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  • Guerre commerciale ou technologique

    Guerre commerciale ou technologique

    La compétition entre la Chine et les États-Unis fait rage dans le domaine des technologies de pointe. Cette rivalité se cristallise notamment autour de l’intelligence artificielle (IA). OpenAI et son fameux ChatGPT peuvent-ils être supplantés par les modèles produits par DeepSeek, son concurrent chinois, aussi performant – ou presque – et moins cher ? Le véritable vainqueur de la course à l’IA ne sera peut-être pas le pays à l’origine des meilleurs modèles de robots conversationnels. Il est probable que ce soit celui où les gouvernements, les entreprises et les citoyens ordinaires utilisent l’IA de manière efficiente dans toutes les activités qui remporte la mise. De la croissance économique à la puissance militaire, la diffusion technologique compte finalement plus que l’innovation elle-même, même si cette dernière peut générer des effets de rente. Malgré tout, la course est plus ouverte qu’il n’y paraît.

    À la différence des applications en ligne, l’IA peut générer des gains de productivité dans de nombreux secteurs et profiter ainsi à un grand nombre d’acteurs économiques.

    La Chine, puissance innovante mais entravée

    La Chine est devenue, au cours de ces dernières décennies, l’un des acteurs majeurs des nouvelles technologies. Elle est à l’origine de près de la moitié des nouveaux brevets mondiaux, mais peine à les exploiter. Selon une étude récente de Jeffrey Ding, de l’université George Washington, fondée sur des données de 2020 de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), la Chine ne se classe qu’à la 47e place mondiale pour l’exploitation et la diffusion des innovations. Le pays a tardé à développer des liens entre le monde universitaire et l’industrie. L’aversion au risque et le poids de la bureaucratie freinent la valorisation des résultats de la recherche. Le caractère centralisé des processus de décision constitue également un frein à l’utilisation de l’IA. L’économie chinoise reste plus dépendante de l’industrie manufacturière et de l’agriculture que celle des États-Unis. Elle compte donc moins d’entreprises susceptibles d’exploiter pleinement l’IA.

    Par ailleurs, le cloud computing est moins utilisé par les entreprises chinoises que par leurs homologues américaines, ce qui les prive d’une puissance de calcul évolutive.

    Une dynamique de rattrapage accélérée

    L’avantage comparatif américain n’est pas éternel, la Chine rattrape rapidement son retard en matière d’adoption des technologies. Selon les derniers chiffres de l’OMPI, elle se classe désormais au 32e rang mondial en matière de diffusion technologique, soit 15 places de mieux qu’en 2020. Des véhicules électriques aux robots assurant le service en chambre, le consommateur chinois est exposé à des technologies souvent plus sophistiquées que son homologue américain. Certains acteurs du secteur estiment que, désormais, c’est la Chine – et non les États-Unis – qui est en tête pour la diffusion des innovations. Comme l’a affirmé Han Jizhong, de l’Académie chinoise des sciences, en 2023 : « Nous avons surpassé les Américains dans de nombreuses technologies, non pas grâce à des avancées révolutionnaires, mais grâce à nos capacités d’application issues de notre immense marché. »

    La Chine peut donc combler son retard technologique mais, pour l’instant du moins, les États-Unis conservent une avance certaine. Les entreprises américaines investissent massivement dans l’IA, notamment dans des applications de ressources humaines et de comptabilité. De plus en plus de logiciels intègrent des modules d’IA, comme la suite bureautique de Microsoft. En Chine, le marché des logiciels d’entreprise représente environ un dixième de celui des États-Unis et reste relativement conventionnel.

    Une IA plus efficiente côté chinois ?

    Les Américains dépensent beaucoup dans les technologies de pointe, mais pas toujours à bon escient. Un dollar investi dans des services d’IA chinois rapporte souvent davantage qu’un dollar investi dans des services américains. Les prix en Chine sont plus bas, en raison de la forte concurrence au sein des entreprises de cloud computing et du caractère open source des modèles d’IA. En 2023, ByteDance, une grande entreprise technologique chinoise, a réduit le prix de son chatbot Doubao, le rendant 99 % moins cher que ChatGPT d’OpenAI.

    Les études sur l’utilisation de l’IA sont contradictoires. Selon une enquête d’IBM, 50 % des entreprises chinoises utilisaient l’IA, contre un tiers des entreprises américaines. Une étude de McKinsey indique que 19 % des Chinois utilisent l’IA au travail, contre 12 % des Nord-Américains. Des données du gouvernement japonais montrent que bien plus d’entreprises chinoises qu’américaines ont adopté une politique d’usage de l’IA générative.

    L’IA au cœur de l’économie chinoise

    L’adoption de l’IA en Chine semble se concentrer sur trois secteurs clés : le secteur public, les technologies grand public et le matériel informatique professionnel.

    Les administrations centrales représentent à elles seules la moitié de la demande pour le modèle de DeepSeek. Les collectivités locales et le système de santé utilisent de plus en plus l’IA, notamment pour la gestion des dossiers hospitaliers. Les consommateurs chinois semblent aussi plus enclins à expérimenter l’IA que leurs homologues américains.

    L’IA au cœur de l’économie chinoise
    L’IA au cœur de l’économie chinoise

    Les prix moins élevés expliquent en partie cette situation : la plupart des chatbots chinois sont gratuits. La confiance joue également un rôle. Les Chinois sont plus optimistes quant à la manière dont la technologie peut améliorer leur vie, tandis que les Occidentaux se montrent de plus en plus méfiants vis-à-vis du progrès technique. Aux États-Unis comme en Europe, le déploiement de l’IA bute sur des réglementations de plus en plus complexes en matière de protection des données et de droits d’auteur. En Chine, ces réglementations sont moins développées. Les consommateurs chinois semblent prêts à partager leurs données… ne serait-ce que pour acheter un café.

    Face à des consommateurs ouverts aux innovations, les entreprises chinoises multiplient les applications dotées de fonctions d’IA. 81 % des Chinois savent quels types de produits utilisent l’IA, contre 39 % des Américains, selon l’institut Ipsos.

    Le secteur manufacturier, un atout stratégique

    Le secteur manufacturier est le troisième plus important client de l’IA en Chine, après l’État et les consommateurs. En 2024, 3 % des investissements américains en capital-risque dans l’IA ont été consacrés à l’industrie manufacturière, contre 43 % en Chine. Certains industriels asiatiques considèrent d’ailleurs que c’est dans ce secteur que la Chine pourrait le plus se démarquer des États-Unis. La Chine représente déjà près de 30 % de la production manufacturière mondiale, contre 20 % en 2011. Elle compte plus de robots industriels par ouvrier que presque tous les autres pays développés. Elle se lance désormais dans de nouveaux domaines.

    En février, BYD, constructeur de véhicules électriques, a lancé une technologie avancée d’assistance à la conduite sans surcoût. Tesla propose cette option aux États-Unis pour 9 000 dollars par véhicule. Des entreprises comme Unitree et EngineAI fabriquent des robots humanoïdes de plus en plus perfectionnés. L’IA permet aussi à la Chine de surmonter les blocages induits par les sanctions américaines. Entre 2019 et 2023, les importations chinoises de biens d’équipement américains ont chuté de plus de 20 % en termes réels, privant ses entreprises du matériel le plus avancé. Grâce à l’IA, elles commencent à combler leur retard.

    Les États-Unis : puissance technologique et financière

    Les États-Unis conservent un atout de taille : la puissance financière des GAFAM. En 2025, Amazon, Alphabet, Microsoft et Meta investiront plus de 300 milliards de dollars dans les nouvelles technologies, dont une grande partie sera consacrée à l’IA. Alibaba, Baidu, ByteDance et Tencent ne disposent que d’un sixième de ce montant. Selon le cabinet Dell’Oro Group, les dépenses américaines en serveurs d’IA en 2024 étaient quatre fois supérieures à celles de la Chine. Les États-Unis disposent aussi de dix fois plus de centres de données. Toutefois, ce réservoir de capitaux les conduit parfois au gaspillage. Si cette manne venait à se tarir, la donne pourrait changer.

    L’Europe : en quête d’un troisième chemin

    Et l’Europe dans cette bataille ? Si elle ne rivalise pas en volume d’investissement avec les États-Unis ou la Chine, elle entend se positionner par la qualité, la régulation et l’éthique. Le Règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act), adopté en 2024, vise à encadrer les usages de l’IA en fonction des risques, en promouvant des modèles « fiables », transparents et respectueux des droits fondamentaux. Ce choix constitue-t-il un frein à l’expansion de l’IA ? En partie, mais il pourrait aussi créer un standard international.

    En 2023, selon Eurostat, seulement 8 % des entreprises européennes déclaraient utiliser des solutions d’IA, avec de fortes disparités : 15 % en Suède, 13 % en Finlande, mais seulement 5 % en France et 4 % en Italie.

    Le retard est aussi financier : les investissements européens dans l’IA atteignaient environ 10 milliards d’euros en 2023, contre 45 milliards aux États-Unis et près de 30 milliards en Chine. Toutefois, certains acteurs européens, comme Mistral AI en France, Aleph Alpha en Allemagne ou Graphcore au Royaume-Uni, se développent rapidement et défendent une IA « souveraine ». La Commission européenne, via les programmes Digital Europe et Horizon Europe, soutient activement la recherche et l’adoption de l’IA, avec un objectif affiché de tripler les investissements publics et privés d’ici 2027. L’Europe mise ainsi sur une approche qualitative, fondée sur la confiance et les cas d’usage ciblés (santé, industrie, énergie), mais elle doit encore lever deux freins majeurs : la fragmentation du marché et l’insuffisance de capital-risque.

    L’IA comme révélateur de modèles de société

    La rivalité sino-américaine dans le domaine de l’intelligence artificielle révèle des modèles économiques, politiques et culturels très différents. Les États-Unis misent sur la puissance financière et l’innovation privée ; la Chine s’appuie sur l’échelle de son marché et sur la mobilisation coordonnée de l’État. L’Europe, elle, tente d’inventer une voie régulée et éthique, mais reste en retrait en matière d’usages et d’investissements.

    À terme, ce ne sont peut-être pas les performances techniques des modèles d’IA qui feront la différence, mais la manière dont ces technologies seront intégrées dans le tissu économique, social et institutionnel. La diffusion comptera autant, sinon plus, que l’invention. La bataille de l’IA pourrait ainsi récompenser non pas le plus brillant des ingénieurs, mais le plus agile des systèmes.

  • L’Orchestre des lycées français du monde en concert exceptionnel au Lycée français de Lisbonne

    L’Orchestre des lycées français du monde en concert exceptionnel au Lycée français de Lisbonne

    L’Orchestre des lycées français du monde (OCLFM), un projet musical emblématique du réseau AEFE, a offert un concert exceptionnel au Lycée français Charles Lepierre de Lisbonne ce dimanche 13 avril. Cette édition 2025, très attendue, fait suite aux performances acclamées de l’orchestre à Vienne en 2023 et à Bruxelles en 2024.

    Composé de jeunes musiciens issus des lycées français du monde entier, l’orchestre scolaire international a une nouvelle fois fait preuve d’un talent exceptionnel. Violonistes, flûtistes, pianistes, percussionnistes et instrumentistes à vent ont uni leurs compétences pour proposer un concert riche en émotions, devant un public local et international.

    Une édition marquée par la présence d’un chœur d’élèves

    Particularité de cette édition 2025 : la création d’un chœur réunissant des élèves du primaire. Cette nouveauté a permis d’ouvrir le projet à un public plus large, intégrant des voix jeunes et variées au sein de l’ensemble orchestral.

    Une édition marquée par la présence d’un chœur d’élèves
    Une édition marquée par la présence d’un chœur d’élèves

    Ainsi, cette dimension chorale enrichit non seulement le répertoire musical, mais favorise également la démocratisation de l’accès à l’Orchestre des lycées français du monde. Elle permet à des élèves ne pratiquant pas d’instrument de vivre une expérience musicale internationale inoubliable, tout en valorisant l’inclusion et la coopération entre générations scolaires. L’événement a également marqué la célébration des 11 ans de l’Orchestre de l’AEFE, rassemblant près de 250 jeunes musiciens et chanteurs.

    Pour l’occasion l’orchestre est rebaptisé « orchestre et chœur des lycées français du monde » (OCLFM).

    Une direction artistique signée Adriana Tanus

    À la direction de l’ensemble : Adriana Tanus, professeure au Lycée français de Madrid. Très impliquée dans le projet depuis son origine, elle incarne l’exigence et la bienveillance qui font la force de cet orchestre unique. Grâce à sa direction précise, elle a su fédérer une centaine d’élèves passionnés autour d’un répertoire ambitieux, mêlant œuvres classiques incontournables dont les répertoires de Gounod et Offenbach.

    Une direction artistique signée Adriana Tanus
    Une direction artistique signée Adriana Tanus

    « La musique permet de renforcer des éléments clés, tels que le travail en équipe, le respect des différences ou le savoir-vivre ensemble, mais aussi l’importance de l’écoute active, de la connaissance de soi, de l’effort et de la discipline. L’apprentissage d’un instrument implique un travail de motricité, de coordination, intellectuel… », souligne Adriana Tanus.

    Comprendre Gounod et Offenbach : deux compositeurs français à rayonnement international

    Avant même de faire vibrer Lisbonne, l’Orchestre des lycées français du monde (OCLFM) rend hommage à deux figures majeures de la musique française du XIXe siècle : Charles Gounod et Jacques Offenbach. Leur œuvre illustre parfaitement le rayonnement culturel de la France à l’international, thème central du projet porté par l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger).

    Charles Gounod (1818–1893), compositeur emblématique du romantisme français, est mondialement connu pour son opéra Faust, qui a conquis les scènes de Londres, Vienne, Milan ou encore Saint-Pétersbourg. Sa musique, lyrique et spirituelle, a influencé de nombreux compositeurs européens et reste encore aujourd’hui un pont entre l’art lyrique français et la tradition allemande ou italienne.

    Jacques Offenbach (1819–1880), né en Allemagne et naturalisé français, est quant à lui le maître de l’opéra bouffe. Son style léger, satirique et brillant, incarné par des œuvres comme Orphée aux Enfers ou La Vie parisienne, a connu un immense succès dans toute l’Europe, jusqu’aux États-Unis. Offenbach a su faire rayonner la comédie musicale française bien au-delà de l’Hexagone.

    À travers l’interprétation de leurs œuvres, les jeunes musiciens de l’Orchestre des lycées français du monde ne célèbrent pas seulement deux grands noms du patrimoine musical : ils portent une culture ouverte sur le monde, vivante et accessible, fidèle aux valeurs que promeut l’enseignement français à l’étranger.

    Un événement majeur du réseau AEFE

    Pour beaucoup, l’Orchestre des lycées français du monde est bien plus qu’un simple ensemble musical. Il symbolise la coopération, la diversité culturelle et l’excellence pédagogique au sein des établissements de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. À chaque édition, de nouveaux talents rejoignent l’aventure, travaillant d’abord à distance avant de se retrouver en résidence dans la ville hôte pour finaliser le programme du concert.

    Un événement majeur du réseau AEFE
    Un événement majeur du réseau AEFE

    Cette année, Lisbonne a offert un cadre inspirant pour ces jeunes artistes venus d’Europe, d’Afrique, d’Asie et des Amériques. Le concert, accueilli par le Lycée français Charles Lepierre, a permis de valoriser l’engagement culturel et éducatif de toute une communauté scolaire.

    Une vitrine du rayonnement culturel français

    Avec cette édition, l’Orchestre des lycées français du monde confirme son rôle de vitrine artistique du réseau scolaire français à l’international. Le succès rencontré à Lisbonne démontre une nouvelle fois la puissance de la musique comme vecteur de dialogue interculturel.

    Le rendez-vous est déjà pris pour 2026, dans une nouvelle ville du réseau AEFE, pour continuer à faire résonner la musique et les valeurs du vivre-ensemble à travers le monde.

    « Un grand moment de partage » : échange avec Catherine Guilianelli, proviseure du lycée.

    Lesfrançais.press : « Madame la proviseure, le concert vient de se terminer quelles sont vos premières impressions ? »

    Catherine Guilianelli, proviseure du lycée français Charles Lepierre : « Nous avons vécu un moment inoubliable. Quand « La bohème » a retenti, tout le monde pleurait. Je pense aussi au moment où tous les musiciens se sont présentés.

    "un grand moment de partage"
    « un grand moment de partage »

    Malgré la diversité des nations représentées Il y avait une véritable unité car nous avons tous vécu un grand moment de partage. »

    Lesfrançais.press : « Cette année la chorale était présente ? »

    Catherine Guilianelli : « Oui ce sont 120 élèves de CM2 qui ont descendu la salle pour rejoindre les musiciens sur scène sur la chanson d’Hugues Aufray, Santiano. Aufray est d’ailleurs un ancien du lycée français du Madrid. Il y avait alors plus de 350 élèves sur scène. C’est considérable. »

    Lesfrançais.press : « Les répétitions ont dû être très intenses ces derniers jours ? »

    Catherine Guilianelli : « Nous avons eu la chance de trouver un établissement Portugais, le collège moderne,  qui a une salle de musique et qui nous a prêté ses locaux alors que leurs élèves étaient en vacances.

    « Il y avait alors plus de 350 élèves sur scène. C’est considérable. »

    Catherine Guilianelli, proviseure du lycée français Charles Lepierre

    Les encadrants et les tuteurs ont été de bout en bout exceptionnels. Certains sont des anciens élèves et d’autres venaient en renfort de l’extérieur. Ils se sont aussi intégrés au chœur. Il ne fallait pas se louper. On s’y est pris à l’avance. Tous les mardi il y avait une visio conférence avec l’AEFE qui nous a beaucoup aidés. Il y a eu aussi 60 familles d’accueil volontaires. Tout s’est très bien passé. La pression était là mais je dois rendre hommage à tous les personnels et en particulier à Karim Madaoui le chargé de communication et à Cristina Morin enseignante d’éducation musicale qui dirige la chorale du lycée.

    Je suis très admirative du travail qui a été fait. C’était un moment suspendu. Je rends naturellement hommage pour terminer à Adriana  Tanus la chef d’orchestre qui est habitée par la musique et sans qui rien ne serait possible. »

    Retrouvez l’enregistrement du concert

    https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=QuyYMkgr1Yc

  • L’UE admet que les relations avec les États-Unis « se détériorent »

    L’UE admet que les relations avec les États-Unis « se détériorent »

    Les droits de douane imposés par Donald Trump aux partenaires commerciaux des États-Unis ont mis l’Union européenne (UE) dans une « situation délicate », a déclaré mardi la Commission européenne, qui a souligne que ses relations avec Washington se détérioraient. 

    « Nous sommes dans une situation délicate », a déclaré à la presse Olof Gill, porte-parole de la Commission chargé du commerce. « Les choses ne s’améliorent pas. Elles s’aggravent. Nous essayons de nous asseoir avec nos amis américains et de leur dire : ‘Améliorons la situation’ ».

    Ces commentaires font suite à l’annonce faite lundi par l’UE, qui a proposé de supprimer les droits de douane sur tous les produits industriels échangés avec les États-Unis, afin d’éviter les « droits de douane réciproques » sur les importations américaines qui entrent en vigueur aujourd’hui.

    Ils interviennent également dans un contexte d’inquiétude croissante quant à l’impact direct des politiques de Donald Trump sur les exportateurs de l’UE, et de crainte que les droits de douane n’entraînent la réorientation et le « dumping » de milliards d’euros d’exportations chinoises sur les marchés de l’UE.

    L’offre « zéro pour zéro » de la Commission a été discutée « lors de chaque réunion » avec les responsables américains depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, a déclaré Olof Gill.

    Donald Trump a rejeté la proposition de l’UE hier, arguant que Bruxelles devrait plutôt chercher à acheter davantage de gaz naturel liquéfié américain.

    « Ils vont devoir acheter leur énergie chez nous, parce qu’ils en ont besoin et qu’ils vont devoir l’acheter chez nous », a déclaré Donald Trump. « Ils peuvent l’acheter, nous pouvons faire tomber 350 milliards de dollars en une semaine ».

    Selon la Commission européenne, l’UE a enregistré un excédent commercial net de 48 milliards d’euros avec les États-Unis en 2023, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, tant pour les biens que pour les services.

    Trump a affirmé à plusieurs reprises que l’excédent total de l’UE s’élevait en réalité à 300 ou 350 milliards de dollars (275 à 320 milliards d’euros).

    Adobestock
    Adobestock

    La porte-parole de la Commission chargée de l’énergie, Anna-Kaisa Itkonen, a déclaré aux journalistes mardi que l’UE était « absolument prête à discuter » de la proposition de Washington d’acheter plus de GNL.

    Elle a toutefois souligné que la négociation des contrats énergétiques relevait en fin de compte de la responsabilité des pays de l’UE et non de l’exécutif européen.

    Ursula Von der Leyen appelle Pékin

    Ces commentaires font suite à un appel téléphonique entre Ursula von der Leyen et le premier ministre chinois Li Qiang, au cours duquel les dirigeants ont discuté de la mise en place d’un « mécanisme » spécial pour lutter contre l’impact du détournement des échanges.

    Ursula Von der Leyen a également souligné le « rôle essentiel de Pékin dans la lutte contre un éventuel détournement des échanges causé par les droits de douane », selon un compte rendu de l’appel de la Commission.

    Ursula Von der Leyen a également annoncé hier qu’une task force spéciale de la Commission serait mise en place pour protéger l’UE « contre les effets indirects du détournement des échanges ».

    Outre les droits de douane réciproques, Donald Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur les automobiles, l’acier et l’aluminium depuis son retour à la Maison Blanche en janvier. Un droit de douane universel de 10 % sur toutes les importations américaines est également entré en vigueur samedi.

  • Musk, un roi aux pieds d’argile.

    Musk, un roi aux pieds d’argile.

    Depuis de nombreuses années, Elon Musk réussissait tout ce qu’il entreprenait, défiant les lois de l’économie et des affaires. Il a ainsi fait de Tesla la première capitalisation boursière du secteur de l’automobile. En 2024, cette dernière est devenue la première entreprise mondiale de production de véhicules électriques. Elle se classe au 8e rang de son secteur d’activité pour le chiffre d’affaires et au 4e rang pour la marge opérationnelle. SpaceX est devenue la première société aérospatiale du monde. En 2024, SpaceX a réalisé plus de 90 lancements orbitaux — un record mondial — avec des fusées réutilisables (Falcon 9, Falcon Heavy), contre 6 pour Ariane Espace. SpaceX domine désormais le marché des lancements commerciaux : satellites, constellations, vols habités privés ou pour la NASA. Sa valorisation dépasse 180 milliards de dollars. De son côté, Starlink, l’entreprise d’Elon Musk spécialisée dans les télécommunications, dispose de plus de 7000 satellites. Starlink est le leader incontesté du marché de l’Internet par satellite.

    L’empire d’Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, n’est cependant pas sans faille. Les deux principales entreprises qui soutiennent son empire, Tesla et SpaceX — représentant environ 90 % de sa valeur et probablement la totalité de ses bénéfices — sont confrontées à une concurrence de plus en plus vive. En 2024, SpaceX a réalisé cinq lancements spatiaux sur six dans le monde. Grâce à sa division Starlink, elle détient 60 % des satellites en orbite. En décembre, elle a vendu des actions sur la base d’une valorisation de 350 milliards de dollars, soit deux tiers de plus que son niveau précédent. Starlink, sa principale source de profits, est en passe de générer plus de 11 milliards de dollars de chiffre d’affaires cette année. Ainsi que 2 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible. Cependant, les prises de position iconoclastes de son dirigeant inquiètent désormais les clients de SpaceX à l’heure où ses concurrents gagnent en puissance.

    Des craintes de dépendance excessive

    Ses menaces intermittentes de mettre fin au soutien de Starlink à l’Ukraine suscitent des craintes de dépendance excessive. La fiabilité d’Elon Musk en tant que fournisseur à long terme de communications stratégiques par satellite est mise en doute. La recherche d’alternatives a contribué à plus que quadrupler le cours de l’action d’Eutelsat, qui développe OneWeb, un fournisseur européen de services satellitaires à haut débit. Pour le moment, aucun fournisseur européen ne peut rivaliser avec les 7 000 satellites en orbite basse de Starlink. Eutelsat n’en possède, en effet, que 600. Aucun n’est capable d’afficher des prix aussi bas que Starlink.

    Certes, aux États-Unis, le projet Kuiper d’Amazon pourrait à terme faire de l’ombre à Starlink. Cette entreprise prévoit de placer plus de 3 000 satellites en orbite basse, créant ainsi un réseau spatial haut débit. Si cet objectif est atteint, certains clients hors des États-Unis pourraient changer de fournisseur. Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, conscient de l’opportunité de prendre des parts de marché à son concurrent, accélère le rythme des lancements avec Blue Origin. Son entreprise de fusées est indépendante du projet Kuiper, mais a conclu des contrats pour lancer plusieurs de ses satellites. En janvier, la fusée New Glenn de Jeff Bezos a atteint l’orbite du premier coup. Si Blue Origin parvient à effectuer plusieurs vols réussis avec des fusées réutilisables, elle pourrait devenir un concurrent sérieux de SpaceX.

    Parmi les autres entreprises capables de placer des satellites figure Rocket Lab, qui, en nombre de lancements, est la plus proche de SpaceX. Elle prévoit de commercialiser un nouveau lanceur, Neutron, capable de rivaliser avec les fusées d’Elon Musk.

    La valeur boursière de Tesla a chuté de près de moitié.

    Tesla est, pour sa part, confrontée depuis plusieurs mois à des vents contraires. Après avoir atteint un pic de 1 500 milliards de dollars mi-décembre, sa valeur boursière a chuté de près de moitié. Des activistes ont manifesté devant les showrooms Tesla aux États-Unis et en Europe. En effet, des dégradations de magasins et de véhicules ont été constatées, les utilisateurs de Tesla allant jusqu’à être menacés.

    Des appels au boycott ont été lancés dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, après les prises de position d’Elon Musk en faveur de l’AfD. En mars 2025, les ventes de Tesla ont baissé en France de 37 %, marquant le troisième mois consécutif de recul. En Suède, une baisse de 64 % des ventes a été enregistrée en mars. Du côté de l’Allemagne, la chute a atteint 76 % en glissement annuel en février 2025.

    La valeur boursière de Tesla a chuté de près de moitié.
    La valeur boursière de Tesla a chuté de près de moitié.

    Au-delà des déclarations politiques d’Elon Musk, Tesla affirme faire face à une concurrence de plus en plus vive dans le secteur des véhicules électriques. L’avance de l’entreprise sur ce marché se réduit. General Motors a vendu 50 % de véhicules électriques de plus qu’en 2023 et rivalise désormais avec le Sud-Coréen Hyundai pour devenir le deuxième fournisseur américain de véhicules à batterie. Bien que Tesla reste leader du marché, RBC Capital Markets — banque d’investissement historiquement optimiste pour Tesla — prévoit que sa part des ventes de véhicules électriques en Amérique du Nord chutera à 53 % en 2025, contre 68 % deux ans plus tôt.

    Les marges bénéficiaires sont en baisse, l’entreprise réduisant ses prix pour faire face à la concurrence. Le rappel de la quasi-totalité des Tesla Cybertruck aux États-Unis, en raison de problèmes liés à la colle utilisée pour fixer les panneaux extérieurs, nuit à l’image d’une marque qui mettait en avant la fiabilité de ses modèles. Ces derniers, justement, commencent à vieillir. Leur attractivité diminue. L’absence de réseau de garages constitue également une faiblesse, d’autant que le coût des réparations reste élevé.

    BYD surpasse Tesla sur le plan technologique

    En difficulté en Europe, Tesla l’est aussi en Chine. BYD, son principal concurrent, détient 15 % du marché automobile, soit plus du triple de celui du constructeur américain. L’an dernier, son chiffre d’affaires a dépassé celui de Tesla pour la première fois depuis 2017, franchissant la barre des 100 milliards de dollars. BYD surpasse Tesla sur le plan technologique. Le 18 mars dernier, l’entreprise chinoise a dévoilé un système capable de recharger un véhicule électrique en cinq minutes, soit bien plus rapidement que Tesla.

    BYD entend aussi concurrencer Tesla dans le domaine de la conduite autonome. Le système d’assistance à la conduite de l’entreprise américaine oblige encore le conducteur à garder les mains sur le volant et à rester attentif. Les partisans optimistes de Tesla considèrent l’évolution vers les niveaux 4 et 5 — la conduite véritablement autonome — comme la prochaine étape pour révolutionner les transports. Près des trois quarts de la valorisation prévisionnelle de Tesla reposeraient sur la création de flottes de véhicules autonomes. Fin mars, BYD a surpris les professionnels du secteur automobile en lançant une technologie avancée d’assistance à la conduite, baptisée « God’s Eye », sans surcoût. Cette annonce a coïncidé avec le lancement par Tesla d’une version chinoise simplifiée de son système de conduite semi-autonome (FSD), facturée environ 9 000 dollars — soit le prix du véhicule le moins cher de BYD. Les prix pratiqués par BYD et les avancées des constructeurs traditionnels en matière de conduite autonome ont conduit certains analystes à revoir à la baisse leurs prévisions de valorisation à long terme pour Tesla.

    Les nouveaux atouts de Musk

    Elon Musk conserve toutefois quelques atouts pour résister à la montée de la concurrence. La fusée Starship de SpaceX, encore en phase de test, pourrait transformer le secteur spatial en permettant la mise en orbite de constellations bien plus vastes que celles rendues possibles par la Falcon 9, actuel vaisseau amiral de l’entreprise. Par ailleurs, les droits de douane de 25 % sur les importations de voitures, annoncés par Donald Trump le 26 mars, pourraient pénaliser moins Tesla que ses concurrents, l’entreprise assemblant ses véhicules aux États-Unis.

    Elle espère également percer dans le domaine des robots humanoïdes. Elle collabore avec xAI, l’entreprise d’intelligence artificielle fondée par Elon Musk. Cette dernière a levé 10 milliards de dollars pour une valorisation de 75 milliards.

    Le réseau de communication X aurait levé des fonds à hauteur de 44 milliards de dollars, soit le prix payé par Elon Musk. Ce réseau entend s’imposer comme un outil de communication incontournable à l’échelle mondiale. Mais aussi à contribuer à la diffusion de la « bonne parole » de son président. Le 20 mars dernier, Elon Musk a galvanisé ses équipes en leur fixant de nouveaux objectifs. Produire en moins de cinq secondes un « Robotaxi », ainsi que 5 0000 robots humanoïdes par an dès 2026. Il estime que la déréglementation facilitera son activité et l’augmentation de la valeur de ses entreprises.

    Si Tesla et SpaceX ont bouleversé leurs secteurs respectifs, elles n’échappent pas à la loi du marché ni aux tensions géopolitiques, aux contraintes réglementaires ou encore à la montée en puissance de concurrents souvent plus discrets mais redoutablement efficaces.

    Les prises de position politiques clivantes d’Elon Musk, son goût du choc médiatique et sa vision parfois messianique de l’avenir peuvent fragiliser la confiance indispensable au succès de ses entreprises. Des rumeurs circulent sur son éventuel départ de la Maison Blanche afin qu’il puisse reprendre réellement la direction de Tesla. Cette rumeur accrédite à la fois les difficultés de cette entreprise et la difficulté de mener de front une carrière politique et entrepreneurial de premier plan.

  • Combien vaut un juge ?

    Combien vaut un juge ?

    L’élection d’un juge à la Cour suprême du Wisconsin a mobilisé 98 millions de dollars « le scrutin judiciaire le plus coûteux de l’histoire américaine », dont 25 dépensés par Elon Musk. Son candidat a malgré tout été battu. L’argent ne fait pas l’élection, voilà qui est rassurant. Comme est rassurant le fait de dépenser autant d’argent pour faire élire un juge, alors qu’ailleurs, il suffit de lui donner un ordre, ou de l’acheter.

    À Tegucigalpa, passant devant des villas, l’ambassadeur d’Italie, curieux, demande à la ministre des finances :  « A qui est-elle, cette maison ? » « A Fulano». « Il est dans quoi, Fulano ? » « Les assurances, la banque, l’élevage et la justice. » Investir dans la justice assure un bon rendement. Fulano n’eut aucun procès pendant 25 ans. Après un coup d’État, il perdit ses juges, et la moitié de sa fortune. Son fils passa deux ans aux États-Unis, en prison, pour blanchiment et narcotrafic, comme le dernier Président du Honduras. Nombreux sont les dirigeants qui méritent d’aller en prison, plus nombreux encore ceux qui y envoient leurs opposants.

    Avant de devenir un voleur légitime, la première fonction du Prince était de juger.

    En Chine, Xi Jinping y expédie le numéro 2 de l’armée. En Turquie, Erdogan y envoie son principal opposant, maire d’Istanbul. En Algérie, la vieille garde corrompue emprisonne un vieil écrivain trop libre. Netanyahou reprend les bombardements de Gaza, et ceux de la Cour suprême. Générosité ou complicité de condamné, Trump gracie plus de 2500 personnes. Biden, durant son mandat, en avait gracié 8.000. Les Américains réinventent de lettres de cachet à l’envers : libérations ordonnées par le Prince. Générosité d’initié, Trump favorise aussi ses amis en les informant de son changement de pied douanier. L’un gagne plus d’un milliard, l’autre quelques centaines de millions seulement. On va en prison pour moins que ça.

    Avant de devenir un voleur légitime, la première fonction du Prince était de juger. Le premier droit du citoyen est d’avoir accès au droit. La justice est un contre-pouvoir. Tout pouvoir absolu veut contrôler la justice. Pire : le pouvoir aimerait que sa sentence, son arbitraire soit habillé de justice. Fusiller dans un fossé est insuffisant. Les procès de Moscou, la Révolution maoïste, voulaient des « aveux ». À Hong Kong, le pouvoir chinois muselle les démocrates par les juges. Poutine conjugue les deux, assassinats et procès.

    L’existence d’un juge indépendant du pouvoir politique fonde toute démocratie libérale. Opposer la justice « du peuple » à la justice « des juges » nie le droit. Si la démocratie se réduit au pouvoir de la majorité, alors elle revient à la tyrannie de la majorité contre la minorité. La démocratie est insuffisante, quand elle n’est pas constitutive de l’état de droit, du « règne de la loi », qui s’impose à tout pouvoir. L’État doit être soumis au droit. Quel droit ? Non le droit de l’État, mais le droit du citoyen, des droits «imprescriptibles de l’homme ». Démocratie, état de droit, droits de l’homme, tel est le triptyque fondamental de la démocratie dite libérale, toujours imparfaite, toujours attaquée.

    La Démocratie « illibérale » est celle qui entend mettre au pas les juges, ce que reproche la Commission européenne à Viktor Orban. À l’occasion de la visite de Netanyahou, la Hongrie a annoncé se retirer de la Cour Pénale Internationale.

    On a le droit de critiquer les juges. Du moins dans les pays où la critique est possible.

    Bien sûr, on a le droit de critiquer la CPI. Comme on peut critiquer les juges et les jugements. Comme on peut critiquer le Conseil constitutionnel ou la Cour suprême des États-Unis. Personne ne s’en prive. Du moins dans les pays où la critique est possible.

    Le juge, censé être neutre, l’est-il s’il s’affiche démocrate ou républicain, s’il a adhéré au « mur des cons » d’un syndicat ? « Tout juge dont on peut légitimement craindre un manque d’impartialité doit en conséquence se déporter » dit la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

    Faire le procès de la justice et de l’iniquité des juges est facile. Au-delà des critiques, toujours défendre le « Principe malgré le Prince ». Rien de pire qu’un mauvais juge, sinon l’absence de juge. D’où le scandale de cette mauvaise justice, celle qui prend des années, qui traîne et qui ronge.

    L’intelligence artificielle écrit les mémoires d’avocat, elle émettra les jugements.

    Tout le droit occidental se rattache au droit romain, celui, tardif de Justinien, qui eut l’ambition de recueillir « Tout le droit ancien accumulé depuis 1400 ans » en un code. Aujourd’hui Justinien, collecterait en une base de données les exemples et jugements passés. En appuyant sur le bouton, chacun connaîtrait sa peine avant même d’avoir commis une faute. En France par exemple, un viol est condamné à 9.6 années en moyenne. Un assassinat, en moyenne, 18 ans. Les juges sont plus sévères, la moyenne n’était que de 15 ans entre 2020 et 2021. Cela change selon les pays ; 12 ans en Italie, 16 en Suède, 17 aux États-Unis ou au Maroc. Cela dépend surtout des circonstances. Puisque l’intelligence artificielle écrit les mémoires d’avocat et passe le barreau avec succès, très vite, elle émettra les jugements. En dehors du droit pénal,- fiscalité, urbanisme, travail, commerce – un juge « artificiel » sera rapide, fondé, précis. Il ne faudrait de l’humain que pour le pardon. Seules subsisteront les cours d’appel.

    46% des personnes interrogées au niveau mondial considéraient leur système judiciaire comme corrompu.  

    Combien vaut un juge ? Un mercenaire chinois ( selon Douyin, le TikTok chinois) gagne, s’il survit en Ukraine, 5.2 millions de roubles par an, 2500 euros par mois. Avec le Yoyo de Trump, 12.000 milliards de dollars se sont évaporés. Les initiés ont gagné des centaines de millions de dollars, les épargnants ont perdu. Voilà ce qui choque : un juge ne vaut pas grand-chose, la justice non plus.  Selon Transparency International, la moitié (46%) des personnes interrogées au niveau mondial considérait leur système judiciaire comme corrompu. Sur 180 pays, les meilleurs pays de l’Indice de Corruption[1] sont les Européens. La France est vingt-cinquième. Les derniers : Corée du Nord, Nicaragua, Yémen, Soudan, Syrie, Venezuela, Somalie… Le classement est sensiblement le même selon le « World Justice Project »[2] :  Nicaragua, Myanmar, Haïti, Afghanistan, Cambodge, Venezuela. Peut-on seulement y parler de justice ? L’injustice y est telle que seul l’arbitraire muselle la guerre civile.

    « Qui gardera les gardiens » ? Comment contrôler les juges ? Aucun juge n’est insensible à l’opinion : l’assassin de Jaurès fut acquitté.

    Le prix d’un juge ? La révolte.  

    Que dirait-on d’une médecine dans laquelle les comptables gagneraient plus que les médecins ? Beaucoup d’avocats, huissiers, notaires, juristes, conseillers fiscaux gagnent plus que les juges. Or les juges devraient être choisis parmi les meilleurs juristes.

    Voir l’homme le plus riche du monde dépenser des millions pour l’élection d’un juge, c’est inquiétant, et rassurant. La justice reste, orientée ou pas, un contre-pouvoir. Dans une démocratie qui fonctionne, difficile de l’écraser, ou de l’acheter. Si la justice n’est pas le fondement de l’État, alors l’État est illégitime. Le prix d’un juge ? La révolte. Investir dans la justice éviterait qu’on l’achète.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de l’app bancaire France Pay


    [1] https://www.transparency.org/en/cpi/2024

    [2] https://worldjusticeproject.org/rule-of-law-index/downloads/WJPIndex2024.pdf

  • Impôts 2025 : ce qu’il faut savoir en tant que non-résidents

    Impôts 2025 : ce qu’il faut savoir en tant que non-résidents

    Paiement par prélèvement obligatoire, droit de contrôle étendu à 10 ans, la loi de finances 2025, adoptée dans le chaos en ce début d’année, révèle quelques surprises. On fait le point pour les Français de l’étranger, contribuables non-résidents en France, alors que la période de déclaration vient de s’ouvrir pour quelques semaines. 

    Qui paie des impôts en France en tant que non-résidents ?

    Pour rappel, les non-résidents sont soumis à l’impôt sur le revenu en France exclusivement pour les revenus de source française dans les limites de la convention fiscale liant l’hexagone et le pays de résidence du contribuable.

    Ainsi, le plus souvent, même si vous travaillez en France, pour une courte période, vous restez imposé dans votre pays de résidence sauf disposition contraire dans la convention fiscale. Au-delà d’un trimestre, la question peut se poser, même si c’est du télétravail, au-delà du semestre, il y a de fortes chances que l’employeur français soit contraint d’appliquer le prélèvement à la source.

    D’autres revenus comme ceux fonciers sont systématiquement imposés en France. Ainsi, si vous possédez un bien immobilier en France et que vous percevez des loyers, ces revenus y sont imposables.

    Cette règle vaut aussi pour les intérêts, dividendes et plus-values de cession de valeurs mobilières de source française qui sont donc également imposables.

    Concernant, Les pensions et retraites, si vous percevez une pension ou une retraite émise par l’État ou une collectivité publique ou un organisme assimilé (comme un hôpital), ces dernières seront imposables par la France. Ce qui peut poser des problèmes comme actuellement en Thaïlande, où les flux financiers des retraités sont désormais taxés. Pour les retraites issues du privé, celles-ci sont imposables dans le pays de résidence.

    Quel taux d’imposition ?

    Depuis le début de cette décennie, il est possible de choisir facilement dès la première déclaration d’impôt le type de taux qui s’appliquera à vos revenus déclarés.

    1)TAUX MINIMUM : Qui n’impose que les revenus de source française.  Le calcul se fait comme pour les résidents mais l’impôt ne peut, être inférieur à un montant calculé en appliquant un taux de 20 % à la fraction du revenu net imposable inférieure ou égale à 29.315 EUR (pour 2024) et un taux de 30 % à la fraction supérieure à cette limite.

    L’impôt ne peut pas être inférieur à ce qui est décrit mais il peut être supérieur puisque le calcul de base est celui des résidents et le taux peut donc atteindre 45% pour les hauts revenus.

    On peut noter que cette règle de non-infériorité est très pénalisante puisqu’elle s’applique au revenu du foyer fiscal sans tenir compte du quotient familial.

    2)TAUX MOYEN : Qui prend en compte les revenus mondiaux pour calculer ce taux moyen, mais ce taux ne sera appliqué seulement que sur les revenus de source française. Le calcul de ce taux se faisant avec les barèmes et quotient familial appliqué aux résidents.

    Il est à noter que pour les pensions et salaires reçues de France les règles et tranches de calcul sont différentes de celles des résidents 0% jusqu’à 16820 EUR, 12% jusqu’à 48.790 EUR, et ceci par contribuable recevant salaire ou pension. Une retenue à la source total ou partielle est aussi faite sur ces salaires et pensions qui est prise en compte dans le calcul.

    Sans revenu de l’étranger le taux moyen est toujours pratiquement le plus avantageux et ceci quel que soit le type de revenus foncier, BIC ou salaire/pension sauf pour un célibataire avec salaire/pension ou le taux minimum devient intéressant au-delà de 73.000 EUR.

    En dehors de ce cas particulier (quotient familial =1) le taux minimum n’est intéressant que lorsque on a des revenus de l’étranger  substantiels  en addition des revenus français et plus le quotient familial est élevé, plus les revenus étranger doivent être importants pour donner un avantage au taux minimum, par exemple pour un couple sans enfant avec une pension de 70.000 EUR et des revenus fonciers de 10.000 EUR la demande de taux minimum devient intéressant  quand le revenu étranger est supérieur à 70.000 EUR et si ce couple a 2 enfants quand le revenu étranger est supérieur à 100.000 EUR.

    On voit donc que le taux moyen est pratiquement le plus avantageux pour la plupart des cas ordinaires. De plus si on le demande l‘administration ne l’appliquera que si c’est le plus avantageux mais aussi et surtout il faut noter que si on ne demande pas le taux moyen lors de la déclaration en ligne, c’est le taux minimum qui s’applique d’office par défaut.

    Barème impots France 2024

    Quelles nouveautés en 2025 ?

    Plus de contrôle et un alignement sur les conditions des résidents sont au menu de cette année 2025.

    10 ans de droit de regard pour l’administration !

    Un article discret (art. 61) de la loi de finances pour 2025 allonge à dix ans le délai de reprise de l’administration en cas de « fausse » domiciliation d’une personne à l’étranger. Mais comment définir la notion de fausseté ? Car ce terme renvoie à une idée de fictivité, proche de l’abus de droit ou, au contraire, permettrait-il à l’administration d’étendre son action sur dix ans chaque fois qu’elle entend remettre en cause la qualité de non-résident d’un contribuable ? On vous laisse choisir la finalité qui a motivé la mise en place, sans que nos députés n’y voient à redire, de cette nouveauté.

    La question est d’autant plus importante que le délai de reprise de dix ans serait applicable à l’ensemble des revenus de la personne redressée, à l’imposition de sa fortune immobilière, tout comme aux droits de donation ou de succession.

    Les Français de l’étranger doivent donc garder à l’esprit les critères de résidence fiscale de droit interne français (domicile ou lieu de séjour principal, activité professionnelle principale, centre des intérêts économiques) et se rappeler que les conventions fiscales conclues par la France peuvent leur apporter une protection supplémentaire contre des tentatives de redressement. Pour cela, ces personnes devront démontrer qu’elles sont bien résidentes fiscalement de leur pays d’élection mais aussi il est fortement conseillé de s’inscrire au registre consulaire et sur la liste électorale de votre circonscription.

    Tous les éléments administratifs français doivent clairement désigner votre lieu de résidence comme hors de France.

    Un compte SEPA ou rien ?

    Depuis quelques années, les résidents sont contraints de payer leurs impôts et taxes par prélèvement automatique. Pour les non-résidents, la direction chargée du recouvrement de l’impôt avait fait preuve de tolérance. Mais cette année, elle a communiqué sur la nécessité de disposer d’un compte SEPA.

    L’ouverture d’un compte bancaire au nom de l’usager dans un établissement bancaire de la zone SEPA
    est une obligation légale pour le paiement de l’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux dus en
    France. En outre, l’établissement bancaire choisi dans la zone SEPA doit adhérer aux règles du « SEPA
    DIRECT DEBIT » avec l’option SDD CORE (ou B2C)

    Direction des Impôts des Non-Résidents

    Ainsi, pour éviter frais ou amendes, il est impératif de détenir un compte ouvert dans les livres d’une banque européenne et de préférence française afin d’avoir un IBAN en FR.

    Cependant, les banques classiques comme celles en ligne excluent de plus en plus souvent les résidents hors de l’UE de leur clientèle. Certains arrivent cependant à conserver leur compte dans leur banque d’origine surtout s’ils perçoivent des loyers ou s’ils ont une attache familiale forte dans la région couverte par l’agence bancaire concernée. Mais globalement, le maître mot, au sein des directions des banques françaises, c’est « réduire le nombre de non-résidents). 2024 a été marquée, par exemple, par des fermetures en masse de comptes de non-résidents à la Société Générale et ses filiales (Boursokank, Crédit du Nord, etc).

    Mais, il ne faut pas perdre espoir. Tout d’abord, vous pouvez demander à la banque de France l’application de la loi sur le droit au compte bancaire. Fastidieuse et complexe, la démarche peut aboutir à l’obtention d’un compte de base dans des établissements comme les Caisses d’Épargne ou la Poste. Autre solution, faire appel, à des nouveaux acteurs du marché privé, comme France Pay. Cette application bancaire, partenaire en autre de la Caisse des Français de l’étranger, est dédiée à 100% aux non-résidents. Elle accepte tous les Français et ce quel que soit son pays de résidence, et ce sans exception (USA, Venezuela, Cuba, Chine, Russie, etc). Mais elle a un cout, entre 159€ et 199€ à l’année selon le niveau de carte bancaire que vous choisissez. Pour les contribuables en France, il y a actuellement une promotion valable jusqu’au 31 mai de 30% avec le code CONTRI2025 sur l’ensemble des offres du site.

    Le calendrier

    Il existe toujours deux façons de déclarer ses revenus en France : en ligne ou papier mais sous conditions.

    Une seule date limite pour la déclaration papier

    Cette démarche doit désormais obligatoirement être effectuée en ligne. Seules les personnes n’ayant pas de connexion à la maison ou qui ne peuvent confirmer les données préremplies sur le site Internet des finances publiques peuvent se tourner vers la version papier.

    Pour ces dernières, la date limite de la déclaration papier est fixée au 20 mai 2025.En cas d’erreur dans sa déclaration, l’envoi d’un rectificatif papier est accepté par le service des impôts jusqu’à cette date. La première page du document doit comporter la mention « DÉCLARATION RECTIFICATIVE, ANNULE ET REMPLACE » et reprendre l’intégralité des rubriques vous concernant y compris celles pour lesquelles aucune modification n’est apportée.

    Et en ligne ?

    Les dates limites de la déclaration en ligne : le jeudi 22 mai 2025 pour les départements n° 1 à 19 et pour les non-résidents en France.

    Comme chaque année, il sera possible dès début août de modifier sa déclaration en ligne directement depuis l’interface impots.gouv.fr.

  • Fabrice Etienne, le plus asiatique de nos écrivains diplomates.

    Fabrice Etienne, le plus asiatique de nos écrivains diplomates.

    Écouter le podcast de Fabrice Etienne

    Il a publié sept livres et romans dont cinq se déroulent en Asie. Diplômé de l’INALCO et fasciné très jeune par les langues orientales, Fabrice Etienne est le plus asiate de nos écrivains diplomates : il s’est distingué comme écrivain sous le nom de plume de Sébastien Ortiz en embrassant en parallèle une carrière de diplomate globe-trotteur. Un itinéraire qui rappelle celui de ces brillants aînés des lettres également membres du Quai d’Orsay, Romain Gary ou Saint John Perse pour ne citer que les plus célèbres.

    Le sillon asiatique inauguré par la publication de Tâleb, un roman sur l’Afghanistan

    Le premier roman de Sébastien Ortiz, Tâleb, inaugurait son tropisme asiate en narrant l’itinéraire d’un adolescent plongé dans la guerre d’Afghanistan en 1979. Publié dans la prestigieuse maison Gallimard voilà plus de 20 ans le roman conserve (hélas) une réelle actualité grâce à un personnage tourmenté par deux visions de l’islam, celle spiritualiste du Soufisme et celle plus conquérante et toxique du Salafisme.

    Couverture du livre Tâleb
    Couverture du livre Tâleb

    Le diplomate et l’écrivain travaillent de concert grâce à ce que Fabrice Etienne nomme l’expérience de l’impatriation. Il a pu en effet profiter de ses affectations diplomatiques pour s’immerger dans les réalités locales, dépasser les lieux communs et irriguer son inspiration. Il fait ainsi son service national auprès de l’Ambassade de France à Calcutta puis y revient 16 ans plus tard comme Consul général. Cette acculturation indienne donnera naissance à deux romans, « Fantômes à Calcutta » (Arléa 2009) à l’atmosphère très durassienne, et « la solitude du bonsaï » (Arthaud 2019) à l’ironie mordante sur l’univers diplomatique, ses chausse-trappes et ses ridicules.

    Une expérience incarnée de la diplomatie culturelle française en Asie

    L’écrivain a également puisé dans ses expériences asiatiques une philosophie faite d’expériences spirituelles et culturelles profondes. « Dans un temple Zen » (Arléa 2017) il fait le récit de sa retraite dans un temple bouddhiste à Taïwan alors qu’il a 20 ans à peine. Dans « portraits birmans » (Arléa 2012) il s’inspire de son expérience de conseiller de coopération et directeur de l’institut français de Birmanie seul centre culturel étranger alors ouvert dans le pays.

    Fabrice Etienne
    Fabrice Etienne

    Son itinéraire au sein de la diplomatie culturelle montre à quel point la présence française à l’étranger constitue un espace de liberté grâce à ses instituts et alliances dans des pays où la censure s’exerce fortement. La promotion de l’écrit en français, de ses penseurs et auteurs, est un des piliers d’une francophonie active et fondée sur des valeurs démocratiques. La France possède à cet égard un des réseaux culturels les plus étendus au monde et peut s’enorgueillir d’une politique de rayonnement dont les écrivains français sont pleinement les incarnations.

    Aujourd’hui en poste diplomatique au Cambodge, l’écrivain témoigne pour Lesfrançais.press

    Fabrice Etienne est aujourd’hui premier conseiller de l’Ambassade de France à Phnom Penh au Cambodge.  Il y creuse son sillon asiatique avec bonheur. Si son dernier roman paru « Châtelet-Lilas » l’éloignait du continent asiatique en nous plongeant dans le métro parisien au côté d’un conducteur de rame capable de lire les pensées de ses passagers, nul doute que la fascination asiatique de l’auteur donnera naissance à une fiction inspirée par l’expérience cambodgienne.

    Couverture du livre La solitude du bonsaï
    Couverture du livre La solitude du bonsaï

    Nous remercions l’écrivain et le diplomate de s’être confié au micro de l’émission Vagabondage sur ses inspirations et aspirations à venir.

  • Cartier à Londres : une exposition royale

    Cartier à Londres : une exposition royale

    Icônes légendaires, éclat des pierres précieuses, secrets d’ateliers et diamants éternels … Le Victoria and Albert Museum (V&A) à Londres célèbre la grandeur de Cartier à travers une exposition royale. Dès ce 12 avril, les portes s’ouvrent pour une immersion fascinante entre histoire du style et récits intimes. Cet événement marque la première grande rétrospective consacrée à la célèbre maison française au Royaume-Uni depuis près de 30 ans. Lesfrancais.press a pu déjà la visiter et vous partage ses impressions.

    Cartier : « le joaillier des rois et roi des joailliers »

    Selon vous, qu’ont en commun Rihanna, la reine Elizabeth II et le maharajah de Patiala ? Leur passion pour Cartier, comme le raconte cette exposition qui retrace l’histoire et l’influence de cette maison française emblématique fondée au XIXe siècle. Outre-Manche, la prestigieuse enseigne de la rue de la Paix a notamment gagné en notoriété grâce à Édouard VII, qui l’avait qualifiée de « joaillier des rois et roi des joailliers ». Difficile de rêver d’une meilleure publicité…

    Une odyssée joaillière familiale

    Et cette célèbre phrase prend tout son sens au cœur de l’exposition londonienne dédiée à la prestigieuse maison de luxe. Structurée en trois grandes sections, celle-ci retrace l’évolution du style Cartier, depuis les débuts de cette entreprise familiale fondée en 1847 par Louis-François Cartier, jusqu’à son rayonnement mondial au XXe siècle, porté par les ambitions visionnaires de ses petits-fils, Louis, Pierre et Jacques.

    Bain de Mer Tiara; Diamant, 1955, Princesse Grâce de Monaco.
    Bain de Mer Tiara; Diamant, 1955, Princesse Grâce de Monaco.

    De pièces en pièces, les visiteurs traversent plus d’un siècle d’innovation, de savoir-faire, et de relations privilégiées avec les plus grandes figures royales, artistiques et culturelles. La scénographie, signée par l’artiste britannique Asif Khan MBE, sublime les lignes et les matières, tout en offrant une expérience immersive à la mesure de la légende Cartier.

    Une exposition Cartier à Londres, entre trésors royaux et icônes modernes

    Au cours de cette exposition est dévoilée une collection vertigineuse de pièces emblématiques : la broche en diamants Williamson commandée par la reine Elizabeth II en 1953, ornée du fameux diamant rose de 23,6 carats. Ou bien encore le diadème Scroll, porté lors du couronnement de la souveraine puis réinterprété par Rihanna sur une couverture du magazine W en 2016.

    la broche en diamants Williamson commandée par la reine Elizabeth II en 1953, ornée du fameux diamant rose de 23,6 carats
    la broche en diamants Williamson commandée par la reine Elizabeth II en 1953, ornée du fameux diamant rose de 23,6 carats

    On y découvre aussi le collier-serpent articulé de Maria Félix, une broche florale de la princesse Margaret, ou le majestueux diadème Manchester, conçu en 1903 pour la duchesse douairière de Manchester. Sans oublier l’iconique panthère, symbole fétiche de la maison, et les montres pionnières telles que la fameuse Crash de 1967.

    Un voyage d’inspirations et d’alliances royales

    Derrière les joyaux, l’exposition révèle une maison avide d’inspirations venues d’ailleurs. Les frères Cartier, grands voyageurs, puisent leurs idées aux sources de l’Islam, de la Perse, de l’Inde ou encore de la Russie pour forger un style à la croisée des mondes. Une fusion audacieuse qui fait toute la richesse du langage Cartier.

    Un voyage d’inspirations et d’alliances royales
    Un voyage d’inspirations et d’alliances royales

    La relation privilégiée entre la marque de luxe française et la monarchie britannique occupe bien évidemment une place centrale de cette rétrospective organisée à Londres. Dès 1904, le roi Édouard VII octroie à Cartier un mandat royal, précieuse distinction médiévale honorant les artisans d’exception. Depuis, chaque génération de monarque a entretenu ce lien : la reine Mary fut une grande collectionneuse, la reine Elizabeth II commanda plusieurs pièces, et le roi Charles III prête aujourd’hui certains joyaux à l’exposition.

    Des archives précieuses et des histoires méconnues

    Pour la commissaire principale de cet événement, Helen Molesworth, celle-ci souligne la richesse des dessins préparatoires exposés : « Voir cet ensemble d’objets réunis est très inhabituel. Ma pièce préférée reste la broche Williamson, dont nous avons les croquis originaux. C’est la première fois qu’ils sont montrés ici ».

    Des archives précieuses et des histoires méconnues
    Des archives précieuses et des histoires méconnues

    Certaines créations révèlent des histoires personnelles fascinantes. Ainsi, 1928, le maharajah de Patiala confie à la maison la création d’un collier époustouflant composé de sept rangs de diamants blancs et jaunes. Ou bien encore, en 1933, l’héritière américaine Barbara Hutton fait commande à Cartier d’un somptueux collier de jade, serti de diamants et de rubis. Ces pièces d’exception, souvent issues de commandes privées, reflètent non seulement le travail méticuleux de l’enseigne, mais interrogent également – en filigrane – l’histoire des chaînes d’approvisionnement et l’impact du colonialisme sur l’univers des pierres précieuses.

    Une fierté française à Londres
    Une fierté française à Londres

    La dernière salle de l’exposition, dédiée aux diadèmes, offre un bouquet final à couper le souffle. « Certains visiteurs reviendront uniquement pour cette salle », confie la commissaire avec un sourire complice.

    Une fierté française à Londres

    Pour Laurent Feniou, directeur général de Cartier Ltd UK, cette exposition est aussi une affaire de cœur : « En tant que Français à Londres depuis 30 ans, je suis extrêmement fier de voir Cartier au V & A. C’est une reconnaissance. ». Il se réjouit également de l’accueil enthousiaste : « l’exposition parle à tout le monde, au melting pot londonien. Elle n’est pas réservée aux amateurs de joaillerie ou aux Français, mais à tous ceux qui aiment l’élégance, l’histoire, l’art. »

    Chez Cartier, les diamants ne coupent pas seulement le souffle, ils tranchent dans le marbre du temps. Du trône au tapis rouge, des maharajahs aux superstars, ils composent une symphonie d’éclats. Et si les rois meurent, leurs joyaux, eux, brillent pour l’éternité. Dans les vitrines du V & A, une certitude scintille : certains bijoux valent bien un royaume.

    Infos pratiques :

    Cartier, Le design visionnaire
     Du 12 avril au 16 novembre 2025
     V&A South Kensington, Londres
    Réservations : vam.ac.uk/exhibitions/cartier
    Un catalogue est publié à cette occasion (35 £ à la boutique du V & A)

  • Quand la musique est bonne

    Quand la musique est bonne

    Depuis quelques semaines, les investisseurs ont le moral en berne à Wall Street. Les indices sont orientés à la baisse en raison d’une cascade d’annonces sur les droits de douane. Un secteur semble néanmoins faire de la résistance : celui des divertissements.

    Les responsables de Live Nation, l’un des principaux promoteurs mondiaux de concerts, ont déclaré s’attendre à ce que le secteur de la musique live batte des records en 2025. Son application Ticketmaster a enregistré une hausse de 70 % du trafic en février par rapport à l’année précédente, selon Sensor Tower, une société spécialisée dans les données numériques. Depuis 1990, les dépenses en faveur des concerts ont été multipliées par plus de quatre aux États-Unis. Tandis que celles allouées aux musées et aux librairies ont triplé. Le chiffre d’affaires des événements sportifs a également été multiplié par trois, et celui des parcs à thème a doublé. Seul le cinéma fait figure d’exception, avec une stagnation de ses recettes.

    Les concerts, des achats « passion »  

    En période de crise, l’industrie musicale se révèle particulièrement résiliente. Bien que les concerts aient été mis à mal par les confinements liés à la Covid-19 en 2020-2021, lors des trois précédentes récessions américaines, le spectacle vivant a su résister, contrairement à d’autres formes de loisirs, selon la banque Goldman Sachs. Les concerts relèvent de ce que l’on appelle des achats « passion ». Les spectateurs réservent leurs billets plusieurs mois à l’avance, preuve d’un attachement émotionnel fort.

    Par ailleurs, la mondialisation de la musique permet aux promoteurs de lisser les effets d’une récession localisée. Si la demande baisse en Europe en raison d’une érosion du pouvoir d’achat, elle peut parallèlement croître aux États-Unis, où la croissance reste soutenue.

    Face à cette demande croissante, l’industrie des concerts adopte de plus en plus la tarification dynamique. Cette pratique permet d’ajuster en temps réel le prix des billets, de limiter les sièges vides et d’optimiser les recettes en fonction du profil du public. Les promoteurs misent sur quelques têtes d’affiche pour remplir les salles et les stades.

    Beyoncé, 579 millions de dollars ; Taylor Swift, 2 milliards.

    L’industrie musicale repose désormais largement sur les vedettes du rap et du RnB. En 2023, selon la RIAA (Recording Industry Association of America), le hip-hop/RnB représentait environ 26,6 % du chiffre d’affaires de l’industrie musicale américaine. Pour Live Nation, les artistes de ces genres figurent désormais parmi les têtes d’affiche les plus rentables. En RnB, Beyoncé a vendu plus de 2,7 millions de billets en 2023. Les revenus de sa dernière tournée ont été évalués à 579 millions de dollars. Quant à Taylor Swift, sa tournée « The Eras Tour » (2023/2024) a généré plus de 2 milliards de dollars de recettes pour plus de 10 millions de billets vendus, devenant ainsi la tournée la plus lucrative de l’histoire. La fortune de l’artiste dépasse aujourd’hui 1,6 milliard de dollars, faisant d’elle la musicienne la plus riche au monde.

    Logo de Live Nation Entertainment
    Logo de Live Nation Entertainment

    Du côté du rap, Kendrick Lamar a vendu près d’un million de billets dans le cadre de sa tournée « Big Steppers Tour », dont plus de 300 000 en Europe. En France, le rap est également devenu le genre musical le plus écouté, représentant plus de 60 % des titres « streamés » en 2023. En Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie et aux Pays-Bas, ce genre domine également les écoutes.

    Côté concerts, les vedettes du rap et du RnB (PNL, Aya Nakamura, Booba, Ninho, SCH, etc.) ont supplanté les groupes de rock qui bénéficient de moins en moins du soutien des maisons de disques et des tourneurs.

    Les Rolling Stones contraints de différer leur tournée

    Cette année, faute de pouvoir disposer d’enceintes disponibles et de s’insérer dans un calendrier saturé, les Rolling Stones ont été contraints de différer leur tournée. En France, Ninho est devenu, en février dernier, le premier rappeur à remplir à deux reprises le Stade de France, et le quatrième à s’y produire en solo, après Gims (2019), Booba (2022) et Soprano (2023).

    Dans une société anxiogène où les incertitudes se multiplient, l’industrie du spectacle vivant s’impose comme une valeur refuge. Dopée par des logiques de rareté perçue et d’émotion forte, elle combine croissance des revenus et optimisation algorithmique des prix. En misant sur les nouvelles stars du rap et RnB, les promoteurs redéfinissent les règles du jeu culturel. Le live devient un produit d’appel stratégique. Un vecteur d’image et un levier de rentabilité à haute intensité qui s’est substitué à la vente de disques.

  • Où rencontrer des Français à Rome ?

    Où rencontrer des Français à Rome ?

    Que vous soyez expatrié, étudiant, ou simplement de passage dans la Ville Éternelle, il est toujours agréable de retrouver un petit bout de France loin de chez soi ! Bonne nouvelle : la capitale italienne offre plusieurs solutions pour rencontrer des Français sur place. Lesfrancasis.press vous en partage quelques-unes.

    Les meilleures associations à connaître

    Des événements festifs et culturels

    Si vous venez d’arriver, ROME Accueil est une excellente porte d’entrée ! Depuis 1986, cette association, membre de la FIAFE (Fédération internationale des Accueils français et francophones d’expatriés) présent dans 90 pays, accompagne les nouveaux arrivants en proposant divers événements : cafés, apéros, visites culturelles… De quoi découvrir la ville aux 7 collines, tout en tissant des liens.

    Rome Accueil Palais Farnese
    Rome Accueil Palais Farnese

    L’Union des Français de Rome est une autre association incontournable pour la communauté française. Rattachée à l’UFE-Monde et initialement créée pour venir en aide aux expatriés en difficulté, l’antenne de Rome a évolué pour proposer aujourd’hui des activités caritatives, mais aussi des culturelles. Une autre association active pour nos expatriés français dans la Ville éternelle, est la représentation locale de l’ADFE-Français du monde, qui organise aussi des débats, ou bien encore des événements culturels ou festifs. L’union des Français de Rome est également une organisation à connaître. Appelée également « société française de bienfaisance », elle a pour vocation d’aider les expatriés dans le besoin, et propose aussi diverses activités.

    Des relais avec l’administration française

    Ces différentes structures peuvent aussi vous apporter des informations administratives en lien avec le consulat. Un autre point de contact pour vos démarches du quotidien : les élus consulaires, conseillers des Français de l’étranger. À Rome, ils sont au nombre de 5, et accompagnent les expatriés dans leurs relations avec les autorités françaises, ou bien encore pour les demandes de bourses scolaires, d’aides sociales, de soutien aux associations, … et certain(e)s élus organisent aussi des rencontres entre compatriotes français.

    Des contacts sur les réseaux sociaux…

    Outre les contacts partagés ci-dessus, notez également qu’il existe des groupes sur internet qui peuvent favoriser les échanges, les bons plans et les rencontres. C’est le cas notamment du groupe Facebook « Français et francophones à Rome ». Avec plus de 11 000 membres, ce groupe très actif permet de trouver de l’aide et de partager ses expériences facilement. Il n’est pas rare que des événements soient aussi organisés !

    …. Sans oublier les pèlerinages

    Enfin, Rencontres Romaines est une autre association intéressante. Fondée en 1981, elle accompagne les touristes, et plus particulièrement les pèlerins francophones, dans la découverte du versant religieux de la ville. Chaque année, une vingtaine de jeunes assure l’accueil et organise des visites adaptées aux groupes, aux familles et aux voyageurs solos. Certains de nos compatriotes vivant à Rome participent aux activités, et donnent de leurs temps pour faire découvrir cet aspect de la capitale italienne, dont presque tous les chemins pourraient mener au…Vatican.

    Quelques endroits à fréquenter pour rencontrer des Français

    Piazza Navona (par Djedj)
    Piazza Navona (par Djedj)

    À Rome, vous pourrez bien évidemment croiser beaucoup de touristes dans certains points stratégiques tels que la Piazza Navona, présentée ici par Bonjour Rome… Vous entendrez souvent parler français et, sans parfois forcer le destin, vous pourrez facilement rencontrer des compatriotes !

    En ce qui concerne les bars et restaurants purement français, ils ne sont malheureusement pas très nombreux. En s’appuyant sur les conseils de « Bonjour Rome », on trouve en ville beaucoup de bons restaurants pas chers, et il est facile de se faire plaisir… Mais ces bons plans n’attirent pas forcément plus les Français que les Romains !

    Bar Le Carré Français
    Bar Le Carré Français

    Pour ce qui nous intéresse, le restaurant le plus connu et le plus fréquenté est certainement le Carré Français. Celui-ci, c’est LE restaurant français de Rome ! Depuis une dizaine d’années, il met en valeur la gastronomie et les vins de notre pays… et le personnel est majoritairement français.

    Enfin peut-on écrire sur la Ville éternelle sans aborder le Palais Farnese… Outre que l’Ambassade de France en Italie s’y trouve, et la Villa Medici, où la programmation offre aussi des moments où la communauté française (mais pas uniquement) se retrouve.

    Bien sûr, ce ne sont ici que quelques repères que nous vous partageons. N’hésitez pas à commenter et proposer également vos astuces, bons plans, endroits sympas et autres activités pour rencontrer à Rome des Françaises et des Français.

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