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  • À Miami : un marché met à l’honneur les produits français

    À Miami : un marché met à l’honneur les produits français

    C’est en Floride, et plus précisément à Miami, que les produits Français ont été mis dernièrement à l’honneur. En effet, un marché dédié à nos spécialités nationales s’est tenu le week-end dernier. Cette initiative avait été prise avant les annonces du Président Trump sur les droits de douanes. Ainsi, elle prend une autre ampleur dans ce contexte. D’autant plus que ce RDV français est soutenu par la mairie de Miami.

    Un goût de France à South Beach

    C’est en effet « un goût de France à South Beach », pour reprendre le titre du communiqué de la ville de Miami, qu’à connu Miami ce dimanche 6 avril. « Le marché français de Miami Beach rassemble des artisans et des boulangers talentueux qui incarnent l’élégance, le savoir-faire et les riches saveurs de la culture française », a déclaré notamment le maire de Miami Beach, Steven Meiner, en inaugurant ce nouveau rendez-vous de notre communauté française en Floride.

    Inauguration du marché français à Miami, avec le maire, les élus et Corinne Ouelhadj Engel, l'organisatrice (crédit photo : Loïc Ercolessi)
    Inauguration du marché français à Miami, avec le maire, les élus et Corinne Ouelhadj Engel, l’organisatrice (crédit photo : Loïc Ercolessi)

    À l’initiative de cette démarche, Corinne Ouelhadj Engel, la présidente de la French American Association of Crafts and Trades (FAACT FL). C’est elle avec cette même structure qui avait organisé en fin d’année 2024, le concours de la baguette française à Miami.

    « La motivation est toujours bien présente pour promouvoir tous nos beaux (et bons) produits français »

    Corinne Ouelhadj Engel, présidente de la FAACT FL

    Originaire de la Bresse, cette Française est arrivée il y a plus de 18 ans aux États-Unis. Artisane pâtissière et maître confiturière, elle allie ainsi sa passion et son expertise. Le tout en œuvrant à l’image de la France au pays de l’oncle Sam.

    Un marché de produits français et un ruban bleu blanc rouge

    Au cours d’un échange avec l’organisatrice, celle-ci nous informe que « c’est même la mairie qui (nous) a sollicité ». Elle ajoute qu’un tel « projet avait déjà été évoqué avec nos compatriotes installés à Miami et en périphérie ».

    « En plus d’être une destination commerciale, les organisateurs espèrent que le marché deviendra une célébration de l’artisanat, de la communauté et de la culture française »

    Steven Meiner, Maire de Miami Beach

    Mais la démarche des autorités américaines locales, « c’est une reconnaissance de notre travail » nous dit-elle. Et le maire a même « accepté de couper un ruban bleu blanc rouge », tout un symbole en ces temps. Et le maire n’est pas le seul à soutenir ce projet.

    Produits du marché français à Miami (crédit photo : Loïc Ercolessi)
    Produits du marché français à Miami (crédit photo : Loïc Ercolessi)

    Pour que ce marché puisse se tenir, il fallait obtenir une habilitation officielle. C’est Kristen Rosen Gonzalez, Commissioner) de Miami Beach (qui équivaudrait à une Maire-Adjointe), qui en a été chargée. Et pour elle, « toutes les stations balnéaires de France ont ces incroyables marchés en plein air que tout le monde attend avec impatience chaque semaine (…)  je me suis dit : Pourquoi Miami Beach ne pourrait-elle pas avoir quelque chose de semblable ? J’ai hâte que Corinne et son collectif construisent un marché qui rivalisera avec celui de Saint-Tropez » a déclaré, en clin d’œil, cette représentante officielle lors de l’inauguration.

    Un rendez-vous mensuel où tout est fait maison

    Aussi, une trentaine de vendeurs était répertoriée pour cette inauguration du marché. « Tout est fait maison » précise Corinne. Et même les livres proposés également à la vente (en anglais ou e français) au cours de cet événement, avec une séance de dédicaces des auteurs.

    « Toutes les stations balnéaires de France ont ces incroyables marchés en plein air (…) J’ai hâte que Corinne et son collectif construisent un marché qui rivalisera avec celui de Saint-Tropez »

    Kristen Rosen Gonzalez, commissaire de Miami Beach

    « Tout s’est bien passé » se réjouit Corinne, et donc rendez-vous est pris en mai pour le prochain marché français. « Et si certains sont touchés par les mesures annoncées par Donald Trump, on continue ! La motivation est toujours bien présente pour promouvoir tous nos beaux (et bons) produits français ».

    Le marché français, the place to be !

    Aussi, le marché sera ouvert le premier dimanche de chaque mois, de 9 heures à 16 heures, d’ores et déjà jusqu’en octobre. Vous le trouverez au 1 Washington Ave. à South Beach. C’est tout une large gamme de produits français qui sont proposés, comestibles pour certains, de décorations pour d’autres, sans oublier la culture et d’autres surprises. Ce marché français offre également de nouvelles opportunités aux entreprises présentes en Floride détenues par nos compatriotes ou par des francophones ou francophiles.

    Dédicace du livre de Valy Marval au marché français à Miami
    Dédicace du livre de Valy Marval au marché français à Miami

    Et ce rendez-vous pourrait devenir « the place to be » comme on peut l’écrire en bon français. « En plus d’être une destination commerciale, les organisateurs espèrent que le marché deviendra une célébration de l’artisanat, de la communauté et de la culture française ». Si c’est le maire, Steven Meiner qui le dit… La France peut trouver en lui un porte-parole pour ses produits aux Etats-Unis, et Corinne Ouelhadj Engel, et la French American Association of Crafts and Trades (FAACT FL), un relais efficace pour la promotion du marché français.

  • Éléonore Caroit : l’Amérique latine, une réelle opportunité pour la France

    Éléonore Caroit : l’Amérique latine, une réelle opportunité pour la France

    Écouter le podcast avec Éléonore Caroit

    Alors que les États-Unis de Trump ferment la porte à l’Europe et à la France, l’Amérique latine ne pourrait-elle pas devenir une réelle une opportunité pour notre pays ? C’est, entre autres, la question que Lesfrancais.press a posé à notre invitée Éléonore Caroit. Députée pour les Français vivant dans cette zone géographique, la parlementaire partage, à notre micro, sa position. Elle aborde également la sauvegarde des Océans.

    Autre sujet évoqué, le prochain projet de loi sur les Français de l’étranger. Que devrait-il contenir lui demande-t-on ? Message envoyé à Laurent Saint-Martin, ministre en charge de ce dossier, avec lequel notre invitée s’est rendue dernièrement au Mexique.

    Un message fort de la France à l’Amérique latine ?

    Fin mars, le « Forum des Amériques » s’est tenu au Mexique, une première pour cet événement généralement organisé aux États-Unis. Cette réunion, organisée par les conseillers du commerce extérieur, a été l’occasion pour Laurent Saint-Martin, ministre délégué chargé du commerce extérieur et des Français de l’étranger, de présenter la vision stratégique de la France pour cette région.

    « Ce premier déplacement du ministre en Amérique latine (…) c’est un message très fort visant à renforcer les relations bilatérales avec le Mexique et aussi les relations économiques entre notre pays et les pays de ma circonscription »

    Éléonore Caroit, députée des Français d’Amérique Latine et Caraïbes

    Pour notre invitée, Éléonore Caroit, députée Renaissance des Français d’Amérique latine et Caraïbes, ce déplacement au Mexique est ainsi un signal important envoyé à l’Amérique latine. « C’est un message très fort visant à renforcer les relations bilatérales avec le Mexique et aussi les relations économiques entre notre pays et les pays de (ma) circonscription », explique-t-elle. « C’est aussi un message positif envoyé à tous les Français qui souhaitent investir en Amérique latine », poursuit—elle.

    Eléonore Caroit, députée des Français dAmérique Latine et Caraïbes et Laurent Saint-Martin, ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l'étranger
    Éléonore Caroit, députée des Français dAmérique Latine et Caraïbes et Laurent Saint-Martin, ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger

    Cette présence et ces messages semblent d’autant plus importants dans le contexte actuel où les États-Unis ont adopté une politique protectionniste Éléonore Caroit et Laurent Saint-Martin se sont aussi rendus en République dominicaine et au Pérou au cours de ce déplacement.

    La protection des océans : entre déception et ambition

    Au-delà des aspects commerciaux, l’entretien avec Éléonore Caroit a également porté sur la protection de l’environnement, notamment l’avenir des océans. En tant que députée des Français d’Amérique latine et Caraïbes, elle est particulièrement investie dans les travaux des Nations Unies sur ce sujet ((UNOC). Une conférence internationale se tiendra d’ailleurs à Nice en juin prochain sur cette question, avec l’objectif de ratifier le traité international pour la protection de la haute mer et de la biodiversité marine (BBNJ).

    « Je pense que le président de la république a été au contraire très ambitieux et qu’il a déroulé une feuille de route pour Nice, avec la ratification du BBNF, le traité sur la haute mer »

    Éléonore Caroit, députée des Français d’Amérique Latine et Caraïbes

    Récemment, le président de la République a pris la parole sur ce point lors de l’événement « SOS Océans » organisé à Paris. Son discours aurait déçu selon certains observateurs. Alors quelle réponse Éléonore Caroit apporte-t-elle aux détracteurs ? 

    Éléonore Caroit, députée des Français dAmérique Latine et Caraïbes avec Emmanuel Macron, Président de la République lors de SOS Ocean
    Éléonore Caroit, députée des Français dAmérique Latine et Caraïbes avec Emmanuel Macron, Président de la République lors de SOS Ocean

    « Je pense que le Président de la République a été au contraire très ambitieux et qu’il a déroulé une feuille de route pour Nice. Dans cette feuille de route, il y a la ratification du BBNJ », le traité sur la haute mer » dit-elle. Une mission a aussi été confiée à notre invitée pour accompagner les pays dans la ratification de ce traité, c’est un travail de diplomatie parlementaire qui s’effectue. Éléonore Caroit nous parle des actions menées entre parlements nationaux, et comment des relations transpartisanes peuvent aussi avoir un impact sur les gouvernements.

    Que devrait contenir le projet de loi pour les Français de l’étranger ?

    Outre l’international, cette interview avec Éléonore Caroit porte également sur la vie quotidienne des expatriés. L’actuel ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin, a annoncé vouloir présenter, au Premier Ministre, un projet de loi spécifique pour nos compatriotes établis hors de France.

    Eléonore Caroit, députée des Français dAmérique Latine et Caraïbes à Lima au Lycée Français
    Éléonore Caroit, députée des Français dAmérique Latine et Caraïbes à Lima au Lycée Français

    Prévu pour le second semestre 2025, que devrait absolument contenir ce texte pour répondre aux demandes de nos compatriotes hors de France ? Nous avons interrogé notre invitée.

    « L’idée, ce n’est pas de créer des nouvelles aides (…) Ce qui importe aujourd’hui c’est de dire que les Français de l’étranger sont importants pour la France (…) Ils ont toute leur place dans le débat public national. »

    Eléonore Caroit, députée des Français d’Amérique Latine et Caraïbes

    Éducation, aides sociales, retraite, résidence de repli/attache, EFE (entrepreneurs français à l’étranger), droit au compte bancaire… les sujets ne manquent pas. Ce projet de loi pourrait donc sanctuariser certains aspects, et rendre également pérennes différentes aides. Le budget serait pour autant déconnecté de ce projet de loi. Ce sont à ce stade encore des pistes. Lesfrancais.press vous informera de la suite qui sera réservée à l’élaboration de ce texte.

    En conclusion, quelques mots sont aussi échangés sur l’année France-Brésil qui s’ouvre, avec un certain nombre d’échanges économiques et culturels programmés. L’Amérique latine deviendrait donc réellement une opportunité pour la France, mais alors que faire du Mercosur ? A suivre…

  • Le ministre luxembourgeois de l’Intérieur dénonce les « absurdes » contrôles frontaliers allemands

    Le ministre luxembourgeois de l’Intérieur dénonce les « absurdes » contrôles frontaliers allemands

    BERLIN – Pour le ministre luxembourgeois de l’intérieur, Léon Gloden, les contrôles aux frontières sont loin d’améliorer la sécurité, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement allemand, et ils causent des embouteillages pénalisant les échanges. 

    « Les contrôles frontaliers sont surtout symboliques », explique pour Euractiv Léon Gloden, le ministre de l’Intérieur du Luxembourg, membre du Parti populaire chrétien-social (CSV) de centre-droit. « Ils nuisent au Luxembourg et à l’Allemagne et n’apportent pas grand-chose – c’est ma conclusion ».

    L’Allemagne avait déclenché un tollé parmi ses voisins, après avoir rétabli des contrôles à ses frontières à l’automne dernier, suite à des attaques commises par des personnes en situation irrégulière. 

    Ces contrôles sont venus s’ajouter à ceux qui existaient déjà aux frontières avec l’Autriche, la Pologne, la République tchèque et la Suisse, introduits en octobre 2023 pour réduire le nombre de demandes d’asile, qui reste élevé. Dans le cadre des pourparlers de coalition en cours, le prochain gouvernement allemand s’est engagé à renforcer ces contrôles.

    Une menace pour l’espace Schengen ?

    Pour le Luxembourg, voisin occidental de l’Allemagne, cette perspective s’apparente à de la politique politicienne inutile.

    Léon Gloden estime que cette mesure menace l’espace Schengen, la zone de libre circulation européenne, qui est vitale pour second plus petit État de l’Union, situé entre l’Allemagne, la France et la Belgique. Quelques 225 000 personnes entrent chaque jour au Luxembourg pour travailler dans des secteurs clés comme la santé et la finance.

    À l’approche en juin du 40e anniversaire de Schengen, les contrôles aux frontières intérieures de l’Union n’ont jamais été aussi nombreux depuis l’entrée en vigueur du traité. Les membres de l’espace Schengen ont renforcé la sécurité à leurs frontières en raison de la reprise intermittente de l’immigration dans l’UE après la pandémie du COVID-19.

    Cette situation a poussé le ministre luxembourgeois de l’intérieur à jouer le rôle de l’un des derniers défenseurs de Schengen. Selon lui, l’Allemagne n’a pas tenu sa promesse de prévenir les encombrements.

    « Je reçois presque quotidiennement des plaintes de navetteurs qui se demandent s’ils viendront encore travailler au Luxembourg. (…) De nombreux Luxembourgeois disent qu’ils ne se rendent plus à Trèves [en Allemagne], par exemple, pour faire leurs courses », explique le ministre.

    En revanche, les contrôles sporadiques de la France, plus ou moins en place depuis les Jeux olympiques de l’année dernière, n’entraînent que des perturbations minimes, selon Léon Gloden.

    Le ministre a mis en doute l’impact positif sur la sécurité des contrôles généralisés en Allemagne, que la ministre de l’intérieur sortante, Nancy Faeser, a récemment reconnu comme étant à l’origine d’une baisse des demandes d’asile.

    Toutefois, les attaques qui ont motivé les contrôles allemands ont probablement été perpétrées par des migrants illégaux qui se trouvaient dans le pays depuis des années, a souligné Léon Gloden.

    « Ils ne se sont pas rendus en Allemagne par l’autoroute Schengen un lundi matin pour commettre un attentat dans l’après-midi », explique-t-il.

    Le dispositif allemand, qui se concentre sur deux points de contrôle permanents le long de deux autoroutes, laisse « d’innombrables possibilités d’entrer dans le pays par des ponts plus petits », continue Léon Gloden.

    « Cette idée de points de contrôle permanents est absurde », ajoute-t-il.

    [Thierry Monasse/Getty Images]
    [Thierry Monasse/Getty Images]

    Il recommande de se rendre sur place, car « les politiques à Berlin semblent actuellement totalement ignorer que ces contrôles (…) sont inutiles ».

    Nancy Faeser, avec qui il entretient « une relation très amicale et de qualité », n’a montré « aucune volonté réelle » de procéder à des ajustements dans le cadre des négociations, a déclaré Léon Gloden.

    Une plainte déposée contre l’extension des contrôles frontaliers

    Compte tenu de ce désaccord, le Luxembourg a décidé en février de déposer une plainte auprès de la Commission européenne contre la dernière extension des contrôles frontaliers par l’Allemagne.

    Selon les règles de Schengen, les contrôles doivent être justifiés comme étant proportionnés lorsqu’ils sont renouvelés tous les six mois. Selon le raisonnement de Léon Gloden, les contrôles allemands « ne répondent pas aux critères juridiques ».

    Il affirme que Berlin « mise sur les contrôles aux frontières pour montrer que l’Allemagne fait quelque chose » suite aux attaques des derniers mois. Mais la meilleure solution serait de rechercher des solutions européennes. Telles que l’amélioration des contrôles aux frontières extérieures de l’UE, explique-t-il.

    Après s’être entretenu avec le commissaire européen chargé des affaires intérieures, Magnus Brunner, Léon Gloden a bon espoir que ses préoccupations seront entendues.

    « La Commission doit maintenant agir en tant que gardienne des traités », souligne-t-il.

    Repousser les repoussoirs

    Léon Gloden place certains espoirs dans le prochain gouvernement allemand, qui sera probablement dirigé par Friedrich Merz, du parti chrétien-démocrate (CDU), le parti frère du CSV de Léon Gloden.

    Cela pourrait faciliter les choses, selon Léon Gloden, qui a augmenté la pression sur Friedrich Merz.

    « J’espère que le nouveau gouvernement comprendra que les contrôles aux frontières ne sont pas une solution (…) [et] que ces contrôles seront abolis », continue-t-il.

    Mais malgré l’accent mis par Friedrich Merz sur la coopération européenne, il est peu probable qu’il cède. De manière controversée, les demandeurs d’asile seront même systématiquement refoulés à la frontière « en coordination avec les voisins européens ».

    Mais tout projet visant à renvoyer les migrants dans leur pays d’origine sans le consentement explicite de leur gouvernement constituerait une rupture d’accord pour le Luxembourg.

    « Il est contraire à la législation de l’UE de repousser unilatéralement les immigrants illégaux. J’en suis convaincu », poursuit Léon Gloden. « Cela pourrait arriver (…) mais l’Allemagne ne se rendrait pas service si elle commençait à rejeter les exilés unilatéralement ».

    Grande fête ou cérémonie funéraire ?

    En fin de compte, Léon Gloden estime que l’attaque contre l’espace Schengen, l’une des « plus grandes réalisations de l’Europe avec l’euro », nuit à l’Europe elle-même.

    Lorsqu’il était maire de la ville frontalière de Grevesmacher pendant la pandémie de COVID-19, il a pu constater les dégâts causés par les contrôles aux frontières. L’Allemagne avait fermé ses frontières pour empêcher la propagation du virus et a fait garder les ponts par des policiers armés. De nombreux Luxembourgeois ayant de la famille de l’autre côté de la frontière n’ont pas pu voir leurs proches sur leur lit de mort.

    « Je pensais qu’après le COVID, les gens auraient compris que les contrôles aux frontières n’étaient pas la bonne solution », explique le ministre.

    « Pour beaucoup de gens, lorsqu’un panneau dans un aéroport international indique ‘Sortie Schengen’, cela signifie vraiment liberté et démocratie. Nous ne devons pas permettre que les frontières se dressent à nouveau dans l’esprit de nos citoyens. »

    Léon Gloden reste toutefois « optimiste » quant à la possibilité que Schengen atteigne son 50e anniversaire. Notamment parce que l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie cette année montre que cette vision est toujours d’actualité.

    Il a d’ailleurs une autre raison de garder espoir. Michel Gloden, le maire de la ville éponyme du pacte de Schengen, une petite commune viticole située à la frontière sud-est du Luxembourg, est son cousin.

    Léon a promis à Michel Gloden une fête pour célébrer l’anniversaire de Schengen le 14 juin.

    « J’espère toujours qu’il s’agira d’une grande fête et non d’un service funèbre », conclut-il.

  • Les Chinois ont remis une pièce dans le jukebox du protectionnisme

    Les Chinois ont remis une pièce dans le jukebox du protectionnisme

    La spirale maléfique du protectionnisme semble bel et bien enclenchée. Jusqu’au dernier moment, les investisseurs pensaient que Donald Trump bluffait et que ses menaces de relèvement des droits de douane visaient avant tout à obtenir des concessions de la part de ses partenaires. Or, ils ont découvert un tout autre scénario. Lors de sa conférence de presse du 2 avril dernier, Donald Trump a renvoyé ad patres quatre-vingts ans de libéralisation des échanges commerciaux. Les investisseurs ont été surpris par l’ampleur des droits de douane imposés au reste du monde. En outre, la réponse de la Chine, avec des mesures de rétorsion de grande ampleur, semble indiquer qu’une spirale protectionniste est bel et bien en train de se mettre en place. Cette dernière , synonyme de baisse des échanges mondiaux et, par conséquent, de ralentissement de la croissance.

    Une récession mondiale

    Les investisseurs jugent désormais plausible une récession mondiale, du moins une récession aux États-Unis. Ce vendredi 4 avril, les autorités chinoises ont déclaré qu’elles imposeraient, à compter du 10 avril, des droits de douane de 34 % sur les produits américains en réaction à ceux que les États-Unis appliqueront aux produits chinois dès le 9 avril.

    Compte tenu de l’accumulation des taxes, les produits chinois pourraient être taxés à hauteur de 54 % aux États-Unis. Les produits en provenance de l’Union européenne s’en sortent pour l’instant mieux, avec un taux moyen de 20 %. Même si certains articles sont frappés d’un droit de 25 %. Par ailleurs, la Chine a annoncé qu’elle saisirait l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et a déclaré mettre en place des contrôles à l’exportation sur sept éléments de terres rares. Tels que le gadolinium — utilisé notamment en imagerie par résonance magnétique — et l’yttrium, présent dans l’électronique grand public.

    Une récession mondiale
    Une récession mondiale

    De son côté, l’Union européenne a averti qu’une réponse forte serait apportée avec, à la clé, des mesures ciblant les entreprises technologiques américaines et une possible limitation des investissements en direction des États-Unis. Le Canada a également réagi en imposant des droits de 25 % sur les véhicules fabriqués aux États-Unis. Le CAC 40 a chuté de 4 % le vendredi 4 avril, portant son recul hebdomadaire à 7,40 %. Il a terminé à 7 274 points. Ce sont les valeurs bancaires qui ont le plus souffert : Société Générale a perdu plus de 10 %. Des industriels comme ArcelorMittal, SaintGobain ou Stellantis ont également enregistré des baisses significatives en raison de l’importance de leurs exportations vers les États-Unis. Le DAX allemand a lui aussi connu une semaine difficile, avec un recul supérieur à 8 %.

    Le Nasdaq a reculé de plus de 18 % depuis le 1er janvier

    Outre-Atlantique, la correction est encore plus sévère. Les valeurs technologiques, particulièrement exposées en raison de leur dépendance aux importations asiatiques, sont sous pression. Elles sont également susceptibles de faire l’objet de mesures de rétorsion, notamment de la part de l’Europe. Le Nasdaq a reculé de près de 9 % sur la semaine, et de plus de 18 % depuis le 1er janvier. Le S&P 500 a perdu 8,66 % sur la semaine, et le Dow Jones 7,13 %. La capitalisation du S&P 500 a fondu de 5 400 milliards de dollars au cours des séances des 3 et 4 avril. Les trois grands indices de la Bourse de New York ont ainsi enregistré, jeudi et vendredi, leur plus forte baisse en deux jours depuis la pandémie de Covid-19.

    Dans ce contexte, les bons chiffres de l’emploi sont passés inaperçus, éclipsés par la tempête provoquée par le relèvement des droits de douane. En mars, l’économie américaine a créé 228 000 emplois, selon les données publiées vendredi par le ministère du Travail. Les analystes tablaient sur environ 140 000 créations.

    L’or a battu de nouveaux records

    Donald Trump s’est attribué ce résultat, estimant qu’il est la conséquence directe de sa politique économique. Face aux tensions mondiales, les taux des obligations souveraines — valeurs refuge traditionnelles — sont en baisse. Le taux de l’obligation d’État américaine à 10 ans est repassé sous la barre des 4 %. Autre valeur refuge, l’or a battu de nouveaux records au cours de la semaine, atteignant jusqu’à 3 168 dollars l’once. Avec des perspectives de ralentissement de la croissance mondiale, le prix du pétrole est également en forte baisse : le baril de Brent a reculé de 10 % sur la semaine, descendant sous la barre des 65 dollars.

  • Résidence de repli : 4 pays concernés

    Résidence de repli : 4 pays concernés

    Alors que la création effective de la résidence de repli, ou d’attache, est attendue par de nombreux expatriés, un arrêté vient d’être publié. Mais, si celui-ci prend en considération le lien entre Français de l’étranger et logement en France, il ne le fait que pour des zones dites « à risque », et sous certaines conditions. 4 pays sont aujourd’hui concernés. Explications.

    Une mesure ciblée pour certains Français de l’étranger

    Publié en mars 2025, cet arrêté a pour objectif principal de recenser les zones géographiques où les expatriés français ont été soumis à un appel à évacuer le pays, ou à une opération de retour collectif. Ainsi, nos ressortissants vivant dans ces pays pourraient être éligibles à un dégrèvement de leur résidence en France. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’article 1414 A du Code général des impôts, qui vise à soutenir les Français de l’étranger confrontés à un rapatriement d’urgence, si celui-ci respecte certains critères.

    Des régions touchées par des événements en 2024

    L’objectif est alors de soutenir nos compatriotes par une aide visant à réduire leur charge fiscale liée à leur résidence en France. En effet, le code général des impôts prévoit, dans ces situations exceptionnelles, « l’application sur réclamation d’un dégrèvement de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires » au bénéfice des personnes domiciliées à l’étranger et des agents publics civils et militaires exerçant hors de France. Ce dégrèvement concerne le logement qui constituait leur résidence principale avant leur départ, et ce, pour l’année de leur retour en France depuis une zone de crise. »

    @Adobestock
    @Adobestock

    Avec l’arrêté signé en mars 2025, quatre pays sont concernés par cette mesure : Haïti, l’Iran, le Liban et Vanuatu. En 2024, ces États ont été le théâtre de divers événements qui ont nécessité l’évacuation de ressortissants français. Des appels à quitter la zone ont été lancés durant cette période, touchant ainsi nos compatriotes établis dans ces régions. Face à cette situation, les Français concernés peuvent donc désormais demander le dégrèvement de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, conformément à l’article mentionné précédemment. Cette mesure constitue un soutien pour les expatriés qui ont dû quitter leur pays de résidence.

    Pour autant, d’autres pays que ceux intégrés dans l’arrêté, ont été aussi touchés en 2024. Qu’en est-il de l’Ukraine, d’Israël,.. par exemple ? Alors pourquoi ne pas étendre cette mesure, et instituer la résidence de repli/d’attache ?

    Un pas supplémentaire vers la résidence de repli / d’attache ?

    Bien que cette situation administrative demeure complexe, le code général des impôts et l’arrêté publié, ouvrent néanmoins des perspectives quant à la création effective de la résidence de repli / d’attache. Elle établit un lien entre le Français de l’étranger et sa résidence en France. De plus, elle permet, sous le respect de critères, de considérer la résidence secondaire détenue en France par un expatrié comme une résidence principale. Cette considération est l’une des revendications d’expatriés établis hors de France. Et ce texte publié en ce mois de mars ouvrant au dégrèvement pourrait ouvrir d’autres issues.

    Une promesse électorale à tenir ?

    Cependant, rien n’est encore certain quant à l’évolution de ce dossier. Il est vrai que certaines conditions restent encore à débattre et à préciser quant à la création de la résidence de repli/d’attache. Mais cette mesure était l’une des promesses électorales du président Macron en 2022. D’autres candidats, tels que Valérie Pécresse, sous la bannière LR, avaient également proposé un dispositif de résidence d’attache. Un groupe de travail avait même été créé dans un précédent gouvernement, par Gabriel Attal, alors ministre du budget. Et une proposition de loi au Sénat a même été adoptée en 2023 à l’initiative du Sénateur Ronan Le Gleut.

    Le Sénat et ses drapeaux
    Le Sénat et ses drapeaux

    Ce texte, adopté par les membres du Palais du Luxembourg, visait alors à créer un nouveau statut de résidence pour les Français de l’étranger. Soit une troisième catégorie de résidence en France, entre « principale » et « secondaire ». Si le gouvernement avait accueilli favorablement la proposition de loi, il s’était opposé à une généralisation du dispositif. Toutefois, le débat pourrait être prochainement relancé.

    En effet, le ministre délégué aux Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin souhaite porter, au second semestre 2025, un projet de loi global concernant nos compatriotes établis en dehors des frontières nationales. Il parait donc des plus probables que la question de la résidence détenue en France par nos ressortissants à l’étranger fasse alors l’objet d’une attention particulière. Alors promesse tenue ?

  • France-Allemagne : l’apprentissage sans frontières

    France-Allemagne : l’apprentissage sans frontières

    Alors que le 21 juillet 2023, la France et l’Allemagne avaient signé un accord bilatéral sur la formation professionnelle, celui-ci devient réel. En effet, le décret portant sur l’application de ce texte vient d’être publié. Et il pourrait même marquer un tournant discret mais décisif dans la manière dont l’Europe aborde ce sujet. C’est en effet un acte important en faveur de l’apprentissage sans frontières, reconnu mutuellement de part et d’autre du Rhin, au service de l’Europe des territoires.

    En effet, ce n’est pas une simple déclaration d’intention. Il s’agit d’une avancée concrète, pragmatique, qui répond aux besoins de milliers de jeunes et d’entreprises dans les zones frontalières. Il est aussi le premier résultat tangible de la loi française du 21 février 2022, qui exige des autorités françaises de conclure des accords en matière d’apprentissage avec les États voisins afin de pouvoir proposer un apprentissage transfrontalier ciblé et reconnu. Une stratégie ambitieuse, à condition de la concrétiser.

    Un accord fondé sur la réalité du terrain

    Ainsi l’apprentissage transfrontalier tel qu’il est désormais possible permet à un jeune résident en France ou en Allemagne de suivre sa formation théorique dans son pays tout en réalisant sa formation pratique (en entreprise) dans l’autre. Le tout dans un cadre sécurisé : reconnaissance des diplômes, droits sociaux préservés, accompagnement administratif par les chambres consulaires et les services publics.

    « Je salue le travail remarquable mené avec l’Allemagne, pays voisin et ami, qui nous permet aujourd’hui de poser la première pierre d’un grand espace européen de l’apprentissage »

    Jean-Noël Barrot, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

    Ce dispositif s’adresse aux jeunes de la formation professionnelle initiale (souvent entre 15 et 25 ans), mais aussi aux adultes en reconversion ou en formation continue. Il prend en compte la réalité des bassins de vie transfrontaliers, où la frontière administrative ne reflète plus les échanges quotidiens réels.

    Prenons un cas concret : un élève scolarisé à Strasbourg peut aujourd’hui effectuer son apprentissage en entreprise à Karlsruhe, avec une reconnaissance juridique de son parcours. Inversement, un jeune Allemand du Bade-Wurtemberg peut faire sa formation en entreprise en Alsace, tout en suivant ses cours théoriques en Allemagne. Jusqu’à mille jeunes pourraient bénéficier de ce cadre chaque année, selon les estimations du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. «Je salue le travail remarquable mené avec l’Allemagne, pays voisin et ami, qui nous permet aujourd’hui de poser la première pierre d’un grand espace européen de l’apprentissage», a ainsi salué Jean-Noël Barrot, ministre en charge de l’Europe et des Affaires étrangères.

    Un outil au service des territoires et des entreprises

    De plus, la force de cet accord est de valoriser les dynamiques locales. Il encourage les régions françaises et les Länder allemands à conclure des conventions spécifiques pour adapter les modalités d’application aux réalités du terrain. Il donne un cadre clair aux entreprises souhaitant recruter au-delà de la frontière, tout en sécurisant juridiquement les employeurs.

    @Adobestock
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    Cela s’inscrit dans un contexte où la formation professionnelle est en pleine mutation. Les entreprises européennes, notamment industrielles, peinent à recruter dans certains métiers en tension. Or, l’apprentissage est une voie d’excellence pour répondre à ces besoins, en formant les jeunes au plus près des réalités du marché du travail.

    « L’apprentissage transfrontalier entre nos deux pays permettra à nos jeunes de découvrir de nouvelles opportunités professionnelles, de renforcer leurs compétences linguistiques et de s’exposer à de nouvelles cultures d’entreprise »

    Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du Travail et de l’Emploi

    Dans les régions frontalières, cet outil est d’autant plus précieux qu’il permet d’élargir le vivier de compétences disponibles. Il contribue également à ancrer les jeunes dans leur territoire, tout en leur offrant une perspective européenne.

    Des bénéfices immédiats pour les jeunes et les familles

    Pour les Français résidant en Allemagne – qu’ils soient installés à Berlin, Munich, Stuttgart ou dans des régions frontalières comme la Sarre – ce dispositif est porteur d’opportunités nouvelles. Il permet à leurs enfants de s’inscrire dans un parcours binational, enrichi par la langue et la culture de l’autre, sans renoncer à leurs racines.

    Les avantages seraient multiples :

    • Développement de compétences linguistiques solides, désormais indispensables dans un marché du travail globalisé ;
    • Meilleure employabilité, notamment dans les régions où les frontières ne sont plus une barrière mais un atout ;
    • Expérience interculturelle valorisée dans le monde professionnel ;
    • Possibilité de rester proche de sa famille tout en profitant d’un éventail élargi de formations et d’entreprises d’accueil.

    C’est en ce sens qu’Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du Travail et de l’Emploi souligne que « L’apprentissage transfrontalier entre nos deux pays permettra à nos jeunes de découvrir de nouvelles opportunités professionnelles, de renforcer leurs compétences linguistiques et de s’exposer à de nouvelles cultures d’entreprise, en étant chacun des ambassadeurs de leur propre pays auprès de leurs pairs. »

    Vers une Europe de l’apprentissage ?

    La France partage une frontière terrestre avec huit pays européens, dont six États membres de l’Union Européenne. Le potentiel d’extension de ce modèle est donc considérable. Certains pays comme le Luxembourg recrutent déjà des apprentis français, mais les dispositifs sont souvent complexes, sans cadre juridique clair. D’autres, comme la Belgique, l’Italie, l’Espagne, disposent de bassins transfrontaliers dynamiques et d’une tradition de coopération locale.

    @Adobestock
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    Par ailleurs, des régions comme la Suisse Romande, l’Andorre ou la Vallée d’Aoste partagent une langue avec la France, facilitant les échanges. Rien ne s’oppose à ce que des accords similaires soient conclus dans les années à venir. Le cadre juridique français le permet. Ce qu’il faut désormais, c’est une volonté politique commune, et une stratégie européenne coordonnée. À moyen terme, l’Union européenne pourrait jouer un rôle de catalyseur. Les outils existent déjà : Erasmus+, FSE+, Interreg, le Traité d’Aix-la-Chapelle, le processus de Bologne… Ce qu’il manque, c’est une reconnaissance pleine de l’apprentissage comme levier d’intégration et de cohésion.

    Un enjeu politique et diplomatique

    Toutefois, ce sujet touche au cœur du projet européen. Il s’agit de bâtir une Europe concrète, celle du quotidien. Pas celle des sommets, mais celle des lycées professionnels, des PME, des centres de formation, des chantiers, des ateliers,…En investissant dans l’apprentissage transfrontalier, la France et l’Allemagne rappellent qu’une Europe forte passe aussi par l’inclusion sociale, la formation, la valorisation des compétences. Elles affirment, en actes, que la jeunesse mérite une attention particulière.

    Il s’agit aussi d’un enjeu de langue et de diplomatie culturelle. Pour faire vivre ces dispositifs, il faudrait renforcer l’apprentissage des langues dès l’école, notamment de l’allemand et du français dans le cadre de l’accord franco-allemand. Et porter à l’échelle de l’Union une politique active de la francophonie, dans une logique d’ouverture et de partenariat.

    Construire dès aujourd’hui l’Europe des compétences

    L’accord franco-allemand sur l’apprentissage transfrontalier s’apparente à une réussite politique et administrative. Mais il ne s’agit que d’un point de départ. Il appartient désormais aux collectivités, aux chambres consulaires, aux établissements de formation, aux syndicats, aux entreprises, mais aussi aux citoyens eux-mêmes – jeunes et parents – de s’en emparer. L’Europe de demain ne se construira pas seulement dans les universités ou les grandes écoles. Elle se bâtira aussi sur les bancs des centres de formation, dans les ateliers, les laboratoires, les garages, les exploitations agricoles.

    Et si ce modèle fait ses preuves, alors oui, il pourra être reproduit, amplifié, et structuré à l’échelle européenne. La formation professionnelle n’est pas secondaire. Elle est centrale. Elle est européenne par nature. L’accord entre la France et l’Allemagne le prouve. Il est temps de lui donner les moyens de devenir un levier majeur pour la jeunesse, pour les territoires, et pour l’Europe.

  • En cas de cessez-le-feu, que deviendront les millions d’Ukrainiens réfugiés dans l’UE ?

    En cas de cessez-le-feu, que deviendront les millions d’Ukrainiens réfugiés dans l’UE ?

    Dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu en Ukraine, le sort et le statut juridique des millions d’Ukrainiens vivant dans l’Union européenne (UE) sont très incertains, alors qu’il n’existe pour l’heure aucun plan leur permettant de rester sur le territoire communautaire. 

    Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la Directive relative à la protection temporaire a été une bouée de sauvetage juridique pour près de 4,3 millions d’Ukrainiens.

    Elle permet aux Ukrainiens de vivre, de travailler et d’accéder aux services des pays de l’UE. La plupart d’entres eux sont installés en Pologne, en Allemagne, en République tchèque et en Slovaquie. Mais ce filet de sécurité pourrait disparaitre, si un cessez-le-feu finissait par être conclu. 

    Des enquêtes récentes indiquent que le nombre de réfugiés qui prévoient de retourner en Ukraine est en baisse, 65 % d’entre eux en 2024 selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), contre 77 % l’année précédente. 

    La part des indécis est passée de 18 % à 24 % en 2024, et le nombre de ceux qui déclarent n’avoir aucun espoir de retour a plus que doublé, passant de 5 % à 11 %.

    En cas de cessez-le-feu, les pays d’accueil pourraient décider individuellement de réduire progressivement les avantages accordés à ces réfugiés, de favoriser leur intégration ou au contraire de les renvoyer dans leur pays d’origine.

    Dans une Union fréquemment paralysée par les débats sur la migration, toute action au niveau de l’UE visant à de nouveau prolonger la protection temporaire risque d’être politiquement difficile.

    La directive reste « temporaire »

    La Directive relative à la protection temporaire, surnommée la « belle endormie » du système d’asile européen, était restée inutilisée depuis son adoption en 2001, jusqu’à ce que l’invasion de l’Ukraine déclenche sa toute première mise en oeuvre.

    L’année dernière, les gouvernements de l’UE ont décidé de prolonger cette directive jusqu’en mars 2026, allant ainsi bien au-delà de son cadre initial, qui prévoyait une période de protection de deux ans avec une possibilité de renouvellement d’un an. Toute prorogation se fait année par année.

    Selon Jasmijn Slootjes, directeur adjoint du Migration Policy Institute Europe, il pourrait y avoir « d’autres prolongations à l’avenir ».

    Toutefois, si la directive a permis d’offrir une protection rapide, sa nature temporaire présente des inconvénients pour les Ukrainiens.

    « Si vous n’avez qu’un statut légal d’un an, il devient très difficile d’obtenir un contrat de location à long terme », explique Jasmijn Slootjes. « Les employeurs sont aussi moins enclins à vous proposer un contrat ». 

    Une variation des niveaux de protection ?

    Les niveaux de protection varient d’un pays à l’autre. Chaque État de l’UE interprète la directive de manière légèrement différente dans son droit national, ce qui signifie que les Ukrainiens sont traités différemment selon l’endroit où ils s’installent.

    Nombre de réfugiés ayant obtenu l'asile ou une protection temporaire depuis 2022 (Jaune clair : moins de 50 000/ Jaune foncé : 50 000 à 100 000/ Bleu clair : 100 000 à 500 000

Bleu Nombre de réfugiés ayant obtenu l'asile ou une protection temporaire depuis 2022 (Jaune clair moins de 50 000 /Jaune foncé 50 000 à 100 000/ Bleu clair : 100 000 à 500 000/ Bleu marine : 500 000 à 1 million/ Bleu foncé : plus de 1 million : 500 000 à 1 million / Bleu foncé : plus de 1 million)
    Nombre de réfugiés ayant obtenu l’asile ou une protection temporaire depuis 2022 (Jaune clair : moins de 50 000 /Jaune foncé : 50 000 à 100 000/ Bleu clair : 100 000 à 500 000/ Bleu marine : 500 000 à 1 million/ Bleu foncé : plus de 1 million : 500 000 à 1 million / Bleu foncé : plus de 1 million)

    La Commission a indiqué qu’elle avait commencé à examiner les prochaines étapes, notamment « la prolongation ou non » de la protection temporaire, l’aide au passage à un statut national pour le travail, les études ou le regroupement familial, et le soutien à ceux qui choisissent de retourner en Ukraine.

    Le ministre tchèque de l’intérieur de centre-droit, Vít Rakušan, a confirmé que la République tchèque, ainsi que l’Allemagne et la Commission, participaient activement à l’élaboration d’une réponse commune sous la présidence polonaise. « Mais les conditions spécifiques doivent encore être négociées », souligne Vít Rakušan.

    Le Conseil devrait aborder la question lors du prochain Conseil des affaires intérieures en juin, a appris Euractiv.

    Toute décision visant à mettre fin à la protection temporaire devra être approuvée par tous les États membres, a confirmé Hana Malá, porte-parole du ministère tchèque de l’Intérieur. Il a ajouté s’attendre à ce qu’une position commune de l’UE soit trouvée au cours du premier semestre de cette année.

    Au niveau national

    Certains pays n’attendent pas Bruxelles et ont pris des mesures pour trouver « un statut régulier à plus long terme », explique Jasmijn Slootjes.

    La Pologne offrira bientôt un statut de résident temporaire national de trois ans aux Ukrainiens qui bénéficient d’une protection temporaire ininterrompue depuis au moins un an.

    En République tchèque, un nouveau permis de séjour spécial de cinq ans sera disponible pour les Ukrainiens qui vivent dans le pays depuis plus de deux ans, qui ont un emploi et dont les enfants sont inscrits à l’école.

    Toutefois, même la République tchèque, l’un des principaux pays d’accueil, a clairement indiqué qu’elle ne délivrerait pas de nouvelles protections temporaires « une fois la guerre terminée », a déclaré le ministre de l’intérieur sur X.

    D’autres capitales élaborent leurs propres plans. L’Autriche, l’Italie, l’Estonie et la Lettonie proposent des solutions à long terme, avec différents niveaux de protection.

    Le ministère allemand de l’intérieur a déclaré qu’il avait déjà élaboré des plans d’action. Mais qu’il appartenait au prochain gouvernement de décider quelles propositions seraient effectivement présentées sur cette question. Ce qui souligne la nécessité d’une approche européenne cohérente.

    Le ministère slovaque de l’intérieur a confirmé que de nouvelles mesures concernant les personnes déplacées après la fin de l’invasion russe sont « en cours de discussion au niveau des États membres, y compris la Slovaquie, ainsi qu’au niveau de l’UE ».

  • Le grand sabordage de l’Empire américain

    Le grand sabordage de l’Empire américain

    Le 2 avril 2025, le « Liberation Day » selon Donald Trump, porte mal son nom. Il devrait s’appeler le jour du grand sabordage, c’est-à-dire ce jour où la première puissance économique mondiale opta pour l’isolationnisme. En décidant d’appliquer des droits de douane pouvant atteindre 70 %, le président américain tourne ainsi le dos au principe cardinal de libéralisation des échanges que les États-Unis ont imposé au reste du monde à partir de 1944, pour éviter tout retour du protectionnisme, jugé responsable de la montée aux extrêmes durant l’Entre-deux-Guerres.

    Donald Trump entend appliquer des droits de douane selon une grille tarifaire contestable de manière unilatérale en dehors de tout traité international et en contradiction totale avec les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce. Les nouveaux droits américains sont décidés par décret sans être soumis au Congrès, le Président usant de ses pouvoirs en matière de sécurité nationale. Le renoncement américain est paradoxal.

    L’idée que les États-Unis seraient exploités par les pays étrangers, voire humiliés, est une vue de l’esprit.

    Depuis quatre-vingts ans, les États-Unis sont à l’origine d’un impérialisme indolore. Ils imposent leurs vues, l’ « American way of life », en grande partie à travers les échanges commerciaux et le dollar. Indolore, car les Américains n’ont pas eu besoin, pour imposer leurs règles, de conquérir des territoires comme l’avaient fait auparavant les Français, les Britanniques, les Portugais ou les Espagnols. Entre 1989 et 1991, ils ont gagné la lutte contre l’URSS sans mener de combats militaires, grâce avant tout à l’attraction du système dont ils sont porteurs.

    L’idée que les États-Unis seraient exploités par les pays étrangers, voire humiliés, est une vue de l’esprit. Dans un système impérial, le centre bénéficie des régions périphériques. Ce fut le cas pour la Rome antique, et plus proche de nous, pour le Royaume-Uni. Le déficit commercial qui en résulte est l’expression d’une division du travail : déficit pour les États-Unis, compensé par des transferts de services et de capitaux. Les investisseurs du monde entier privilégiaient les placements américains. Ces derniers assurant un rendement élevé tout en offrant une sécurité importante, qualités caractéristiques d’un système impérial. Le cœur de ce dernier n’attirait-il pas les meilleurs chercheurs, les meilleurs ingénieurs, les meilleurs financiers du monde entier, comme autrefois le faisaient Rome ou Londres ?

    L’idée que les États-Unis seraient exploités par les pays étrangers, voire humiliés, est une vue de l’esprit.
    L’idée que les États-Unis seraient exploités par les pays étrangers, voire humiliés, est une vue de l’esprit.

    Les États suzerains étaient en droit de considérer qu’ils étaient pillés de leurs talents et de leurs capitaux. Mais dans un régime de liberté de déplacement des hommes, des femmes et des capitaux, nul ne trouvait à y redire. Donald Trump pense tout autrement. Il tire un trait sur la maxime de Frédéric Bastiat « l’échange, c’est la liberté ; le protectionnisme, c’est le privilège. » en préférant le second à la première.

    Les annonces de Donald Trump redonnent des cartes à la Chine, qui était à la peine. 

    Le Président américain estime que les suzerains ont conduit à la désindustrialisation de son pays qui n’est pas le seul en la matière. La France comme le Royaume-Uni ayant connu, depuis 1970, le même sort. Il pense que l’industrie permettra de créer des millions d’emplois quand, aujourd’hui, celle-ci prend la forme d’usines automatisées. Le retour de l’isolationnisme américain est-il un aveu de faiblesse ? Une implosion du système ? Les Américains, fatigués de plusieurs décennies d’hégémonie, souhaiteraient-ils devenir des rentiers, des prédateurs sans assumer leurs fonctions de première puissance économique ? Est-ce au contraire un sentiment d’arrogance lié à la certitude que le monde ne peut pas vivre sans eux ? Ironie de l’histoire, les annonces de Donald Trump redonnent des cartes à la Chine, qui était à la peine.

    Jusqu’à maintenant, au sein de l’économie mondiale, les gentils étaient les Américains et les méchants les Chinois. Cette vision manichéenne s’est troublée en quelques semaines. Le gouvernement chinois, d’obédience communiste, devient le héraut du libre-échange. Soutenue par les BRICS, des pays émergents représentant plus de la moitié de la population mondiale et dont le PIB dépasse celui des pays du G7, la Chine a la possibilité d’instituer un système économique et financier alternatif.

    Ce basculement du monde ne serait pas illogique : la première puissance commerciale tend à devenir celle qui gouverne les flux financiers. En recourant à la monnaie digitale de banque centrale sur la blockchain, les autorités chinoises pourraient lever l’obstacle idéologique et géopolitique qui, aujourd’hui, empêche le yuan de concurrencer le dollar. Depuis quelques années, elles mettent pied à pied des structures pouvant se transformer le jour venu en Fonds Monétaire International et en Banque mondiale.

    L’Union européenne a également une carte à jouer.

    Dans ce bouleversement mondial, l’Union européenne a également une carte à jouer. Premier marché commercial du monde avec 450 millions d’habitants, dotée d’une monnaie reconnue, gérée par une banque centrale indépendante, elle constitue une zone stable particulièrement attractive. Son goût pour les divisions, l’absence — pour le moment — d’un marché unifié des capitaux, son manque de structures budgétaires fédérales, sa faiblesse au niveau militaire constituent certes des handicaps, mais qui ne sont pas irrémédiables. L’Europe n’est jamais meilleure que quand elle est au bord du précipice. Reste à savoir si l’Europe osera jouer cette partie… ou si elle s’en tiendra au rôle de spectatrice.

  • Eric Foret, caviste à New York : « Ces 4 années vont être difficiles »

    Eric Foret, caviste à New York : « Ces 4 années vont être difficiles »

    Écouter le podcast avec Eric Foret

    Alors que le commerce du vin français aux États-Unis se retrouve sous pression en raison des droits de douane annoncés par Donald Trump, Lesfrançais.press reçoit Eric Foret, caviste à New York. Notre compatriote dirige le French Wine Shop, une boutique spécialisée dans le vin français, et il est à la tête d’une chaîne de bars à vin, « Vin sur Vingt » . Dans cet entretien, il partage son analyse de la situation actuelle, les implications des nouvelles mesures tarifaires imposées par l’administration Trump, et les stratégies pour traverser cette période. « Ces 4 années vont être difficiles », nous dit-il notamment.

    Des droits de douane plus élevés, mais moins dramatiques qu’envisagé

    Au cours de ce podcast, Eric Foret admet que l’augmentation des droits de douane de 20 % n’est pas une surprise, mais elle reste moins catastrophique que la menace d’une augmentation de 200 % qui avait circulé plus tôt. Une telle hausse aurait été fatale pour tout le secteur, des producteurs aux distributeurs, en passant par les cavistes et les restaurateurs.

    « Les annonces de Trump. C’est une mauvaise nouvelle, mais ce n’est pas catastrophique. »

    Eric Foret, French Wine Shop

    Pour Eric Foret, un tarif de 20 % pourrait être supporté par les acteurs du marché, même si ce n’est pas idéal : « C’est une mauvaise nouvelle, mais ce n’est pas catastrophique. » Un tel tarif représente un défi, mais il est gérable, à condition d’adopter des stratégies adaptées : « Je pense que pour beaucoup, que ce soit du côté français ou américain, c’était toujours mieux que 200% parce que 200%, déjà, ce n’est pas réaliste. Et deuxièmement, ça voulait dire que tout le monde mettait la clé sous la porte », constate notre invité.

    Aux États-Unis : un système à trois tiers pour le vin

    Le marché américain du vin fonctionne selon un système particulier, celui des « trois tiers ». Depuis la fin de la prohibition, les vins doivent passer par trois intermédiaires : l’importateur, le distributeur et le détaillant. Ce système complique considérablement la vente. Le French Wine Shop a réussi à s’adapter en pratiquant le « direct import », c’est-à-dire en achetant directement auprès des producteurs.

    Eric Foret, Store Manager du French Wine Shop à New York
    Eric Foret, Store Manager du French Wine Shop à New York

    Mais même dans ce cas, les effets des nouveaux tarifs se font sentir. Eric Foret estime qu’il y a peut-être un effort à faire du côté des vignerons français pour soutenir les efforts du secteur en réduisant leurs marges, mais il reste optimiste quant à la capacité du marché à s’adapter : « Il y aura peut-être 10% d’efforts de la part du trade, et 10% qui seront répercutés sur le consommateur à un moment donné. »

    Gel des commandes et pression sur les inventaires

    L’augmentation des droits de douane n’a pas seulement un impact sur les prix des vins, elle perturbe aussi les chaînes d’approvisionnement. Le French Wine Shop a en effet décidé de geler ses commandes, dans l’attente de plus de clarté sur les nouvelles régulations et de la réaction de l’Europe à la politique tarifaire américaine.

    « Il y aura peut-être 10% qui seront répercutés sur le consommateur à un moment donné »,

    Eric Foret, French Wine Shop

    Ce gel touche également les importateurs et distributeurs en France, qui sont dans l’incertitude tant que la situation ne se clarifie pas. Dans cette période d’attente, notre invité se concentre sur les stocks existants aux États-Unis, bien que ceux-ci deviennent rapidement limités.

    Gel des commandes et pression sur les inventaires
    Gel des commandes et pression sur les inventaires

    « Nous, on a la chance d’avoir un volume assez important. […] donc on fait, de manière tout à fait légale, du direct import. […] Cette partie d’import direct, on l’a gelée. On a décidé de ne pas lancer nos offres d’achat, on a gelé nos offres en attendant de savoir à quelle sauce on va être vraiment mangé », tout en ajoutant « parce qu’il faut savoir que les 20%, ce n’est pas encore définitif, parce qu’on attend la réaction de l’Europe, et ça, on ne le saura pas avant le 15 avril. Donc jusqu’au 15 avril, on ne va pas relâcher nos commandes. »

    Ainsi, pour Eric Foret les distributeurs locaux aux États-Unis « ont anticipé avant les élections (…) pour permettre de tenir au moins un an ».  La pression sur les inventaires est déjà bien réelle, car tous les acteurs du marché cherchent à sécuriser des vins avant que les prix ne montent davantage.

    Les inquiétudes des vignerons français

    Du côté des vignerons français, la situation est également tendue. Ils sont confrontés à une baisse générale de la consommation de vin, tant au niveau national qu’international. Aux États-Unis, la consommation a diminué ces dernières années, et les producteurs français subissent de plein fouet les conséquences de cette tendance.

    Un appel à la solidarité et à la diplomatie

    Face à cette crise, Eric Foret appelle la France à soutenir les professionnels du secteur en faisant pression sur l’Union européenne pour éviter une nouvelle augmentation des tarifs. Selon lui, une hausse de 10 % des droits de douane serait plus supportable et permettrait de maintenir une activité viable pour les producteurs et les commerçants.

    Eric Foret « appelle la France à soutenir les professionnels du secteur »

    Une telle mesure aurait l’avantage de ne pas étouffer le marché tout en permettant aux acteurs de s’adapter sans trop de souffrances : « Il faudra qu’ils soient diligents sur la baisse des tarifs sur les whiskys et les vins américains. Peut-être que nous, on arrive à 10% de tarifs. Ce serait complètement gérable d’avoir 10% de tarifs sur les vins. Ça relancerait la machine », explique-t-il.

    Des perspectives incertaines mais une volonté d’aller de l’avant

    Malgré les difficultés, Eric Foret reste optimiste. Bien qu’il prévoie une période difficile sous l’administration actuelle, il estime que la situation finira par se stabiliser. Après 25 ans passés aux États-Unis, il ne compte pas quitter le pays, malgré les défis économiques : « Ces 4 années vont être difficiles, mais je reste optimiste. Il y aura des moments meilleurs à venir, » partage-t-il.

  • Commerce international : et si la France ratifiait le CETA ?

    Commerce international : et si la France ratifiait le CETA ?

    Pendant que Washington érige ses murs tarifaires, que Pékin redessine les routes du commerce international à son image, et que Moscou manie la guerre comme levier économique, l’Europe hésite encore à serrer la main de ses alliés.  Notre pays a pourtant une occasion de peser. Et si la France ratifiait le CETA, le traité de libre-échange entre l’UE et le Canada ? En effet, dans ce contexte, ce texte semble alors ne plus apparaître comme un simple un accord commercial. Il pourrait être un acte de souveraineté stratégique.

    Une réponse stratégique à la « Liberation Day » américaine

    L’imposition massive de nouveaux droits de douane par les États-Unis dans le cadre de leur « Liberation Day » économique a marqué un tournant. Désormais, le libre-échange n’est plus une évidence, mais un rapport de force. Washington impose ses règles, ses priorités, ses alliés – et ses sanctions. Dans ce contexte, l’Union européenne peut-elle encore rester spectatrice ? Certains attendent des actes concrets, visibles, puissants.

    « Il faut ratifier le CETA, c’est le moment. Il faut qu’on fédère autour d’alliés qui pensent comme nous»

    Roland Lescure, député des Français d’Amérique du Nord

    C’est dans cet esprit que Roland Lescure, ancien ministre délégué à l’Industrie et l’énergie et député des Français d’Amérique du Nord (Etats-Unis-Canada), a lancé un appel le 3 avril en faveur de la ratification du CETA, relayé et soutenu le jour même par Laurent Saint-Martin, ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger. « Il faut ratifier le CETA, c’est le moment. Il faut qu’on fédère autour d’alliés qui pensent comme nous », a argué l’actuel vice-président de l’Assemblée nationale.

    Une réponse stratégique à la "Liberation Day" américaine
    Une réponse stratégique à la « Liberation Day » américaine

    Du côté de Laurent Saint-Martin, celui-ci a indiqué que le CETA « est un véritable levier pour renforcer nos liens avec un partenaire clé, qui partage nos valeurs et notre vision d’un commerce juste et équilibré

    Le Canada : un partenaire économique, mais surtout politique

    L’Accord économique et commercial global (CETA), signé entre l’Union européenne et le Canada en 2016, prévoit la suppression de 99 % des droits de douane, l’ouverture des marchés publics, la facilitation des investissements et la coopération réglementaire. Depuis 2017, ses dispositions commerciales sont appliquées à titre provisoire. Mais pour qu’il entre pleinement en vigueur, il doit être ratifié par les 27 États membres de l’UE.

    « À bien des égards, le Canada est plus européen que certains membres de l’Union »,

    Sigmar Gabriel, ancien ministre des Affaires Étrangères allemand

    Outre-atlantique, le Canada n’est pas un partenaire quelconque. C’est une démocratie stable, alliée de l’UE au sein du G7 et de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord), partageant des valeurs proches en matière d’environnement, de droits humains et de régulation économique. Dans un monde où les alliances se recomposent sous pression, renforcer l’axe Bruxelles-Ottawa, serait sans doute réaffirmer une communauté de destin. Sigmar Gabriel, ancien ministre des Affaires Étrangères allemand, a d’ailleurs lancé le débat, le 5 avril dernier dans un entretien avec le journal bremois Wieser-Kurier, en proposant le Canada comme 28ème État Membre de l’Union. Et de rajouter que le Canada est plus européen que certains États Membres.

    Un levier géopolitique européen… suspendu à Paris

    À ce jour, 17 pays européens ont ratifié le CETA. La France, elle, tarde à trancher. L’Assemblée nationale avait approuvé le texte en 2019, mais le Sénat, dans une séance houleuse et ponctuée par des rappels au règlement, a rejeté l’article 1 avec une forte majorité lors de sa première lecture en mars 2024. Ce désaccord immédiat ouvre la voie à une procédure de conciliation accélérée, qui serait possible par une déclaration d’urgence du gouvernement.

    Un levier géopolitique européen… suspendu à Paris
    Un levier géopolitique européen… suspendu à Paris

    Conformément à l’article 45 de la Constitution, une commission mixte paritaire (CMP), composée de 7 députés et 7 sénateurs, serait donc chargée de trouver un compromis sur un texte commun. Si la CMP échoue, le projet de loi revient devant l’Assemblée nationale et le Sénat pour une nouvelle lecture. En cas de blocage persistant, le gouvernement peut alors donner le dernier mot à l’Assemblée nationale, qui peut adopter seule le texte, même contre l’avis du Sénat.

    « La ratification de CETA par la France : un signal stratégique adressé au reste du monde ? »

    Dans ce contexte, le choix français dépasse largement le cadre institutionnel. La ratification du CETA par la France, moteur historique de l’intégration européenne, serait un signal stratégique adressé au reste du monde. Un refus ou une inertie, à l’inverse, affaiblirait la voix européenne dans une époque où chaque geste politique compte sur l’échiquier mondial.

    Chypre, l’épée de Damoclès de Bruxelles

    Un autre élément renforce l’urgence d’un engagement français : la situation chypriote. Le parlement de Chypre a rejeté le CETA en 2020, mais le gouvernement n’a jamais notifié ce refus à la Commission européenne. En droit, l’accord continue donc de s’appliquer dans le pays. Pourtant, cette position est réversible.

    Si Nicosie formalise son opposition, l’intégralité du traité, y compris ses parties actuellement appliquées, tomberait.

    Des résultats économiques tangibles, un potentiel stratégique

    Sur le plan des échanges commerciaux, le CETA a déjà apporté des chiffres tangibles à l’économie. Entre 2017 et 2023, les transactions de biens entre l’UE et le Canada ont augmenté de 51 %, les exportations françaises de 34 %, soit 2,1 milliards d’euros supplémentaires. Près de 2 500 PME européennes ont découvert le marché canadien, souvent avec succès. Le secteur industriel a vu la quasi-totalité des droits de douane supprimés ; les marchés publics s’ouvrent, les normes se rapprochent.

    Certes, certaines filières agricoles demeurent sensibles. Mais le CETA a justement prévu des quotas, des clauses de sauvegarde et des calendriers progressifs. Notamment pour les viandes bovines et les produits laitiers. En réponse, la Commission européenne a intégré un instrument interprétatif renforçant la transparence, la durabilité et la protection du droit du travail.

    Critiques : légitimes, mais surmontables

    Les opposants au CETA soulèvent des préoccupations valables : souveraineté alimentaire, normes sanitaires, recours à des tribunaux d’arbitrage. Ces enjeux méritent débat. Mais ils doivent être replacés dans un contexte mondial. Rejeter un accord avec le Canada pour ces motifs, c’est risquer de s’isoler dans une mondialisation dominée par des puissances moins soucieuses de réciprocité selon les partisans de la ratification.

    « Les petites exploitations agricoles pourraient ne pas bénéficier autant que les grandes du CETA »

    Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste du cabinet BDO France

    De son côté, la Cour de justice de l’UE a validé le mécanisme de règlement des différends en 2019, après plusieurs ajustements de la Commission. Et les effets environnementaux du traité, s’ils existent, peuvent être compensés par des politiques publiques volontaristes – justement facilitées par les recettes supplémentaires liées à l’ouverture de nouveaux marchés. Ces inquiétudes ne sont toutefois pas anecdotiques. 

    Elles traduisent une crainte plus profonde : celle d’une « concurrence déloyale » au détriment de l’agriculture paysanne. Pour Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste du cabinet BDO France, la France peut tirer profit du CETA en tant que première puissance agricole européenne, « mais les petites exploitations n’en bénéficient pas autant que les grandes », explique-t-elle.

    Le CETA comme boussole de l’Europe de demain

    Le processus de ratification est encore ouvert. Après le rejet du Sénat, c’est le gouvernement qui décidera s’il souhaite clore le débat ou relancer une délibération. Il lui appartient de trancher : attendre davantage, ou agir.  Alors que l’UE s’interroge sur ses futurs partenariats avec l’Amérique latine, l’Afrique ou l’Asie, le CETA offrirait, dans le contexte décrit un précédent. Il montrerait qu’un accord de libre-échange équilibré, assorti de garde-fous environnementaux et sociaux, est donc possible. Et ce signal pourrait alors venir de France.

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