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  • Black-out ibérique : le Premier ministre portugais annonce la création d’une commission d’enquête

    Black-out ibérique : le Premier ministre portugais annonce la création d’une commission d’enquête

    Le Premier ministre portugais Luís Montenegro a annoncé mardi 29 avril la mise en place d’une commission technique indépendante au Portugal pour enquêter sur la panne d’électricité qui a touché la péninsule ibérique en début de semaine.

    S’exprimant lors de la deuxième réunion extraordinnaire du Conseil des ministres depuis la panne, le Premier ministre a annoncé la création d’une « commission technique indépendante au Portugal afin d’évaluer les mécanismes de réaction et de gestion de cette crise, la résilience et la reprise du réseau électrique, la résilience des infrastructures et des services essentiels, ainsi que le fonctionnement des systèmes de protection civile, de communication et de santé ».

    Il a également indiqué que le gouvernement demanderait à l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) de procéder à un audit indépendant des réseaux électriques des pays touchés « afin de déterminer avec certitude les causes de cette situation ».

    « Nous ne ménagerons aucun effort pour faire la lumière sur un problème grave qui n’a pas pris naissance au Portugal », a-t-il assuré.

    Le gouvernement proposera que cette commission soit composée de sept personnes, dont quatre experts du secteur de l’énergie, des réseaux et systèmes de communication, de la protection civile, du secteur de la santé et trois personnalités désignées par le Parlement.

    Le Premier ministre a annoncé que le gouvernement avait également décidé de « ne pas prolonger […] la déclaration de crise énergétique », qui prendra fin aujourd’hui à 23 h 59.

    Répondant aux questions après son discours, Luís Montenegro a reconnu que la commission portugaise ne pourrait débuter son travail que lors de la prochaine législature. Étant donné que le parlement est dissous et que des élections législatives anticipées auront lieu le 18 mai. Mais il a estimé qu’il y aurait suffisamment de temps.

    GettyImages-2212569724-e1745988748833 [Getty Images/Horacio Villalobos_Corbis]
    GettyImages-2212569724-e1745988748833 [Getty Images/Horacio Villalobos_Corbis]

    « Il ne s’agit pas d’une commission technique indépendante chargée de produire des résultats rapides dans l’urgence. Il s’agit d’une commission technique indépendante qui approfondit et évalue les mécanismes de réaction, la gestion de crise, la remise en état du réseau électrique, la résilience des infrastructures et les services essentiels », a-t-il expliqué, citant en exemple la commission formée à la suite des incendies de 2017.

    Le Premier ministre a affirmé que le gouvernement était « déterminé à tirer toutes les conclusions sur les causes et les réponses » à ce qui s’est passé. Il s’est également dit pleinement disponible pour aider les instances européennes dans le processus d’audit demandé par le pays.

  • Londres, carrefour du réseautage et de l’entrepreneuriat francophone ?

    Londres, carrefour du réseautage et de l’entrepreneuriat francophone ?

    Le lundi 28 avril 2025, les Professionnels Indépendants Francophones de Londres (PIFL) et la Jeune Chambre de Commerce Franco-Britannique (JCCFB) ont uni leurs forces pour organiser une soirée conviviale et inspirante au prestigieux Holmes Hotel London. Une cinquantaine d’entrepreneurs francophones, venus de tous horizons, se sont retrouvés autour d’un verre de Prosecco ou de bière pour échanger idées, conseils et expériences.

    L’événement a débuté par une prise de parole inspirante de Noreen Burroughes Cesareo, présidente fondatrice d’OWIT UK et de Market Accents. Spécialiste en stratégie, marketing, genre et commerce, elle a partagé sa vision de l’entrepreneuriat sans frontières, encourageant les participants à élargir leurs perspectives pour développer leur activité.

    Le média Lesfrancais.press était sur place pour recueillir les impressions des participants.

    Un réseau en pleine synergie

    Depuis 2014, les PIFL réunissent chaque mois une communauté vivante d’entrepreneurs, nourrie par des rendez-vous thématiques. Porté par l’énergie de Cylia Rousset, qui anime le groupe depuis 2018, ce réseau compte aujourd’hui plus de 500 membres actifs sur 2000 inscrits.

    Créée en 1982, la Jeune Chambre de Commerce Franco-Britannique est aujourd’hui indissociable de Véronique Rapetti, qui en assure la présidence avec passion depuis 2003. Initialement pensée comme une alternative plus conviviale à la Chambre de Commerce Française de Grande-Bretagne, la JCCFB a su rester fidèle à cet esprit tout en renforçant son ancrage professionnel.

    Un réseau en pleine synergie
    Un réseau en pleine synergie

    Depuis plusieurs mois, les deux structures conjuguent leurs efforts. Résultat : des soirées mensuelles qui mêlent contenu pratique, mentorat, mini-ateliers et rencontres de qualité. Une alliance prometteuse, qui ne demande qu’à s’intensifier.

    Paroles d’entrepreneurs : du partage avant tout

    François-Xavier Touzard, directeur créatif chez Inspire Creative Workshop, est un habitué des événements de la JCCFB, qu’il fréquentait déjà il y a dix ans. Il apprécie particulièrement la chaleur humaine et l’esprit d’entraide de ces rencontres :

    C’était ma deuxième participation au PIFL. J’ai adoré discuter avec des francophones qui partagent une vraie culture entrepreneuriale. L’ambiance est conviviale, inclusive, et portée par une vraie confiance grâce à Cylia Rousset et Véronique Rapetti. Ce n’est pas une soirée pour vendre, mais pour échanger des idées, des conseils, des stratégies… et parfois, créer de vraies connexions.”

    Paroles d’entrepreneurs : du partage avant tout
    Paroles d’entrepreneurs : du partage avant tout

    Guillaume, fondateur de AXO Method, une entreprise spécialisée dans la santé et le bien-être, témoigne également de l’importance de ces moments de partage :

    On se concentre sur les inflammations systémiques par des traitements manuels. On est implanté à Londres, mais aussi en France, en Espagne, à Dubaï et au Maroc. J’ai découvert le PIFL via Innovate UK. Ce genre de soirée permet de renouer avec une communauté francophone riche en savoir-faire et très complémentaire.”

    Pour Sarah, coach en business et leadership, cette troisième participation a aussi été l’occasion de renforcer ses liens :

    C’est toujours agréable de revoir des visages connus, d’en rencontrer de nouveau et de parler des défis que l’on partage. Il y avait un peu moins de monde que d’habitude, mais l’ambiance était toujours aussi enrichissante.

    Quant à Arthur, salarié chez High Relevance, il découvrait le PIFL pour la première fois :

    Tous les profils que j’ai rencontrés étaient intéressants. On a beaucoup parlé des difficultés que rencontrent les autoentrepreneurs pour se lancer et trouver leurs premiers clients. L’accueil était excellent. Je recommande chaudement le PIFL.

    Savoir, échange et bienveillance

    Pour Véronique Rapetti, présidente de la JCCFB, l’objectif est clair : “Offrir du contenu utile, transmettre des clés marketing à ceux qui débutent, accueillir les nouveaux arrivants en Angleterre et créer un cadre de networking bienveillant.

    Ce cocktail d’expertise et de convivialité semble faire mouche. Entrepreneuriat, entraide et énergie collective sont les maîtres mots de ces soirées qui, mois après mois, dessinent les contours d’une communauté francophone aussi diverse que soudée.

    Savoir, échange et bienveillance
    Savoir, échange et bienveillance

    Un tel esprit d’entraide et de partage montre que le réseautage, à Londres, dépasse la simple rencontre professionnelle. Comme le disait Antoine de Saint-Exupéry : “La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout, d’unir les hommes.

    À Londres, les entrepreneurs francophones semblent l’avoir bien compris.
    Ici, les idées circulent aussi vite que le métro, mais ce n’est pas dans le vacarme des rames qu’elles prennent vie — c’est dans le cliquetis des verres et la chaleur des échanges qu’émergent les projets les plus prometteurs. Un cocktail de talents, de connexions et d’audace… à consommer sans modération.

  • 1er mai : Les droits sociaux des expatriés français

    1er mai : Les droits sociaux des expatriés français

    Quelles sont les aides sociales que peuvent demander les non-résidents ? Comment fonctionne le dispositif des bourses scolaires ? La Caisse des Français de l’étranger, qui la finance ? Quels avantages ? Voilà quelques-unes des questions qu’on peut se poser en tant qu’expatriés. Alors que s’ouvrent les premières assises dédiées à la protection sociale des Français de l’étranger, auxquelles vous pouvez participer, Lesfrancais.press font le point sur les droits sociaux des expatriés français. Sans surprise, à ce jour, ces derniers varient selon le statut, le pays d’accueil, la présence ou non de conventions bilatérales et les démarches volontaires effectuées avant ou pendant l’expatriation. Voici les principaux aspects à connaître :

    Affiliation à la protection sociale

    En tant qu’expatrié, vous relevez en principe du régime de protection sociale du pays d’accueil. Que ce soit pour l’assurance maladie, la retraite ou le chômage. Vous devez donc cotiser aux régimes locaux et bénéficiez des prestations sociales prévues par la législation du pays où vous travaillez.

    Maintien des droits français (assurances volontaires)

    Vous pouvez choisir de continuer à bénéficier du régime français pour certains risques en adhérant à la Caisse des Français de l’Étranger (CFE). 

    Maintien des droits français (assurances volontaires)
    Maintien des droits français (assurances volontaires)

    Cette adhésion, payante, permet de maintenir une couverture maladie, maternité, invalidité, accidents du travail, maladies professionnelles et retraite de base, en complément de l’affiliation obligatoire dans le pays d’accueil.

    Retraite

    Vous cotisez normalement à la retraite du pays d’expatriation. Toutefois, il est possible de cotiser volontairement à la retraite française (CARSAT) et à une retraite complémentaire (CRE ou Ircafex selon votre statut), ce qui permet de ne pas perdre de trimestres pour la retraite française.

    Chômage

    En tant qu’expatrié, vous n’êtes plus affilié à l’assurance chômage française, sauf cas particuliers (salarié détaché, fonctionnaire, ou si l’employeur continue de cotiser en France). 

    S'expatrier : mode d'emploi
    S’expatrier : mode d’emploi

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    Aides sociales spécifiques

    Les expatriés peuvent bénéficier de certaines aides sociales versées par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères via les consulats (secours mensuel, secours occasionnel, aides exceptionnelles), sous conditions de ressources et de situation. Ces aides sont des mesures gracieuses et non des droits automatiques[7].

    Couverture des membres de la famille

    Les membres de la famille sont généralement couverts par le régime de sécurité sociale du pays d’accueil. En cas de maintien d’une couverture française (CFE), ils peuvent également en bénéficier.

    Conventions bilatérales

    Si une convention bilatérale de sécurité sociale existe entre la France et le pays d’accueil, elle permet la prise en compte des périodes cotisées en France pour l’ouverture de droits dans le pays d’accueil et vice versa, facilitant la continuité des droits sociaux (maladie, retraite, etc.).

    Démarches administratives

    Il est recommandé de s’inscrire au registre des Français établis hors de France auprès du consulat, ce qui facilite l’accès aux services consulaires et certaines démarches d’urgence.

    Les aides consulaires

    Les crédits d’aide sociale gérés par les consulats sont destinés à trois publics spécifiques :

    •  les personnes âgées : (AS) allocation de solidarité ;
    •  les personnes handicapées : (AAH, AEH) allocation adulte ou enfant handicapé ;
    •  l’enfance en détresse : (SMSE) secours mensuel spécifique.

    D’autres aides sont possibles pour les Français en grande difficulté :

    • allocation à durée déterminée : (ADD), 6 mois maximum ;
    •  aides ponctuelles : (SO) secours occasionnels ou (AEX) aides exceptionnelles ;
    • prestation d’assistance consulaire : cas particulier de l’U.E.

    Ces allocations sont calculées chaque année en euros pour chaque poste sur le taux de base fixé par le niveau de vie local, l’évolution du taux de change combiné à l’inflation constatée.


    Toutes les aides consulaires

    5 principales démarches à envisager avant ou pendant l’expatriation

    • Vérifier l’existence d’une convention bilatérale de sécurité sociale avec le pays d’accueil.
    • S’informer sur le régime local de protection sociale.
    • Envisager l’adhésion à la CFE pour maintenir une couverture française.
    • Envisager la cotisation volontaire à la retraite et à l’assurance chômage françaises si souhaité.
    • S’inscrire au registre consulaire.

    En conclusion, les droits sociaux des expatriés français reposent principalement sur le régime local du pays d’accueil, mais il existe des dispositifs volontaires et des aides spécifiques permettant de maintenir, partiellement ou totalement, une protection sociale française selon les besoins et situations.

  • Le miracle espagnol en question

    Le miracle espagnol en question

    « L’avenir est prometteur » aime à répéter José Manuel Entrecanales, PDG d’Acciona, une entreprise de construction espagnole, devenu un des acteurs majeurs des infrastructures d’énergies renouvelables. A Madrid, l’optimisme est de rigueur quand à Berlin ou à Paris, l’inquiétude prédomine. L’économie espagnole a enregistré en 2024 une croissance de 3,2 %, soit près de quatre fois la moyenne de la zone euro. À titre de comparaison, le PIB de la France n’a augmenté que de 0,8 %, tandis que celui de l’Allemagne a reculé pour la deuxième année consécutive.

    Les recettes touristiques de l’Espagne sont près de deux fois supérieures à celles de la France. 

    L’indice boursier IBEX 35, qui suit les 35 plus grandes entreprises cotées à la Bourse de Madrid, a progressé de 14,8 %, soit l’une des plus fortes hausses parmi les grands indices européens. Le secteur du tourisme, durement frappé par la pandémie, a accueilli un nombre record de 94 millions de visiteurs dans un pays de 48 millions d’habitants. Il en attend 100 millions cette année, soit un niveau comparable à celui de la France. Le tourisme contribue directement à hauteur de 13 % du PIB espagnol, et indirectement à hauteur de 20 %, via les dépenses en restauration, transports et commerce de détail. « C’est notre pétrole », plaisante José García Cantera, directeur financier de la banque Santander. Les recettes touristiques de l’Espagne sont près de deux fois supérieures à celles de la France.

    De nombreuses grandes entreprises espagnoles prospèrent et deviennent des références mondiales. Inditex s’est imposé comme l’un des plus grands groupes mondiaux de distribution de vêtements. Fondé en 1985 par Amancio Ortega, l’un des hommes les plus riches d’Europe, le groupe détient des marques telles que Zara, Pull & Bear, Massimo Dutti, Bershka, Stradivarius ou Oysho. Présent dans plus de 90 pays, avec plus de 5 700 magasins à fin 2023, Inditex affiche un chiffre d’affaires de 35,9 milliards d’euros pour un bénéfice net supérieur à 5 milliards d’euros.

    L’Espagne abrite également deux des dix premières banques européennes en termes de capitalisation boursière (BBVA et Santander), ainsi que plusieurs géants de la construction et des infrastructures (Grupo ACS, Acciona, Ferrovial, FCC). Repsol reste une des grandes majors pétrolières européennes, et Iberdrola s’est imposé comme un des plus grands producteurs d’électricité du continent. Sener, société d’ingénierie basée à Bilbao, emploie environ 4 000 personnes et participe à de nombreux projets d’infrastructure à travers l’Europe.

    Le faible coût de l’électricité grâce à un recours massif aux énergies renouvelables.

    Deux facteurs majeurs expliquent en partie le dynamisme actuel de l’Espagne. Le premier est le coût relativement faible de l’électricité, quasiment aussi bas qu’aux États-Unis. Il y a vingt ans, l’Espagne importait la moitié de son électricité. Aujourd’hui, elle est quasiment autosuffisante, grâce à un recours massif aux énergies solaire, éolienne et hydroélectrique.

    Selon BBVA, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité est passée de 45 % en 2021 à 65 % en 2024, entraînant une baisse de 20 % des prix de l’électricité. Ce ratio devrait atteindre 80 % d’ici 2030, permettant une baisse supplémentaire des coûts.

    Le faible coût de l’électricité grâce à un recours massif aux énergies renouvelables.
    Le faible coût de l’électricité grâce à un recours massif aux énergies renouvelables.

    La deuxième explication est l’immigration, facteur de dynamisme démographique et économique. En douze ans, la population est passée de 46 à 49 millions. Sur les six dernières années, la main-d’œuvre née à l’étranger a augmenté de 1,2 million de personnes. Grâce à une intégration globalement réussie, l’immigration ne suscite pas les tensions observées ailleurs en Europe. Vox, parti d’extrême droite, concentre ses attaques sur des thèmes sociétaux (avortement, famille), mais aborde peu la question migratoire.

    Les loyers ont doublé, les salaires n’ont progressé que de 20 %. 

    Toutefois, cette croissance démographique accentue les tensions sur le marché immobilier. En avril, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Madrid et dans une quarantaine d’autres villes pour réclamer davantage de logements abordables. Selon la Banque centrale espagnole, près de 40 % des ménages locataires consacrent plus de 40 % de leurs revenus à leur logement. Sur les dix dernières années, les loyers ont doublé, tandis que les salaires n’ont progressé que de 20 %.

    D’autres défis menacent l’économie espagnole. L’insuffisance de l’investissement privé, toujours inférieur à son niveau de 2019, pèse sur la productivité. Depuis dix ans, la croissance de la productivité du travail n’a été que de 0,2 % par an en moyenne, contre 0,9 % dans l’OCDE. La complexité administrative, tant au niveau central que régional, freine l’activité économique.

    La mise en œuvre des réformes est entravée par l’absence de majorité politique stable. Ainsi, de nombreux projets d’infrastructures prennent du retard : l’extension de l’aéroport de Barcelone est bloquée depuis plus de 15 ans.

    L’Espagne affiche un dynamisme économique remarquable, porté par un tourisme florissant, une politique énergétique ambitieuse et une intégration migratoire relativement apaisée. Des groupes industriels et bancaires puissants y contribuent, renforçant son image de nouveau moteur de croissance en Europe. Toutefois, des fragilités demeurent : tensions immobilières, productivité stagnante, et difficultés politiques à mener des réformes structurelles. L’avenir espagnol est peut-être prometteur, mais son plein accomplissement dépendra de sa capacité à relever ces défis dans la durée.

  • La France et sa diaspora : une stratégie oubliée

    La France et sa diaspora : une stratégie oubliée

    De nombreux pays ont mis en place des politiques actives pour renforcer les liens avec leurs ressortissants établis à l’étranger. Or, la France semble toujours ignorer le potentiel stratégique de sa diaspora. Pourtant, avec une population de plus de trois millions de Français vivant hors de l’Hexagone – selon des estimations souvent incomplètes –, il est temps de poser la question : pourquoi la République ne s’attache-t-elle pas à mettre en place un lien téléologiquement structuré avec les Français établis hors de France ?

    Une politique absente : le besoin d’une stratégie explicite

    À la différence de pays comme l’Inde, le Portugal ou encore la Turquie, la France ne dispose d’aucune stratégie officielle de mobilisation de sa diaspora. Certes, quelques initiatives institutionnelles existent – consulats, élus des Français de l’étranger, programmes éducatifs –, mais elles restent fragmentées, déconnectées et sans vision d’ensemble.

    « Une stratégie diasporique digne de ce nom ne peut se limiter aux services consulaires ou à la scolarisation des enfants à l’étranger. »

    Aucune feuille de route n’établit des objectifs clairs ni d’indicateurs mesurables pour structurer cette relation pourtant prometteuse d’enrichissement. « Cette diaspora est mal connue, des clichés nous collent encore (…) or c’est méconnaitre que nos Français à l’étranger sont comme les Français en France », déclarait Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français établis hors de France, au micro du podcast lesfrançais.press du 10 novembre 2024.

    Carte des Français de l'étranger
    Carte des Français de l’étranger

    Et pour cause : l’État ne sait pas précisément où se trouve sa diaspora. L’enregistrement auprès des consulats n’est pas obligatoire. De nombreux Français(es) de l’étranger ne sont donc pas recensés, ce qui rend toute action ciblée, qu’elle soit culturelle, économique ou sociale, extrêmement difficile. Ce flou statistique empêche toute planification sérieuse. À cela s’ajoute une absence d’enregistrement domiciliaire obligatoire même en métropole, ce qui rend la situation encore plus confuse.

    Une approche globale fait défaut

    Une stratégie diasporique digne de ce nom ne peut se limiter aux services consulaires ou à la scolarisation des enfants à l’étranger. Ce dernier point a d’ailleurs un impact que très limité car peu d’enfants français à l’étranger sont scolarisés dans le système français.  

    « Une stratégie de diaspora ne saurait être unilatérale »

    Une telle stratégie doit embrasser une approche holistique, articulant culture, économie, savoirs, engagement civique et diplomatie d’influence. Or, dans ce domaine, la France accuse un retard manifeste. Ce retard interroge d’autant plus que le président de la République, Emmanuel Macron, lors de la conférence des ambassadeurs à l’Élysée de 2019, souhaitait s’appuyer sur la diaspora africaine en France pour resserrer nos liens avec le continent africain. Wilfrid Lauriano do Rego, coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique avait d’ailleurs déclaré : « Parce qu’ils connaissent les codes, ici et sur le continent, ils sont des ambassadeurs naturels pour tisser des liens nouveaux. Donner la parole à la diaspora permet aussi de mieux comprendre ses attentes et de susciter la conversion des regards entre l’Afrique et la France. »

    Une approche globale fait défaut
    Une approche globale fait défaut

    Pendant ce temps, la seule enveloppe publique spécifiquement dédiée aux Français de l’étranger en matière associative est le programme STAFE (Soutien au Tissu Associatif des Français de l’Étranger), qui subventionne des micro-projets portés par des associations locales qui ne reçoivent aucune autre subvention (condition sine qua non). Si cette initiative a le mérite d’exister, elle reste symbolique (moins de 2 millions d’euros annuels à l’échelle mondiale), dépourvue d’ambition stratégique, et sans effet structurant à long terme.

    L’exemple turc : une stratégie offensive et structurée en Europe

    À rebours de cette approche minimaliste, la Turquie offre un exemple particulièrement instructif. Depuis plus d’une décennie, Ankara déploie une véritable stratégie diasporique, notamment à destination de ses ressortissants vivant en Europe. Elle s’appuie sur des institutions dédiées, comme la Yurtdışı Türkler ve Akraba Topluluklar Başkanlığı (Présidence des Turcs à l’étranger et des communautés apparentées), et des réseaux structurés (mosquées, associations, écoles, médias).

    Cette stratégie poursuit plusieurs objectifs :

    • Renforcement de l’identité culturelle et religieuse, avec un soutien massif aux structures communautaires et éducatives.
    • Mobilisation politique, avec la possibilité de voter depuis l’étranger, et des campagnes électorales coordonnées par l’État.
    • Soutien administratif, social et juridique, y compris dans les litiges familiaux ou en matière de scolarisation.
    • Mise en réseau économique, pour encourager l’investissement entre diaspora et pays d’origine.

    Mais surtout, la Turquie sait où se trouvent ses ressortissants. L’enregistrement auprès des consulats est fortement encouragé, parfois intégré à des services ou droits, et les autorités turques disposent d’une cartographie fine de leur présence, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et en Belgique. Ce maillage permet une action ciblée, permanente, et cohérente. Il permet aussi à l’État turc de projeter son influence et de renforcer le lien identitaire, y compris chez les générations nées en Europe.

    Malheureusement, l’État turc utilise aussi ce « soft power » qu’est sa diaspora pour commettre quelques ingérences. On se souvient de la position du président Erdogan en juin 2016 qui avait dénoncé le « sang impur » selon lui, des députés allemands d’origine turque qui avait voté la reconnaissance du génocide arménien de 1915. Il avait alors appelé les bi-nationaux à ne plus voter pour ces parlementaires !

    Un enjeu de réciprocité : donner et recevoir

    Une stratégie de diaspora ne saurait être unilatérale. Il ne s’agit pas seulement de demander des efforts ou de mobiliser à la veille d’un scrutin. L’enjeu est bien de construire une relation de réciprocité. La diaspora peut enrichir la France de ses expériences, de ses compétences, de son rayonnement. En retour, l’État doit reconnaître, valoriser, et soutenir ces citoyens souvent relégués à la périphérie du débat public national.

    Mais encore faut-il savoir à qui s’adresser. Sans cartographie précise, sans base de données consolidée, il est impossible de dialoguer avec des publics spécifiques – jeunes professionnels, retraités, entrepreneurs, artistes… Ce déficit d’information empêche une offre sur mesure, et creuse le fossé entre l’État et ses citoyens à l’étranger.

    Ce que pourrait être une stratégie française pour sa diaspora

    Face à la modestie du programme STAFE, à l’absence d’enregistrement obligatoire et à l’invisibilité statistique des expatriés, la France pourrait – et devrait – adopter une stratégie robuste. Quelques pistes viennent à l’esprit :

    La France et sa diaspora : une stratégie oubliée
    La France et sa diaspora : une stratégie oubliée
    • Création d’un enregistrement incitatif

    Il serait possible de renforcer l’enregistrement consulaire en le rendant plus accessible, plus numérique, et lié à des avantages concrets : simplification de démarches, accès à certains services, participation à des programmes culturels et éducatifs.

    • Échanges culturels

    Créer un réseau de festivals, de résidences d’artistes et de programmes éducatifs à destination des jeunes issus de la diaspora. Valoriser les productions culturelles franco-diasporiques. Ce point, souvent revendiqué par les Instituts français est en grande majorité vivants grâce à des initiatives privées.

    • Incitations à l’investissement

    Mettre en place des dispositifs incitatifs pour encourager les Français de l’étranger à investir dans l’économie hexagonale ou dans des projets transnationaux porteurs de valeur ajoutée.

    • Transfert de compétences

    Faciliter le retour temporaire ou définitif de talents français installés à l’étranger, à travers des dispositifs de transfert de savoirs ou des passerelles professionnelles.

    • Accompagnement au retour

    Créer un guichet unique pour les Français souhaitant revenir en France, intégrant démarches administratives, logement, emploi et scolarité.

    • Plateformes de mise en relation

    Développer un espace numérique global, rassemblant les Français de l’étranger autour de projets communs, de forums de discussion, et d’opportunités de collaboration avec les institutions françaises.

    Une stratégie gagnant-gagnant

    Engager la diaspora n’est pas un acte de générosité : c’est une stratégie intelligente et d’intelligence. Sur le plan économique, les transferts de fonds, les investissements directs ou le retour de compétences peuvent dynamiser l’innovation et la croissance. De plus, sur le plan social, cela renforce la cohésion nationale et le sentiment d’appartenance. Sur le plan culturel, c’est une manière de préserver la langue, les traditions et la richesse du patrimoine français. Enfin, sur le plan politique, une diaspora active est une force d’influence considérable dans un monde multipolaire.

    « La diaspora française est une force dormante, un réseau de talents, de relais d’influence et d’opportunités inexploitées.»

    Et maintenant ?

    Le contraste entre la stratégie portugaise ou turque – structurée, financée, ciblée – et la réponse quelque peu timide de la France, limitée à quelques subventions STAFE et un enregistrement consulaire facultatif, est trop important pour être ignoré. La faiblesse du dispositif diasporique français risque de devenir une sourdine à l’influence sociétale de la France dans le monde.

    La diaspora française est une force dormante, un réseau de talents, de relais d’influence et d’opportunités inexploitées. L’heure est venue pour la France de construire une vraie stratégie diasporique. Mais pour cela, il faut d’abord savoir où elle se trouve.

  • Comment la réserve parlementaire pour les Français de l’étranger est devenue un fonds à la discrétion de l’administration et donc, du gouvernement

    Comment la réserve parlementaire pour les Français de l’étranger est devenue un fonds à la discrétion de l’administration et donc, du gouvernement

    Doté à l’origine d’un budget de deux millions d’euros, le fonds de soutien au tissu associatif des Français à l’étranger, appelé STAFE a été créé en 2018 suite à la suppression de la « réserve parlementaire ». L’objectif de ce dispositif est de pouvoir financer des projets dont l’objet est de nature éducative, caritative, culturelle ou d’insertion socio-économique et qui contribuent au soutien des Français à l’étranger. Depuis son lancement, des interrogations semblent subsister, notamment quant à la décision finale des subventions octroyées. Aussi, des élu(e)s des Français de l’étranger ont transmis cette tribune à la rédaction Lesfrancais.press, nous la publions dans son intégralité.

    Comment la réserve parlementaire pour les Français de l’étranger est devenue un fonds à la discrétion de l’administration et donc, du gouvernement

    La transformation de la réserve parlementaire pour les Français.es de l’étranger, en un fonds associatif, le “STAFE”, a en réalité mené à sa suppression partielle. Distribuée auparavant à la discrétion de parlementaires élus, elle l’est aujourd’hui à la discrétion d’une administration au service de l’exécutif.

    Moins démocratique

    Les lois de 2013 relatives à la transparence de la vie publique avaient imposé la transparence dans l’utilisation de la réserve parlementaire [1]. Mais en 2017, sous prétexte de « moralisation de la vie publique », E. Macron la supprime [2], pour la laisser à la discrétion de….l’exécutif ! Il crée alors le STAFE, « Fonds gouvernemental de soutien au tissu associatif des Français de l’étranger “, « que les ministres puissent instruire», «en lien avec les élu.e.s… et les parlementaires !”[3].

    C’est l’administration qui décide

    Dans la pratique, les conseillers des Français de l’étranger, élus locaux pour les Français à l’étranger, opèrent un classement des projets. Mais une fois envoyés à Paris, les dossiers sont retoqués par l’administration, avant même d’arriver en commission nationale, où là encore, les élus n’ont qu’une voix consultative [4]. En réalité, c’est l’administration qui fixe les critères et exerce un pouvoir de veto sur les projets. Cette année, elle ne formule d’avis favorable qu’à 55 % des dossiers pré validés pas les élus locaux, les autres faisant l’objet de « réserves émises par l’administration » (diminution du montant, avis défavorable ou avis réservé).

    Des fonds qui s’effondrent, des besoins qui augmentent

    Le STAFE est passé de 3,4 millions d’euros à deux millions d’euros dès 2017 et a été réduit à 1,5 millions pour 2025.  L’administration argue que ce dernier montant correspondait aux besoins réels. Ce qu’elle appelle les besoins, c’est la liste des projets présélectionnés par les élus, après le veto de l’administration sur une bonne partie d’entre eux. En réalité, en 2024, les élus locaux et les consulats avaient présélectionné localement 278 projets (sur 388 déposés) à Paris, pour 2,39 Millions. Finalement, seuls 88% ont été attribués par l’administration, pour 1,5 million d’euros [5]. Au-delà des chiffres, nombre d’associations sur le terrain ne déposent même pas de dossiers, découragées par des décisions arbitraires et une complexité administrative démesurée.

    Un cache-misère face aux autres budgets en baisse

    Si le nombre de dossiers déposés augmente malgré tout pour 2025[6], c’est bien parce que le STAFE est devenu la dernière option pour des structures dont les financements ont été drastiquement réduits : les Alliances Françaises, les Lycées français, les Instituts français et les associations d’entraide sociale. L’administration renvoie par exemple les projets relatifs au soutien et à la protection des femmes et des enfants français contre les violences aux subventions à d’autres lignes budgétaires, elles aussi en baisse[1].

    Face à la colère des élus, un Ministre qui propose des mauvaises solutions

    Face aux élus insatisfaits, le Ministre propose que la décision soit prise au niveau local, à condition d’un “consensus” – c’est-à-dire d’un vote non pas à la majorité mais à l’unanimité des conseils consulaires. Pour les gros conseils consulaires, les élus des Français de l’étranger n’auront pas le droit d’exprimer leurs désaccords, s’ils veulent être décisionnaires. Pour les petits conseils consulaires, ces pays où il n’y a qu’un élu, alors celui-ci sera décisionnaire, comme l’étaient autrefois les parlementaires qui utilisaient de manière discrétionnaire leur enveloppe parlementaire.

    Des propositions des élu.e.s qui émergent dès 2018

    Dès la première année, l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) alerte sur les dysfonctionnements et propose des solutions[7]. En 2025, nous, élus de terrain à l’étranger, proposons des solutions:

    • Une prise de décision collective, démocratique des élus: les projets des petits conseils consulaires validés par des élus de l’AFE, une prise de décision à la majorité dans les grands conseils consulaires.
    • Pour les petites associations, une simplification administrative et des subventions à 100%.
    • Des critères d’éligibilité stables décidés par l’AFE.
    • Des projets approuvés en octobre précédant l’année concernée.
    • Une charte éthique pour lutter contre les conflits d’intérêts et l’obligation de retrait décisionnel (non-participation au vote) pour les élus ou agents présents dans les CA des associations concernées, qui n’a pas été appliquée correctement par le Ministère.
    • Une diffusion des appels à projet à la Liste électorale consulaire.
    • Un retour au niveau de financement de la réserve parlementaire.

     Il en va du soutien au réseau associatif des Français de l’étranger et, plus largement, du rayonnement de la France à l’international.

    Signataires :

    Cécile Lavergne et Vanessa Gondouin, membres de la Commission nationale STAFE, et des membres de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE): Cécilia Gondard (Benelux), Abdelghani Youmni et Khadija Belbachir-Belcaid (Maroc), Olivier Spiesser (Italie), Jean-Philippe Grange (Australie), Samy Ahmar (Royaume-Uni), Gaelle Lecomte (Espagne), Nathalie Parmegiani ( (Suède), Chantal Picharles (Grece), Baptiste Heintz (Cote d’Ivoire), Pierre Lavéant (Pays-Bas), Ana Saint-Dizier (Péninsule ibérique), Renaud Le Berre (Péninsule Ibérique), Géraldine Guillemot-Peacock (Nouvelle-Zélande), Chantal Picharles (Grèce), Catherine Libeaut (Pays-Bas), Audrey Leclerc (Allemagne), Denis Glock (Costa Rica), Jean-François Deluchey (Brésil), Ellen Bouveret (Allemagne), Jean-Baka Domelevo Entfellner (Afrique de l’est), Frédéric Chauveau (Pologne), Ellen Bouveret (Allemagne), Florian Bohème (Cambodge)

    [1] Le decret 2024-124 annule 3,5 millions sur l’aide sociale. Voir Résolution FIN 4/03.2025 https://www.assemblee-afe.fr/40eme-afe-role-des-resolutions-presentees-lors-de-la-41eme-session/ et le budget Organismes Locaux d’Entraide et de Solidarité 1,2 millions (-0,2 millions soit – 14%)

    [1] Transparence de la réserve parlementaire

    [2] Loi confiance dans la vie politique, moralisation de la vie publique | vie-publique.fr

    [3][3] Discours du Président de la République, Emmanuel Macron, à (…) – Assemblée des Français de l’étranger (AFE)

    [4] Modalités de remplacement de la réserve parlementaire

    [5] Note de cadrage Commission nationale consultative du STAFE (Fonds de Soutien au Tissu Associatif des Français de l’Etranger) 7 mars 2025

    [6] Le nombre de projets soumis à l’examen de la commission nationale dans le cadre de la campagne 2025 est supérieur à celui des campagnes précédents (+8%) : 299 émanant de 101 postes ont été retenus par les conseils consulaires. Note de cadrage Commission nationale consultative du STAFE (Fonds de Soutien au Tissu Associatif des Français de l’Etranger) 7 mars 2025

    [7] Amélioration du dispositif STAFE – Assemblée des Français de l’étranger (AFE)

    [8]La subvention du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ne doit pas être la seule source de financement du projet. Un seuil maximum est fixé à 50%. Pour les petites associations dont le budget global n’excède pas 10 000 €, le seuil de financement par la subvention demeure plafonné, de manière exceptionnelle, à 80%. Dispositif de soutien au tissu associatif des Français à l’étranger (STAFE) – (…) – Consulat Général de France à Bruxelles

  • Dollar : fin de partie ?

    Dollar : fin de partie ?

    Quand les actions baissent, les rendements obligataires se contractent et le dollar monte : telle était la loi des marchés avant le 2 avril 2025. Cette relation fiable entre les sociétés américaines cotées, les obligations d’État et la valeur de la monnaie a été respectée pendant la majeure partie de l’histoire financière moderne. En 2008, en 2020 comme en 2022, le dollar a joué son rôle traditionnel de valeur refuge en s’appréciant.

    Depuis quelques semaines, les investisseurs évitent les bons du Trésor. Les rendements des obligations d’État américaines à dix ans sont ainsi passés de 4,2 % à 4,5 % au cours du mois dernier. Parallèlement, le dollar a perdu plus de 9 % face à un panier d’autres devises depuis la mi-janvier. Les investisseurs internationaux, qui depuis des années privilégiaient les États-Unis, deviennent soupçonneux. Or, l’Oncle Sam a besoin d’eux.

    Le billet vert est la clef de voûte du système économique mondial et la manifestation la plus concrète de l’impérialisme américain.

    Au 3 avril 2025, la dette publique totale des États-Unis s’élevait à plus de 36 220 milliards de dollars. La dette détenue par le public représente 28 960 milliards de dollars. Soit environ 80 % du total, le solde prenant la forme d’une dette intragouvernementale. Les investisseurs étrangers détiennent une part significative de la dette publique américaine. Le Japon détient ainsi 1 103,5 milliards de dollars de titres souverains américains, la Chine 834,1 milliards, le Royaume-Uni 670,0 milliards, le Luxembourg 330,1 milliards, et le Canada 329,0 milliards. La Réserve fédérale des États-Unis détient environ 4 800 milliards de dollars en titres du Trésor. Ce qui représente environ 14 % de la dette détenue par le public. Les agences fédérales, tel le fonds fiduciaire de la sécurité sociale, détiennent environ 7 100 milliards de dollars en titres du Trésor, représentant la dette intra-gouvernementale.

    Le dollar peut-il être détrôné et perdre son statut de monnaie dominante ? Cent fois imaginé, rêvé, ce scénario relevait jusqu’ici du fantasme. Le poids économique des États-Unis, leur puissance militaire, leurs marchés profonds et rentables, leur ouverture aux flux de capitaux et la fiabilité de l’État de droit étaient autant d’atouts pour faire du dollar la monnaie de référence mondiale.

    Depuis huit décennies, la monnaie américaine est le pilier du commerce et de la finance. Environ la moitié des prêts transfrontaliers sont libellés en dollars. Et cette monnaie intervient dans 88 % des transactions de change. Le billet vert est la clef de voûte du système économique mondial et la manifestation la plus concrète de l’impérialisme américain.

    Au sein de l’administration républicaine, le souhait d’un dollar moins internationalisé est partagé par de nombreux responsables. Quand il était sénateur, J.D. Vance, aujourd’hui vice-président, soulignait que l’accumulation de titres américains par des étrangers avait artificiellement augmenté sa valeur, portant préjudice à l’industrie nationale.

    En novembre, Stephen Miran, aujourd’hui à la tête du Conseil des conseillers économiques de la Maison-Blanche, a publié une note suggérant que le Président pourrait taxer unilatéralement les bons du Trésor détenus en réserves à l’étranger. Le but étant de dissuader les investisseurs de les acheter. Ces positions incitent les investisseurs à réduire leur exposition au dollar. Ils ont commencé à le faire avant même le retour de Donald Trump au pouvoir, jugeant la situation américaine plus instable qu’auparavant en raison de la fragmentation du pays et de la forte progression de la dette publique.

    La part du dollar dans les réserves mondiales est passée de 73 % en 2001 à 58 % aujourd’hui.

    La part du dollar dans les réserves mondiales est passée de 73 % en 2001 à 58 % aujourd’hui. Au cours de la même période, la part de diverses devises – dollars australien et canadien, couronne suédoise, franc suisse – a augmenté. Les banques centrales ont également diversifié leurs réserves. Elles ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or par an au cours des trois dernières années. Soit une augmentation de plus de 140 % par rapport aux trois années précédentes.

    @Adobestock
    @Adobestock

    La part du dollar pourrait perdre dix points au cours de la prochaine décennie. Cette prévision ne prend pas en compte l’éventuelle conséquence d’une entrée en vigueur des monnaies digitales de banque centrale qui pourraient rebattre les cartes en façonnant un nouveau système monétaire international.

    La part du dollar pourrait perdre dix points au cours de la prochaine décennie.  

    Ces dix dernières années, la demande internationale d’actifs en dollars émanait surtout des fonds de pension et des compagnies d’assurance-vie, notamment en Asie. Ces derniers détiennent souvent des investissements de plusieurs centaines de milliards de dollars, gérés par des comités qui se réunissent peu fréquemment, ce qui limite les changements brusques de stratégie. Malgré cet effet d’amortissement, leur enthousiasme pour les États-Unis diminue.

    Beaucoup d’investisseurs internationaux s’inquiètent de la fin de l’exception économique américaine et de la fin d’un cycle économique porté par les technologies. Longtemps, l’imposant déficit public américain était perçu comme une source de placements attractifs. Ce déficit, qui a atteint 7 % du PIB en 2024, ne devrait pas se réduire dans les prochaines années. Le 10 avril dernier, la Chambre des représentants a approuvé le projet de budget du Sénat, susceptible d’alourdir les déficits de 5 800 milliards de dollars d’ici à 2035, selon le Committee for a Responsible Federal Budget. Ce montant dépasse celui du premier mandat de Donald Trump. Mais également celui lié à la pandémie de Covid-19 et aux plans de relance et d’infrastructures de Joe Biden.

    Les doutes vis-à-vis du dollar se multiplient, mais le billet vert reste incontournable. Les alternatives sont limitées. Le dollar n’a pas de successeur évident. Après la Seconde Guerre mondiale, la paupérisation de la Grande-Bretagne empêchait la livre sterling de conserver son statut mondial. Le dollar s’était alors imposé naturellement. Aujourd’hui, aucune devise ne semble en mesure de s’y substituer.

    Les marchés européens de la dette d’entreprise sont de petite taille. La dette allemande, considérée comme la plus sûre, s’élève à environ 3 000 milliards de dollars. Soit un douzième du total américain.

    L’interventionnisme du Parti communiste chinois constitue un risque plus grave que Trump.  

    Le yuan pourrait-il gravir les échelons de la hiérarchie monétaire ? L’économie chinoise est assez puissante, mais les progrès en matière d’internationalisation de sa monnaie restent timides. Le yuan représente un peu plus de 2 % des réserves mondiales – un chiffre en baisse depuis quatre ans. Pékin ne souhaite pas assouplir ses contrôles des capitaux. L’interventionnisme du Parti communiste chinois constitue un risque plus grave, aux yeux des investisseurs, que les politiques menées par Donald Trump. La Chine préfère renforcer son système financier. La Banque populaire de Chine a multiplié les lignes de swap avec des banques centrales étrangères. Elle a aussi mis en place sa propre plateforme de paiements internationaux pour réduire sa dépendance au système SWIFT.

    Ces innovations ne permettent pas encore au yuan de concurrencer sérieusement le dollar. Mais elles pourraient limiter l’influence du billet vert, en offrant une alternative aux pays exclus de la finance occidentale.

    Pékin fonde ses espoirs sur une future monnaie digitale de banque centrale, basée sur la blockchain, permettant de contourner le dollar de façon transparente. Ce système pourrait voir le jour d’ici la fin de la décennie.

    Un trône contesté ?

    Pour l’heure, le dollar demeure l’alpha et l’oméga du système monétaire international, mais son magistère n’est plus incontesté. Plutôt qu’un effondrement, on pressent un lent reflux de l’absolu vers le relatif. Comme un passage de l’unipolarité monétaire à une polyarchie hésitante. Par touches successives, le désenchantement progressif des investisseurs, les fractures internes américaines, l’activisme monétaire de puissances émergentes et l’essor des technologies financières souveraines — notamment les monnaies digitales de banque centrale — recomposent, les contours d’un nouvel ordre monétaire encore indécis.

    Ce changement de paradigme, s’il s’accentue, redéfinira non seulement les équilibres financiers mais aussi les leviers géopolitiques du XXIe siècle. À l’heure où l’économie mondiale vacille entre fragmentation et recomposition, le dollar continue de régner. Mais son trône est moins assuré que dans le passé.

  • Entretien avec Éric Signarbieux de l’UNCCAS, expert lors des Assises de la protection sociale

    Entretien avec Éric Signarbieux de l’UNCCAS, expert lors des Assises de la protection sociale

    Écouter le podcast avec Éric Signarbieux

    À l’occasion des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger, Éric Signarbieux, délégué général de l’Union nationale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale (UNCCAS), revient sur son rôle d’expert et celui de son organisation, ainsi que sur les passerelles possibles avec les expatriés, et également sur les enjeux de cette consultation inédite.

    L’UNCCAS, un réseau d’élus ancré dans les territoires

    « L’Union nationale des CCAS est une association d’élus, en même titre que l’Association des maires de France, » explique Éric Signarbieux en introduction. Présente sur 85 % du territoire français, en métropole comme en outre-mer, l’UNCCAS regroupe les centres communaux et intercommunaux d’action sociale, établissements publics rattachés aux villes et aux intercommunalités.

    Éric Signarbieux, délégué général de l’Union nationale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale (UNCCAS)
    Éric Signarbieux, délégué général de l’Union nationale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale (UNCCAS)

    Deux missions obligatoires définissent leur action : la domiciliation des personnes sans-abri pour garantir l’accès aux droits, et l’analyse des besoins sociaux à chaque mandat municipal. En parallèle, l’UNCCAS joue un rôle de lobbying auprès des pouvoirs publics et propose un appui technique, juridique et de formation à ses adhérents.

    Un lien indirect mais réel avec les Français de l’étranger

    Si les CCAS ne sont pas directement impliqués auprès des expatriés francais, un lien peut toutefois se créer à leur retour. « Le CCAS peut être le lieu où les Français de l’étranger font une domiciliation lorsqu’ils reviennent, de manière à ouvrir des droits, » souligne le délégué général.

    « Le CCAS peut être le lieu où les Français de l’étranger font une domiciliation lorsqu’ils reviennent, de manière à ouvrir des droits »

    Éric Signarbieux, DG de l’UNCASS

    Son expertise est sollicitée non pas pour intervenir sur les politiques sociales à l’étranger, mais pour proposer des parallèles et des analyses croisées. Éric Signarbieux aura « un rôle d’expert qui sera moins un rôle de proposition très concrète mais qui sera un rôle de quelqu’un qui va apporter un angle de vue un peu différent », revendiquant un rôle de « poil à gratter », capable d’interroger les pratiques et d’en pointer les limites.

    Assises de la protection sociale : un rôle d’expert engagé

    Invité par le président de la commission sociale de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) Éric Signarbieux participe à ces assises pour nourrir la réflexion sur trois grandes thématiques : les aides sociales, la scolarisation des enfants en situation de handicap, et les bourses scolaires.

    « Pourquoi pas développer des formations spécifiques et les adapter aux Français de l’étranger en fonction des besoins »

    Éric Signarbieux, DG de l’UNCASS

    « On va pouvoir être celui qui va poser les questions ou en tout cas montrer en quoi les choses sont possibles, pas possibles, ou quelles en sont aussi les limites. »  Les experts interviennent en appui, au fil de réunions régulières et d’auditions, jusqu’à la restitution des conclusions prévues en octobre 2025.

    Vers des passerelles entre France et étranger

    Pour Éric Signarbieux, les échanges à venir, lors de ces Assises de la protection sociale, pourraient ouvrir des perspectives concrètes. À commencer par la formation des élus et techniciens, adaptée aux réalités des Français de l’étranger : « pourquoi pas développer des formations spécifiques et les adapter aux Français de l’étranger en fonction des besoins. »

    Vers des passerelles entre France et étranger
    Vers des passerelles entre France et étranger

    Autre piste évoquée : l’analyse des besoins sociaux, méthode déjà éprouvée en France et transposable à l’international : « Peut-être qu’il y a possibilité de développer et de transposer un certain nombre d’outils qu’on utilise au niveau des territoires pour les adapter à un territoire qui est un territoire particulier des Français de l’étranger avec des problématiques particulières selon qu’on vit en Amérique latine ou qu’on vit en Afrique ou encore qu’on vit en Europe du Nord par exemple. »

    Construire une culture commune de l’action sociale

    Ces assises sont une occasion unique de créer des ponts entre les élus locaux français et les conseillers des Français de l’étranger, notamment autour de problématiques universelles comme la santé mentale. L’UNCCAS a déjà publié un guide sur ce sujet, qui pourrait servir de base à des collaborations.

    « Peut-être qu’on peut utiliser des méthodologies que l’on a, d’observation, de manière à pouvoir repérer quels sont les besoins des Français de l’étranger de telle région et de telle autre » conclut-il. Éric Signarbieux exprime l’ambition de faire émerger une culture partagée de l’action sociale, au service de toutes les populations, qu’elles vivent en France ou ailleurs.

  • Assises de la protection sociale : Français de l’étranger votre avis compte !

    Assises de la protection sociale : Français de l’étranger votre avis compte !

    À l’occasion des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger, chaque expatrié peut partager son avis et proposer des idées. C’est la première fois qu’une telle initiative est proposée sur ce sujet. Il s’agit, entre autres, d’examiner collectivement l’efficacité et l’équité des aides sociales, le dispositif des bourses scolaires, ainsi que le fonctionnement de la Caisse des Français de l’étranger. Afin de mieux comprendre les enjeux et de savoir comment chacun peut apporter sa contribution, Lesfrancais.press a rencontré Florian Bohême, l’un des instigateurs de ce projet. Conseiller des Français de l’étranger au Cambodge, il préside également la commission des Affaires sociales, du Monde combattant, de l’Emploi et de la Formation à l’Assemblée des Français de l’étranger.

    Florian Bohême - Président de la commission Affaires sociales AFE
    Florian Bohême – Président de la commission Affaires sociales AFE
    Lesfrancais.press : « Florian Bohême, quel premier bilan tirez-vous depuis le lancement officiel des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger ? »

    Florian Bohême : « La semaine de l’Assemblée des Français de l’Étranger, du 10 au 14 mars, a été un moment de mobilisation importante avec le lancement officiel de ces Assises que nous demandions depuis deux ans.

    « Le manque de moyens dans les politiques publiques destinées aux Français de l’étranger s’applique aussi à l’organisation de ces Assises : nous devons faire tout avec presque rien »

    Florian Bohême, Conseiller des Français du Cambodge, Président de la commission Affaires sociales à l’AFE

    Je dois dire d’ailleurs que le cap fixé par Laurent Saint-Martin, Ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger, est très ambitieux en termes de réponses attendues sur les trois grands enjeux de ces Assises que je rappelle ici :

    • Aides sociales directes et indirectes
    • Bourses scolaires de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) et accompagnement des élèves en situation de handicap (AESH)
    • Avenir de la Caisse des Français de l’étranger.

    S’il est difficile de faire un bilan, je dirai qu’à cette heure, celui-ci est mitigé et qu’il nous faut collectivement persévérer et travailler. Le manque de moyens que nous dénonçons déjà depuis plusieurs années dans les politiques publiques destinées aux Français de l’étranger, s’applique aussi à l’organisation de ces Assises et pour résumer simplement : nous devons faire tout avec presque rien.

    Florian Bohême - Conseiller des Frabçais du Cambodge et Président de la commission des Affaires sociales de l'AFE
    Florian Bohême – Conseiller des Frabçais du Cambodge et Président de la commission des Affaires sociales de l’AFE

    Par ailleurs, et nous le savons, le temps du citoyen et le temps de l’administration sont très différents. La phase de préparation de ces Assises n’a pas pu être anticipée et nous avons donc un peu de retard à l’allumage. Étant de nature optimiste et avec beaucoup de détermination, je ne doute pas que la mobilisation collective, celles des élus, celles des associations, celles des fonctionnaires, va nous permettre de réussir ces Assises.

    Après quelques semaines d’attente de mise en place du site Internet de la concertation citoyenne, celui-ci est désormais en ligne et presque finalisé. Voici son adresse (cliquez ici )

    Je saisis cette expression sur Lesfrançais.press pour remercier tous mes collègues élus de la commission des affaires sociales, les garants de la Commission Nationale du Débat Public, notre collège d’experts et sans oublier naturellement le Secrétariat général de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) car tous et tous ont déjà fait un travail titanesque pour lancer ce projet. »

    Lesfrançais.press : « Florian Bohême, rappelez-nous comment les Français(es) de l’Étranger peuvent participer directement à ces Assises de la protection sociale ? »

    Florian Bohême : « La première phase de cette consultation est disponible en ligne via un questionnaire dont les réponses seront dépouillées par la Commission Nationale du Débat Public.  Avec des questions ouvertes et des questions fermées, nos compatriotes peuvent s’engager et se mobiliser à répondant à ce questionnaire via ce lien.

    « Nous prenons l’engagement de lire l’ensemble des contributions reçues pour les traduire ensuite en recommandations concrètes »,

    Florian Bohême, Conseiller des Français du Cambodge, Président de la commission Affaires sociales à l’AFE

    Ensuite et cela se passera dans de nombreux pays, des consultations citoyennes seront organisées par les Conseillères et Conseillers des Français de l’étranger, par les partenaires des Assises comme les associations reconnues d’utilité publique.

    Experts, élus et associations engagés dans les Assises de la protection sociale des Français de l'étranger
    Experts, élus et associations engagés dans les Assises de la protection sociale des Français de l’étranger

    À mon niveau, je participerai par exemple à une réunion publique de lancement des Assises au Vietnam, ce samedi 10 mai, à l’invitation de l’association Français du Monde-Adfe qui organise une université Asie – Océanie au Campus CFVG de Ho Chi Minh City.

    « La prochaine grande date pour un événement public qui concernera le monde entier sera le 13 juin avec une table ronde consacrée à l’avenir de la Caisse des Français de l’étranger »

    Florian Bohême, Conseiller des Français du Cambodge, Président de la commission Affaires sociales à l’AFE

    Enfin, nos compatriotes ont aussi la possibilité de faire remonter des propositions concrètes via l’adresse e-mail suivante :  [email protected], nous prenons l’engagement de lire l’ensemble des contributions reçues pour les traduire ensuite en recommandations concrètes. »

    Lesfrancais.press : « Quels sont les prochains grands rendez-vous des Assises ? »

    Florian Bohême : « La prochaine grande date pour un événement public qui concernera le monde entier sera le 13 juin avec une table ronde consacrée à l’avenir de la Caisse des Français de l’étranger. Je ne doute pas que Lesfrançais.Press relaiera l’information.

    Par ailleurs, un peu plus tôt en mai, l’organisation des Assises organisera une réunion avec les parlementaires des Français de l’étranger sur le thème des aides sociales directes et indirectes. Cette réunion a été suggérée par notre collège des experts des Assises afin que le parlement puisse pleinement prendre sa part dans ces Assises de la protection sociale des Français de l’étranger. Les événements se poursuivront jusqu’en octobre prochain ! »

    Retrouvez l’ensemble des informations sur les Assises de la protection sociale des Français de l’étranger en cliquant ici :


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    Plus d’informations

  • Hong Kong : la menace du déclassement

    Hong Kong : la menace du déclassement

    Hong Kong doit sa richesse à son port franc. Avec sa politique, Donald Trump pourrait mettre un terme à un essor plus que centenaire de ce territoire atypique. En 1842, le traité de Nankin, qui met fin à la première guerre de l’opium, cède l’île de Hong Kong au Royaume-Uni dont l’objectif est de contrôler un port en eaux profondes, libre d’accès, bien placé pour commercer avec le sud de la Chine. Hong Kong devient rapidement un port de commerce international. Grâce à son statut de port franc, les marchandises peuvent y transiter sans droits de douane ni barrières tarifaires.

    À la fin du XIXe siècle, la ville est le port clé de l’Asie pour le thé, la soie, les épices, les produits manufacturés ou les minerais. Les bateaux d’Europe, d’Inde, de Chine et du Japon y accostent. Après 1949 et la fondation de la République populaire de Chine, Hong Kong devient une porte de sortie pour ce pays vers le monde capitaliste. Sur les territoires achetés progressivement, une industrie liée aux activités portuaires se développe (textile, électroménager, logistique, finances).

    Lors du premier mandat de Donald Trump, la ville perd son statut économique spécial

    Toujours en s’appuyant sur le port, Hong Kong, dans les années 1980, se spécialise dans les services haut de gamme, que ce soit dans le négoce, la banque ou l’assurance. En 1997, malgré la rétrocession de Hong Kong à la Chine, le statut de port franc est maintenu sous le principe « un pays, deux systèmes », inscrit dans la Loi fondamentale. Néanmoins, progressivement, la montée en puissance des ports chinois (Shenzhen, Shanghai, Ningbo) réduit l’activité du port de Hong Kong.

    Plus grave encore, lors du premier mandat de Donald Trump, la ville perd son statut économique spécial qui avait été institué en vertu du Hong Kong Policy Act de 1992. Ce statut permettait à Hong Kong d’échapper aux sanctions commerciales imposées à la Chine. Mais aussi de continuer à commercer librement avec les États-Unis et de rester un hub de réexportation pour des biens chinois transformés ou simplement transitant par Hong Kong. Désormais, les produits hongkongais sont traités comme des produits chinois. Ils sont soumis aux mêmes droits de douane que ceux venant du continent.

    Hong Kong n’est plus que le 9e port mondial, il occupait la 5e place dix ans plus tôt. 

    Les accords commerciaux préférentiels avec les États-Unis ont été suspendus. Le commerce de réexportation, qui représentait près de 90 % du commerce total de marchandises à Hong Kong, a été fortement affecté. Les flux commerciaux avec les États-Unis ont rapidement diminué. Le port de Hong Kong a enregistré une baisse du nombre de conteneurs, passant de 19,6 millions de TEU en 2017 à 14,3 millions en 2023, puis 12 millions en 2024. Il n’est plus que le 9e port mondial, alors qu’il occupait la 5e place dix ans plus tôt.

    Le relèvement des droits de douane à l’encontre de la Chine, décidé le 2 avril dernier, touche de plein fouet Hong Kong. Dans le canal Rambler, principal lieu du port franc, dont les quais s’étendent sur plus de 7 kilomètres, les portiques, capables de desservir jusqu’à 24 navires simultanément, sont en sous-activité. Avec des droits dépassant les 100 % pour les produits chinois importés aux États-Unis, et pour les exportations américaines vers la Chine (à l’exception des ordinateurs et des smartphones), Hong Kong craint pour l’avenir de son port.

    Même si des accords sont trouvés dans les prochaines semaines, les tarifs douaniers resteront de toute façon plus élevés que ces dernières années. Ils devraient se situer entre 10 et 25 % au minimum. Ils concerneront non seulement la Chine mais aussi les pays qui utilisaient le port de Hong Kong pour leurs exportations.

    Hong Kong n’est plus que le 9e port mondial, il occupait la 5e place dix ans plus tôt. 
    Hong Kong n’est plus que le 9e port mondial, il occupait la 5e place dix ans plus tôt. 

    Par ailleurs, à partir du 2 mai prochain, les colis en provenance de Chine d’une valeur inférieure à 800 dollars seront soumis à des droits de douane et à des exigences de documentation coûteuses, auxquels ils échappaient auparavant. Les exportations américaines vers la Chine pourraient se tarir. Les autorités chinoises ont déjà placé plusieurs entreprises, dont PVH (propriétaire de Calvin Klein), sur leur liste d’« entités peu fiables », justifiant un examen et des restrictions commerciales. Elles ont décidé de restreindre la fourniture de pièces à certains fabricants de drones américains et ont limité la vente de métaux rares vers les États-Unis. Elles pourraient également interdire les importations de volaille américaine ou d’autres produits agricoles, comme le soja et le sorgho.

    Autre mauvaise nouvelle pour Hong Kong, qui joue un rôle de plaque tournante dans les services : la Chine pourrait imposer des restrictions sur ceux d’origine américaine. Un document publié par le ministère chinois du Commerce souligne que les États-Unis enregistrent un excédent commercial avec la Chine dans ce domaine. Si la Chine utilisait la même formule que les États-Unis pour calculer ses droits de douane réciproques, elle pourrait imposer une taxe de 28 % sur les services américains.

    Les États-Unis souhaitent se « découpler » de la Chine, mais celle-ci pourrait faire de même.

    Elle pourrait aussi enquêter sur la propriété intellectuelle détenue par les entreprises américaines, suspectées de constituer des monopoles générant des profits excessifs. Les États-Unis souhaitent se « découpler » de la Chine, mais celle-ci pourrait faire de même. Les relations commerciales entre les deux superpuissances connaissent peut-être un creux « cyclique », mais elles sont aussi en déclin structurel. Cela pourrait nuire aux grands ports chinois, au premier rang desquels figure Hong Kong.

    Les dirigeants chinois estiment que Donald Trump reculera par crainte d’une défaite électorale aux élections de mi-mandat (Midterms). Avant le relèvement des droits de douane, la banque JPMorgan Chase estimait que les États-Unis avaient 60 % de chances de tomber en récession, avec 40 % de probabilité d’entraîner l’économie mondiale avec eux. Pour plus d’un tiers des produits importés par les États-Unis, la Chine est le principal fournisseur, répondant à 70 % ou plus de la demande.

    La guerre commerciale pourrait plus que doubler le prix de ces biens, générant un tsunami inflationniste, une baisse de la consommation et une attrition du pouvoir d’achat des Américains.

    La politique de Donald Trump pourrait également provoquer une récession en Chine, avec un risque de spirale déflationniste. Selon Goldman Sachs, une hausse de 50 % des droits de douane américains — scénario auquel la Chine faisait face avant ses mesures de rétorsion — aurait réduit le PIB chinois d’environ 1,5 %. Une hausse de 125 % l’amputerait de 2,2 % cette année.

    La guerre commerciale a éclaté avec une rapidité et une férocité que la Chine n’avait pas anticipées. Les dirigeants chinois ont annoncé qu’ils étaient prêts à intensifier leurs efforts de relance économique si nécessaire. En abaissant les taux d’intérêt, en réduisant les réserves obligatoires des banques et en émettant davantage d’obligations d’État.

    Pour mener à bien cette relance, selon Barclays, 1 000 milliards de dollars seraient nécessaires, soit environ 5 % du PIB. Pour atteindre l’objectif gouvernemental de 5 % de croissance, le plan de relance devrait même représenter 9 points de PIB. L’autre stratégie consisterait à contourner les mesures protectionnistes de Donald Trump. Les entreprises chinoises pourraient augmenter leurs ventes de pièces détachées à des partenaires commerciaux des pays voisins, où elles seraient intégrées dans des produits finis exportés ensuite vers les États-Unis. À première vue, cette stratégie serait très incitative si la Chine reste soumise à des droits de douane de plus de 100 %. Alors que des pays comme la Thaïlande ou le Vietnam ne subissent que des prélèvements de 10 %. Évidemment, les États-Unis risquent de réagir.

    L’avenir de Hong Kong comme hub économique international est incertain

    Peter Navarro, conseiller commercial de Donald Trump, a récemment accusé le Vietnam d’agir comme une « colonie » pour les fabricants chinois. « Ils apposent une étiquette “Fabriqué au Vietnam” sur un produit chinois et l’envoient ici pour échapper aux droits de douane », a-t-il déploré. Le Vietnam pourrait compromettre son propre accès au marché américain s’il ne prend pas ses distances avec la Chine.

    L’histoire de Hong Kong est intimement liée à son statut de port franc, véritable moteur de croissance depuis plus d’un siècle. Cependant, les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, amplifiées sous l’administration Trump, bouleversent cet équilibre. En perdant son statut économique spécial, Hong Kong voit son rôle décliner, frappé de plein fouet par une guerre commerciale qui dépasse largement ses frontières.

    Dans un contexte de fragmentation géopolitique et de reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales, l’avenir de Hong Kong comme hub économique international est incertain. La ville pourrait être reléguée à une fonction secondaire si les antagonismes sino-américains s’inscrivaient dans la durée.

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