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  • Élections consulaires 2026 : Le rendez-vous démocratique des Français de l’étranger

    Élections consulaires 2026 : Le rendez-vous démocratique des Français de l’étranger

    En mai 2026, plus d’un million et demi de Français établis hors de France seront appelés aux urnes pour un scrutin souvent méconnu mais pourtant essentiel à la vie démocratique de la communauté expatriée : les élections consulaires. Ce scrutin, qui se tient tous les six ans, permet de désigner les représentants de proximité qui feront le pont entre les citoyens et l’administration française à l’étranger. Elles se tiendront en mai 2026.

    Au-delà de la gestion locale, ces élections revêtent une dimension nationale majeure puisqu’elles constituent le socle du collège électoral qui renouvellera une partie du Sénat quelques mois plus tard.

    Dates Elections Consulaires 2026

    Élire des représentants de proximité

    Ils sont au nombre de 442 répartis dans des circonscriptions consulaires couvrant le globe entier. Élus au suffrage universel direct, ils sont vos interlocuteurs directs. Que vous viviez à Montréal, Tokyo, Dakar ou Bruxelles, ces élus locaux connaissent les réalités de votre terrain. Ils ne sont pas des diplomates, mais des citoyens engagés qui vivent souvent les mêmes défis que vous au quotidien.

    Les conseillers des Français de l’étranger sont donc des élus de proximité, chargés de relayer les préoccupations des Français de l’étranger auprès des ambassades et des consulats. Leur mandat de six ans leur permet d’agir sur des sujets concrets du quotidien : scolarisation dans les lycées français, sécurité, services consulaires, aides sociales, emploi, fiscalité, mobilité, ou encore protection consulaire. Ils siègent au conseil consulaire, une instance locale de concertation, et participent à la mise en œuvre des politiques publiques qui concernent directement les expatriés.

    En plus des conseillers, il faudra élire les délégués consulaires. Eux, n’ont pas de fonction décisionnelle, mais ils participent, comme les conseillers, à l’élection des sénateurs représentant les Français de l’étranger. Ainsi, les conseillers et délégués élus en mai 2026 auront la responsabilité d’élire, en septembre 2026, 6 des 12 sénateurs des Français de l’étranger, renouvelant ainsi la moitié du collège sénatorial dédié.

    Le Conseil Consulaire : Un pouvoir d’influence et d’action locale

    Une fois élus, les conseillers siègent au sein du conseil consulaire, présidé par l’un d’entre eux (depuis la réforme de 2019). Ce conseil se réunit plusieurs fois par an sous l’égide du consul général ou de l’ambassadeur.

    Bien que son rôle soit consultatif, son influence sur la vie quotidienne des expatriés est concrète et directe dans plusieurs domaines clés :

    • L’action sociale : Le conseil émet des avis sur l’attribution des bourses scolaires pour les enfants inscrits dans les établissements du réseau de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger). Il examine également les aides sociales (STAFE) destinées aux Français les plus précaires, aux personnes âgées ou en situation de handicap.
    • L’emploi et la formation : Il participe à l’élaboration de politiques locales pour l’emploi et la formation professionnelle des Français de la circonscription.
    • La sécurité : En lien avec le poste consulaire, les conseillers sont consultés sur les plans de sécurité de la communauté française face aux risques climatiques, sanitaires ou politiques.
    • Le soutien au tissu associatif : Ils jouent un rôle de conseil pour l’attribution de subventions aux associations françaises locales qui font vivre la culture et la solidarité nationale à l’autre bout du monde.

    Trois modes de participation pour une participation maximale

    Consciente de l’éloignement géographique qui peut séparer un électeur de son consulat, la France propose trois méthodes pour exprimer son suffrage :

    Le vote à l’urne (présentiel)
    C’est le mode traditionnel. Des bureaux de vote sont ouverts dans les ambassades, les consulats, et parfois dans des centres de vote délocalisés pour se rapprocher des électeurs. Il suffit de se présenter muni d’une pièce d’identité française (passeport ou CNI) ou de sa carte d’inscription consulaire.

    Le vote par internet (en ligne)
    C’est la modalité préférée des expatriés. Le vote électronique est ouvert pendant plusieurs jours avant la date du scrutin physique. Pour l’utiliser, il est impératif d’avoir mis à jour ses coordonnées (email et numéro de téléphone mobile) sur le portail Service-Public.fr avant la clôture des listes. Un identifiant et un mot de passe vous sont envoyés par des canaux sécurisés pour valider votre vote en quelques clics.

    Le vote par procuration
    Si vous ne pouvez pas vous déplacer et que vous ne souhaitez pas voter par internet, vous pouvez donner procuration à un autre électeur inscrit sur la même liste électorale consulaire que vous. La démarche peut être initiée en ligne via le portail MaProcuration, mais elle nécessite toujours une validation physique auprès d’un consulat, d’une ambassade ou, en France, dans un commissariat ou une gendarmerie en France.

    Élections consulaires 2026
    Élections consulaires 2026

    Pourquoi voter ?

    Les élections consulaires sont souvent méconnues, mais elles sont essentielles pour plusieurs raisons :

    • Représentation : les conseillers sont les porte-paroles des Français de l’étranger auprès des institutions françaises.
    • Influence : ils participent à l’élection des sénateurs des Français de l’étranger, qui défendent leurs intérêts au Sénat.
    • Proximité : ils agissent sur des sujets concrets qui impactent le quotidien des expatriés, comme l’éducation, la sécurité ou les aides sociales

    Les élections consulaires de mai 2026 sont un moment clé pour les Français de l’étranger. Elles permettent d’élire des représentants qui défendront leurs intérêts et participeront à l’élection des sénateurs en septembre 2026. Que ce soit par vote à l’urne, par procuration ou en ligne, chaque électeur a la possibilité de s’exprimer et de contribuer à la vie démocratique de la communauté française à l’étranger.

    Pour participer, il est essentiel de vérifier son inscription sur la liste électorale consulaire avant le 24 avril 2026 et de se familiariser avec les modalités de vote. Ces élections sont l’occasion de renforcer la représentation des Français de l’étranger et de faire entendre leur voix dans les instances nationales.

  • Au Revoir, l’anglais : 7 idées de cadeaux géniaux qui donnent envie aux enfants d’apprendre le français

    Au Revoir, l’anglais : 7 idées de cadeaux géniaux qui donnent envie aux enfants d’apprendre le français

    L’apprentissage des langues pour les enfants ne se limite plus aux exercices en classe et aux manuels poussiéreux ; il s’agit d’apporter une nouvelle culture à la maison par le jeu. Pour les parents et les éducateurs, l’objectif est de sortir de la bulle anglophone et de susciter une curiosité naturelle pour d’autres langues, comme le français. En choisissant des cadeaux qui intègrent le français dans la vie quotidienne, que ce soit par le son, le toucher ou l’interaction sociale, nous pouvons faire en sorte que la transition d’une langue à l’autre ressemble à une aventure plutôt qu’à une corvée.

    Dans la recherche du cadeau ultime, l’utilisation de ressources telles que Gift Experts peut offrir un guide pour la sélection d’articles à la fois éducatifs et captivants. La liste ci-dessous met en évidence les sept idées géniales pour faire passer le français de la salle de classe à la vie réelle de l’enfant, en faisant de cette langue une partie vivante et respirante du monde de l’enfant, où il peut être inspiré à écouter les sons de Paris ou de Montréal directement dans les limites de son salon.

    Le conteur audio sans écran

    Immerger un enfant dans la langue française par l’audio peut être la méthode la plus efficace. Cette boîte à histoires sans écran, comme Lunii ou Tonies, aide les enfants à prendre des décisions sur le chemin de l’aventure qu’ils souhaitent en tournant les boutons et en choisissant les personnages. Ils sont accompagnés d’un mode français spécifique à chaque produit, ou vous pouvez télécharger des packs français pour le contenu.

    De cette façon, les enfants se concentrent uniquement sur le son des mots et la musique de la langue française. C’est le compagnon de chevet parfait qui transforme le temps de fenêtre du soir en une séance d’immersion linguistique.

    Un kit de cuisine bilingue

    La nourriture est la pièce maîtresse de la culture française, et un kit de cuisine conçu pour les crêpes, les macarons ou les quiches fournirait un excellent modèle pour enseigner les verbes d’action.

    Puisqu’un enfant suit une fiche de recette contenant les équivalents français de mélanger, verser ou farine, il ou elle peut expérimenter la langue en lien avec quelque chose de tangible qui satisfera ses papilles.

    Les parents devraient rechercher des kits contenant des ustensiles adaptés aux enfants dans la cuisine, ainsi que des livres de recettes bilingues. Cuisiner ensemble fournira une expérience mémorable où le français devient le centre d’attention dans la cuisine.

    Autocollants d’étiquetage en langue française

    Transformez toute votre maison en un dictionnaire vivant en utilisant une variété d’autocollants amovibles astucieux avec des étiquettes de meubles amusantes en français. Ces autocollants sont accompagnés du mot français pour les objets courants tels que la porte, la fenêtre et le miroir. Un enfant reconnaîtra ces mots quotidiennement, ce qui en fera une partie subconsciente du vocabulaire de l’enfant.

    Il n’y a pas besoin d’étudier car la connaissance est absorbée par l’environnement quotidien. Vous pouvez acheter des autocollants accompagnés d’un guide de prononciation.

    Bandes dessinées françaises

    La France et la Belgique ont une histoire légendaire de bandes dessinées. Offrir un livre du type Tintin ou Astérix à un enfant d’un groupe d’âge similaire, ou le moderne Lou ! dans sa forme originale, ne sera rien de moins qu’un stratagème brillant.

    L’illustration donne le ton pour comprendre la conversation sans nécessairement se référer à un dictionnaire. Même s’ils ne sont capables de comprendre que quelques éléments au début, les histoires captivantes avec des illustrations accrocheuses les feront tourner les pages avec enthousiasme.

    Cartes mémoire en réalité augmentée (RA)

    Les cartes mémoire traditionnelles peuvent être des expériences d’apprentissage ennuyeuses pour les enfants, mais les cartes mémoire en RA donnent vie à l’apprentissage des langues. Lorsqu’un enfant pointe une tablette ou un smartphone vers la carte, une animation 3D de l’objet apparaît à l’écran, accompagnée de la prononciation française correcte.

    Par exemple, une carte avec un chat pourrait montrer un chaton jouant avec une pelote de laine pendant qu’un locuteur natif prononce le mot. Cette approche multisensorielle de voir, entendre et interagir aide le cerveau à former des connexions neuronales plus fortes avec le nouveau vocabulaire.

    Scrabble français ou Bananagrams

    Pour les enfants plus âgés, qui pourraient avoir une base en orthographe, une version française d’un puzzle de mots classique est un défi de taille. Devoir utiliser le Scrabble ou Bananagrams avec uniquement des mots français, c’est faire puiser l’esprit profondément dans sa mémoire du vocabulaire.

    Cela transforme le travail d’orthographe en un jeu compétitif. Ceci est particulièrement utile pour comprendre la fréquence des lettres en français (à quelle fréquence il utilise les ‘E’ et les ‘Z’ par rapport à la langue anglaise) et la structure des mots français.

    7 idées géniales de cadeaux qui donnent envie aux enfants d'apprendre le français
    Image d’illustration ©OutreachX LLC

    Abonnement à un « Petit Journal » français

    L’arrivée du courrier est un événement en soi pour les enfants. La solution est de s’abonner à un magazine pour enfants en français, tel que Pomme d’Api ou J’aime lire. Cela apporte de nouveaux sujets intéressants à ce groupe d’âge chaque mois. Les magazines remplis d’histoires, de jeux et de faits sur leur culture feront réaliser à cet enfant qu’il n’est pas seul au monde et qu’il fait en fait partie d’une communauté internationale de francophones. C’est le cadeau qui continue de donner tout au long de l’année, garantissant que leur intérêt pour la langue ne s’estompe pas après l’excitation initiale d’un anniversaire ou d’une fête.

    Intégrer le français dans la routine quotidienne

    La brillance derrière ces cadeaux réside dans leur pouvoir de normaliser l’apprentissage du français. Lorsqu’un enfant choisit d’utiliser une boîte de cuisine française ou un conteur audio, l’objectif de cet enfant n’est pas d’apprendre les règles de grammaire française mais d’être diverti.

    En remplissant la vie de l’enfant avec des cadeaux de ce type inspiré, vous lui donnez les clés pour débloquer un monde au-delà de ses rivages.

  • Le pouvoir d’achat au temps des nouvelles pénuries

    Le pouvoir d’achat au temps des nouvelles pénuries

    Comme les Américains, les Européens ressentent de plus en plus durement les effets de l’inflation, qu’elle concerne les biens courants, l’énergie ou le logement. La hausse du prix des œufs aux États-Unis, du riz au Japon, ou encore du coût du logement en Europe, constitue une source d’exaspération et de crispation. En mai dernier, une enquête réalisée au sein de l’Union Européenne soulignait que la lutte contre l’inflation devait être la priorité absolue du Parlement européen, devant la défense, la pauvreté et l’emploi. Pour autant, sur la période, les ménages n’ont pas réellement perdu de pouvoir d’achat, les revenus professionnels et les prestations sociales ayant globalement suivi l’inflation. En réalité, le problème du Vieux Continent semble de plus en plus relever non pas de l’accessibilité, mais de la disponibilité. Dans des marchés fortement régulés, les prix ne peuvent pas s’ajuster librement pour équilibrer l’offre et la demande. Un rationnement s’instaure, tout particulièrement dans le secteur immobilier. L’Europe pratique ainsi une forme de malthusianisme économique.

    L’Ukraine ?

    Le choc énergétique subi par l’Europe a incontestablement eu des effets durables. Lorsque l’inflation de la zone euro a culminé à 10,6 % en octobre 2022, les prix de l’énergie ont contribué à eux seuls pour 3,8 points de pourcentage. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la forte demande des consommateurs après les confinements ont également joué un rôle. Depuis, l’inflation a reflué pour atteindre 2,1 % en novembre, mais les prix de l’énergie et de l’alimentation demeurent supérieurs à leurs niveaux antérieurs. Cette hausse est imputable au recours accru au gaz naturel liquéfié américain, plus coûteux que le gaz russe, ainsi qu’à l’augmentation des coûts de production de l’électricité, liée notamment à la transition écologique et aux surcoûts du nucléaire.

    L’énergie et l’alimentation constituent des postes de dépenses particulièrement « visibles » pour les ménages, car elles sont quotidiennes ou quasi quotidiennes. Au sein de l’Union européenne, au troisième trimestre 2025, le pouvoir d’achat a retrouvé son niveau d’avant le conflit en Ukraine, mais le ressenti reste très différent. Aux États-Unis, Donald Trump s’est fait élire en partie sur la question du pouvoir d’achat, alors même que sa progression sous la présidence de Joe Biden figurait parmi les plus fortes depuis les années 1980. Au sein de l’Union européenne, les salaires sont également en hausse. Entre le premier semestre 2021 et le troisième trimestre 2025, le salaire minimum réel a progressé de 30 % en Pologne et de 11 % en Allemagne.

    Se loger de plus en plus difficile ?

    L’un des problèmes majeurs en Europe demeure l’accès au logement. Dans la zone euro, les loyers ont augmenté, à un rythme annuel de 3 % depuis trois ans, soit plus du double de la moyenne observée au cours des années 2010. La baisse des prix des logements consécutive à la hausse des taux directeurs de la Banque centrale européenne a été de courte durée et limitée. Même si ces taux ont été abaissés à plusieurs reprises, le coût du crédit reste plus élevé en 2026 qu’au cours de la période 2015-2022, marquée par des politiques monétaires particulièrement accommodantes.

    Pancarte logement à louer
    Image d’illustration ©Stockadobe

    En Allemagne, en France et en Italie, le ménage médian consacre entre 15 % et 20 % de son revenu au logement, une proportion proche de celle observée il y a dix ans. Les propriétaires accédants paient même, en moyenne, moins qu’auparavant. La part des ménages consacrant plus de 40 % de leur revenu disponible au logement a reculé depuis 2021. Certes, pour les jeunes actifs, l’accès au logement demeure difficile dans les grandes agglomérations. La véritable difficulté réside toutefois dans la capacité à trouver un logement. Dans de nombreuses grandes villes, dont Berlin et Paris, où les marchés immobiliers sont étroitement régulés, les loyers sont souvent bien inférieurs aux niveaux de marché. Lorsqu’un appartement se libère, il peut attirer des centaines de candidatures. L’essor des locations touristiques de courte durée aggrave la situation. Dans des villes comme Ajaccio, qui connaît une expansion rapide et figure parmi celles où la part des locations saisonnières est la plus élevée, les tensions sur le marché du logement sont fortes, provoquant parfois des réflexes identitaires. De plus en plus de ménages sont ainsi contraints de s’éloigner du cœur des grandes agglomérations. Faute de logements disponibles, ils ne résident pas nécessairement là où ils le souhaiteraient.

    Pénurie de travailleurs qualifiés

    Ce problème de disponibilité dépasse le seul secteur du logement. Dans le domaine de la santé, autre marché fortement régulé, l’obtention d’un rendez-vous devient de plus en plus difficile. Ainsi, 57 % des patients américains déclarent avoir pu consulter un spécialiste en moins d’un mois, contre seulement 35 % des patients français. En gynécologie, dermatologie ou rhumatologie, les délais s’allongent, et il devient parfois nécessaire de mobiliser son réseau pour obtenir un rendez-vous. D’autres professions sont également concernées par des pénuries. Les plombiers et les électriciens sont de plus en plus recherchés, ce qui entraîne des hausses de prix.

    Les autorités européennes ont par ailleurs identifié des pénuries de cuisiniers, de serveurs et d’infirmiers. Ces tensions sur l’offre ne peuvent que s’accentuer à mesure que la plus importante cohorte de travailleurs européens partira à la retraite. Les consommateurs européens disposent d’un pouvoir d’achat supérieur à ce qu’ils imaginent. Mais face à la rareté croissante des services, leur mécontentement risque de s’accentuer, d’autant plus si les politiques visant à réduire l’immigration venaient à se généraliser.

  • La fin des prédateurs

    La fin des prédateurs

    Ce serait le retour des prédateurs. La force comme seule règle, l’appétit comme seule guide. Le monde reste sidéré par la force de la force. Il faudrait s’y résoudre, devenir loup soi-même. Et si, au lieu d’assister au retour de la force, au triomphe du masculinisme international, ce tourbillon d’agressions n’était qu’un râle d’agonie ? Trump, Poutine et leurs émules ne démontrent-ils pas que la force ne résout rien ?  À regarder de près, la force échoue. Ce n’est pas le retour des prédateurs, mais la fin.

     « Y a-t-il quelque chose qui pourrait vous empêcher de faire ce que vous voulez ? » demande le New York Times, le 8 janvier, à Trump :

    « Oui, il y a une chose : ma propre morale, mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter.» « Je n’ai pas besoin de lois internationales (…) (Mon pouvoir est) limité par la force plutôt que par des traités ou des conventions ».

    Donald Trump le 08 janvier 2026

    Trump ne se limite pas au droit international. Le droit interne non plus ne le gêne pas. Normal, il n’y a pas de différence entre les deux. C’est du droit. La présence du gendarme n’est pas la même, c’est tout.  

    FED, militarisation de la police, etc…

    Trump menace d’envoyer l’armée à Minneapolis. Le maire s’y oppose. Qui sait, peut-être l’armée : Il est illégal d’obéir à un ordre illégal. « Les agents de la police de l’immigration doivent respecter la loi dans l’exercice de leurs fonctions. Nous estimons qu’ils ne le font pas. Ils doivent agir dans les limites de la loi et de la Constitution », déclare le Procureur général du Minnesota.

    Trump voulait suspendre le Président de la Réserve fédérale, Jérôme Powell. L’indépendance de la Fed est sacrée au pays du dollar. Mais Powell s’est vu convoqué par un juge pour une affaire subalterne. Pression sur Powell, pression sur les juges. L’enjeu de la lutte interne, c’est la résistance du droit. L’enjeu de la lutte externe, c’est aussi le droit. Comment le droit peut-il limiter la force ?

    Des manifestants protestent contre la présence de la police fédérale de l’immigration américaine (ICE) à Minneapolis (Minnesota), le 14 janvier 2026. ©LEAH MILLIS/REUTERS
    Des manifestants protestent contre la présence de la police fédérale de l’immigration américaine (ICE) à Minneapolis (Minnesota), le 14 janvier 2026. ©LEAH MILLIS/REUTERS

    La Russie affaiblie, la Chine en Asie, l’Europe à dissoudre

    Poutine espérait en finir avec l’Ukraine en quelques jours. La non-guerre dépasse déjà la durée de la Grande guerre patriotique contre Hitler. Les pertes humaines russes dépassent le million, 25.000 tués par mois. La Russie s’épuise. La guerre aggrave la crise démographique, la population diminue d’un demi-million par an. La Russie devait devenir riche, et donc puissante, en partenariat avec l’Europe. Avec un niveau de vie double d’aujourd’hui, comme la Pologne, comme pouvait l’atteindre l’Ukraine. La Russie dépend désormais de la Chine. Dans dix ans, quelle que soit l’issue de l’« opération spéciale », la Russie ne fera plus partie des dix premières puissances du globe. Elle aura moins de poids que la France. C’est une des raisons pour lesquelles les Américains ne la voient plus comme un danger.

    De là à pactiser contre l’Ukraine et les Européens ? Une bêtise telle que, par trois fois, Trump a dû y renoncer. Qu’est ce qui empêche Trump de conclure avec Poutine ? La résistance des Ukrainiens, évidemment. Mais pas seulement. Les Européens ont contrarié ses plans. Ils devaient être mis à l’écart, puis rançonnés. Avec la « Coalition des Volontaires », initiative de la France et du Royaume-Uni, ils ont mis un pied dans la porte. Pas de garanties de paix sans eux. Enchaînés aux Américains, ils les ont collés comme des amoureux. Et en rendant furieux les Russes qui ont bien compris qu’il s’agissait de l’indépendance de l’Ukraine. Savoir encaisser. Savoir lier. Savoir se taire. Savoir tenir.

    Voilà Trump, perturbé, il change d’espace, met ses alliés au pied du mur. D’abord en enlevant Maduro. Pour quel résultat ? Le pétrole ? Exxon n’en veut pas. Quel est l’après Maduro ? Il faut une politique après le coup d’éclat.

    Nicolas Maduro juste après son exfiltration de son pays © Donald Trump / Truth Social
    Nicolas Maduro juste après son exfiltration de son pays © Donald Trump / Truth Social

    De gendarme du monde à pyromane

    Après Maracaibo, Nuuk, 50 000 habitants. La moitié de l’île de Grenade, dont l’invasion fut décidée par Reagan en 1983. À Grenade, le régime était pro cubain. Le Groenland, lui, fait partie de l’Otan. La base américaine de Pituffik, compta, aux belles heures de la Guerre froide, jusqu’à 10.000 habitants. Qu’est ce qui empêche Trump d’envahir le Groenland ? Rien. Personne. Un flocon de neige, un grain de sable contre un grain de folie. Le grain de sable, c’est la réaction de quelques Européens. 15 militaires français, 13 Allemands, un Finlandais, un Britannique, un Néerlandais vont planter le drapeau comme des explorateurs au pôle Nord, à l’appel des Danois et des Groenlandais.  

    La France envoie à Nuuk un Consul, le Père Noël. Évidemment personne ne pense que les Chasseurs alpins vont tirer sur les Marines. Mais ça fait réfléchir. Notamment les Américains : 75% d’entre eux désapprouvent l’idée d’un Groenland américain. Le Congrès s’y oppose. Trump, furieux, menace d’augmenter les droits de douane. Monomaniaque.

    Il y a quelque temps, Trump bombardait l’Iran. Il croyait avoir réglé le problème. Il arrêtait Israël qui voulait détruire, et non retarder seulement, le programme nucléaire iranien. Aujourd’hui le vrai problème surgit :  Le peuple. La Révolution des femmes avait fait vaciller le régime. Pour les faire taire, on pend, on tue, on viole, on torture. L’appareil de répression coûte cher. Là encore, la force a ruiné le pays. La Révolution reprend. Trump annonce que « l’aide arrive », puis renonce. Pression russe ? Chinoise ? Pas vraiment. Ils sont impuissants, eux aussi. Simplement, Trump ne sait pas comment aider, si ce n’est avec des bombes. Les Iraniens doivent gagner sans lui.

    Si les Américains avaient une stratégie, une politique, avec le Venezuela, l’Arctique, l’Iran serait clé. Un autre régime que celui des Mollahs, allié de la Russie et de la Chine, serait un heureux bouleversement pour le monde. Les Américains devraient être prêts. Ils devraient pouvoir désorganiser la répression. La force, pour agir avec force, ne suffit pas. La flèche, la balle, la bombe  ne compte pas beaucoup. Ce qui importe, ce sont les cibles et leur structure interne. L’espace et les communications valent plus que les casernes.

    Ce n’est pas le retour de la force. Ce n’est pas l’ère des prédateurs. Que sont devenus Milosevic, Bachar el Assad, Kadhafi ? Rares sont les dictateurs qui ont survécu à leur son désir de guerre. L’Iran des Mollahs chutera. Pas par la force, par l’intérieur. Comme l’URSS n’est pas tombé par la force. La pression extérieure, militaire ou économique joue. Un coup final peut aider. Mais tout système ne vit et ne périt que de l’intérieur. Les coups de force sont des coups d’éclat. Pour une démocrate qui se conduit comme un dictateur, c’est pareil. Il s’en prend à ses propres juges. À ses propres alliés. C’est l’intérieur du « système occidental » qu’il attaque, et qui résistera. Un juge suffit. Un soldat suffit. Tout monstre est chimère.

    La force d’un pays, c’est celle d’un aimant. Il lui faut être attractif. C’est sa politique, son art de vivre, son message qui le rend attractif ou répulsif. Les prédateurs effraient. À la fin, seuls, épuisés, ils tombent.

  • AEFE : les parents d’élèves face à la hausse des frais de scolarité

    AEFE : les parents d’élèves face à la hausse des frais de scolarité

    La situation au sein des établissements français à l’étranger, pilotée par l’AEFE, se tend de plus en plus. À l’issue du conseil d’administration du 18 décembre 2025, plusieurs mesures budgétaires ont été dévoilées, entraînant une augmentation significative des frais de scolarité pour les familles. En moyenne, la hausse serait d’environ 400 euros par élève et par an, avec des pics pouvant atteindre 1 300 euros dans certains établissements. Pour analyser les conséquences de ces décisions, Lesfrancais.press a interrogé Brice Bultot, président de la FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger).

    Écouter le podcast avec Brice Bultot

    Une hausse attendue mais des écarts inquiétants

    Du côté de cette fédération d’associations de parents d’élèves, les annonces étaient attendues. Brice Bultot explique en effet que « cela a été une absence de surprise, ça c’est clair, puisqu’on était préparé au fait qu’il y avait peu de pistes d’ajustement de la part de l’Agence quant au règlement de ses soucis budgétaires ».

    « Les informations transmises en amont des réunions étaient relativement insuffisantes »

    Brice Bultot, Président de la FAPEE

    En revanche, l’ampleur des écarts entre établissements a suscité une vive inquiétude : « l’élasticité, l’impact plus bas et le plus haut, ça nous a relativement interloqués », d’autant que les familles ne disposent pas encore d’une vision précise des montants qui les concerneront. La FAPEE demande donc à pouvoir « juger sur pièce » et réclame que l’Agence et les directions d’établissement apportent rapidement des éléments chiffrés détaillés.

    Boycotts et tensions dans les conseils d’établissement

    Dans plusieurs lycées français à l’étranger, des conseils d’établissement extraordinaires ont été convoqués pour valider les hausses tarifaires. À Bruxelles, Ho Chi Minh-Ville ou Valence, des associations de parents ont choisi le boycott afin d’empêcher le quorum. Pour Brice Bultot, ces actions sont légitimes lorsque l’information est insuffisante : « nos membres devraient pouvoir siéger à ces conseils d’établissement en étant suffisamment informés en amont de ce qui va se passer ».

    Stop à l'augmentation des frais de scolarité
    Stop à l’augmentation des frais de scolarité

    Or, selon lui, « les informations transmises en amont des réunions étaient relativement insuffisantes ». La FAPEE réaffirme ainsi une revendication ancienne : davantage de transparence dans la construction budgétaire des établissements en gestion directe (EGD).

    Une confiance fragilisée entre familles et AEFE

    La réforme de l’AEFE met en lumière un déficit de communication entre l’opérateur public et les familles. Brice Bultot reconnaît que « le fait d’avancer un peu, pas masqué mais dans le flou, ça donne lieu à un peu tous les fantasmes ».

    « Personne ne devrait se féliciter d’une fermeture d’établissement »,

    Brice Bultot, Président de la FAPEE

    Il en tire une conséquence directe : « il est difficile d’avancer avec confiance et volonté de contribuer au système », même s’il rappelle que l’avenir du réseau français à l’étranger « ne peut pas se faire sans les élèves et sans leurs familles ». La confiance, aujourd’hui « un poil écornée », devra donc être restaurée par une association plus étroite des parents aux décisions.

    Le risque réel d’une baisse des effectifs

    La hausse des frais de scolarité pourrait avoir un impact direct sur la fréquentation. Brice Bultot rappelle que lors de précédentes augmentations, notamment après le Covid ou dans un contexte inflationniste, certains établissements ont enregistré « des baisses de fréquentation en hauteur de 10 à 20 % ». Il insiste sur le fait qu’un prix en hausse signifie souvent « le dépassement d’un seuil de tolérance » pour certaines familles, contraintes de se tourner vers d’autres systèmes éducatifs.

    Vers une gouvernance plus partagée ?

    Avec une contribution financière accrue des parents, la question de leur place dans la gouvernance se pose de plus en plus. Pour le président de la FAPE, cette évolution est logique : « c’est légitime que les familles soient associées au fonctionnement des établissements ».
    Il prévient toutefois qu’un manque de transparence peut entraîner des réactions de repli, voire une surveillance accrue du fonctionnement pédagogique, qualifiée de « réflexes de survie ».

    Les membres du CA et du bureau de la Fapee
    Les membres du CA et du bureau de la Fapee

    Brice Bultot est clair : « personne ne devrait se féliciter d’une fermeture d’établissement ». Une telle issue serait, selon lui, « un signe d’échec ». Les parents ont donc tout intérêt à défendre à la fois les taux d’encadrement, la qualité de l’enseignement et le maintien des équipes éducatives, tout en anticipant un possible désengagement de l’AEFE de certains établissements conventionnés.

    D’autres leviers que le portefeuille des familles

    La FAPEE plaide pour une approche globale de la réforme. Brice Bultot rappelle que les principaux défis résident dans « la projection de l’inflation de la masse salariale » et surtout dans le poids croissant des pensions civiles. Il évoque aussi d’autres pistes : partenariats avec les pays d’accueil, priorités budgétaires du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et modulation des subventions publiques. La FAPEE défend une vision « tout-ou-rien », refusant les simples « pansements budgétaires ».

    « Une mission parlementaire sur l’AEFE confiée
    à la sénatrice Samantha Cazebonne »

    La mission confiée à la sénatrice Samantha Cazebonne est perçue comme pertinente par la FAPEE. Pour Brice Bultot, elle est la personnalité ayant « le plus travaillé sur ce sujet-là au cours des dix dernières années ». Il attend de cette mission une méthode « holistique » et surtout l’absence de tabous : « il n’y en aura aucun côté FAPEE ».

    Dans les mois à venir, la FAPEE observera attentivement la réaction de ses membres face aux annonces détaillées de la réforme complète l’AEFE. Brice Bultot insiste : « ce n’est pas la peine de cacher les choses » et « il va falloir s’appuyer sur des choses réelles ». Des négociations s’ouvrent notamment pour les établissements conventionnés et partenaires. L’objectif est clair : que les efforts nécessaires à l’équilibre du réseau soient « entièrement partagés » entre toutes les parties prenantes.

    Pour connaître la position des familles sur l’augmentation de frais de scolarité dans les établissements du réseau AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger), écoutez l’intégralité de ce podcast Lesfrancais.press avec Brice Bultot, Président de la FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger).

  • Le chantage américain pour s’approprier le Groenland

    Le chantage américain pour s’approprier le Groenland

    2026 continue sur sa lancée… A la manœuvre, on retrouve l’homme de la décennie, au bon comme au mauvais sens, Donald Trump. Le président américain a annoncé alourdir les droits de douanes pour les pays qui s’opposent à sa volonté de s’approprier le Groenland ! 10% de plus le 1 février soit une taxe de 20% pour tous produits importés depuis ces pays aux USA et en juin, il promet que le taux global sera de 25%. Bien sûr, dans le viseur, en premier lieu, la France. On fait le point pour les Français de l’étranger !

    8 pays concernés

    Le président américain, Donald Trump, a annoncé, ce samedi 17 janvier, que les Etats-Unis imposeront dès le 1er février des nouveaux droits de douane de 10% sur « toutes les marchandises » en provenance de plusieurs pays européens, et ce jusqu’à ce qu’un accord soit conclu pour « la vente totale du Groenland« . Il a précisé que ces droits de douane passeraient à 25% le 1er juin 2026. Les pays concernés sont le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande, a-t-il détaillé sur son réseau Truth Social. Le chef de l’État américain n’a pas précisé sur quelle base juridique il entendait appliquer ces nouveaux droits de douane.

    Caricature du journal belge LeSoir ©LeSoir
    Caricature du journal belge LeSoir ©LeSoir

    Le président Trump a justifié ses menaces en estimant que les pays européens « se livrent à ce jeu très dangereux » et « ont pris un risque qui n’est ni tenable ni viable« . « La Chine et la Russie veulent le Groenland, et le Danemark ne peut rien y faire« , a-t-il réitéré. Pour lui, « Il est donc impératif, afin de protéger la paix et la sécurité mondiales, de prendre des mesures énergiques pour que cette situation potentiellement périlleuse prenne fin rapidement et sans équivoque ».

    Des menaces inacceptables

    Le président de la République française a, rapidement, pris la parole sur le réseau social X après les menaces tarifaires de Donald Trump, déclarant que celles-ci sont «inacceptables» et qu’elles n’ont «pas leur place dans ce contexte».

    « Les Européens y répondront de façon unie et coordonnée si elles étaient confirmées. Nous saurons faire respecter la souveraineté européenne »

    Emmanuel Macron ce 17 janvier 2026

    Emmanuel Macron rappelle par ailleurs que c’est au nom de « la souveraineté » et de « l’indépendance des Nations » que la France a « décidé de [se] joindre à l’exercice décidé par le Danemark au Groenland. Nous l’assumons. Aussi car il en va de la sécurité en Arctique et aux confins de notre Europe. » Le chef de l’État assure qu’il s’entretiendra « avec nos partenaires européens » pour évoquer une riposte.

    Pour Carl Bildt, ancien premier ministre de Suède, les menaces de surtaxes douanières de Donald Trump sur les huit pays européens ayant envoyé des troupes militaires au Groenland va « très probablement faire s’effondrer l’accord commercial » signé par l’Union européenne et les États-Unis en juillet, comme il l’a écrit dans un post sur X.

    Cet accord prévoyait notamment des droits de douane de 15% sur tous les produits européens entrant aux États-Unis. « La confrontation commence à s’intensifier. À suivre », conclut Carl Bildt.

  • Le Traité de libre-échange avec le Mercosur est signé

    Le Traité de libre-échange avec le Mercosur est signé

    La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa ont procédé à la signature du Traité de libre-échange avec le Mercosur lors d’une cérémonie à Asunción ce samedi 17 janvier. Le président du Paraguay, Santiago Peña, et celui de l’Uruguay, Yamandu Orsi, étaient également de la partie. Mais une absence a été remarquée, celle de Luiz Inacio Lula da Silva. À la tête de la première économie d’Amérique latine, géant agricole d’envergure mondiale, le président brésilien a joué un rôle crucial dans l’avancée du traité UE-Mercosur. Malgré l’opposition de plusieurs pays dont la France, c’est l’aboutissement de longues négociations entamées en 1999 avec les membres fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay).

    Le traité avec le Mercosur, bien plus que l’agriculture !

    Il est important de faire le point sur les quelques narratifs trompeurs qui se sont fait une place dans le débat au cours des dernières semaines.

    Premier point avec qui l’Union européenne signe cet accord ? Il faut savoir que l’alliance économique Mercosur, créée par le Traité d’Ascension le 26 mars 1991, est constituée de l’Argentine, du Brésil, de l’Uruguay, du Paraguay et depuis 2023 de la Bolivie, mais qui elle, est non incluse dans l’accord.

    Sur les réseaux sociaux, le traité avec le Mercosur est souvent réduit à son volet agricole. Pourtant, l’accord est bien plus large et vise à supprimer les droits de douane actuellement élevés dans des secteurs clés de l’Union européenne comme les voitures et pièces détachées, les machines, les produits chimiques et les produits pharmaceutiques. Des marchandises qui vont désormais pouvoir être exportées vers ces produits sans taxe, permettant ainsi de maintenir la production sur le continent européen tout en étant compétitif sur les marchés de ces pays.

    Pour la France particulièrement, les exportations de biens vers le Mercosur représentent 5,56 milliards d’euros. L’accord permettra de réaliser d’importantes économies sur les droits de douane, d’ouvrir le marché des services du Mercosur aux entreprises françaises. La suppression des tarifs douaniers sur les exportations françaises concerne :

    • Le secteur des machines et équipements électriques (appareils téléphoniques, appareils informatiques…), avec des exportations françaises vers le Mercosur qui représentent 1.2 milliards d’euros en 2018 et 234 000 emplois en France
    • Le secteur du matériel de transport (aéronautique, voiture …), avec des exportations françaises vers le Mercosur qui représentent 1,76 milliard d’euros en 2018 et 372 000 emplois en France
    • Les produits chimiques et pharmaceutiques, avec des exportations françaises vers le Mercosur qui représentent 1,37 milliard d’euros en 2018
    • Les produits plastiques et caoutchouc, avec des exportations françaises vers le Mercosur qui représentent 264 millions d’euros en 2018
    • Les instruments optiques, médico-chirurgicaux, de mesure et de photographie, avec des exportations françaises vers le Mercosur qui représentent 189 millions d’euros en 2018.

    Une concurrence déloyale pour les agriculteurs ?

    L’agriculture fait partie des secteurs concernés par l’accord UE-Mercosur. C’est ce volet qui rencontre l’opposition d’une partie de la filière agricole en France, les agriculteurs redoutant une concurrence jugée déloyale face à l’afflux de produits agricoles en provenance du Mercosur. L’accord est souvent appelé « viandes contre voitures » puisqu’il devrait permettre aux entreprises européennes d’exporter davantage de produits industriels et de services alors qu’en retour les pays du Mercosur devraient exporter davantage de produits alimentaires et agricoles vers l’Union européenne.

    En réalité, le secteur agricole de l’Union européenne bénéficiera lui aussi de cet accord puisqu’il devrait réaliser des exportations supplémentaires (vins et spiritueux, produits laitiers …) et voir de nombreux produits sous appellations protégées dans les pays du Mercosur. Aussi, afin de protéger sa filière agricole et de contenir le volume des produits sud-américains sur le marché européen, l’Union européenne a négocié différents quotas et mesures de protections.

    ©DIMITAR DILKOFF / AFP
    ©DIMITAR DILKOFF / AFP

    Ainsi, le traité prévoit aussi la protection des produits et boissons sous appellation géographique française : certains fromages (Comté, Gruyère…), certains vins et spiritueux (Chablis, Champagne, Rhum de la Guadeloupe…), le riz de Camargue, certaines viandes et porcs (Bœuf de Charolles, jambon de Bayonne…), certains beurres (Beurre des Charentes …), les Huîtres Marennes d’Oléron, les pruneaux d’Agen ainsi que l’huile essentielle et l’essence de lavande de haute Provence.

    Aussi, le Traité de libre-échange avec le Mercosur, afin de limiter l’afflux de produits agricoles ou alimentaires très concurrentiels en Europe, inclut des quotas alimentaires à droits de douane réduits. Ceci veut donc dire que les produits importés des pays du Mercosur au-delà de ces quotas seront soumis aux droits de douane normaux, comme en 2025. Les quotas déterminés sont les suivants :

    • 99 000 tonnes de viande bovine assujetties à un droit de 7,5% (1,6% de la production totale de l’Union européenne-les exportations actuelles de viande bovine en provenance du Mercosur vers l’Union européenne représentent un total de 200 000 tonnes)
    • 180 000 tonnes de volaille en franchise de droits (1,4% de la production totale de l’Union européenne)
    • 180 000 tonnes de sucre en franchise de droit (1,1% de la production dans l’Union européenne)
    • 450 000 tonnes pour l’éthanol destiné à l’industrie chimique
    • 60 000 tonnes de riz en franchise de droits (2% de la consommation dans l’Union européenne)

    La santé en danger ?

    Sur les réseaux sociaux et ailleurs, les Français s’insurgent contre les risques pour leur santé ! Pourtant, il est important de rappeler que toutes les conditions sanitaires en vigueur au sein de l’Union européenne restent en place avec l’accord UE-Mercosur : par exemple, les OGM interdits dans l’Union européenne ne peuvent pas être importés, les denrées alimentaires importées doivent respecter les teneurs maximales en résidus de pesticides fixées par l’Union européenne et depuis une directive de 1981, il est interdit d’importer des viandes dont la croissance a été stimulée par des hormones.

    Tous les produits mis sur le marché de l’UE, produits dans l’Union ou importés de pays tiers, doivent respecter les normes sanitaires et phytosanitaires. Concernant les pesticides, il peut arriver que les produits importés aient été traités avec des substances non autorisées dans l’Union européenne et soient importés tout de même. En effet, les conditions de production sont différentes entre l’Union et les pays tiers dans la mesure où les États tiers, souverains, décident de leurs conditions de production. Toutefois, cette présence de pesticides dans des produits importés n’est acceptable que si les résidus de ces pesticides mesurés dans ces produits restent inférieurs à une limite maximale fixée par l’EFSA (l’Autorité européenne de sécurité des aliments).

    Manifestation contre l'accord UE-Mercosur à Agen, le 15 novembre 2024. © Maxppp - VALENTIN VIE/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI
    Manifestation contre l’accord UE-Mercosur à Agen, le 15 novembre 2024. © Maxppp – VALENTIN VIE/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI

    Mais comment s’assurer du respect des normes ? C’est aux pays qui souhaitent exporter vers l’Union de démontrer qu’ils respectent les exigences posées par celle-ci. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils peuvent être inscrits sur la liste des pays et sites autorisés à exporter vers l’UE. Par ailleurs, les exigences sanitaires et phytosanitaires doivent être certifiées par les autorités du pays exportateurs et font l’objet de contrôle à l’entrée dans l’Union par les autorités de États-Membres.

    Deux types de contrôles sont donc effectués :

    • des contrôles portant sur les systèmes de production des pays tiers (dans les pays tiers) effectués par les services de la Commission européenne
    • des contrôles portant sur les produits lors de leur arrivée aux frontières de l’Union européenne sont effectués par les douanes des États-Membres.

    Des mesures de sauvegarde renforcées et plus faciles à mettre en place

    Afin de répondre aux inquiétudes exprimées par de nombreux agriculteurs européens et de leur apporter des garanties et protections supplémentaires, la Commission a proposé en fin 2025 des mesures additionnelles.

    Le 9 décembre dernier, la Commission a présenté plusieurs mesures visant à renforcer les contrôles aux frontières de l’UE et dans les pays tiers. Celles-ci s’inscrivent dans le cadre de la Vision pour l’agriculture et l’alimentation et ne sont pas spécifiques au Mercosur et concerneront tous les contrôles relatifs aux importations agroalimentaires. Ces mesures prévoient notamment une augmentation du nombre d’audits réalisés dans les pays tiers ainsi que ceux réalisés aux postes de contrôles frontaliers européens. Enfin, une « task force » sera créée pour rendre les contrôles à l’importation plus efficaces notamment sur la question des résidus de pesticides.

    Ces mesures ont été complétées le 17 décembre dernier, lorsque le Parlement européen et le Conseil sont parvenus à un premier accord provisoire visant à renforcer la protection des agriculteurs dans l’Union. Celui-ci prévoit une liste de produits sensibles faisant l’objet d’un suivi renforcé (prix, volumes d’importation) avec l’élaboration d’un rapport semestriel de suivi par la Commission.

    Ainsi il est prévu de lancer des enquêtes dès lors que les importations d’un produit sensible augmentent d’au moins 8% ou que le prix du produit importé baisse d’au moins 8% et que dans l’un ou l’autre cas, le prix du produit importé est 8% moins cher que le produit européen équivalant. L’enquête doit être ouverte dans un délai de quatre mois et en cas d’urgence, des mesures provisoires pourront être introduites dans un délai maximal de 21 jours.

    Une proximité culturelle à entretenir

    Malgré tout, pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.  Mais pour ses partisans, il permettra au contraire de relancer une économie européenne à la peine et de soigner les relations diplomatiques avec l’Amérique latine.

    Mais alors que monde se déchire et que les frontières se relèvent, il est bon de rappeler que les deux continents ancrés dans la culture latine doivent restent unis face aux assauts multiples des nouveaux impérialistes. Pour rappel, les deux blocs représentent 30% du PIB mondial et comptent plus de 700 millions de consommateurs.

  • « L’insulation » : Le recueil de nouvelles d’une expatriée de Singapour

    « L’insulation » : Le recueil de nouvelles d’une expatriée de Singapour

    Avec Insulations, Nouvelles de Singapour, Julie Moulin a su transformer l’expérience traumatique du Covid vécue à Singapour pour en tirer un matériau littéraire fertile. Récits courts et toniques, atmosphère d’un quotidien épidémique marqué par l’étrange et l’inquiétant. L’autrice se distingue par sa douce ironie et son style puisant dans le décalé et le surgissement de l’extraordinaire. Voilà résumé à grands traits cette œuvre composée de quinze nouvelles littéraires et fantastiques d’une expatriée de Singapour.

    15 nouvelles entre étrange et fantastique

    « Le fantastique et le merveilleux sont de formidables révélateurs des mécanismes à l’œuvre dans la réalité » (Julie Moulin). À la fois observatrice d’une société singapourienne pionnière dans la lutte contre le Covid mais aussi une des plus fermes sur le contrôle social, Julie Moulin a trouvé dans l’écriture un classique échappatoire à ce contexte sanitaire pesant et à son immobilité forcée. Coupée des siens pendant 18 mois elle était aussi blessée au dos et largement immobilisée à domicile. L’autrice a donc été placée en quelque sorte face à un impératif absolu d’imagination.

    « On nous communiquait le nombre de décès et de nouveaux codes de conduite. Mais ce qui mourrait le plus était en nous , et ça, cette extinction de l’espèce, échappait aux statistiques »

    Julie Moulin , Insulations (Editions Thierry Marchaisse)

    C’est d’ailleurs avec une nouvelle consacrée à une femme expatriée en train de lutter contre la moisissure ambiante et qui finira par moisir elle-même qu’elle inaugure le recueil. Un sens de l’auto-dérision doublé d’une noirceur douce amère qui nimbe toutes les pièces d’Insulation : Un terme qu’elle a inventé au passage : « parce que cela renvoie à la notion d’isolement. C’est aussi un néologisme, un mot que j’ai inventé pour sa proximité sonore avec les mots insolation et insularité ».

    Julie Moulin : du Covid à l’écriture

    Les éditions Thierry Marchaisse ont su faire confiance à raison à cette autrice qui avait pu déjà publier à deux reprises. Depuis « Jupe et Pantalon », premier roman datant de 2016 et écrit alors qu’elle réside aux frontières de la Suisse, elle a donc connu l’expatriation en compagnie de sa famille. Cette mère de trois enfants, diplômée de Sc Po Paris, sait conjuguer les talents et s’intéresse désormais aux auteurs de Singapour qu’elle évoque dans des podcasts publiés régulièrement et intitulés « Marcher entre les lignes ».

    Perroquets
    Le perroquet qui a inspiré la première nouvelle du recueil

    On distinguera parmi les nouvelles celle consacrée aux perroquets, dont on maintiendra intact le suspens, avec  également une mention pour cette « nouvelle genèse » qui vient conclure le livre. À partir de l’histoire d’une femme trouvant un radio-réveil rejeté par la mer, Julie Moulin nous formule une invitation probable à des modes de vie plus sobres et économes en énergie. « On alertait au sujet de l’impact qu’avait la frénésie de nouveauté sur le moral des humains, le métabolisme des mers et l’évolution des écosystèmes, on savait que dans le cycle alimentaire moderne, plastique et hydrocarbures en constituaient à la fois le début et la fin, que l’humanité n’était plus qu’un vaste détritus, une immense cellule cancéreuse courant à sa perte ».

    Si cette littérature n’est pas au sens strict politique elle pourra aussi être évocatrice pour ceux qui voient nos civilisations devenir parfois un peu folles. Le Covid, ce moment traumatique collectif et privatif de liberté, nous aura au moins incité à nous pencher sur ce que nous sommes. Sur ce que nous sommes en train de devenir. Et l’insulation de Julie Moulin est aussi à découvrir pour ce miroir réflexif qu’elle nous tend. Un livre publié le 22 janvier mais déjà disponible à la commande.

    Interview de l’autrice : Julie Moulin

    Julie Moulin, autrice d’Insulations (Editions Thierry Marchaisse)
    Julie Moulin, autrice d’Insulations (Editions Thierry Marchaisse) © Hélène Le Chatelier

    « Ce qui m’intéresse, ce sont les questions d’identité. Qui est-on et qui devient-on, loin de chez soi ?

    Julie Moulin. L’insulation. Nouvelles de Singapour.

    Lesfrancais.press : « Vous nous livrez un recueil de nouvelles courtes qui jouent de l’étrange et du fantastique. La première nouvelle est saisissante : un personnage qui lutte contre la moisissure de son appartement et finit par moisir lui-même. Est-ce à la fois une histoire inspirée de votre expatriation à Singapour et une forme de jugement moral sur l’expatriation elle-même ? »

    Julie Moulin : « Je me moque surtout de moi-même. Je dois vous donner un élément de contexte. J’ai eu un accident au dos à Singapour qui m’a longtemps immobilisée et dont je conserve des séquelles. Allongée dans mon lit, j’ai eu tout le loisir de fantasmer (en plus de faire les courses sur mon téléphone, et d’acheter notamment des Hippo Thirsty). Je me suis ainsi imaginée en train de moisir. Les moisissures sont, il est vrai, un sujet récurrent de conversation à Singapour et ont été, pour moi, une source d’angoisses quand nous sommes arrivés. Comme je ne me renseigne jamais sur rien avant de me rendre quelque part, même avant de m’expatrier, parce que j’aime faire mes propres découvertes, j’ai en effet apporté de nombreuses affaires inadaptées aux Tropiques. Je n’ai pas de jugement moral sur l’expatriation (un peu d’ironie réflexive, c’est tout) et je n’ai pas non plus cherché à documenter la vie d’expatriée à Singapour (que je ne cite jamais). Je relève ce qui m’interpelle et j’en fais des histoires. Ce qui m’intéresse, ce sont les questions d’identité. Qui est-on et qui devient-on, loin de chez soi ? De quelle manière le voyage, l’exil ou l’expatriation, transforment-ils un individu ? »

    Ecrire en s’imprégnant de la réalité

    Lesfrancais.press : « Le registre du fantastique s’incarne dans plusieurs de vos histoires comme des petits contes d’une horreur familière et quotidienne que ne désavouerait pas un Stephen King. Comment vous est venue l’inspiration de l’histoire de l’oiselier, des perroquets et de leurs photos ? »

    Julie Moulin : « L’étranger est étrange jusqu’à ce que l’on s’y habitue. C’est un formidable matériau littéraire. Mes nouvelles partent d’éléments banals ou insolites du réel sur lesquels mon imagination s’est greffée. L’expatriation a été un véritable carburant. Plus j’étais intriguée, plus j’inventais des mondes. Cela participe aussi d’un état d’esprit. Je n’aime pas m’ennuyer. Je donne souvent au quotidien des allures fantastiques. J’aime bien me dire, et dire, qu’il m’arrive dans la vie des choses incroyables. »

    « L’étranger est étrange jusqu’à ce que l’on s’y habitue »

    Julie Moulin, autrice d’Insulations (Editions Thierry Marchaisse)

    Concernant le perroquet, je l’ai croisé en vrai, avant mon accident, devant une oisellerie proche de chez moi. Je l’ai pris en photo comme je le trouvais beau. Beaucoup plus tard, allongée dans mon lit, je me suis imaginée l’histoire de cet homme prenant en photo des perroquets… Écrire, c’est s’imprégner de la réalité et laisser remonter ses souvenirs puis en faire autre chose, réécrire le monde à sa manière. C’est une retranscription ou plutôt une traduction.

    Enjoying art in the New Normal
    L’affiche sur le « New Normal » c’est à dire la politique de gestion du risque à Singapour pendant l’épidémie de Covid.

    Le fantastique et le merveilleux sont en retour de formidables révélateurs des mécanismes à l’œuvre dans la réalité. C’était une époque où l’on pouvait se faire prendre en photo par n’importe qui et se faire dénoncer en cas de non-respect des règles de distanciation sociale en vigueur. On se faisait voler sa liberté. Peut-être que j’avais l’impression de vivre dans une fiction. »

    Le Covid, un traumatisme pour l’autrice ?

    Lesfrancais.press : « Il y a dans l’insulation le contexte de l’épidémie du Covid en toile de fond. Dans vos textes vous parlez de la distance et de l’impossibilité de tout contact physique même tendre. On voit la mer charrier aussi son lot de cadavres. Comment avez-vous vécu l’épidémie et où ? Et comment avez-vous été inspirée pour ces textes certainement cathartiques ? » 

    Julie Moulin : « J’ai déménagé à Singapour en août 2020, en pleine pandémie. J’ai donc vécu le premier confinement en France puis les différentes phases de la gestion de cette crise sanitaire à Singapour, jusqu’en mai 2022 environ. Comme tout le monde, à Singapour ou ailleurs, j’ai été marquée par cet épisode historique. Je pense que la fermeture des frontières, que je mentionne plusieurs fois dans mes textes, m’a vraiment traumatisée. Il y a eu d’abord l’impossibilité au printemps 2020 de me rendre en Suisse alors que j’habitais à la frontière en France et avais toujours navigué entre ces deux pays. C’était la première fois de ma vie où je ne pouvais pas me déplacer comme je l’entendais.

    « La fermeture des frontières m’a vraiment traumatisée »

    Julie Moulin, autrice d’Insulations (Editions Thierry Marchaisse)

    Puis une fois arrivée à Singapour, il nous a été impossible, interdit, de voir nos familles pendant 18 mois car nous risquions de ne pas être autorisés à revenir sur le territoire au retour. Le contrôle était si strict à Singapour que les réactions en France me paraissaient d’ailleurs disproportionnées, je m’en amuse dans le texte Insulation II. Ce texte contient des éléments totalement improbables à Singapour. 

    Oui, j’ai souffert, comme beaucoup d’entre nous, de l’absence et de l’interdiction de contact physique. Cela se traduit dans mes textes. Il faut également dire qu’à cette même époque, je perdais une partie de ma mobilité et étais contrainte de passer de longues périodes allongées. J’étais doublement enfermée, chez moi et en moi. Mais la question de la tendresse va au-delà de ce problème personnel et de la pandémie de covid : nous vivons une période extrêmement brutale. Je crois que nous avons profondément besoin de relations humaines. » 

    L’écriture : un exutoire ?

    Lesfrancais.press : « C’est votre troisième ouvrage. Avez-vous affermi votre style de romancière expatriée ? Vous avez aussi connu la Suisse qui partage avec Singapour une forme de richesse mais aussi sûrement de contrôle social. Cela vous a-t-il inspiré un style fantastique et plus vagabond pour échapper à un quotidien aseptisé ? » 

    Julie Moulin : « Je sais que l’on dit de Singapour que c’est la Suisse de l’Asie à cause de sa richesse. Mais la comparaison s’arrête là. Je ne vois guère de similitudes entre ces deux pays, que j’aime pour des raisons différentes. Concernant le contrôle social… Oui, cela est parfois pesant à Singapour. On bénéficie (en tant que femme, Singapour est sans doute le meilleur endroit sur terre où vivre) autant que l’on souffre des règles et des interdictions à tous les étages de la vie sociale. Tout est minutieusement planifié, le hasard a si peu de place que l’écriture a certainement été un exutoire. 

    « Dans un contexte mondial et personnel de grande incertitude et de drames, l’écriture a été une manière de reprendre le contrôle de ma vie »

    Julie Moulin, autrice d’Insulations (Editions Thierry Marchaisse)

    Surtout qu’au même moment, mon corps se délitait. Dans un contexte mondial et personnel de grande incertitude et de drames, l’écriture a été une manière de reprendre le contrôle de ma vie. J’étais maître de ce que j’écrivais tout en me laissant surprendre. Je pouvais, comme vous l’écrivez, vagabonder à ma guise. La fantaisie, l’humour et l’absurde étaient déjà présents dans mes deux romans, surtout dans le premier, « Jupe et pantalon ». C’est ma façon de voir le monde et de le raconter.

    J’ai écrit deux autres textes pendant cette période 2020-2024 : un récit de voyage en Russie et un roman, qui, eux, n’ont pas été publiés. La forme courte des nouvelles m’a mieux réussi. Cela est avant tout lié à ma condition physique. J’avais très peu de temps pendant lequel j’étais capable de travailler. Je rêvais beaucoup, des songes éveillés, et j’écrivais ensuite très vite, de façon ramassée. J’ai souvent écrit dans l’urgence. Le retravail des textes est arrivé plus tard quand j’étais en capacité de m’asseoir pendant de longues périodes, devant mon ordinateur. Cette façon d’écrire était adaptée à l’écriture concentrée qu’est celle des nouvelles. Ce n’était pas possible de construire un roman cohérent dans ces conditions. Je me suis donc à la fois pas mal fourvoyée et trouvée. »

    Lesfrancais.press : « Qu’attendez-vous de ce troisième livre et êtes-vous déjà sur un nouveau projet d’écriture ? »

    Julie Moulin: « Quand je me suis retrouvée immobilisée, l’écriture a été mon remède. J’ai mobilisé toutes mes forces pour écrire et remarcher. Que ces nouvelles soient publiées est pour moi une épiphanie. J’avais besoin de retrouver confiance en moi. Je suis, à ce titre, véritablement reconnaissante envers les éditions Thierry Marchaisse qui ont pris le risque de publier des nouvelles, un genre peu mis en avant en France (au contraire d’autres pays). 

    Outre les textes cités plus haut que je reprendrai peut-être, je produis depuis mai 2024 un podcast sur Singapour tel que le voient les auteurs locaux. Il s’intitule Marcher entre les lignes. Je prends un grand plaisir à écrire ses épisodes qui sont des histoires en soi. C’est encore une autre forme littéraire. J’aimerais beaucoup traduire en français un des romans que j’ai mis en avant. »

    L’insulation, Nouvelles de Singapour de Julie Moulin
    L’insulation, Nouvelles de Singapour de Julie Moulin

    Commander l’insulation de Julie Moulin recueil de nouvelles publié le 22 janvier aux éditions Thierry Marchaisse


    Commander le livre

  • Éléonore Caroit : « Nous avons besoin d’une France forte dans une Europe forte »

    Éléonore Caroit : « Nous avons besoin d’une France forte dans une Europe forte »

    En milieu de semaine, la ministre des Français de l’étranger s’est rendue à Bruxelles pour rencontrer les dirigeants européens et ses homologues. Malgré un agenda très chargé, Éléonore Caroit nous a reçus pour nous dévoiler sa vision d’une France dans un monde fragmenté où la solidarité européenne devient une question de survie. 

    La France assure la présidence du G7

    Lesfrancais.press :  Madame la ministre, vous revenez d’un déplacement à Bruxelles consacré notamment aux politiques de développement. Quel en était l’enjeu principal ?

    Éléonore Caroit : « Ce déplacement à Bruxelles avait pour objectif de promouvoir nos priorités en matière de développement et de mieux nous coordonner au niveau européen, à un moment décisif, alors que la France assure la présidence du G7.

    Dans un monde fragmenté et instable, les partenariats internationaux sont un levier stratégique essentiel pour nous permettre d’avoir de l’influence à l’international, de consolider nos alliances et de défendre à la fois nos intérêts et nos valeurs.

    L’Union européenne est un véritable levier d’action : nous avons besoin d’une France forte dans une Europe forte, capable d’agir de manière cohérente et efficace. »

    Lesfrancais.press :  Vous avez rencontré quatre commissaires européens. Quels messages leur avez-vous portés ?

    Éléonore Caroit : « Je me suis d’abord réunie avec Jozef Síkela, commissaire aux Partenariats internationaux, et avec Hadja Lahbib, commissaire chargée notamment de la gestion des crises humanitaires. Ces échanges ont été essentiels pour rappeler nos priorités et renforcer la cohérence de l’action extérieure de l’Union européenne.

    Nous avons notamment évoqué le pilotage de Global Gateway, la stratégie européenne lancée fin 2021 pour soutenir le développement d’infrastructures et un contexte favorable à l’investissement dans nos pays partenaires, dans cinq secteurs clés : les transports, l’énergie, le numérique, la santé et l’éducation.

    À la croisée du développement et de la politique économique, cette stratégie doit permettre à l’Union européenne de répondre aux besoins de ses partenaires tout en défendant son autonomie stratégique et sa compétitivité.

    Nous avons également travaillé sur Global Europe, qui sera notre nouvel instrument d’action extérieure dans le prochain cycle budgétaire de l’Union européenne (2028-2034). L’objectif est clair : mieux articuler l’aide, l’investissement et la diplomatie européenne afin de rendre l’action extérieure de l’Union plus visible, plus efficace et plus stratégique.

    Montage de photos d’Eléonore Caroit ce mardi 13 janvier à Bruxelles avec la communauté française ©LFP
    Montage de photos d’Eléonore Caroit ce mardi 13 janvier à Bruxelles avec la communauté française ©LFP

    Enfin, avec Wopke Hoekstra, commissaire européen chargé de l’action pour le climat, nous avons travaillé sur les suites de la COP30 de Belém et sur le rôle de l’Union européenne dans la diplomatie climatique internationale. Ces échanges sont d’autant plus nécessaires dans un contexte marqué par le désengagement progressif des États-Unis sur ces enjeux.

    Dans ce paysage en recomposition, l’Union européenne a une responsabilité particulière : elle est aujourd’hui le premier acteur humanitaire mondial et un pilier central de la coopération internationale et de la réponse aux crises, qu’elles soient climatiques ou humanitaires. Elle doit pleinement assumer ce rôle en renforçant la cohérence et l’ambition de son action extérieure. »

    Global Europe

    Lesfrancais.press :  Pourquoi ces échanges sont-ils particulièrement importants en ce moment ?

    Éléonore Caroit : « Parce que ces enjeux sont au cœur des négociations sur le prochain budget de l’Union européenne, et notamment sur l’instrument Global Europe, qui structurera notre action extérieure pour les années à venir.

    Ces entretiens sont également précieux pour concrétiser les ambitions de la présidence française du G7.

    Dans un contexte budgétaire contraint, il est indispensable de rendre notre action plus ciblée, plus intégrée et plus efficace. Il faut défendre le multilatéralisme et agir ensemble : c’est ainsi que nous pourrons répondre aux grandes problématiques mondiales. »

    Lesfrancais.press :  Vous avez aussi rencontré le Vice-Premier ministre belge. Que retenez-vous de cet entretien ?

    Éléonore Caroit : « Je me suis entretenue avec Maxime Prévot, Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement. Nos échanges ont porté sur la coopération européenne, mais aussi sur les enjeux de francophonie, qui constituent un lien politique, culturel et humain majeur entre la France et la Belgique.

    La France et la Belgique entretiennent d’excellentes relations dans tous les domaines, et je m’en félicite.

    Comme lors de chacun de mes déplacements, j’ai également tenu à rencontrer la communauté française établie en Belgique ainsi que les élus consulaires, à l’ambassade, à la Chambre de commerce France-Belgique et au lycée français Jean Monnet. Ces échanges me permettent de rester à l’écoute des Français de l’étranger, qui sont à la fois des acteurs de la relation bilatérale et des relais essentiels de la francophonie au quotidien. »

    Lesfrancais.press :  Quel message souhaitez-vous faire passer à l’issue de ce déplacement ?

    Eléonore Caroit : « Face aux crises, au dérèglement climatique et aux tensions géopolitiques, l’Europe doit agir avec résolution, en défendant ses intérêts stratégiques tout en restant fidèle à ses valeurs. La France y prend toute sa part. »

  • Bourses scolaires : la campagne 2026-2027 est ouverte

    Bourses scolaires : la campagne 2026-2027 est ouverte

    Alors que l’avenir de l’AEFE continue d’alimenter le débat public, la campagne des bourses scolaires 2026 – 2027 s’est ouverte ces derniers jours. Nombreux sont celles et ceux qui souhaiteraient une évolution des critères d’attribution de ces aides, mais pour cette année les règles restent inchangées et s’appuient sur des critères en vigueur depuis plusieurs exercices. Une question demeure néanmoins : que devient le portail Scolaide, par lequel les dossiers pouvaient être déposés ? L’an dernier, la plateforme numérique avait en effet révélé plusieurs dysfonctionnements, compliquant les démarches des usagers. Voici un rappel des informations essentielles à connaître.

    Les critères pour déposer une demande de bourses scolaires AEFE

    L’attribution d’une aide à la scolarité repose sur le respect de critères précis, applicables à l’ensemble du réseau des établissements français homologués par le Ministère de l’Education natinale. Ces conditions, communes à tous les pays, sont consultables sur les sites des consulats. Afin de vous éviter les recherches, nous les reprenons ici dans leur intégralité :

    Rappel des conditions pour déposer une demande de bourse scolaire AEFE : 

    • L’élève pour lequel une demande bourse est déposée doit être de nationalité française ;
    • L’élève doit être âgé d’au moins trois ans au cours de l’année civile de la rentrée scolaire ;
    • Réside avec sa famille (père et/ou mère ou bien tuteur légal ;
    • L’élève doit être inscrit au Registre des Français établis hors de France, ainsi que le parent qui fait la demande de bourse ;
    • Les enfants doivent obligatoirement résider avec au moins l’un de leurs parents dans la circonscription consulaire où la demande est faite ;
    • Les enfants doivent être inscrits ou en cours d’inscription dans un établissement homologué par le Ministère de l’Education nationale ;
    • Fréquente régulièrement les cours ;
    • La famille ne doit plus percevoir de prestations familiales de la part de la CAF, la Caisse d’Allocations Familiales (un certificat de radiation est requis pour les familles dont les enfants ont résidé en France) ;
    • N’a pas un retard scolaire de plus de deux ans s’il a plus de 16 ans.

    Aide à la scolarité : des dispositions financières et patrimoniales à respecter

    Outre les dispositions liées à l’élève, la situation financière et patrimoniale de la famille est un critère déterminant pour accéder à une bourse scolaire.  Ainsi, la composition de celle-ci et la charge financière de la scolarité sur le budget familial sont prises en compte. Ce calcul constitue ce qui est appelé « le quotient familial net des frais de scolarité », qui est ensuite pondéré à l’indice de coût de la vie dans le pays de résidence. À cela s’ajoute aussi le calcul du patrimoine.

    Bourses solaires 2026-2027
    Bourses solaires 2026-2027 © Consulat de France à Hong Kong

    Pour chaque consulat, un montant maximal en matière de patrimoine mobilier ou patrimoine immobilier est prévu. En cas de dépassement vous ne pourrez pas prétendre à une aide à la scolarité. Par exemple pour les Français vivant en Belgique, les seuils d’exclusion en matière de patrimoine mobilier et immobilier pour les demandes de bourses sont de 100.000 € pour le patrimoine mobilier et de 300.000 € pour le patrimoine immobilier. Rappelons également que la demande de bourses scolaires n’est pas automatique, elle doit impérativement être renouvelée chaque année. À noter également que, dans le cadre d’une première demande, un entretien avec le service des bourses scolaires du consulat est obligatoire.

    Où déposer sa demande de bourses scolaires AEFE ?

    Lors de la campagne 2025 – 2026, l’AEFE avait fait le choix de simplifier les démarches des familles en lançant une nouvelle plateforme numérique dédiée au dépôt des dossiers : Scolaide. Une initiative ambitieuse qui, dans les faits, s’est toutefois heurtée à plusieurs difficultés techniques, compliquant l’accès au dispositif pour certains usagers.

    Aussi, il est vivement recommandé de consulter en priorité le site internet du consulat de France de votre pays de résidence, ou celui de votre ambassade. Vous y trouverez l’ensemble des formulaires à compléter ainsi que la liste des pièces justificatives à fournir. À titre d’information, la liste complète des ambassades de France et des consulats dans le monde reste également accessible en ligne, en cliquant ici

    Scolaide
    Scolaide © AEFE

    Bien sûr vous pouvez vous connecter sur Scolaide, mais dans la majorité des cas, le service social du consulat ou de l’ambassade reste aussi chargé de la réception des dossiers. Ceux-ci peuvent être déposés directement à l’accueil ou transmis par voie postale. À noter que les services compétents se réservent également la possibilité de solliciter une visite à domicile (VAD) du demandeur, dans le cadre de l’instruction du dossier.

    Des dates différentes en fonction des consulats

    Enfin, la date limite de dépôt d’un dossier complet varie selon le poste consulaire de rattachement. Il est donc essentiel de se renseigner en amont afin d’éviter tout risque de retard ou d’irrecevabilité. Par exemple, pour nos compatriotes installés à Madrid la date retenue est celle du jeudi 29 janvier 2026, ceux vivant à Singapour ont jusqu’au 27 février pour le faire, et le 4 mars pour nos ressortissants à Montréal.

    Dès la validation de la réception de vos documents, votre dossier entame un long processus d’instruction. Après leur dépôt, les pièces sont examinées par les consulats de votre pays de résidence. Puis vient l’étape de la présentation de votre demande devant le conseil consulaire, une instance où siègent notamment les conseillers des Français de l’étranger. Les conclusions de ces réunions locales sont ensuite transmises à la commission nationale des bourses scolaires de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) qui a le dernier mot. C’est elle qui fixera définitivement le montant, ou le refus ; de l’aide attribuée à chaque famille.

    Alors que les critiques se multiplient face à la hausse des frais de scolarité dans le réseau de l’AEFE, une augmentation largement attribuée aux transferts de charges entre l’Agence et les établissements, la réforme des bourses scolaires pourrait devenir un sujet majeur de 2026. Les conclusions des Assises de la protection sociale, organisées à la fin de l’année 2025, avaient déjà présenté plusieurs pistes de réflexion. À l’approche des prochains rendez-vous électoraux, et notamment des élections consulaires prévues en mai 2026, le sujet devrait au minimum nourrir le débat public, voire ouvrir la voie à de nouvelles mesures.

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