La Commission européenne a adopté aujourd’hui une proposition visant à désigner sept pays comme « pays d’origine sûrs », ce qui permettra d’accélérer le traitement des demandes d’asile et de les rejeter si nécessaire.
Le Bangladesh, la Colombie, l’Égypte, l’Inde, le Kosovo, le Maroc et la Tunisie figurent sur la liste des pays sûrs de l’UE, comme l’a rapporté Euractiv.
Outre ces sept pays, la Commission considère également comme sûrs les pays candidats à l’adhésion à l’UE tels que la Turquie et la Géorgie. Toutefois, les pays en guerre, comme l’Ukraine, soumis à des sanctions de l’UE ou dont le taux d’acceptation des demandes d’asile est supérieur à 20 % sont exclus.
La Commission a présenté la liste comme étant « dynamique », pouvant être élargie ou modifiée au fil du temps. Par exemple, les pays peuvent être suspendus ou retirés de la liste s’ils ne répondent plus aux critères requis, a déclaré un fonctionnaire de la Commission.
De quoi s’agit-il?
Les États membres devraient traiter les demandes des personnes « susceptibles de ne pas avoir besoin d’une protection internationale » par le biais d’une évaluation accélérée, puis « renvoyer rapidement ces personnes », indique la proposition.
Parallèlement à la liste, la Commission préconise également un traitement plus rapide des demandes qui émanent de pays où moins de 20 % des demandeurs se voient accorder une protection en moyenne.
Cependant, un pays d’origine « sûr » ne l’est pas pour tout le monde : les ressortissants d’un pays d’origine désigné comme sûr qui appartiennent à des minorités ou sont victimes de discrimination peuvent toujours présenter des preuves qui leur donneraient droit à une protection.
Par conséquent, « les États membres doivent toujours évaluer chaque demande individuellement, en s’assurant de toutes les garanties de procédures », a déclaré le fonctionnaire de la Commission.
La liste est présentée comme un amendement au règlement de l’UE sur procédure d’asile, qui fait partie du pacte sur la migration approuvé l’année dernière, et devrait entrer en vigueur en 2026. Elle s’appliquera dans l’ensemble de l’Union, bien que les États membres puissent encore élargir leurs désignations nationales.
La proposition suivra désormais la procédure législative ordinaire, et sera examinée par le Conseil et le Parlement européen, avant de faire l’objet de négociations inter-institutionnelles.
Les discussions au Conseil devraient débuter le 24 avril au sein du groupe de travail sur l’asile, a appris Euractiv.
Une idée venue d’Italie
Depuis 2023, l’Italie a mis en place une procédure accélérée pour les demandeurs d’asile provenant de « pays d’origine sûrs », anticipant certaines des mesures décrites dans la proposition de la Commission.
En vertu d’un accord signé avec l’Albanie en novembre 2023, les migrants adultes masculins provenant de ces « pays sûrs », interceptés en mer par les autorités italiennes, seraient transférés vers des centres de traitement en Albanie.
Cependant, des contestations juridiques du protocole ont été soulevées, précisément en raison de cette classification.
La Commission a présenté la liste comme étant « dynamique », pouvant être élargie ou modifiée au fil du temps. EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]
Les tribunaux italiens se sont déjà prononcés contre la détention de migrants égyptiens et bangladais, invoquant l’incapacité des autorités à désigner de manière fiable leurs pays comme « sûrs », rendant ainsi la procédure frontalière inapplicable.
Afin de contourner les obstacles juridiques actuels, le gouvernement italien a décidé en mars de réaffecter l’un des centres de migration en Albanie en un véritable « centre de détention pour rapatriement ».
D’après le programme précédent, une future liste à l’échelle de l’UE pourrait bientôt remettre les centres financés par l’Italie en première ligne en tant que centres de traitement clés.
Quelle est la prochaine étape ?
La liste à l’échelle de l’UE devrait être suivie d’une révision accélérée des règles de l’UE relatives aux « pays tiers sûrs », rapportée pour la première fois par Euractiv en février.
Le commissaire aux affaires intérieures et à la migration, Magnus Brunner, avait confirmé que la Commission accélérait son examen du concept de pays tiers sûrs et de la liste des pays d’origine sûrs, qui a été officiellement dévoilée aujourd’hui.
Le concept de pays tiers sûr repose sur l’hypothèse que certains pays tiers peuvent être désignés comme sûrs pour les demandeurs de protection internationale.
Une condition essentielle pour appliquer ce concept est l’existence d’un « lien » personnel entre le demandeur d’asile et le pays tiers.
Euractiv a précédemment rapporté que la Commission envisageait des changements majeurs : supprimer complètement l’exigence de lien, la remplacer par une simple condition de transit, ou l’assouplir pour permettre une interprétation plus large.
La suppression de ce critère signifierait que les demandeurs d’asile pourraient être envoyés dans des pays avec lesquels ils n’ont aucun lien préalable, ce qui pourrait augmenter le nombre de pays considérés comme sûrs et faciliter les retours.
Cependant, les critiques avertissent que cela pourrait affaiblir les garanties individuelles et limiter davantage l’accès à la protection dans l’UE.
Le monde catholique est en deuil. Au lendemain de son apparition pour le dimanche de Pâques, le pape François est mort en ce lundi pascal à l’âge de 88 ans. Depuis le 14 février 2025, le chef de l’Église était affecté par une pneumonie qui touchait ses deux poumons. Que va-t-il se passer ? Quel protocole ?
L’annonce du décès
Il existe tout un cérémonial ancien pour confirmer le décès du souverain pontife. Le camerlingue, plus haut dignitaire du Vatican, doit tenter de le réveiller une dernière fois dans sa chapelle privée. Si le pape ne répond pas, le camerlingue informe le Collège des cardinaux puis fait une annonce au monde entier via un communiqué officiel. Ce rôle traditionnel est dévolu au cardinal Kevin Farrell. S’il s’agit aujourd’hui d’une mission symbolique dans la mesure où les médecins auront préalablement constaté le décès, le protocole a été suivi ce 21 avril.
Le décès du pape entraîne une période de neuf jours de deuil, aussi appelés « novemdiales » ou « novendiale » ou « neuf jours saints ». Cette tradition est perpétuée depuis la Rome antique. Après avoir été béni, le corps du pape est exposé dans la basilique Saint-Pierre où des centaines de milliers de personnes viennent lui rendre hommage.
Autrefois, le corps du pape était exposé sur une plateforme appelée catafalque. Le pape François a simplifié cette tradition en demandant à être placé dans un simple cercueil ouvert. Autre tradition qui n’a pas perduré : les papes étaient souvent embaumés ou certains de leurs organes étaient retirés avant leur enterrement. Ainsi, comme le précise le magazine Politico Europe, une église proche de la fontaine de Trevi à Rome conserve dans des urnes en marbre les cœurs d’une vingtaine de papes.
Au niveau du Vatican, la période du « siège vacant » ou « sede vacante » est ouverte. Le pouvoir est transmis au Collège des cardinaux jusqu’à la nomination d’un nouveau pape.
Les funérailles
Comme le résume Slate, près de 100 papes ont été enterrés dans les grottes du Vatican, situés dans les cryptes sous la basilique Saint-Pierre. C’est le cas de Benoît XVI, décédé en décembre 2022.
Au cours d’une interview donnée en décembre 2023, le pape François avait déclaré vouloir reposer à la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome. C’est l’une de ses églises favorites et aussi l’une des plus visitées de la capitale italienne. Très attaché à la simplicité, le pape François a également décidé d’être enterré dans un seul cercueil. En effet, en principe, les papes sont mis en terre dans trois cercueils imbriqués l’un dans l’autre. Le premier est fait en bois de cyprès, le second en zinc et le troisième en orme. Celui qu’a choisi le pape François sera fait de bois et de zinc.
Lors de ses funérailles, Benoît XVI avait été enterré avec des pièces de monnaie frappées sous son règne, ainsi qu’un tube de métal contenant un rouleau de papier appelé « rogito ». Ce document de 1000 mots raconte la vie et le règne du pape.
Si vous avez vu le film « Conclave », sorti en décembre 2024 et qui récolte actuellement de nombreux prix, vous savez de quoi il retourne. L’élection du nouveau pape se déroule en conclave. Autrement dit, deux à trois semaines après les funérailles, 120 cardinaux sont enfermés dans la chapelle Sixtine. Coupés du monde, ils votent à bulletin secret et ne sortent qu’une fois qu’un candidat a obtenu la majorité des deux tiers.
Après chaque tour, si aucun candidat ne se détache, les bulletins sont brûlés et les votes reprennent. Il peut y avoir jusqu’à quatre tours de vote dans une même journée. La fumée qui s’échappe de la cheminée est le moyen de communiquer le résultat du vote à l’extérieur. Si elle est noire, aucun pape n’est désigné. Si elle est blanche, un nouveau pontife est élu. Une fois le pape élu, le Collège des cardinaux proclame la célèbre locution latine « Habemus papam » – qui signifie « Nous avons un pape » – depuis le haut de l’estrade de la basilique Saint-Pierre. Le pape élu choisit un nom, souvent celui d’un saint ou d’un prédécesseur, revêt sa soutane blanche, puis apparaît sur le balcon pour son premier discours.
Qui sera le prochain pape ?
S’il y a eu 16 papes français, aucun ne fut élu depuis 1378. Alors près de 700 ans après Grégoire XI, verra-t-on un de nos compatriotes accéder au trône de St Pierre ?
Car le successeur du pape François pourrait être difficile à nommer lors du prochain conclave. Le souverain pontife n’a que très peu réuni le collège des cardinaux depuis son arrivée au Saint-Siège, conséquences : les prélats chargés d’élire celui qui succédera au pape à sa mort se connaissent peu et pourraient avoir du mal à se mettre d’accord sur un nom. Il y aurait cependant, selon Le Figaro, une liste d’éventuels successeurs dans laquelle figureraient plusieurs cardinaux. Trois d’entre eux seraient en pole position.
Un nom revient avec insistance : celui du cardinal italien Pietro Parolin, le secrétaire d’Etat et numéro 2 du Saint-Siège. L’homme est reconnu pour sa maîtrise des dossiers et sa diplomatie après avoir pondéré certaines positions du pape François. Il serait concurrencé par Matteo Maria Zuppi, archevêque de Bologne et par le patriarche latin de Jérusalem, Pierbattista Pizzaballa. Néanmoins, aucun de ces trois favoris ne serait à l’heure actuelle vraiment mieux placé que les autres. Le premier étant estimé trop « effacé », le second trop proche du mouvement Sant Egidio, une association de fidèles catholiques, alors que le dernier, âgé de 58 ans, est jugé trop jeune.
Hormis ces trois Italiens, d’autres Européens seraient sur la liste des successeurs potentiels au souverain pontife. En Hongrie, c’est le cardinal Peter Erdo qui se fait connaître mais certains le jugent « peu charismatique ». Face à lui, en Suède, le cardinal Anders Arborelius pourrait créer la surprise.
Jean-Marc Aveline
Dans la liste se placent aussi des cardinaux espagnols, portugais mais également asiatiques. L’un des noms cités pour succéder au pape François est celui d’un Français : il s’agit de l’archevêque de Marseille, Jean-Marc Aveline. Le religieux n’est mentionné qu’à la « treizième » position, mais il s’est fait remarquer par le Vatican, pour de bonnes raisons, lors de la visite estivale du pape dans la cité phocéenne en septembre 2023.
Âgé de 65 ans et doctorant en théologie, Jean-Marc Aveline a fondé l’Institut de science et théologie des religions de Marseille. Il a été nommé en 2013 évêque titulaire puis en 2019, archevêque de Marseille par le pape François. Il partagerait les idées de ce dernier sur la politique de tolérance au sujet des migrants et sa vision d’une Eglise moins européano-centrée. Son point faible serait qu’il ne parle pas italien.
Dans tous les cas, et quel que soit le nouveau chef de l’Église Catholique Romaine Universelle, les bookmakers protestants du Royaume-Uni seront gagnants, les paris y sont déjà ouverts et accessibles à tous en ligne.
À force d’évoquer en permanence le déclin de leur pays, les Français ont fini par y croire. Dette publique, impôts élevés, déficit commercial, crise de l’école, tensions sociales, insécurité : le diagnostic répété en boucle est devenu une évidence. Tout événement, toute information est perçue comme une catastrophe potentielle, le pessimisme s’étant imposé comme la première religion du pays. Ce dernier serait irréformable, perclus dans ses contradictions. Pourtant, malgré un environnement mondial instable, la hausse des taux d’intérêt, l’augmentation du prix de l’énergie, la France a évité la récession depuis 2022, à la différence de l’Allemagne. Certes, la croissance a ralenti mais elle reste positive et devrait le rester en 2025. Le taux de chômage est au plus bas depuis quarante ans, autour de 7,5 %, malgré le ralentissement du marché de l’emploi.
Depuis 2017, plus de deux millions d’emplois ont été créés. Bien que préoccupante, la part des jeunes sans emploi diminue : le taux de chômage des 15-24 ans est passé de 23 % en 2015 à 17 % en 2024. Côté entreprises, la dynamique d’investissement reste remarquable. Selon la Banque de France, l’investissement productif des entreprises a progressé de 3,4 % en volume en 2024, tiré par les transitions numérique et environnementale. Le plan « France 2030 » commence à produire ses effets : plus de 300 projets industriels ont été soutenus, dans les domaines du recyclage, des batteries, des semi-conducteurs, de l’aéronautique.
La France est présente dans les secteurs de pointe.
Dans les secteurs de pointe, la France est présente, notamment avec Mistral dans l’intelligence artificielle ou ArianeGroup dans le spatial. Dans les biotechnologies, des entreprises comme Iktos, TreeFrog Therapeutics ou DNA Script s’imposent comme des leaders européens.
La France a de nombreux atouts. Elle peut compter sur une situation démographique moins dégradée que celle de ses partenaires. Le taux de fécondité en 2023 était de 1,68 enfant par femme, contre 1,5 en Suède, 1,3 en Allemagne ou 1,2 en Italie. Ce socle démographique alimente la croissance potentielle, la consommation et l’équilibre des retraites. L’Insee prévoit que la population active ne commencera à décliner qu’après 2040, alors qu’elle devrait baisser dès cette année en Allemagne.
La richesse financière nette des Français est la deuxième plus élevée d’Europe.
L’épargne des ménages constitue un autre point de force. Le patrimoine brut moyen dépasse 300 000 euros par ménage, selon l’Insee, et la richesse financière nette des Français est la deuxième plus élevée d’Europe, après celle des Néerlandais. L’épargne financière des ménages atteint plus de 6 000 milliards d’euros, dont plus de 2 000 milliards d’euros en assurance vie.
Cette épargne contribue au financement des entreprises et des administrations publiques. Elle est un des vecteurs de la modernisation du pays.
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En ce qui concerne la transition énergétique, la France se démarque. Elle est l’un des pays les moins carbonés d’Europe, grâce à un mix électrique dominé par le nucléaire. L’intensité carbone de l’économie française (en tonnes de CO₂/PIB) est inférieure de 30 % à celle de l’Allemagne. Et les investissements dans les énergies renouvelables, l’isolation thermique ou les mobilités bas carbone se multiplient. En 2024, plus de 6 milliards d’euros ont été investis par la Banque des Territoires dans la transition écologique.
Au premier rang mondial pour l’accueil des touristes internationaux.
La France s’est hissée au premier rang mondial pour l’accueil des touristes internationaux : 100 millions en 2024. Son patrimoine naturel, historique, gastronomique, et culturel est renommé à l’échelle mondiale et a été valorisé par les derniers Jeux Olympiques et Paralympiques.
La France n’est pas le pays sans avenir que certains imaginent. Elle évolue dans un ensemble riche de 450 millions d’habitants : l’Union européenne, premier marché commercial du monde. La France est peuplée d’inquiets pratiquant l’autoflagellation avec un zèle sans limite. Elle reste pourtant jeune, inventive, richement dotée en infrastructures, en capital humain, en savoir-faire industriel. Au-delà des réformes nécessaires, c’est de confiance dont le pays a surtout besoin. De quoi vaincre ces préjugés et de susciter une mobilisation collective vers des objectifs partagés.
Qui gagnera dans le choc des empires ? « Le drapeau de la résistance flotte sur Phnom Penh » titrait Libération il y a cinquante ans, célébrant les Khmers rouges. Est-ce pour raviver cet esprit de résistance que Xi Jinping a rendu visite au Roi et au Premier ministre cambodgiens ? Ces Communo-capitalistes ont affirmé conjointement « s’opposer résolument aux forces extérieures qui s’ingèrent dans les affaires intérieures, sèment la discorde et sapent les relations entre nations ». Pan sur le Trump. Étrange rappel d’un massacre de 2 millions de morts (un quart de la population cambodgienne). La Chine détient un tiers de la dette cambodgienne. Outre le fidèle Cambodge, Xi a visité le Vietnam et la Malaisie, tandis que les garde-côtes chinois enserraient Taïwan, l’île des puces électroniques. Les nœuds coulants sont de toute sorte : verbe, or, acier.
Trump a taxé la Chine à hauteur de 145%. Elle a répliqué en taxant les produits américains à 125%. Adepte des montagnes russes, Donald a ramené, pour trois mois, les droits des autres pays, Cambodge ou Union européenne, à 10%. Comme les joyaux de l’économie américaine, comme Apple, s’effondraient, il a exonéré les produits électroniques. Un tiers des produits importé aux États-Unis viennent de Chine. Les taxer provoque une récession aux États-Unis, en Chine, dans le monde.
Au lieu de fédérer ses alliés, Trump incite le monde à trouver des accords avec Xi Jinping.
La tournée de Xi vise à utiliser le Viet Nam et le Cambodge pour contourner les droits de douane, circuit qui fit ses preuves lors de Trump 1. Raison qui pousse Trump II à taxer le monde entier.
La Chine a d’autres atouts. Par exemple, en taxant le soja : elle est le premier client des fermiers qui ont voté Trump. Elle amplifiera ses achats au Brésil, les Européens achèteront le soja américain. Il y a toujours des moyens de profiter du désordre.
La Chine a suspendu les exportations des « terres rares », dont elle contrôle 90% de la production. Sans compter les effets induits. Par exemple, les États-Unis importent un quart de leur cuivre du Canada. Or le Canada, visé par Trump, réplique. Le cuivre sera plus cher ? Au lieu de fédérer ses alliés contre la Chine, il les punit, incite le monde entier à trouver des accords avec Xi Jinping.
Ne regarder que le commerce des biens revient à observer un paysage sans les couleurs.
Qui, en cas de guerre commerciale, peut tenir le plus longtemps ? Normalement, les États-Unis. La dette américaine, son point faible, (36.000 milliards de $, 120% du PIB américain) n’est détenue que pour un tiers par des étrangers, essentiellement le Japon (13%). La Chine n’en a que 2%.
Contrairement à ce que dit Trump, les États-Unis ont gagné à la mondialisation. Leur PIB a été multiplié par cinq depuis 1990. Il y a 30 ans, l’économie américaine était au niveau de l’Europe. Aujourd’hui, elle la dépasse d’un tiers. Hier, la Chine devait devenir la première économie mondiale. Ces cinq dernières années, l’écart entre le produit intérieur brut américain et chinois s’est creusé. Entre 2020 et 2024, le PIB américain passe de 21.000 milliards de dollars à 30.000. Celui de la Chine de 15.000 à 20.000. L’écart passe de 6 à 10.000 Milliards. Les entreprises américaines représentent plus de 50% des bénéfices mondiaux du secteur de la haute technologie; les entreprises chinoises 5%. Ne regarder que le commerce des biens revient à observer un paysage sans les couleurs.
Aucune entreprise mondiale ne peut se passer des composants fabriqués ailleurs.
Si Trump n’était pas là, les entreprises américaines remporteraient le match. Ce sont les entreprises qui échangent, non les États. Aucune entreprise mondiale ne peut se passer des composants fabriqués ailleurs. Aucun avion, aucun ordinateur, aucune voiture ne fonctionne sans cette coopération internationale trop complexe pour être planifiée, qui s’organise par les milliards de connexions invisibles du marché.
Les États-Unis sont les mieux armés, sauf à déconstruire leurs atouts : dollar, libre-échange, science, alliances. La Chine veut récupérer les abandonnés de l’Amérique, en Asie, en Afrique, en Amérique latine. L’Europe pourrait le faire mieux qu’elle.
Trump pensait détacher la Russie de la Chine. Coupler, avec le pétrole, un deal russe avec un deal arabe. Russie d’un côté, Iran de l’autre, fixeraient l’Arabie saoudite sous sa protection et conduirait à une paix de haute valeur ajoutée avec Israël. Rien ne marche. Qui peut croire que des mercenaires chinois sont engagés par Poutine sans que Pékin ne les y conduise ? Les Russes ne quitteront pas les Chinois. Les Iraniens ne lâchent pas les Houthis, toute proposition américaine est transmise à leur allié stratégique et premier client : Monsieur Xi. Ils agitent en revanche réseaux irakiens et jordaniens, les Frères d’Égypte et de Turquie.
Trump pensait détacher la Russie de la Chine. Coupler, avec le pétrole, un deal russe avec un deal arabe.
La Chine se bat. Tel est le message. Xi évoque Phnom Penh, Saïgon, la guerre de Corée et Mao pour rappeler que les Chinois peuvent souffrir. Et ne croit pas que les Américains en soient capables.
La guerre économique relève d’un concept idiot. Les rêves d’empire sont des mirages. Les petits États ne sont pas des anomalies, ils durent. Sont plus heureux, souvent, que les grands. Ainsi, le Danemark, souverain au Groenland, au sommet des indices de bonheur brut, est un des plus anciens États de la planète. Au contraire, « tout empire périra ». Comme la Chine, dix fois éclatée. Ou les États-Unis, emportée par la force ?
Dans une guerre commerciale inutile, les neutres ont une chance. Vietnamiens, Cambodgiens, Brésiliens, Indiens, bien d‘autres, s’ils servent d’intermédiaires aux belligérants, Européens.
Hier, ils voyaient tout en noir. Aujourd’hui, ils grisaillent. L’Allemagne a compris. Ils sont enfin d’accord pour créer un outil financier, le « Mécanisme Européen de Défense ». Avec les Britanniques, sans les Américains. Impensable il y a un an. Les voilà en Kaki. Désormais la transition écologique vise moins à sauver la planète qu’à garantir l’indépendance énergétique. Les Allemands bougent sur le nucléaire. La peur fait pâlir, l’action donne des couleurs.
Les initiatives de la France dérangent. Elle a l’honneur d’être une cible.
Les initiatives de la France, sur l’Ukraine, avec le Royaume-Uni et l’Allemagne, au Moyen-Orient avec l’Égypte et l’Arabie saoudite, dérangent. Elle a l’honneur d’être de plus en plus ciblée en matière de désinformation. Trump abandonne Voice of América, Radio Poutine s’enflamme. La désinformation ne date pas d’hier, en témoignent les admirateurs des Khmers rouges. L’antiaméricanisme d’avant, l’antieuropéisme d’aujourd’hui autorise bien des crimes.
En 1975, donc, Phnom Pen était libérée. Les Américains abandonnaient Saïgon. L’Armée Populaire chinoise massacrait quelques milliers de civils musulmans à Shadian sans émouvoir le monde arabe. Par-dessus tout, Deng ouvrait la Chine au monde en annonçant ses « Quatre modernisations » : défense nationale, industrie, science et technologie, agriculture. Cette même année, Bill Gates fondait Microsoft. Voilà comment change le monde.
Deng annonçait les « Quatre modernisations ». Bill Gates fondait Microsoft. Voilà comment change le monde.
Selon les dissidents Chinois, la « cinquième modernisation », s’appelle la démocratie. Impensable ? En Chine, en Russie ? Dans le bouleversement du monde, tout peut arriver, de mauvaises surprises, des bonnes.
Si l’Ukraine, avec sa nouvelle industrie de défense, fait barrage avec ses drones aux vagues mercenaires russes, si l’Europe monte en puissance pour défendre sa sécurité et celle du monde, alors ce combat – un enjeu de civilisation – évitera le choc des empires. Une bonne nouvelle pour le monde : La « cinquième modernisation » donnerait des couleurs à la révolution digitale.
Laurent Dominati
Laurent Dominati
a. Ambassadeur de France
a. Député de Paris
Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de l’app finançière France Pay
Le podcast dédié à la sphère football des français à l’étranger.
Chaque épisode s’ouvre sur les dernières actualités puis vous propose une interview d’un joueur professionnel qui joue dans un championnat étranger. Nous donnons également la parole aux responsables des clubs de supporter installés pour nous expliquer comment ils arrivent à faire vivre leur passion loin de la France.
Animé par Caroline Ettori et Jérémy Michel.
Écouter le podcast avec Jérémy Mellot
Dans ce nouvel épisode du FC Expat, Jérémy Mellot, joueur du CD Tenerife, nous ouvre les portes de son expérience en tant qu’expatrié dans les Îles Canaries. Loin de Montluçon, sa ville natale, notre compatriote nous partage son intégration en Espagne. Outre sa vie quotidienne dont il nous parle, notre invité n’en oublie pas son métier de footballeur. Il évolue actuellement en 2eme division. Mais pour lui, en se basant sur son expérience, « la Liga2 espagnole est digne de la Ligue 1 française ».
Une carrière discrète mais construite
Formé à Montluçon, Jérémy Mellot a commencé sa carrière dans l’Hexagone en jouant pour des clubs comme Clermont, Saint-Étienne, Rodez et Guingamp. C’est en 2021 qu’il décide de franchir le cap de l’étranger et de rejoindre Tenerife. « Ce n’était vraiment pas un souhait au départ » nous confie-t-il. Mais « une opportunité » qui s’est présentée.
Jérémy Mellot
Après en avoir discuté en famille, le départ de France est alors acté : « c’était le moment de voir ailleurs, une autre culture, un autre football » explique notre invité. Cependant, lorsqu’il arrive à Tenerife, Jérémy ne parle pas espagnol et se retrouve seul, sa femme et son fils étant restés en France. Mais il est rapidement intégré par les membres de son équipe. « Les gens du club m’ont mis tout de suite à l’aise. Ils m’ont bien accueilli », se souvient-il, ce qui lui a facilité les choses.
« Les gens du club m’ont mis tout de suite à l’aise. Ils m’ont bien accueilli »
Jérémy Mellot, défenseur du Club Deportivo Tenerife
Depuis, sa famille l’a rejoint et il se sent très bien à Tenerife, estimant que « c’est important de s’intégrer dans le pays où on est ». Cette vie à l’étranger est également l’occasion pour Jérémy de donner un bagage à son fils pour la suite de sa vie, notamment « au niveau linguistique ». En effet, son garçon effectue sa scolarité dans un établissement à parité entre l’anglais et l’espagnol.
Des ambitions pour la suite de sa carrière
Au niveau des performances sportives, Jérémy Mellot a su de suite s’imposer dans l’équipe première du Club Deportivo Tenerife. Mais rien n’arrive sans rien.
Jérémy Mellot le numéro 22 du Club Deportivo Tenerife
Lors de cet entretien, Jérémy Mellot nous le confie : « j’ai beaucoup cravaché, beaucoup bossé pour en arriver là. Après, comme on dit dans le football, il y a aussi un peu de la part de chance. J’en suis convaincu et j’en suis conscient ». Et il nous explique pourquoi au cours de ce podcast.
« J’ai beaucoup cravaché, beaucoup bossé pour en arriver là »
Jérémy Mellot, défenseur du Club Deportivo Tenerife
Parlant du championnat espagnol dans lequel il évolue, notre footballeur Jérémy Mellot estime que « la Liga2 espagnole est digne de la Ligue 1 française ». Et surtout, il partage avec nous son émotion quant aux écrins qui accueillent les matchs : « les stades sont incroyables » déclare-t-il.
Concernant son avenir, Jérémy est engagé avec Tenerife jusqu’en 2027. Pour l’instant, il se concentre sur la saison en cours et sur le maintien du club en deuxième division espagnole. « Plus je vieillis et plus je me sens mieux » déclare-t-il cependant. Un transfert possible ? « Si je dois faire mes deux ans ici, je ferai mes deux ans ici » et, poursuit-il, « si on se maintient, je ne partirai pas pour un club de deuxième division ». Car notre invité se sent bien à Tenerife, à la fois au sein du club, mais aussi au quotidien sur cette île des Canaries.
Une fois qu’on a vécu à Tenerife…
D’ailleurs, répondant à la question dans les « arrêts de jeu » de ce FC Expat, Jérémy Mellot avoue sans détour qu’il serait difficile pour lui de revenir vivre à Montluçon, sa ville natale, même s’il a encore sa famille dans l’Allier. Alors, toute la rédaction Lesfrancais.press envoie à notre compatriote des ondes positives pour cette fin de championnat, et nous lui donnons rendez-vous pour un prochain numéro… du côté de Tenerife.
À l’occasion des fêtes pascales, on reçoit sur Lesfrancais.press, le prête francophone de l’église catholique dédiée aux Français et autres locuteurs de notre langue à Hong-Kong. Chaque dimanche, vous pouvez retrouver son message de la semaine à destination des Français de l’étranger sur La French Radio Hong-Kong.
Le hasard de calendrier fait que cette année la Pâques est célébrée en même temps par tous les chrétiens (orthodoxes, protestants et catholiques) et les juifs. C’est aussi pratiquement la même période pour le carême (mars/avril) et le ramadan (mars). Une excellente occasion pour se mettre à l’écoute des uns des autres dans ce que nous avons de plus précieux dans chacune de ces trois religions. Mais comment savoir ce qui est de plus précieux, sans demander cela aux représentants des différentes religions. Plutôt que de le faire de façon académique en demandant aux spécialistes, je propose de le voir au travers des indications données de façon circonstancielle par les uns et les autres.
Depuis des années déjà, je reçois la lettre quasi hebdomadaire de la part d’un ami qui partage fidèlement ce qu’il vit et fait… Il est évêque maronite de Batroun au Liban. Mgr Mounir est au cœur de tous les efforts fournis par les chrétiens pour se rapprocher des deux autres religions. Le vivre ensemble sur le même territoire ou presque l’oblige. La paix est à ce prix là. Même si au demeurant c’est toujours aussi difficile de la trouver et surtout de la maintenir. La politique n’est jamais très loin de la religion et la religion est si souvent politique. Les deux ont le devoir de cohabiter sans se faire marcher sur les pieds. Ainsi ils peuvent se présenter à visage découvert à côté des autres configurations religieuses et politiques pour marcher ensemble.
Voici les extraits de la dernière lettre de Mgr Mounir entrecoupée de mes commentaires.
Lettre aux Amis du 30 mars 2025.
« Mardi 25 mars 2025, fête de l’Annonciation
Je suis à Bkerké, avec mes confrères les évêques maronites, pour célébrer avec Sa Béatitude notre Patriarche Béchara Raï la fête de l’Annonciation (Béchara), donc sa fête, son 85ème anniversaire et le 14ème anniversaire de son patriarcat.
Dans son homélie intitulée « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc.1,30), il a dit : « Nous célébrons ensemble le 14ème anniversaire de mon accession au siège patriarcal comme Père et chef de notre Église antiochienne maronite en offrant cette eucharistie en action de grâce à Dieu pour demander pardon de tout péché, manque, négligence ou inconduite. Je remercie mes confrères qui m’ont élu en me rappelant particulièrement du feu Patriarche Cardinal Nasrallah Sfeir et ceux qui nous ont précédés à la demeure du Père. Je prie aussi pour vous chers évêques car vous continuez à m’accorder la confiance que m’a donnée le saint synode le 11 mars 2011. J’exprime mon obédience à Sa Sainteté le Pape François ; que Dieu lui procure la guérison et le confirme à la tête de l’Église catholique. (…) Prions ensemble pour que Dieu nous aide à conserver la grâce qui nous a été conférée par l’épiscopat pour le bien de l’Église et la sanctification de ses fidèles ».
Ce jour de l’Annonciation est une fête nationale. Un jour férié au Liban, le seul pays au monde où les chrétiens et les musulmans fêtent ensemble Marie, mère de Jésus. Après tant d’initiatives de rapprochement islamo-chrétien à travers le Liban, le Premier ministre Saad Hariri a décrété, en février 2010, le jour de la fête de l’Annonciation le 25 mars, fête nationale au Liban. La decision fut prise à ce moment la, alors qu’on notait des tendances à un repli communautaire ou à une radicalisation religieuse face au fondamentalisme et intégrisme islamiste. Et depuis cette date, des rencontres islamo-chrétiennes sont organisées chaque année à travers le Liban pour rendre compte – ou faire prendre conscience aux Libanais – de la culture mariale fédérant chrétiens et musulmans.
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L’évangile de saint Luc racontant l’annonce faite à Marie par l’archange Gabriel de la conception divine de Jésus « Fils de Dieu (Luc 1,26-38), est lu aujourd’hui dans toutes les rencontres islamo-chrétiennes. En même temps que deux sourates du Coran – la troisième, Al Omran, et la dix-neuvième, la sourate de Mariam, qui mentionnent l’annonce par l’archange Gabriel de la maternité de Marie d’un prophète appelé Issa ».
Pour le moment, j’interromps la citation qui relate la célébration de la solennité de l’Annonciation fêtée le 25 mars, pour me concentrer sur trois aspects de cette partie de la lettre.
La première remarque porte sur l’importance de cette fête pour les maronites libanais. Béchara veut dire Annonciation. À cause du prénom et du double anniversaire du patriarche, de sa vie et de sa fonction, cette importance est encore renforcée, soulignée. Pourrait-on dire que Béchara est incarnée dans cet octogénaire qui n’a rien perdu de sa verve, tout comme son cadet, Mgr Mounir. Dans un contexte d’incertitude socio-politique, la religion devient un refuge pour y trouver des raisons de vivre et à cette occasion de croire. À charge de chaque religion de permettre aux membres d’accéder au sens profond de la croyance. Même un hasard de calendrier est parlant. Mais probablement bien aidé par le choix délibéré, celui de l’intronisation comme patriarche, justement le jour de cette fête et à cause de son prénom. Ce qui dans le contexte des relations interreligieuses de la région est signifié par la place accordée à Marie.
La seconde remarque porte sur Marie elle-même. Je me souviens lors d’un dîner au Liban de la discussion sur le désir émanant de certains chrétiens à promouvoir le rapprochement avec les juifs et les musulmans. La figure de Marie semblait la mieux placée pour faire consensus. Cependant en s’y engageant, on savait que la voie d’un consensus ainsi envisagé était difficilement praticable, surtout lorsqu’il s’agissait de mettre à la même table les juifs et les musulmans. Si les uns y sont, cela pose problème aux autres. Les chrétiens ne se découragent pas, eux-mêmes étant partie prenante de telles difficultés. Tout ce qui est décrété en haut lieu n’a pas d’avenir sans une adhésion personnelle des membres.
La troisième remarque porte sur l’engagement politique de la religion. Dans la conscience française, le principe de séparation entre la politique et la religion est très présent, y compris chez les catholiques. Tout en la soutenant (à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu), le christianisme dans son ensemble, et l’Église catholique pour sa part ne renonce pas à l’engagement politique qui, bien que de façon différente au judaïsme et à l’islam, fait partie de son ADN.
Ainsi les évêques américains ont ouvertement critiqué la décision du nouveau gouvernement de retirer les aides internationales aux plus vulnérables et aux plus démunis. Pour justifier la décision du gouvernement, les responsables expliquent aux catholiques qu’il faut s’occuper d’abord des siens. Et seulement quand on aura accompli ce devoir, on pourra éventuellement faire quelque chose pour les autres. C’est un gauchissement évident de la perspective chrétienne impulsée par le commandement d’amour sans acception de personne. De telles décisions portent préjudice à la doctrine et surtout font fi du devoir qui incombe de façon criante aux plus riches de s’occuper des plus démunis. On est chretien ou on ne l’est pas. Le communautarisme politique peut accélérer une tendance communautariste qui sommeille dans chaque religion.
Poursuivons la lecture du journal de Mgr Mounir.
Mercredi 26 mars 2025
M. Jean-Yves Le Drian, l’émissaire spécial du président français, M. Emmanuel Macron, est au Liban depuis hier chargé de suivre le dossier de la reconstruction et d’accompagner les efforts pour l’édification de l’État sous la houlette du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam. Il a rencontré d’abord le président Aoun en vue de la préparation de sa visite à Paris vendredi prochain, puis le président du Parlement M. Nabih Berry, et le Premier ministre M. Nawaf Salam. Il s’est entretenu aussi avec le ministre des Affaires étrangères M. Youssef Raggi. Il a tenu enfin à déclarer que « la France continuera à soutenir le Liban jusqu’à ce que la stabilité soit rétablie dans le pays ». Il a aussi salué « le discours d’investiture du président Joseph Aoun et le travail sérieux du gouvernement », en les appelant à « instaurer les réformes nécessaires pour renforcer la confiance de la communauté internationale et du monde arabe, ainsi que pour attirer les investissements ».
La diplomatie civile ou religieuse a toujours sa place primordiale pour accompagner les transformations. La religion ne peut pas se contenter d’observer la situation et compter les points. Comme le font certains observateurs qui se contentent de faire état de l’implication politique et/ou religieuse des uns et des autres. Parmi ses obligations, le christianisme se doit de soutenir les efforts de sortie de crise. Toujours et surtout quand ces efforts eux-mêmes sont en crise. Le faire de façon conforme aux valeurs fondamentales de la religion n’est jamais facile. Comment démêler les raisons purement religieuses des raisons purement stratégico-politique ? Toujours fidèle au message chretien, Mgr Mounir est un exemple de ce qui est possible au nom de la foi. Le faire par la prière et proposer des actions concrètes, les deux sont indispensables. Et par-dessus tout, être toujours attentif à la situation des plus vulnérables qui, sous peine de disparaître, ne peuvent pas attendre. Ce qui aurait arrangé les plus cyniques que l’on trouve partout.
Revenons au journal
« Le soir [du 26 mars], je suis à l’archevêché de Tripoli, invité par l’archevêque Mgr Youssef Soueif, pour l’iftar (dîner de Ramadan) annuel aux côtés des évêques, des prêtres, des cheikhs, des députés, des présidents des syndicats et des officiels de tout le Nord Liban. »
Rien que cette indication mérite que l’on s’y arrête.
Une réunion régionale qui réunit les musulmans et les chrétiens, mais pas uniquement. Les représentants religieux, des musulmans et des chrétiens, engagés dans la vie sociale, économique et politique, se retrouvent à la même table pour partager un repas dont le caractère symbolique est évident. Des situations semblables ne sont pas très fréquentes et c’est regrettable. Car il n’y a pas mieux que de brasser des gens pour qu’il en sorte quelque chose de positif pour tout le monde. À contrario, s’enfermer dans des cercles qui procurent le confort d’être compris et définissent la ligne des actions à mener contre les autres produit la méfiance, l’hostilité et la haine, trois marchepieds de descentes aux enfers.
@Adobestock
Iftar est le second repas durant le ramadan qui est à prendre après le coucher de soleil. Organiser un repas commun avec les chrétiens et d’autres officiels de la société et les représentants du gouvernement, c’est signifier la place de la religion dans la vie sociale et politique. Outre la valeur symbolique d’une telle rencontre, cette initiative permet de rencontrer des personnes concrètes, qu’autrement la vie chargée d’étiquettes politiques et religieuses et de leurs résonances chez les lecteurs de telles étiquettes, n’aurait jamais permis de rencontrer. Même vivre ensemble quelques instants, c’est déjà cela pour espérer arrondir les angles. Adoucir et assouplir certaines raideurs que les projections à distances provoquent et renforcent dans la durée. En 2023, UNESCO a ajouté iftar à la liste of Intangible Cultural Heritage.[1][2]
Le journal contient la suite :
« Dans son mot d’accueil, Mgr Soueif a précisé que « l’Iftar de cette année, célébré sous la devise de l’espérance en cette année jubilaire, est un appel à l’unité, au pardon et la construction ». Il a énuméré ensuite les cinq signes du Carême-Ramadan :
C’est un temps de jeûne pour l’unité et la charité.
Un temps de pardon et de purification de la mémoire.
Un temps pour la construction de la citoyenneté et la préservation de la dignité humaine.
Un temps de conciliation entre l’authenticité et la modernité.
Un temps pour que le gouvernement rétablisse la confiance au Liban ».
Cette liste concerne tout le pays et toute la communauté catholique. Le puzzle ne sera complet que lorsque tous les éléments qui le composent seront mis ensemble. Mais aucune communauté ne dispose de tous les éléments, qui dans leur ensemble se trouvent répartis entre toutes les religions et dans toute la société. C’est dire que la mise en place de ce puzzle ne sera jamais terminée. Commencer quelque chose en sachant que cela ne sera jamais terminé peut décourager les perfectionnistes. Ces derniers étant ainsi pris en flagrant délit de leur délire et les illusionnistes qui comptent sur des effets spéciaux bien exécutés.
« Quant à moi, [note l’évêque dans son journal], j’ai rappelé que « notre présence ce soir ensemble est un message au monde entier et une preuve tangible que le vivre ensemble est toujours possible ; que le Liban, fondé par nos ancêtres – un État de liberté, de dignité et de respect dans la diversité – est toujours un pays-message ; que notre volonté commune est de construire ensemble la paix, de refuser la haine, la violence et la vengeance et d’édifier un Etat digne des aspirations de nos enfants et des générations futures ».
Le mufti de Tripoli et du Nord, cheikh Muhammad Imam, a conclu en disant :
« Le jeûne est un culte commun qui fortifie l’homme et unifie les nations. Le jeûne est un culte enraciné dans toutes les lois divines et un dénominateur commun entre les nations.
Le jeûne est une école spirituelle et morale. Il apprend à chacun de se préserver des vices et caprices et de se prémunir contre les mauvais comportements.
C’est ce que nous apprenons de Notre Dame Mariam et de Notre Seigneur Jésus Christ. (…)
Notre rencontre aujourd’hui n’est pas une simple occasion traditionnelle, mais une conviction profonde qui confirme les valeurs de fraternité et d’harmonie entre nos filles et fils à Tripoli et dans le Nord.
@Adobestock
Notre cher pays le Liban est passé par des crises multiples et a affronté des circonstances critiques, mais nous restons attachés à l’espérance que notre pays sortira bientôt de ses crises ».
« Quel témoignage ! » s’exclame l’évêque maronite commentant les paroles du mufti de Tripoli et du nord de Liban.
La pesah nous est commune. Le passage nous est commun. Le désir de libération nous est commun. Les difficultés à vivre ensemble nous sont communes. L’élévation nous est possible !
Quant à nous, les chrétiens, la résurrection du Christ nous soulève au-dessus de la terre. Avec des retombées en termes de grâce, d’espérance et de courage d’aller ensemble. L’humanité nous attend, l’humanité nous éclaire (à sa façon !). L’humanité se réjouit-elle de notre présence ? Réjouissons-nous de la nôtre !
Les deux derniers extraits de la lettre
Samedi 29 mars 2025
À 20h00, je suis à la cathédrale, à Batroun. Aux côtés du Nonce apostolique S. Exc. Mgr Paolo Borgia et mes confrères les évêques Youssef Soueif, Michel Aoun et Paul Rouhana, ainsi que des centaines de fidèles venus de partout, pour vivre un temps exceptionnel avec le concert de chants traditionnels maronites donné par la chorale de « La Voix antique » dirigée par le Père Miled Tarabay, (O.L.M.). Nous avons passé deux heures de joie surnaturelle dans une atmosphère céleste de prière et de méditation.
Dimanche 30 mars 2025, 5ème du temps de Carême celui de la guérison du paralytique
À Bkerké, Sa Béatitude notre Patriarche Cardinal Raï a célébré la messe du dimanche en présence notamment du nouveau Gouverneur de la Banque Centrale Dr Karim Souhaid qu’il a chaleureusement accueilli en lui souhaitant de « réussir sa mission difficile et délicate ».
Partant de l’évangile du jour, Marc 2, 1-12, il a dit : …
Et l’évêque pour terminer sa lettre résume l’homélie :
“Pardonne-nous, Seigneur nos péchés et donne-nous le courage de nous relever, de prendre notre brancard de paralysie et de témoigner devant tout le monde que Tu es notre Seule Espérance qui ne déçoit pas ! + Père Mounir Khairallah, évêque de Batroun “.
Alors que Pessah et Pâques sont fêtées aux mêmes dates en 2025, le Ramadan s’est terminé il y a quelques jours. L’occasion pour nous d’explorer ces 3 pratiques des Religions du Livre avec leurs points communs et leurs différences.
Comment les dates des 3 principales fêtes sont établies ?
La coïncidence des fêtes de Pâques juive et chrétienne n’est pas rare, estime le théologien Hans Geybels (KU Leuven), « mais le fait que les deux coïncident avec le Ramadan pour les musulmans est plutôt exceptionnel. La Pâques chrétienne tombe officiellement le premier dimanche après la première pleine lune suivant le début du printemps astronomique. En pratique, Pâques tombe donc toujours entre le 22 mars et le 25 avril.
La fête de la Pâque juive tombe souvent dans cette période. Elle dure 7 ou 8 jours et commence le soir du 14e jour du mois de Nissan, le premier mois dans le calendrier sacré des Hébreux. Comme pour les chrétiens, ce jour peut tomber en mars ou en avril. Cela dépend de la date de la nouvelle lune, car il marque le début du mois de Nissan. La Pâque juive a commencé vendredi dernier et se poursuit jusqu’au week-end prochain.
Comment les dates des 3 principales fêtes sont établies ?
La période du Ramadan peut tomber à n’importe quel moment de l’année, ou en n’importe quelle saison. En effet, le Ramadan se base sur le calendrier lunaire, dans lequel un mois compte 29,5 jours. Par conséquent, le Ramadan se déplace un peu chaque année sur notre calendrier traditionnel. Cette année, le Ramadan est tombé du 28 février au 29 mars.
Le jeûne !
Ces 3 fêtes sont précédées d’une période de jeûne. Ainsi, le carême est une période de 40 jours pendant laquelle de nombreux chrétiens se souviennent des événements qui ont conduit à la mort de Jésus-Christ. Sa vie et ses enseignements constituent le fondement du christianisme. Les chrétiens croient que cela représente le sacrifice de Jésus-Christ. En effet, ce dernier s’est rendu dans le désert pour prier et jeûner pendant 40 jours avant de mourir sur la croix. C’est une période de réflexion et de demande de pardon. Au cours de ce processus, les chrétiens se préparent à célébrer la résurrection de Jésus lors de la fête de Pâques, qui a lieu à la toute fin du carême.
Alors que le Ramadan est le nom en arabe du neuvième mois du calendrier islamique. Il revêt une importance particulière dans l’islam. C’est au cours de ce mois que les musulmans croient que les premiers versets du Coran – le livre saint de l’islam – ont été révélés au prophète Mahomet. Pendant cette période, les musulmans sont encouragés à jeûner et à faire des dons de charité. Mais aussi à faire preuve de bonté et de patience et à renforcer leur relation avec Dieu.
Messe papale à Rome
Chez les juifs, le jeûne se déroule au cours des 4 jours intermédiaires (sur 7) qui sont appelés ‘Hol Hamoed. En Israël, seuls le premier et le dernier jour sont chômés. Ils rappellent les 40 années d’errance dans le désert à la recherche de la terre promise.
Le jeûne est au cœur des 3 traditions, bien que les pratiques varient. Pendant le Carême, les chrétiens observent le jeûne. En effet, ils s’abstiennent de viande le vendredi et limitent la consommation d’autres aliments pendant 40 jours. De même, pendant le Ramadan, les musulmans s’abstiennent de manger, de boire, de fumer et d’entretenir des relations sexuelles du lever au coucher du soleil.
Célébrer ensemble ces fêtes ?
Il y a plusieurs pays dans le monde qui se sont lancés le défi fou de créer au même endroit. Voire dans le même bâtiment, une mosquée, une église et une synagogue.
On commence avec Abou Dabi. On ne s’y attend pas, mais à la visite du pape accompagné de l’imam de la mosquée al-Azhar, en 2019, le projet Abrahamic Family House a vu le jour. Avec pour objectif la création d’une mosquée, une église et d’une synagogue (la première dans le pays) pour permettre la rencontre entre ces communautés et favoriser la création de liens durables. Petit détail, l’architecture est assez étonnante. Il a été décidé que les trois bâtiments auraient la même apparence extérieure. Donc il ne sera pas aisé de deviner quel lieu correspond à quel culte en arrivant devant.
Célébrer ensemble ces fêtes ?
La Géorgie est le deuxième pays qui porte un projet similaire, moins connu mais tout aussi impressionnant. À Tbilissi, la capitale, vous pourrez rencontrer Rusudan, qui officie à la cathédrale de la paix, une église évangéliste baptiste. Après avoir accueilli des réfugiés tchétchènes dans les années 1990 et découvert la beauté de l’interreligieux, ils se sont lancés un nouveau défi. Ouvrir deux salles sur les côtés de leur églises pour accueillir une synagogue et une mosquée. Ce sont les deux communautés qui manquent de lieux de culte à Tbilissi. Ici, le petit plus de la démarche est qu’ils demandent à la communauté juive de participer à payer pour les travaux de la mosquée. Et inversement à la communauté musulmane de payer pour ceux de la synagogue.
Enfin, à Berlin, un projet un peu fou est né il y a quelques années : la House of One. Sur l’emplacement d’une ancienne église détruite pendant la guerre froide, des communautés juive, musulmane et chrétienne ont décidé de construire un lieu commun. Un lieu unique en son genre avec une seule entrée. Mais des salles bien séparées pour les différents cultes. De plus, ce lieu pourrait accueillir aussi une bibliothèque et une salle pour permettre aux personnes qui veulent faire des conférences sur d’autres sujets de s’y retrouver.
Le Festival du Film Français de San Diego, présenté par l’Alliance Française San Diego, revient pour une cinquième édition exceptionnelle. Du 4 au 7 mai 2025, le cinéma THE LOT La Jolla accueillera « L’Amour sous toutes ses formes », thème choisi pour cette rencontre cinématographique. Lesfrancais.press vous donne les détails de cet événement, et a également interrogé, Laurence de Valmy, la directrice des affaires culturelles.
Amour, connexion et francophonie au Festival du film français
Cette année, le Festival du Film Français de San Diego, en Californie, met le cap sur « l’Amour sous toutes ses formes ». L’objectif affiché est d’explorer les multiples facettes des émotions humaines à travers le cinéma.
Diner au cours du Festival du Film Français à San Diego
Au-delà de la promotion de la langue française, la sélection de films liée à ce thème universel permettra d’aborder également des sujets de société tels que la solidarité, le déterminisme social, l’harmonie interconfessionnelle et l’intégration, tout en encourageant ainsi la réflexion et le débat parmi le public.
« Cette cinquième édition reflète le cœur de l’essence même du festival : la connexion »
Julie Ripoll, directrice exécutive de l’Alliance Française de San Diego
Ainsi, pour Julie Ripoll, directrice exécutive de l’Alliance Française de San Diego, « cette cinquième édition reflète le cœur de l’essence même du festival : la connexion ». Présentant la programmation et le thème retenu pour cette année, l’organisatrice de ce festival a aussi déclaré « Grâce à ce thème universel, nous espérons inciter le public à réfléchir sur le pouvoir de l’amour dans ses nombreuses dimensions tout en mettant en valeur la narration exceptionnelle des cinéastes francophones. »
THE LOT La Jolla lieu du festival
Du 4 au 7 mai 2025, les cinéphiles pourront se rendre au cinéma THE LOT La Jolla pour découvrir la programmation soigneusement sélectionnée par les organisateurs, ainsi que les activités parallèles, avec notamment le dîner d’ouverture et la réception de gala prévus pour le 4 mai. Le film « En Fanfare », réalisé par Emmanuel Courcol, sera d’ailleurs à l’honneur lors de cette soirée inaugurale.
Les autres moments forts de ce festival
5 mai : Projection de « Neuilly-Poissy », suivie d’une table ronde en présence de l’acteur Max Boublil, de Grégory Boutboul (30 Jours Max, Sous le Soleil, Plus Belle La Vie…), de Youri Rapoport, le PDG de You Films et CinéArt, et de Franck Amiack.
6 mai : Deux projections au choix entre « Moto Taxi », un film camerounais sur la vie urbaine, et « Quelques Jours Pas Plus », un film français avec Camille Cottin et Benjamin Biolay qui explore le thème de la transformation personnelle.
7 mai : la séance de clôture avec la projection de « RU », un film canadien relatant la vie de la jeune Tinh et de sa famille qui fuient le Vietnam occupé par les communistes pour se lancer dans un voyage vers le Québec.
Des activités en parallèle de ce festival du film français
Outre les projections de ces films, l’Alliance Française de San Diego propose plusieurs autres activités, notamment deux expositions : « Cœur D’Afghane, Amour À La Française » de Manaz Raiszadeh d’avril à juin, et une autre en mai, présentant une sélection d’œuvres réalisées par les jeunes étudiants de l’Alliance et des écoles partenaires.
Festival du Fim Français avec également…une expérience culinaire
Et une journée des jeunes cinéphiles avec les étudiants a également été programmée. Sans oublier une sélection de 6 Courts métrages mis en avant lors de ce festival du Film Français.
Billets et informations supplémentaires
Pour obtenir des billets et des informations supplémentaires, vous pouvez consulter le site de l’Alliance Française de San Diego ici ou suivre le Festival du Film Français de San Diego sur les réseaux sociaux ici. Pour rappel, l’Alliance Française San Diego a été fondée en 1927 et fait partie d’un réseau de plus de 100 Alliances aux États-Unis, et de plus de 832 affiliés dans 128 pays sur tous les continents. Sa mission est d’enseigner le français et de promouvoir les cultures francophones via des événements sociaux et culturels. Ce festival du film français, qui en est à sa 5eme édition, participe à cet objectif de faire rayonner le français à l’étranger.
Equipe de l’Alliance Française de San Diego
Pour plonger encore davantage dans ce Festival du Film Français, nous avons interrogé un de ses organisatrices, Laurence de Valmy, directrice des affaires culturelles,Alliance Française de San Diego.
Lesfrancais.press : « Laurence, il y a beaucoup de possibilités pour partager la culture française, pourquoi avoir choisi le cinéma au sein de l’Alliance Française de San Diego ? »
Laurence de Valmy : « Le cinéma est un formidable vecteur culturel. Il permet de faire voyager, de provoquer des émotions, de questionner et de raconter des histoires qui résonnent bien au-delà des frontières. À travers le cinéma en français, nous explorons la langue dans toute sa richesse, ainsi que les multiples facettes de la culture francophone : son histoire, ses sensibilités, ses enjeux contemporains.
« Aujourd’hui, on peut regarder un film depuis chez soi, mais ce que les gens recherchent, ce sont des moments de partage (…) et c’est exactement ce que nous voulons créer avec ce festival »
Laurence de Valmy, directrice des affaires culturelles, Alliance Française de San Diego
Mais au-delà des projections, nous souhaitons offrir une véritable expérience collective. C’est pourquoi le festival inclut aussi une soirée d’ouverture conviviale qui permet des rencontres entre passionnés, artistes, apprenants et curieux. Aujourd’hui, on peut regarder un film depuis chez soi, mais ce que les gens recherchent, ce sont des moments de partage, d’échange, de découverte humaine – et c’est exactement ce que nous voulons créer avec ce festival. »
Lesfrancais.press : « Au cours de ce festival, une séance spéciale est réservée aux étudiants, est-ce un moyen de lier contact avec le cinéma français, et peut-être même créer des vocations ? »
Laurence de Valmy : « Cette séance est avant tout pensée comme une opportunité pédagogique : elle permet d’exposer les apprenants de français à la langue en dehors de la salle de classe, dans un contexte vivant et authentique. Le cinéma en français devient ainsi un support d’apprentissage stimulant, porteur de sens et de plaisir. Cette année, les élèves ont pu découvrir un court métrage de fiction ainsi que le documentaire engagé L’océan vu du cœur, avec l’intervention de l’une des réalisatrices – une occasion unique de dialogue et d’inspiration.
« Nous accueillons environ 2000 participants par an à nos événements »
Laurence de Valmy, directrice des affaires culturelles, Alliance Française de San Diego
Nous offrons également aux classes participantes des livres pédagogiques liés aux thématiques abordées, afin de prolonger l’expérience en classe. C’est notre manière de soutenir les écoles de San Diego dans leur engagement en faveur de l’enseignement des langues et de l’ouverture culturelle. »
Lesfrancais.press : « À San Diego, outre ce festival, comment faites-vous également vivre la France et la francophonie tout au long de l’année ? »
Laurence de Valmy : « À l’Alliance Française de San Diego, la promotion de la langue et de la culture francophones est au cœur de notre mission. Tout au long de l’année, nous proposons des cours de français pour tous les âges et tous les niveaux, ainsi qu’un programme culturel riche : conférences, expositions, projections, clubs de lecture, ateliers de cuisine, événements festifs, etc. Nous collaborons également avec d’autres partenaires et institutions locaux pour faire rayonner la francophonie dans toute sa diversité. Nous accueillons environ 2000 participants par an à nos événements, et nous sommes ravis de cette dynamique. Notre objectif est de faire vivre la France et la francophonie de manière conviviale, inclusive et accessible à tous. »
Billetterie pour le Festival du film français du 4 au 7 mai à San Diego :
Lesfrancais.press : « C’est la huitième édition internationale du festival des auteurs francophones qui se tiendra du 24 au 27 avril 2025 à New York, mais pourriez-vous nous rappeler la genèse de cette initiative ? »
Sandrine Mehrez Kukrudz : « Je suis à la base – avec mon mari et associé – productrice d’événements. Donc en montant la Rencontre des Auteurs Francophones en 2020, s’est très vite imposée l’idée de donner une dimension événementielle à ce réseau d’auteurs dans le monde.
Sandrine Mehrez Kukurudz, fondatrice du réseau Rencontre des auteurs francophones
La première édition a donc eu lieu en 2021 avec Marc Levy. L’idée était lancée. Elle a fait des petits en Asie et en France et devrait aller en Afrique fin 2025. Les Festivals ont chacun leur ADN et ceux de New York sont des moments privilégiés entre francophones de New York et auteurs du monde. D’où ce programme encore plus étendu cette année, à la rencontre de publics différents. »
« Les Festivals ont chacun leur ADN et ceux de New York sont des moments privilégiés entre francophones de New York et auteurs du monde »
Sandrine Mehrez Kukrudz
Lesfrancais.press : « Comment un auteur peut-il s’intégrer dans votre organisation ?
Sandrine Mehrez Kukrudz : « Nous sommes un réseau. Donc chaque auteur qui participe à toutes nos activités est un membre. Pour rejoindre le réseau « Rencontre des Auteurs Francophones » et sa plateforme, devenue la plateforme littéraire la plus complète dans le monde francophone, il faut nous contacter. Les auteurs en maison d’édition sont acceptés dans la très grande majorité, sauf si les critères d’adhésion ne sont pas respectés (incitation à la haine, non-respect d’autrui, pornographie…).
Débats avec les auteurs
Nous estimons que les maisons d’édition ont déjà fait le travail de sélection des auteurs qu’elles défendent. Nous avons un quota de 25% d’auto édités. Ceux-là passent par le comité de sélection et deviennent « membre vers demain ». Nous avons la volonté que chacun progresse grâce aux autres. D’ailleurs ce mois-ci, une auteure auto-éditée vient de signer son premier contrat d’édition dans une maison très sérieuse, grâce à une des auteures du réseau qui y est publiée ».
Lesfrancais.press : « Pour ces rencontres qui se tiendront à New York, comment les auteurs ont-ils été choisis ? »
Sandrine Mehrez Kukrudz : « Le Festival de New York reçoit énormément de demandes. Nous tenons à nous limiter à 25 auteurs environ, pour garder le caractère intime du Festival. Pour que chaque auteur y trouve une place de choix. Cette année nous sommes 27, parce que le dimanche (27 avril) nous accueillerons deux invités en plus.
« J’avais envie que l’on rende hommage à la Méditerranée »
Sandrine Mehrez Kukrudz
Parmi les demandes que nous recevons, nous tentons de répondre positivement à des profils bien différents : les auteurs qui soutiennent le réseau tout au long de l’année, les petits nouveaux à qui nous avons envie de faire vivre l’aventure de Rencontre des Auteurs Francophones, les auteurs du bout du monde qui traversent les mers pour nous rejoindre, quelques locaux bien sûr, des auteurs qui ont largement publié et d’autres encore novices…
Echange avec le public / Rencontre des auteurs francophones
Et cette année, une jolie maison d’édition belge débarque avec 6 de ses auteurs. Au total 3 continents seront représentés avec des auteurs venant de Nouvelle-Calédonie, du Canada, de France, de la Réunion, de Belgique et aux États-Unis, de Floride, de Californie et de New York. »
Lesfrancais.press : « L’un des points majeurs de ces journées est le lancement du livre collaboratif hommage à la Méditerranée, pourriez-vous nous en dire davantage sur cette action ? »
Sandrine Mehrez Kukrudz : « Fin 2023 a surgi l’idée de monter une maison d’édition éponyme. Nous avions sorti un premier ouvrage collaboratif de 80 textes, pour accompagner les 80 ans du Petit Prince, célébrés lors de la seconde édition du Festival new yorkais. Anna Alexis Michel, auteure et artiste franco-belge de Miami m’a alors proposé de sortir un nouveau livre contributif sur Marguerite Yourcenar, dont elle est spécialiste. Elle proposait d’en assurer la direction éditoriale et son parcours comme ses diplômes lui permettaient effectivement d’en prendre la direction avec brio.
« Le livre, comme la culture générale, ne fait pas de vous la même jeune fille ou le même jeune homme. (…) C’est un passeport sociétal incroyable »
Sandrine Mehrez Kukrudz
En me couchant cette nuit-là, je me suis relevée pour créer la maison d’édition, seule maison d’édition entièrement francophone aux États-Unis. L’aventure débutait, et, depuis, quatre recueils hommage ont vu le jour chaque année. Les couvertures – sublimes- sont créées par l’artiste Sandra Encaoua Berrih et toutes originales. Depuis, les livres sont tous en couleur, largement illustrés d’œuvres artistiques personnelles ou de photos.
Séance de dédicaces / Rencontre des auteurs francophones
J’avais envie que l’on rende hommage à la Méditerranée et Anna a aussitôt réfléchi à sa thématique. L’exercice était difficile. Chez Rencontre des Auteur Francophones on est apolitique et on ne parle jamais de sujets qui fâchent ouvertement. Ce qui permet une harmonie incroyable entre tous et un respect essentiel pour que cette communauté poursuive sa mission de réunir les auteurs du monde entier comme la réunion de famille idéale.
L’idée était de partager les émotions liées à SA Méditerranée. Les odeurs, les couleurs, les souvenirs, les êtres… Faire voyager dans l’espace, les contours de cette mer magique et faire voyager dans le temps. Rassembler les émotions du passé, les images de l’enfance, ce que la Méditerranée inspire à chacun.
« Chacun doit s’attaquer aussi à une littérature qui lui paraît ardue. C’est ce qui nous fait progresser tout au long de notre vie »
Sandrine Mehrez Kukrudz
Et franchement, c’est certainement le plus joli des recueils de la maison d’édition. 46 auteurs sélectionnés. 17 pays représentés, plus de 50 œuvres et photos personnelles. Une émotion palpable. Des textes personnels. Des nouvelles qui vous transportent, des poèmes enivrants comme les senteurs de l’orient. Le livre sera lancé mondialement à New York, et – comme à chaque fois – remis aux personnalités rencontrées lors de ce Festival. Pour les auteurs, ces livres sont un formidable outil de communication, leur permettant d’être lus à l’autre bout du monde et par des super VIP :)… Des ambassadeurs, des représentants culturels et institutionnels et même des anciens Présidents de la République. »
Lesfrancais.press : « Transmettre auprès de la jeunesse et l’ADN du réseau « des auteurs francophones », selon vous quelle place le livre a-t-il encore chez nos adolescents ? »
Sandrine Mehrez Kukrudz : « Oui c’est essentiel. Et cette année encore nous irons à la rencontre des élèves. Le jeudi 25 avril, nos auteurs seront notamment dans le Bronx avec les petits africains et haïtiens fraîchement débarqués. L’idée est aussi de leur montrer combien un livre peut changer un destin. Et j’y crois ! J’en parlais cette semaine avec un de nos membres d’honneur (qui sera d’ailleurs l’invité de notre festival à La Ciotat en juin) Philippe Vilain. Dans son dernier livre, il raconte le destin tracé qui était le sien en CAP de dactylo… Un livre a changé son destin. Le livre, comme la culture générale, ne fait pas de vous la même jeune fille ou le même jeune homme. Une personne, qui arrive des quartiers, et qui sait raconter Proust ou évoquer Comte-Sponville ne sera jamais regardée de la même façon par son auditoire. C’est un passeport sociétal incroyable.
Stand de Rencontre avec les auteurs francophones
Alors oui on lit moins. Mais d’après le dernier rapport du Centre national du livre, ce sont les 50-65 ans qui délaissent le plus le livre pour les écrans ! Alors on garde un peu d’espoir pour la jeunesse. Le problème des adolescents c’est surtout ce qu’ils lisent. Ce n’est pas un souci de lire des BD et des mangas, de la romance ou de la Fantasy. Le souci est de ne lire que cela.
En fait, le cerveau a besoin qu’on le stimule. Et je pense que chacun doit s’attaquer aussi à une littérature qui lui paraît ardue. C’est ce qui nous fait progresser tout au long de notre vie. Nous sommes conscients qu’il n’est pas facile de porter cette mission et pourtant, quand je vois l’intérêt des élèves lors des ateliers que l’on met en place, je pense que le problème n’est pas le livre mais le reste : comment faire passer les émotions, le goût de lire, quoi faire lire et à quel âge, le jeu autour de la lecture, la lecture à voix haute qui est à mon sens une vraie motivation chez les plus jeunes. C’est pour cela que nos auteurs – tant dans les écoles que dans les festivals – n’interviennent quasiment jamais en conférence. Tout est interactif. Il faut intégrer les publics dans les échanges… Et ça marche ! »
Lesfrancais.press : « Outre ces rencontres à New York, quels sont vos autres objectifs pour 2025 ? »
Sandrine Mehrez Kukrudz : « Nous serons pour la première fois à la Ciotat les 7 et 8 juin prochain avec un nouveau concept de Festival, Livres en Scènes. Il mettra à l’honneur les livres et leurs adaptations cinématographiques. Pourquoi la Ciotat ? Parce que nous serons dans le plus vieux cinéma du monde, l’Eden. Parce que nous serons face à la mer (Méditerranée encore :)) dans un cadre fabuleux. Nous accueillerons 2 invités d’honneur.
Sandrine Mehrez Kukurudz avec Marc Lévy
Nous projetterons ainsi les films adaptés de leur livre, et nous discuterons de l’adaptation des écrits au cinéma : comment l’auteur s’implique, sa réaction face à son œuvre exploitée au cinéma, son regard critique, sa fierté de voir son livre traduit sur grand écran… Et chaque discussion avec le public sera suivie d’une séance de dédicaces. Philippe Vilain sera l’invité du samedi soir avec « Pas son genre » et la regrettée Émilie Dequenne dans le rôle principal. Julien Sandrel sera notre invité le dimanche soir avec « La chambre des merveilles » Nous accueillerons près de 40 auteurs en journée, de France, du Canada, des États-Unis, de Belgique et d’Algérie notamment. Dédicaces, ateliers, animations…. Ce devrait être une jolie édition française.
Nous travaillons également sur un énorme projet pour l’Afrique… Avec l’espoir qu’il voit le jour à la fin de l’année. Et sur un Festival qui devrait marquer les esprits pour le début de l’année 2026. Entre-temps, tout peut arriver. Je ne sais pas dire non à une bonne idée (sourire) ».
Le Canada, État fédéral réputé pour la modération de sa population, est en état d’ébullition. Les propos de Donald Trump, suggérant de faire du voisin du nord des États-Unis le 51ᵉ État américain, ont provoqué une vive réaction. Les Canadiens se sont rués sur les drapeaux à feuille d’érable, et pour certains d’entre eux ont annulé leurs projets de voyage vers le sud et se sont mis à huer l’hymne américain lors d’événements sportifs. Le Président américain est ainsi parvenu à susciter un regain de patriotisme canadien. Donald Trump envisage les relations commerciales sous l’angle de la nationalité plutôt que sous celui des bénéfices mutuels qu’elles peuvent générer. Les entreprises étrangères, tout comme les États, deviennent des cibles potentielles dans cette logique. Ce retour de l’identité nationale dans les échanges internationaux ne se limite pas aux États-Unis.
En Chine, le Parti communiste présente l’ascension économique du pays comme une œuvre nationale. Alex Karp, fondateur de Palantir, entreprise de technologie militaire, a même co-écrit un ouvrage défendant les vertus du patriotisme comme rempart des valeurs occidentales. Lori Yue, de la Columbia Business School, a analysé 41 000 rapports annuels d’entreprises publiques chinoises publiés entre 2000 et 2020 pour évaluer l’évolution de la rhétorique nationaliste. Elle constate une nette augmentation du langage nationaliste au cours des deux dernières décennies, particulièrement chez les entreprises publiques, celles-ci n’ayant pas d’actionnaires étrangers ou peu tournées vers l’export. Ces dernières recourent davantage à un vocabulaire populiste dans leurs documents officiels.
Discours nationalistes paravent de pratiques douteuses
L’étude révèle également une corrélation entre la rhétorique nationaliste et des pratiques peu vertueuses. Les entreprises valorisant fortement l’identité nationale sont moins enclines à investir dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. À l’inverse, celles créées après l’entrée de la Chine à l’Organisation Mondiale du Commerce en 2001 ont tendance à adopter une communication plus ouverte et moins patriotique.
Selon une autre étude menée par Pantelis Kazakis de l’université de Glasgow, les entreprises portant un discours nationaliste marqué sont aussi celles qui recourent le plus souvent à l’évasion fiscale. Ce comportement s’expliquerait par des liens étroits entre leurs dirigeants et l’administration, nourrissant un sentiment d’impunité. Le discours nationaliste jouerait alors le rôle de paravent, masquant des pratiques douteuses.
Discours nationalistes paravent de pratiques douteuses
Une analyse de 2019 conduite par Alexander Mohr et Christian Schumacher (Université d’économie et de commerce de Vienne) montre que le patriotisme affiché des entreprises américaines du S&P500 nuit à celles dont les ventes et les actifs sont majoritairement situés à l’étranger. Une étude récente d’Arnab Choudhury (Université Columbia) révèle que, devant les tribunaux fédéraux américains, les entreprises nationales ont obtenu plus de succès que les entreprises étrangères dans les litiges en matière de brevets entre 1983 et 2016.
L’identité nationale, un levier stratégique pour les entreprises
Dans le domaine des aides et des dérogations, afficher fièrement sa nationalité devient aussi un avantage stratégique. L’invocation de l’identité nationale n’est plus l’apanage des États ou des mouvements politiques. Elle se développe dans le monde des affaires, devenant un levier stratégique pour les entreprises, qu’il s’agisse de séduire un public intérieur, d’obtenir des faveurs de l’État ou de masquer des comportements discutables.
Cette instrumentalisation croissante du patriotisme économique traduit une mutation des rapports de force dans la mondialisation : à la logique du marché se superpose désormais une logique d’allégeance nationale. Si elle peut être payante à court terme, cette tendance n’est pas sans risque : elle fragilise la coopération internationale, brouille les repères éthiques et pourrait, à terme, compromettre la crédibilité et la performance des acteurs économiques les plus enclins à s’en revendiquer.