bruxelles discutent

    En novembre 2022, lors de l’examen parlementaire de la loi d’accélération des renouvelables, la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, avait pourtant signalé qu’elle était en négociation avec l’Italie et la Suède pour acheter des « mégawatts statistiques » pour un montant d’environ 500 millions d’euros. Une procédure aux aires de sanctions, puisque la France pourrait payer une amende si elle ne procédait pas à l’achat de ces « mégawatts statistiques ».

    Contacté une seconde fois après une première demande d’information en décembre dernier à ce sujet, l’exécutif européen déclare à EURACTIV France qu’il n’y a toujours pas, aujourd’hui, de procédure en cours. Il ne précise pas non plus de méthode de calcul en cas de sanction.

    « En général, il n’y a pas de délai légal pour que la Commission engage une procédure d’infraction à l’encontre d’un État membre », explique la Commission européenne.

    En revanche, des discussions seraient en cours entre la France et la Commission européenne pour trouver des solutions à la non atteinte des objectifs pour 2020, nous confirment les exécutifs européen et français.

    « La Commission a engagé un dialogue avec la France sur cette question et lui a rappelé l’importance de se conformer à ses obligations légales et de prendre les mesures appropriées sans plus tarder », avance l’exécutif européen.

    Pas d’application « bête et méchante » des règles

    Interrogé par EURACTIV France, le cabinet de Mme Pannier-Runacher explique que « dans nos discussions, la Commission européenne prend en compte les efforts que la France est en train de mener ». Selon lui, l’UE est notamment « sensible à la loi d’accélération des énergies renouvelables promulguée en mars ».

    Le cabinet en profite pour mentionner que sur les dernières années, la France a déjà bien accéléré le déploiement des renouvelables. « Nous sommes d’ailleurs devant l’Allemagne, avec un développement de + 46 % entre 2012 et 2021, contre 42 % côté allemand », ajoute l’entourage de la ministre. 

    Les développements du solaire et du biogaz ont fortement participé à l’accroissement de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique français. En 2022, la biomasse constituait toujours la première source d’énergie renouvelable en France.

    En outre, le président de la République devrait annoncer, le 5 juillet, un rehaussement des objectifs convenus jusqu’ici. Sur l’éolien offshore d’abord, en passant de 40 à 45 GW installés d’ici à 2050, selon les travaux préparatoires des services de la Première ministre. Sur l’éolien terrestre ensuite, sans qu’aucun chiffre n’ait été publiquement annoncé pour l’heure. 

    En outre, le ministère avance que la Commission européenne observe un principe de « réalité des chiffres » : « nous n’appliquons pas les règles de façon bête et méchante ». Il rappelle, à cet effet, que la France dispose de l’un des mix les plus décarbonés d’Europe.

    En 2022, le mix électrique français était en effet composé à 86 % d’énergies bas carbone.

    Décarboner, avant tout

    De fait, le cabinet de Mme Pannier-Runacher assume que l’objectif principal reste celui de la décarbonation.

    « Il ne faut pas confondre la fin et les moyens. Les énergies renouvelables ne sont qu’un moyen d’atteindre les objectifs de décarbonation de l’UE », c’est-à-dire la réduction des émissions européennes de gaz à effet de serre de 55 % entre 1990 et 2030, explique le cabinet. 

    La France défend donc son mix décarboné en grande partie grâce au nucléaire. Le ministère rappelle d’ailleurs qu’une déclaration de la Commission européenne adoptée lors des négociations de la directive révisée sur les énergies renouvelables (RED 3) — prévoyant 42,5 % de renouvelable dans la consommation finale brute d’énergie de l’UE en 2030 — reconnait sans ambages le rôle significatif du nucléaire pour atteindre les objectifs finaux de décarbonation de l’UE.

    « Avec sa déclaration écrite, la Commission européenne s’engage comme institution », assure le cabinet. Un engagement dont la valeur juridique est discutable, mais dont la teneur politique « pèsera aussi sur la future Commission européenne », qui sera nommée à l’issue des élections européennes l’année prochaine.

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 05.07.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 05.07.23

    Bonjour à tous, dans le flash quotidien des expatriés du 05 juillet, on se penche sur le cas de notre compatriote expulsé d’Inde et on fait le bilan des émeutes qui semblent enfin s’estomper en France. 

    Un des architectes de la cité utopique indienne a été expulsé 

    Auroville est une oasis de sérénité dans le chaos de l’Inde. Vu du ciel, son plan forme un disque de 2 000 hectares, au centre duquel scintille une énorme sphère dorée. Une épaisse forêt riche de 200 espèces d’arbres et envahie de buissons épineux, repaire de perruches vertes à collier, de hiboux grand-duc et de cobras venimeux, entoure la ville. Fondée par des hippies, dont de nombreux Français, elles avaient été dessinées par des architectes venus de l’Hexagone. Parmi eux un disciple du fondateur Roger Anger, Satprem Maïni, installé depuis 30 ans dans le sous-continent, il s’opposait au projet de construction d’une nouvelle route. Une position qui a déplu aux autorités indiennes qui lui ont annulé son visa permanent et l’ont expulsé du pays vendredi dernier. A ce jour, le ministère des Affaires étrangères reste silencieux sur cette affaire. 

    Satprem Maïni

    Les émeutes, les maires et Macron 

    Emmanuel Macron a reçu ce mardi 241 maires de communes « victimes d’exactions » à travers tout le pays, alors que depuis lundi, les soirées sont de nouveau calmes. Si le chef de l’Etat a reconnu avoir été « maladroit » lorsqu’il a enterré le plan pour les banlieues que lui avait remis en 2018 Jean-Louis Borloo, ancien ministre sous Nicolas Sarkozy, il a indiqué qu’il estimait à l’époque que la méthode des « plans » pour les quartiers populaires ne serait pas efficace. Emmanuel Macron a toutefois défendu son bilan en estimant qu' »il y a beaucoup plus de grues de l’Agence nationale de rénovation urbaine que quand je suis arrivée en responsabilité ». À la sortie de la réunion, des maires de droite et de gauche ont, cependant, souligné que les problèmes dans les quartiers populaires avaient déjà été identifiés par le passé et qu’ils attendaient des mesures concrètes. Tout reste à faire pour Emmanuel Macron selon ces derniers. 

    Le Président français, Emmanuel Macron, s’exprime face à des maires de villes touchées par des émeutes après la mort de Nahel, le 4 juillet 2023 à l’Elysée, à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour un nouveau bulletin.

    Ecoutez le bulletin des Français de l’étranger

  • Auroville : privée de son créateur français

    Auroville : privée de son créateur français

    Les autorités indiennes ont annoncé l’expulsion de l’architecte français Satprem Maïni, installé sur place depuis plus de 30 ans, un des créateurs de la cité utopique d’Auroville, construite dans le sud du pays en 1968.

    Une ville née de l’imaginaire de Français

    Entre rêve et défi, à une dizaine de kilomètres de l’ancien comptoir français de Pondichéry, Auroville est une oasis de sérénité dans le chaos de l’Inde. Vu du ciel, son plan forme un disque de 2 000 hectares, au centre duquel scintille une énorme sphère dorée. Une épaisse forêt riche de 200 espèces d’arbres et envahie de buissons épineux, repaire de perruches vertes à collier, de hiboux grand-duc et de cobras venimeux, entoure la ville. Ici pourtant, avant la fondation d’Auroville dans l’effervescence hippie de la fin des années 1960, s’étendait un désert rouge, d’où seul émergeait un banian, essence sacrée en Inde.

    C’est cet arbre aux branches aériennes tombant au sol pour s’enraciner qui attira l’attention de Mirra Alfassa, la Française à l’origine de l’incroyable aventure d’Auroville. Celle qui fut la compagne du yogi indien Sri Aurobindo, avec qui elle avait dirigé un ashram à Pondichéry, choisit de créer ici, en 1968, avec le soutien de l’Unesco, une cité universelle « où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités. »

    L’architecte français Roger Anger, grand admirateur de Le Corbusier, en dessina les premiers plans. Théoriquement prévu pour 50 000 habitants, l’endroit s’organise en une spirale qui s’enroule autour du centre et divisée en quatre zones : internationale, résidentielle, culturelle et industrielle. Les pionniers creusèrent retenues d’eau et canaux d’irrigation, dressèrent des talus coupe-vent, enrichirent le sol avec du compost pour planter des centaines de milliers d’arbres : acacias d’Australie, ébéniers, santals, margousiers… Ils bâtirent un archipel d’une centaine de « communautés », disséminées dans la forêt et qui portent les noms d’Aspiration (la plus importante avec soixante-quinze membres), Fraternité (majoritairement indienne), Certitude (européenne) ou encore Dana (d’une quarantaine de personnes, principalement des Français)… Dans la communauté Auromodele, connue pour ses villas spacieuses agrémentées de piscines, se trouve l’ancienne maison de Roger Anger, audacieux assemblage de deux blocs orange et blanc.

    Auroville Earth Institute

    Le Français Satprem Maïni, disciple de Roger Anger, a, lui, fondé le Auroville Earth Institute en 1989 et a développé, conseillé, enseigné et promu les technologies de construction de terre et l’architecture de terre dans plusieurs pays en dehors de l’Inde.

    Satprem Maïni ©Satprem Maïni

    Expert de renommée internationale, il a été le représentant pour l’Asie de la Chaire UNESCO « Architecture de terre, cultures constructives et développement durable » Depuis 2000, il est également consultant pour plusieurs programmes des Nations Unies et membre de l’International Center of Earth Construction and Indian Society of Earthquake Technology (ISET). Il a étudié à l’École d’Architecture de Lyon (France) et est titulaire d’une maîtrise en Architecture de Terre de l’École d’Architecture de Grenoble (France).

    La route de la discorde

    Afin d’améliorer l’attractivité de la ville, l’administration d’Auroville a lancé un plan d’une grande route dans la cité, le Français Satprem Maïni, spécialiste reconnu des matériaux durables, a donc mené des études poussées. Ses conclusions sont alarmantes.  

    « Il y a un canyon qui récolte des millions de mètres cubes d’eau par an. Ils vont le boucher pour faire la route. Où va s’écouler cette eau ? Dans le village plus bas. Donc, il y a peut-être trois à quatre mille personnes dans ce village qui vont être inondées par les millions de mètres cubes d’eau qui vont défiler. Je leur ai donné 19 rapports pour leur montrer que ça ne marche pas et ils continuent »

    Satprem Maïni au micro de RFI

    C’est ce qui semble donc avoir entraîné la colère de l’Etat indien qui a donc décidé de mettre fin à son droit de résidence après 30 ans de bons et loyaux services.

    La maison de Satprem Maïni à Auroville ©Satprem Maïni

    L’administration accuse, en sus, Satprem Maïni de mener des activités politiques dangereuses, une première accusation après toutes ces décennies.

    Ainsi après 34 ans à Auroville, son visa de longue durée est donc annulé. On lui donnait onze jours pour partir d’Inde. Une sanction irrationnelle, selon lui, signe de l’obscurantisme de cette administration. Ce vendredi 30 juin, il a dû se résoudre à quitter l’Inde, son pays pendant près de la moitié de sa vie.

  • France : aux origines des émeutes

    France : aux origines des émeutes

    Comment la France a-t-elle pu en arriver là ? 6 jours après la mort de Nahel, jeune de 17 ans tué par balle par un policier lors d’un contrôle routier, le pays s’est embrasé avec des émeutes sur tout le territoire. Sans oublier les théories du complot qui se multiplient sur le net.

    18 ans après les émeutes de 2005 qui avaient suivi la mort de Ziyed et Bouna, les mêmes questions ressurgissent. Entretien avec Héléna Berkaoui, rédactrice en chef du Bondy Blog, Damien Allouch, maire socialiste d’Épinay-sous-Sénart et Philippe Rio, maire communiste de Grigny.

    Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

    Regarder le débat sur TV5MONDE

  • Au Quai d’Orsay, les boursiers Excellence-Major à l’honneur

    Au Quai d’Orsay, les boursiers Excellence-Major à l’honneur

    Dans le contexte de l’Alumni Day, événement dédié aux diplômés internationaux de l’enseignement supérieur français, le quai d’Orsay a organisé, vendredi 30 juin, une cérémonie en l’honneur des boursiers Excellence-Major. De quoi mettre en lumière les forces de l’enseignement français à l’étranger.

    Ce vendredi 30 juin, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) avait convié, à l’Hôtel du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, l’ensemble des boursiers Excellence-Major, pour une « cérémonie de sortie » venant parachever leur cinquième année d’études dans l’Hexagone. Une célébration empreinte de la solennité des lieux, à côté du célèbre Salon de l’Horloge, où Robert Schuman, alors ministre des Affaires étrangères, proposa la création d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier, qui allait poser une des premières bases de l’Union européenne.

    L’enseignement français, un réseau unique au monde

    À la tribune, l’honneur est donné à Madame Anne-Marie Descôtes, secrétaire générale du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE). Celle-ci décrit les bourses Excellence-Major – accordées aux meilleurs lycéens étrangers issus des Lycées français – comme un programme auquel « le Ministère est très attaché ». Créé il y a plus de trente ans, « il connaît un succès croissant, avec un nombre de candidatures qui a doublé ces dix dernières années », souligne-t-elle. Aussi, elle évoque la volonté de renforcer ce programme en 2023, à travers la revalorisation des bourses, ainsi que l’augmentation du nombre de bacheliers accompagnés.

    La secrétaire générale en profite pour souligner les caractéristiques des lycées français à l’étranger, dont environ deux tiers des élèves sont étrangers et qui constituent le « premier réseau mondial d’enseignement piloté par un État ». Ainsi, Anne-Marie Descôtes a précisé que « la France fait le pari de la jeunesse et de l’avenir », rappelant l’ambitieux objectif d’accueil de 500 000 étudiants étrangers, d’ici à 2027, et notamment l’octroi de 850 bourses Excellence-Major, de la licence au master. 

    Félicitant son auditoire d’avoir su « confirmer » les espoirs placés en eux à travers cette bourse, la secrétaire générale a ponctué son intervention avec l’idée que ces étudiants, quel que soit leur projet, gardent en eux « un lien intime » avec la France, sa culture et ses valeurs, et qu’ils « sont la preuve de l’excellence de l’enseignement français dispensé dans les lycées du monde », mais aussi « l’espoir d’un monde ouvert » , dans un monde « où les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme sont remises en question ».

    Les bourses Excellence-Major permettent ainsi à l’AEFE et au MEAE de soutenir les meilleurs bacheliers étrangers d’un lycée français du monde, et souhaitant poursuivre un cursus au sein de l’enseignement supérieur français. Après avoir été présélectionnés dans leur lycée, les près de 850 étudiants soutenus doivent également obtenir une mention « très bien » au baccalauréat, pour pouvoir être lauréats de la bourse. 

    Des parcours variés

    C’est la voie qu’a suivi Carlos Santos Garcia, étudiant espagnol qui a poursuivi toute sa scolarité au Lycée Français de Madrid, à partir de la petite section de maternelle. Ses parents, professeurs, « savaient que c’était vraiment un atout d’avoir une langue de plus, et ils ont choisi le réseau français pour la qualité de son enseignement ». Conseillé par un professeur, il a postulé à la bourse Excellence-Major, pour intégrer une classe préparatoire scientifique en France, un « challenge » qui l’attirait. Passé un « choc« , face à la somme de travail impliquée par la « prépa », il a su relever le défi, pour ensuite intégrer une école d’ingénieurs, Centrale Supélec, sur le plateau de Saclay. Spécialisé en mathématiques appliquées et en « machine learning », il a également réalisé un master recherche à l’ENS sur le thème de l’intelligence artificielle, et effectué un stage dans le domaine.

    Jessica Cupessala, quant à elle, vient du Lycée français de Luanda, la capitale angolaise. A la tribune, elle raconte sa passion pour la science physique, mais aussi le rôle joué par une prof, qui l’a « poussée à continuer dans cette filière » et à « franchir un cap » dans son orientation. Elle a ainsi intégré une licence de physique à l’Université de la Sorbonne puis l’EPF, école d’ingénieurs où elle se spécialise en ingénierie mécanique, avec le souhait de travailler dans le secteur ferroviaire. Une école dont elle salue la part de femmes étudiantes, de près de 50%, ce qui selon elle, favorise le sentiment « de se sentir à sa place » dans les études scientifiques. 

    Engagée en faveur de la place des femmes dans les sciences, elle donne de son temps dans une association d’aide aux devoirs, dans des quartiers défavorisés. Une expérience « très importante » pour elle, qui lui a permis de « voir tout ce qu’était la France ». Dans les cinq prochaines années, elle souhaite travailler en France, histoire de « transmettre un peu de son éducation dans le pays qui lui a tant donné ».

    Autre témoin à la tribune, Norman De Castro est originaire de Saint-Domingue. Fils d’un père dominicain costaricien et d’une mère dominicaine et américaine, il a passé ses premières années en France, avant de vivre à Saint-Domingue. C’est naturellement qu’il évoque l’importance du multiculturalisme et du multilinguisme dans sa vie, avec sa famille « un peu répartie dans le monde ». 

    Marqué par l’expérience du tremblement de terre de 2010 en Haïti, il évoque comment le contexte d’un « lycée transformé en hôpital » lui a fait éprouver « l’importance de la solidarité et de la fraternité » et nouer d’importantes amitiés. Attaché à la culture française, il souhaite poursuivre son chemin en France dans les prochaines années. Ayant obtenu une bourse Excellence-Major pour venir étudier à Sciences Po Paris, il a apprécié le fait de vivre ses premières années en France sur le site de Poitiers, une ville « à dimension humaine », enrichissant au passage son parcours d’une année de césure aux États-Unis, à l’Université de l’Illinois. Spécialisé en sécurité internationale mais aussi intéressé par la finance, il aimerait rejoindre un cabinet de conseil en France. 

    Un réseau vivant et multi-générationnel

    La promotion sortante est composée d’environ 130 étudiants, représentant près de 50 nationalités différentes. Imprégnés d’une culture commune acquise dans les lycées français, les étudiants boursiers Excellence-Major sont de véritables « ambassadeurs de l’enseignement français », souligne quant à lui Olivier Brochet, directeur général de l’AEFE, lors de son intervention.

    Un réseau pouvant compter sur l’appui d’outils comme la plate-forme Agora : « une sorte de forum sur lequel les élèves posent des questions sur les parcours d’études, en France ou à l’étranger. Et les anciens élèves peuvent leur répondre », explique Laurent Metais, chef de bureau parcours et orientation des élèves au sein de l’AEFE. Outre divers groupes sur les réseaux sociaux, les boursiers peuvent aussi compter avec un système de parrainage, entre les différentes promotions de boursiers.

    À la fin de leurs études, ils peuvent bénéficier de l’appui de l’ALFM (Association des anciens élèves des lycées français dans le monde), représentée par son président Ahmed Mernissi, qui évoque l’organisation d’un forum professionnel dédié aux boursiers Excellence-Major.

    Et en s’ajoutant aux efforts de communication de l’AEFE, ces divers soutiens aux boursiers participent sans doute du succès du programme des bourses Excellence-Major, qui voit arriver un nombre de candidatures croissant. Et au-delà, c’est l’attractivité de la France au sein du réseau d’enseignement français qui a augmenté, explique Laurent Metais : « sur un peu moins de 20 000 bacheliers des lycées français l’an dernier, 53% sont venus en France. Alors qu’il y a cinq ans, ils étaient un peu plus de 40%. De plus en plus d’élèves du réseau viennent étudier, et plus d’étrangers que de Français. »

    De quoi donner des perspectives à ce programme, au rôle stratégique pour le rayonnement de la France, dans un contexte de concurrence internationale entre systèmes d’enseignement supérieur.

  • La Chine à la recherche d’un nouveau souffle 

    La Chine à la recherche d’un nouveau souffle 

    La fin de la politique du zéro covid devait permettre à la Chine de renouer avec une croissance forte. Or, depuis six mois, rien ne se passe comme prévu. 

    La Chine a perdu en influence 

    La Chine influence moins que prévu les prix mondiaux. Sa demande accrue de pétrole cette année n’a pas empêché le prix du Brent, la référence mondiale, de chuter de plus de 10 % par rapport à son cours de janvier. L’acier et le cuivre sont également devenus moins chers. Les prix à la production en Chine facturés à la sortie de l’usine, ont baissé de plus de 4 % en mai par rapport à l’année précédente. Le yuan s’est déprécié par rapport aux autres grandes monnaies. Le prix que les Occidentaux paient pour les importations en provenance de Chine a baissé de 2 % en mai par rapport à un an plus tôt. 

    Une atonie économique persistante 

    Après un rebond en début d’année, la croissance s’étiole. L’économie ne se redresse que lentement. Les chiffres des ventes au détail, des investissements et des ventes immobilières sont tous en-deçà des attentes. Le taux de chômage parmi les jeunes urbains chinois dépasse 20 %, le plus élevé depuis que les données ont été enregistrées pour la première fois en 2018. 

    Une grande partie du ralentissement de la croissance chinoise est imputable à la crise de son marché immobilier. Malgré de nombreuses mesures de soutien, le prix des logements neufs continue de baisser, les ménages restant en position d’attente. Les ventes immobilières sont retombées à 70 % de leur niveau de 2019, la dernière année relativement normale de la Chine. Les mises en chantier sont inférieures à leur niveau d’avant l’épidémie de 60 %. 

    La situation du marché de l’emploi préoccupe de plus en plus les autorités chinoises. Le secteur des services aurait perdu, entre 2019 et 2023, 30 millions d’emplois. Les autorités estiment qu’avec la normalisation de la situation sanitaire, 16 millions d’emplois devraient être créés dans la restauration et l’hébergement. Il manque 10 millions d’emplois des secteurs comme le commerce électronique et l’éducation qui ont souffert d’un durcissement de la réglementation. Le gouvernement a décidé d’être plus souple avec les petites entreprises.

    © NICOLAS ASFOURI / AFP

    Hésitations sur le terrain de la politique économique 

    Pékin a tergiversé avant de prendre de nouvelles mesures afin d’éviter la glissade de la croissance. Les autorités semblaient se résigner à une croissance avoisinant 5 %. L’accent était mis sur l’endiguement de la dette des gouvernements locaux. La Banque populaire de Chine (la banque centrale), ne semblait pas perturbée par la baisse des prix. Le 6 juin dernier, elle a néanmoins décidé d’abaisser ses taux directeurs afin de peser sur les taux d’intérêt. 

    De nouvelles mesures pourraient être adoptées prochainement. 

    De nouvelles baisses de taux sont attendues. Les restrictions sur les achats de maisons dans les villes de premier et de deuxième rang pourraient être assouplies. Les banques seraient incitées à accroître le volume des prêts permettant le financement des infrastructures. Les gouvernements locaux pourraient être autorisés à émettre davantage d’obligations. La chute des prix de l’immobilier met en difficulté de nombreuses collectivités locales dont les recettes auraient reculé de 140 milliards de dollars en un an. 

    Des doutes se font jour sur l’efficacité de la baisse des taux pour relancer l’économie. Plusieurs économistes chinois se positionnent en faveur d’un plan de relance budgétaire avec un soutien plus marqué en faveur des collectivités locales qui sont en manque de liquidités. 

    L’augmentation des revenus des retraités est également à l’étude afin de faciliter une reprise de la consommation. Le gouvernement entend également venir en aide à la consommation sous formes d’aides fiscales. Le gouvernement a, d’ores et déjà, étendu les allégements fiscaux sur les véhicules électriques qui ont contribué à stimuler les ventes de voitures. La distribution de coupons visant à financer certaines dépenses est également imaginée. 

    La relance par la consommation ne fait pas consensus au sein des autorités chinoises. En règle générale, ces dernières préfèrent des mesures en faveur de l’investissement au risque de générer des bulles spéculatives comme en témoigne la crise actuelle de l’immobilier. Des millions de logements ont été construits sans se soucier des besoins de la population.

  • Pierre Moscovici : « L’effort de désendettement de la France se fait attendre »

    Pierre Moscovici : « L’effort de désendettement de la France se fait attendre »

    L’« accélération » de la réduction de la dette que souhaite le gouvernement est-elle ambitieuse et compatible avec le financement de la transition verte ? Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes, fait le point pour EURACTIV et Lesfrancais.press sur la santé budgétaire française, les réformes européennes pour favoriser la solvabilité des États membres, et les outils nécessaires à une transition verte juste.

    Pierre Moscovici est Premier président de la Cour des comptes, et président du Haut Conseil des finances publiques. Il a notamment été commissaire européen aux Affaires économiques et financières (2019-2024) et ministre de l’Économie de la France (2012-2014).

    EURACTIV France : La Cour des comptes publiait jeudi (29 juin) son analyse de la situation et des perspectives des finances publiques françaises. Quels enseignements retenez-vous ?

    Pierre Moscovici. Les finances publiques françaises sont très dégradées.

    En 2022, le déficit budgétaire était de l’ordre de 4,7 points de PIB, tandis que la dette dépassait les 111 % du PIB.

    Ces niveaux sont plus élevés que dans la majorité des États européens.

    2023 devait être une année de redressement, mais ce sera vraisemblablement une année blanche, malgré la volonté du gouvernement d’accélérer la réduction de la dette. Dans le rapport présenté jeudi, nous anticipons une augmentation du déficit à 4,9 points de PIB, tandis que la dette baissera à 109,6 points de PIB, essentiellement du fait de l’inflation.

    Enfin, le Programme de stabilité français pour les années 2023-2027, qui guide l’action du gouvernement en matière de finances publiques, est basé sur des hypothèses économiques que le Haut Conseil des finances publiques estime optimistes, avec une croissance potentielle supérieure au consensus.

    L’effort de désendettement de la France se fait attendre.

    Comment expliquer une telle dégradation ?

    Les crises des dernières années, et la sortie lente du « quoi qu’il en coûte », nous ont empêché de redresser nos finances publiques.

    En outre, la préférence collective pour la dépense publique, très marquée en France, n’a pas été levée. En cinquante ans, la France n’a jamais réduit ses dépenses ! En 2001, la France et l’Allemagne avaient exactement le même niveau de dette publique, à 58 points de PIB. En vingt ans, la dette allemande a augmenté de huit points, celle de l’Italie de 36 points et la nôtre de 53 points !

    Enfin, la dette n’est pas gratuite : en période d’inflation et d’augmentation des taux d’intérêt, la charge de la dette française augmente. Elle est passée des 20 milliards d’euros de l’époque des taux quasi-négatifs à 74 milliards d’euros en 2027.

    Doit-on se préparer à une nouvelle « cure » d’austérité ?

    Absolument pas ! Ce n’est pas la bonne réponse. Le désendettement permettra au contraire de financer les investissements nécessaires dans la transition écologique, la défense, la santé, l’éducation, ou encore le numérique. Préparer l’avenir est sa raison d’être.

    Par où commencer ?

    Pour trouver les 60 milliards d’euros d’économies nettes à horizon 2027 que la Cour des comptes juge nécessaires, nous avons besoin de procéder à une vraie revue des dépenses publiques.

    La prise de conscience de l’impératif du désendettement est chose faite après les Assises des finances publiques : tant mieux ! Maintenant, nous devons opérer une analyse profonde de la totalité des politiques publiques, avec une approche ouverte, dans la durée, exigeante, et qui inclut la société civile.

    Une telle revue des dépenses serait une révolution culturelle.

    Le rapport Pisani-Mahfouz préconise plus de 60 milliards d’euros de dépenses, privées et publiques par an à l’horizon 2030 pour la transition écologique. Cet objectif est-il contradictoire avec la nécessité de réduire la dette publique ?

    Le rapport Pisani-Mahfouz a permis d’établir que la transition écologique aura un coût très élevé. Les chiffres avancés, environ 34 milliards d’euros par an d’argent public, sont peu contestés. Cette dépense est vitale, elle ne peut être évitée.

    Pour la financer, il faut être audacieux et innover. Cela exige que nous ayons un grand débat, sans totems ni tabous, car c’est une question de société.

    Si nous décidons de recourir à de la « dette écologique », alors un désendettement supplémentaire à celui qui est déjà nécessaire est à identifier. C’est une question de crédibilité.

    « Pour financer [la transition verte], il faut être audacieux et innover. Cela exige que nous ayons un grand débat, sans totems ni tabous, car c’est une question de société », a expliqué Pierre Moscovici à EURACTIV France dans un grand entretien. [Cour des comptes]

    Comment rendre socialement acceptables des mesures, surtout fiscales, qui peuvent être socialement dures ?

    Le rapport Pisani-Mahfouz aborde ce sujet. La crise des gilets jaunes ne condamne pas la fiscalité écologique, elle met en exergue la nécessité de compenser ses effets pour ceux qui en sont les plus touchés.

    Si nous devions nous endetter pour financer la transition écologique, s’agirait-il là d’une « bonne dette » ?

    L’endettement pour la transition écologique est plus légitime que celui contracté pour des dépenses de fonctionnement. Pour autant, c’est une dette ! Refusons d’empiler la bonne dette sur de la mauvaise dette.

    Face à la crise climatique, et en guise de réponse à l’Inflation Reduction Act (IRA), l’UE a assoupli les règles relatives aux aides d’État, et se dote d’une plateforme de financement européen. Ces mesures sont-elles adaptées ?

    L’IRA est un grand défi pour l’Europe, car il risque d’attirer les investissements outre Atlantique, mais surtout, à travers cet outil, les États-Unis agissent pour le verdissement de leur économie. Nous devons le faire aussi.

    Les mesures mises en œuvre sont un bon début, au moment où la réponse européenne doit être à la hauteur sans être protectionniste.

    La Commission européenne a vocation à guider les États membres. Elle le fait déjà en matière climatique, le « Green Deal » aura été la colonne vertébrale de cette mandature, il sera nécessairement au cœur de la prochaine.

    La Commission a présenté fin avril une réforme du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), qui permettrait la mise en œuvre de plans de réduction de dette plus spécifiques à chaque État membre. Est-ce une bonne chose ?

    J’y suis d’autant plus favorable que j’avais entamé le mouvement dès 2014 lorsque j’étais commissaire à l’Économie et aux Finances. Avec Jean-Claude Junker, nous avions introduit la notion de flexibilité dans l’appréciation des finances publiques nationales. Cela nous avait permis de ne pas sanctionner l’Espagne, le Portugal ou encore l’Italie, ce qui aurait pu empirer leur situation.

    Les règles du PSC n’étaient pas adaptées avant la crise sanitaire, elles ne le sont pas davantage après.

    La proposition de réforme de la Commission va dans le bon sens en adoptant une approche moins procyclique, plus lisible, économiquement cohérente et spécifique à chaque État.

    Elle renforce aussi le rôle des institutions indépendantes comme le Haut Conseil des finances publiques, puisque chaque État membre devra analyser la soutenabilité de sa dette publique.

    L’Allemagne souhaite rétablir des « critères communs » pour assurer une réduction effective de la dette dans chaque pays. Cet ajout est-il le bienvenu ?

    C’est aux ministres européens de négocier entre eux. Viser une réduction de la dette d’un point de PIB par an pour les pays les plus endettés, comme le demande l’Allemagne, n’est pas insurmontable. Pour autant, il n’est pas indispensable de l’inscrire dans les textes : c’est avant tout une volonté politique.

    Un récent rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) a établi que la réforme des retraites n’était probablement pas suffisante pour résorber le déficit du système de retraites. En janvier, la même institution expliquait que les dépenses de retraites étaient maîtrisées. Est-ce que ce type de décalage nuit à la lisibilité du débat public ?

    Le COR fournit des chiffres étayés et nourrit le débat public : il ne faut pas l’instrumentaliser. Pour la Cour des comptes, qui n’a pas à se prononcer sur les choix politiques opérés, il est important que le système soit équilibré. Il l’est davantage depuis la réforme et jusqu’en 2030. La question n’est pas évacuée pour toujours.

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 04.07.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 04.07.23

    Bonjour à tous, bienvenue dans le flash quotidien des expatriés du 04 juillet. On amorce notre bulletin avec la fête nationale américaine, avant de faire un point sur la gestion de votre capital et on finira en faisant le bilan des émeutes en France. 

    04 juillet : la fête de l’indépendance américaine 

    Les Français qui vivent aux USA vont profiter d’un jour férié aujourd’hui. Et à juste titre, car dans l’Histoire de l’indépendance américaine, on oublie souvent le rôle de la France. Alors que le siècle des Lumières prenait fin en France, Louis XVI a accueilli sur son territoire la plupart des pères fondateurs de la nouvelle nation. Le plus connu fut Benjamin Franklin qui réussit à convaincre la couronne de France d’apporter son soutien aux rebelles américains. C’est ainsi que le trésor royal se vida pour financer l’affaiblissement de l’ennemi héréditaire de l’époque, les Britanniques. Et on en connaît les conséquences, quand la famine s’abattit sur la France en 1788/89, les caisses vides de l’Etat n’ont pu nourrir la population, nous amenant petit à petit sur notre révolution ! On connaît la suite de l’histoire…. 

    Faire fructifier son capital en tant qu’expatrié(e)

    … N’est pas toujours une mince affaire ! Et si vous profitiez de vos vacances en France pour rencontrer des experts dédiés aux Français de l’étranger ? Les lecteurs du site Lesfrancais.press recevront le meilleur accueil dans une des 27 agences du groupe Laplace en France. Tous les détails dans notre article.

    gérer votre capital
    Gérer votre capital

    Le bilan des émeutes en France

    La mort de Nahel, un jeune de 17 ans tué par un tir policier à Nanterre, a mis le feu à la France. Voitures brûlées, mobiliers urbains saccagés, bâtiments publics incendiés, commissariats attaqués et même élus pris pour cibles. En cinq jours, les policiers et gendarmes ont procédé à 3354 interpellations, soit autant que pendant les émeutes de 2005, selon les chiffres officiels publiés à l’époque. Ces violences avaient duré trois semaines après la mort de deux jeunes Zyed et Bouna en cherchant à fuir un contrôle policier. Comment expliquer cet écart ? Ce nombre d’interpellations s’explique, selon une source policière, par le nombre de forces de l’ordre déployées. Depuis trois nuits, ce sont 45.000 policiers et gendarmes qui sont mobilisés sur le terrain. Ce lundi, le président de la République a demandé le maintien de cette présence policière « massive ».

    Emeutes en France

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour une nouvelle édition ! 

    Ecoutez le bulletin des Français de l’étranger