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  • Dans l’œil du cyclone de la guerre commerciale

    Dans l’œil du cyclone de la guerre commerciale

    Depuis la décision du 9 avril dernier de Donald Trump de suspendre durant 90 jours les majorations des droits de douane, l’économie mondiale est dans l’œil du cyclone. Tout semble calme mais la menace est tout à la fois derrière et devant. Les marchés financiers se sont assagis. Les entreprises de la haute technologie ont réussi à se faire entendre de la part de l’administration républicaine. Les alliés des États-Unis comme la Corée du Sud, le Japon voire l’Europe comptent sur les négociations pour obtenir des droits acceptables.

    Même pour la Chine, tout ne semble pas irrémédiable. Le statu quo, avec un tarif de 145 % sur de nombreux produits chinois n’est « pas soutenable », a souligné le 22 avril dernier le secrétaire au Trésor, Scott Bessent. Donald Trump a lui-même admis que ce taux « baissera de manière substantielle ». Plusieurs produits électroniques, notamment les smartphones, ont déjà été exemptés des surtaxes. Quand Amazon a annoncé qu’elle envisageait d’afficher le coût des droits de douane à côté des prix des produits vendus, l’administration américaine a pris conscience des effets délétères de sa politique.

    Un tigre de papier

    L’équipe du Président américain a sous-estimé la réaction de la Chine lors de l’annonce du 2 avril dernier d’une taxe de 34 % sur les importations en provenance de ce pays. Elle a imaginé que les autorités chinoises allaient s’engager immédiatement sur la voie de la négociation. Or, les Chinois n’entendent pas céder au diktat américain et négocier en position de faiblesse. Ils considèrent que les entreprises américaines ne supporteront pas longtemps des produits chinois hors de prix.

    Les Chinois ont, par ailleurs, la mémoire longue. Ils ne veulent en aucun cas revivre les humiliations du XIXe et du début du XXe siècle quand les Occidentaux ont imposé leurs règles lors des guerres de l’Opium. Les autorités chinoises n’ont de leur côté certainement pas imaginé que Washington entrerait dans une spirale de droits douaniers mortifères.

    Le Président américain est aussi fier que le Président chinois. Il ne veut pas perdre la face et attend du gouvernement chinois qu’il commence par abaisser les droits de la Chine pour, le cas échéant, diminuer ceux des États-Unis.

    Renouant avec de vieilles pratiques, la nouvelle vidéo du ministère des Affaires étrangères chinois présente les États-Unis comme un « tigre de papier ». Cette vidéo indique que l’obtention d’un compromis ne débouchera sur aucune clémence de la part des Américains et que « s’agenouiller ne fait qu’inviter à davantage de brutalité ». Reprenant des maximes de Mao Zedong, les grands quotidiens chinois invitent à une guerre commerciale de longue durée. Le Grand Timonier aimait ainsi à répéter que la « victoire rapide n’est bien souvent qu’une illusion »

    La Chine peut-elle tenir le choc d’un quasi-embargo commercial avec les États-Unis ? Elle est confrontée à un ralentissement de sa croissance. Elle est menacée de déflation sur fond de crise immobilière. Une enquête mensuelle publiée le 30 avril sur l’industrie manufacturière montre que les commandes à l’exportation sont en chute libre. Pour tenir dans cette guerre commerciale, la Chine a besoin d’une reprise de la demande intérieure. Un plan de relance est prévu mais les consommateurs chinois restent prudents.

    Perte de crédibilité américaine, gain d’influence pour Pékin. 

    Le bras de fer entre les deux superpuissances économiques nuit aux deux parties, les économistes évoquent un jeu à somme négative. Mais sur le plan géopolitique, il est perçu comme un jeu à somme nulle, ce qui affaiblit les États-Unis renforce la Chine.

    @Adobestock
    @Adobestock

    La perte de crédibilité américaine se traduit par un gain d’influence pour Pékin à l’échelle mondiale. Les autorités chinoises défendent une ligne libre-échangiste sur fond du respect des traités internationaux. Elles veulent être le porte-parole des États pénalisés par la politique protectionniste américaine.

    La Chine est incontournable.  

    Le ministère des Affaires étrangères chinois a ainsi appelé les autres nations à se dresser contre Washington, qui ne représente « qu’une fraction » du commerce mondial. La Chine, en revanche, est le premier partenaire commercial de plus d’une centaine de pays, et occupe une position centrale dans les chaînes d’approvisionnement asiatiques. En 2022, elle représentait plus de 19 % des importations japonaises de biens intermédiaires, plus d’un tiers de celles de la Corée du Sud, et plus de 38 % pour le Vietnam.

    La Chine est incontournable. Ses partenaires asiatiques ne peuvent pas l’évincer de leurs chaînes de valeur comme le souhaiteraient les États-Unis. L’influence chinoise n’est pas sans limite, le Japon et la Corée du Sud dépendent des garanties de sécurité américaines. Les pays d’Asie du Sud-Est souhaitent rester le plus neutre possible. Contrairement à la Chine, ces pays rivalisent d’imagination pour amadouer Washington. Ils proposent d’acheter davantage d’énergie, de produits agricoles ou d’armement américains, et de lever certains obstacles commerciaux. Le Vietnam s’est engagé à lutter contre la fraude douanière, notamment le faux étiquetage de produits chinois présentés comme « fabriqués au Vietnam » pour échapper aux droits de douane.

    Aider Donald Trump à redescendre de son piédestal

    Ces nations, tributaires du commerce international, ne souhaitent qu’une seule chose, éviter la guerre commerciale quand la trêve de 90 jours expirera, le 9 juillet. Certaines d’entre eux espèrent même tirer avantage de la situation. La Thaïlande, par exemple, entend gagner des parts de marché aux États-Unis sur les segments de la nourriture pour animaux, du maquereau en conserve ou du calmar surgelé. De nombreux pays redoutent avant tout un effet de débordement : les produits chinois détournés du marché américain étant susceptibles d’inonder leurs marchés et fragiliser leur industrie. La vigilance est de mise.

    Le président indonésien Prabowo Subianto a menacé de couler les navires transportant des textiles chinois à bas prix. En février, la Corée du Sud a imposé des droits antidumping sur certains aciers chinois. Le mois suivant, le Japon a appliqué des taxes similaires sur les électrodes en graphite importées de Chine.

    L’ambition des États-Unis de marginaliser la Chine et de l’évincer des chaînes d’approvisionnement asiatiques est illusoire. Tout comme l’espoir chinois de rallier ses voisins dans un front de défi envers l’hégémonie américaine. La Chine insiste, indiquant que sa diplomatie « ne s’agenouillera pas ». Mais ses voisins, eux, font tout pour aider Donald Trump à redescendre de son piédestal.

  • Les États-Unis face au risque de stagflation.

    Les États-Unis face au risque de stagflation.

    L’inflation aux États-Unis était relativement élevée avant même l’entrée en vigueur des droits de douane majorés. La dépréciation du dollar et les mesures de lutte contre l’immigration illégale pourraient accroître les tensions inflationnistes. Une chose qui nuirait à la popularité de Donald Trump qui a fait campagne sur l’amélioration du niveau de vie des Américains.

    En mars 2025, l’inflation totale aux États-Unis s’élevait à 2,4%, tandis que l’inflation hors énergie et alimentation atteignait 2,8%. L’inflation n’a pas retrouvé son niveau d’avant la crise sanitaire.

    L’effet des droits de douane : 1.7% d’inflation. 

    La majoration des droits de douane constitue potentiellement une taxe sur les consommateurs. Dans sa version initiale du 2 avril dernier, la hausse prévue était de 22,5 points. Dans la version révisée du 9 avril, elle a été ramenée à 12,5 points. La question clé est celle de la transmission aux prix de cette majoration. Dans quelle proportion la hausse des droits de douane se répercutera-t-elle sur les prix des importations ?

    Les entreprises exportant vers les États-Unis, tout comme les distributeurs, pourraient choisir de réduire leurs marges pour limiter cet impact. Selon certaines études, la transmission serait forte, de l’ordre de 0,94. Une hausse de 12,5 points des droits de douane augmenterait ainsi le prix des importations de 12 %. Compte tenu du poids des importations de biens et services dans le PIB (14 % en 2024), l’effet mécanique sur les prix intérieurs américains pourrait atteindre jusqu’à 1,7 point en cas d’absence de réduction des marges.

    La dépréciation du dollar

    Donald Trump souhaite, par ailleurs, une dépréciation du dollar afin d’améliorer la compétitivité et favoriser la réindustrialisation des États-Unis. Ses différentes annonces, combinées aux perspectives de ralentissement économique, ont déjà provoqué une baisse du taux de change. L’euro est passé de 1,02 à 1,15 dollar entre janvier et avril.

    @Adobestock
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    Stephen Miran, le chef des conseillers économiques de la Maison-Blanche, prône une dépréciation encore plus marquée du dollar, visant même à lui faire perdre son statut de monnaie de réserve. Un dollar plus faible renchérit le prix des produits importés, constituant ainsi une source potentielle d’inflation. Toutefois, l’effet de transmission serait plus limité que celui des droits de douane. Le taux de transmission sur les prix des produits importés ne serait que de 0,22 %.

    Lutte contre l’immigration et hausse des salaires

    Un troisième facteur d’inflation est lié à la lutte contre l’immigration clandestine. On estime à 11 millions le nombre d’immigrés sans papiers aux États-Unis, dont 8,3 millions occupent un emploi, soit 4,8% des emplois totaux. Ils sont principalement présents dans l’agriculture, l’hôtellerie-restauration, le transport et la logistique. L’arrêt des flux migratoires ou le retrait du marché du travail d’une partie de ces immigrés pourrait générer des tensions sur le marché du travail. Mais également favoriser une hausse des salaires, lesquels augmentaient déjà de manière significative depuis l’épidémie de Covid-19.

    Le salaire nominal progresse actuellement de 3,8% par an. Au premier trimestre 2025, 40% des entreprises déclarent rencontrer des difficultés de recrutement, contre 35% au milieu de l’année 2024. On comptait, en 2024, un emploi vacant pour un chômeur aux États-Unis, contre 0,5 en 2015.

    La hausse de l’inflation provoquée par les droits de douane, la dépréciation du dollar et la lutte contre l’immigration devraient s’accompagner d’un ralentissement de la croissance. Ce qui pourrait déboucher sur une situation de stagflation. La Réserve fédérale pourrait être contrainte de maintenir des taux d’intérêt élevés afin d’éviter une spirale inflationniste. Or, Donald Trump souhaite au contraire une baisse des taux.

    Le président des États-Unis se trouve ainsi confronté à un dilemme. Ses choix économiques, destinés à renforcer l’industrie nationale et à améliorer le niveau de vie, pourraient, à moyen terme, peser sur la consommation et fragiliser sa base électorale. Face à ces tensions, la Réserve fédérale pourrait privilégier la stabilité des prix au détriment des injonctions politiques, exacerbant encore les contradictions d’une stratégie économique ambitieuse mais risquée.

  • Financement de la défense : les États membres favorables à l’utilisation des fonds de cohésion

    Financement de la défense : les États membres favorables à l’utilisation des fonds de cohésion

    Les États membres soutiennent la proposition de la Commission européenne visant à utiliser les fonds de cohésion pour financer des projets de défense, et certains plaident pour élargir cette initiative au-delà de ce que l’exécutif avait initialement envisagé.

    Les fonds de cohésion sont traditionnellement destinés à réduire les disparités de développement entre les régions. Ils représentent 392 milliards d’euros, soit un tiers du budget européen, pour la période 2021-2027.

    Mais face aux défis géopolitiques actuels, la Commission européenne a proposé que les États membres puissent, sur une base volontaire, réorienter ces fonds vers des projets renforçant la préparation à la défense.

    Bruxelles profite de la révision à mi-parcours des programmes de la politique de cohésion — généralement une simple formalité — pour identifier des marges de manœuvre budgétaires en vue de financer des initiatives liées à la sécurité européenne. Cette piste fait partie des différentes options actuellement étudiées pour injecter davantage de ressources dans le secteur de la défense.

    Aller plus loin que les infrastructures

    L’exécutif envisageait initialement d’allouer les fonds à la modernisation des infrastructures de transport civiles à potentiel militaire, telles que les ponts et les routes suffisamment solides et larges pour supporter le poids des chars ou servir de pistes d’atterrissage pour les avions de combat F-35.

    Face aux défis géopolitiques actuels, la Commission européenne a proposé que les États membres puissent, sur une base volontaire, réorienter les fonds de cohésion vers la défense. [EPA-EFE/LAVANDEIRA JR]
    Face aux défis géopolitiques actuels, la Commission européenne a proposé que les États membres puissent, sur une base volontaire, réorienter les fonds de cohésion vers la défense. [EPA-EFE/LAVANDEIRA JR]

    Dans un document interne consulté par Euractiv, il apparait que plusieurs États membres de l’UE souhaitent aller encore plus loin.

    La Lettonie souhaite par exemple que les fonds de cohésion couvrent le logement des soldats et les abris anti-atomiques. Tandis que la Grèce souhaite que les infrastructures purement militaires – et pas seulement les installations à double usage – soient incluses. Cela ouvrirait la voie au financement de casernes militaires.

    La Slovaquie, qui construit actuellement des hôpitaux, notamment pour l’armée, demande que ces structures, qui sont utiles en temps de paix comme en temps de guerre, puissent bénéficier des fonds de cohésion.

    De même, la France espère que la définition des infrastructures éligibles inclue « les ports, les aéroports, les câbles sous-marins et les réseaux numériques ». Avec ses territoires d’outre-mer dans les océans Indien et Pacifique, elle souhaite également que les territoires ultrapériphériques soient éligibles.

    La Commission a également proposé d’utiliser les aides régionales pour augmenter la capacité de production des fabricants d’armes. Notamment de munitions, de missiles, de systèmes de défense aérienne et de protection des infrastructures critiques. Les avions de combat seraient toutefois non éligiblés aux financements.

    Dans ce cas, la République tchèque propose que les fonds soient également alloués aux entreprises proposant des produits ou projets à double usage. En particulier dans le domaine du développement technologique. Elle souhaite également que les fonds soient répartis sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

    Les Vingt-Sept doivent encore discuter, amender et approuver la proposition de la Commission. De son côté, le Parlement européen est en passe de modifier le texte via une procédure d’urgence, ce qui permettrait de raccourcir la procédure législative de plusieurs mois.

  • Mutations du virus de la guerre.

    Mutations du virus de la guerre.

    « Le jour où mes soldats commenceront à réfléchir ils refuseront de rester dans les rangs » disait Frédéric der Grosse. Une épidémie mondiale frappe les cerveaux, victimes d’une mutation du virus de la guerre. « La paix soit avec vous » prêche the New Pope, Léon XIV. La fumée blanche a interrompu le discours du 8 mai de Macron, qui répétait « Nous n’aurons jamais fini de défendre la paix ». La veille, il recevait le nouveau chancelier allemand, Merz, un symbole et un programme. Le lendemain, il signait un traité bilatéral avec la Pologne sur les questions de sécurité et de défense, comme il en existe déjà avec l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne.

    Le 9 mai, Poutine faisait défiler devant ses troupes Xi Jinping, Lula, Maduro, Diaz-Canel, Takaiev, Loukachenko, Vucic, mais aussi Fico, qui, s’il était cohérent, devrait sortir de l’Europe.

    Car au même instant, en Ukraine, les pays de l’Union européenne annonçaient la création d’un Tribunal spécial pour juger des crimes de « l’opération spéciale ». Ils proposaient une trêve, enfin en accord avec les États-Unis, qui deviendraient observateurs du « cessez-le-feu. »

    Aucun pays n’a intérêt à cette guerre, activée simplement par la haine de l’autre.

    Les délégations présentes sur la place Rouge représentent hélas plus de la moitié de l’humanité. Encore Narendra Modi, que tous s’arrachent, l’ancien « boucher du Gujerat », n’était pas là. L’Inde, malade de l’hindouïté, attaque le Pakistan, refuge des terroristes. Aucun pays n’a intérêt à cette guerre, activée simplement par la haine de l’autre. Le Pakistan, contaminé par la fièvre islamique, expulse des centaines de milliers d’Afghans vers les pacifiques Talibans.

    Netanyahou aimerait faire de même à Gaza. Où expulser les Palestiniens ? L’Égypte n’en veut pas. Le Hamas a gagné : à son discours de haine des Juifs, le cabinet israélien répond aussi par la haine, par la destruction de Gaza, à rebours de tous les principes qui ont fondé Israël, à rebours de tout le droit international depuis la 2e guerre mondiale. Sans le soutien de Trump, Netanyahou n’aurait pas les mains libres à Gaza. Et voilà que Trump pactise avec les Houthis, et annonce un accord avec l’Iran. La guerre ou la paix, tel est le deal. Mais cette paix n’est pas la paix. Juste le temps de polir les armes.

    En Israël, Pakistan, Russie, Inde ou Iran, la guerre conforte le pouvoir. Parfois, l’intérêt conduit à la paix, retient la Chine à Taïwan, retient l’Inde au Pakistan. Le deal englobe le commerce, l’eau, le pétrole, les armes, les brevets, la fiscalité. Ce serait trop simple d’attribuer au seul Trump la responsabilité d’avoir légitimé la guerre, redevenue simple modalité des règlements des conflits. Le germe était là avant.

    Jamais l’humanité ne s’est aussi bien portée. Avec cette inquiétude : la progression ralentit.

    Que s’est-il passé ? Les Nations Unies ont publié leur rapport sur l’indice de développement humain (IDH). Jamais l’humanité ne s’est aussi bien portée. Avec cette inquiétude : la progression ralentit. Les objectifs visés pour 2030 ne seront pas atteints.

    Le ralentissement est flagrant depuis l’épidémie du COVID. La suspension du monde (y compris des libertés élémentaires) s’est doublée d’un choc psychologique. Le rapport de l’ONU montre une cassure en 2021, une rupture du commerce international, une aggravation de la santé mentale. Le COVID a frappé la tête, ranimé la peur, avec des réflexes de fermeture : l’état de guerre avant la guerre.

    Voilà la mutation: la guerre sans la guerre, la guerre avant la guerre, le discours de haine avant le conflit, les barbelés avant les chars, la peur du ciel qui tombe sur la tête avant les drones, la peur de l’autre, de l’étranger, toujours, qu’il soit immigré, capitaliste, plombier ou technocrate. Commencer par se méfier de tout, de tous.

    Voilà la mutation : la guerre sans la guerre, la guerre avant la guerre. 

    La guerre hybride n’est pas un slogan. La guerre informationnelle n’est pas une chimère. Rien de mieux que de susciter un conflit civil chez l’ennemi.

    Déstabiliser l’Europe , par la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie. En Roumanie, un inconnu gagne les élections. Candidats et poupées russes sont interchangeables, moins chers que les missiles.

    Les Roumains seraient fatigués de l’Europe, ils en voudraient aux technocrates de Bruxelles. Possible. Depuis son entrée dans l’Union européenne, le PIB par habitant en Roumanie a été multiplié par cinq. Mais 200.000 réfugiés ukrainiens troublent la campagne, et le nouveau Conducator rêve d’annexer la Moldavie. Chasser l’étranger, mais annexer le voisin. Pensée primaire au temps du digital et des satellites.  

    Ils sont de la partie. Personne ne prend la guerre informationnelle suffisamment au sérieux. De même que la guerre apparaît à nouveau comme un mode raisonnable de résolution des conflits, le mensonge, la calomnie, l’outrance sont devenus des méthodes acceptables de communication.

    Chasser l’étranger, mais annexer le voisin. Pensée primaire au temps du digital et des satellites. 

    Le ministère des Armées, via Viginum, a révélé 77 manœuvres organisés par les services russes dans les pays occidentaux. Après l’Ukraine, la France est la première visée.

    Les démocraties peuvent-elles survivre dans un système d’information gangrené ? Pas de démocratie sans liberté d’expression, pas de liberté d’expression sans analyse critique, pas d’analyse critique sans univers d’information fiable. Le système de communication repose sur des bulles identitaires et vise des réactions émotionnelles : la haine, l’indignation, la condamnation.

    Le conflit anime. Pourtant la guerre est autodestruction. La Russie n’a rien gagné en prenant la Crimée et le Donbass. Un million de Russes en exil, un autre tué ou blessé, vingt ans pour que la Russie se remette de cette boucherie. Israël ne se remettra peut-être jamais de la destruction de Gaza. Rares sont les pays qui profitent des guerres déclenchées par leurs dirigeants. Les indices de développement humain les plus élevés signalent les pays sans guerre : Suisse, Islande, Norvège, Singapour, Uruguay, Costa Rica.

    Le danger de la mutation. Puisque la guerre hybride en atténue les effets, elle se propage.

    Rares sont les peuples qui résistent au virus.  Parce qu’il enivre, excite, réjouit. Seule l’horreur du massacre parvient à l’éradiquer. D’où le danger de sa mutation. Puisque la guerre hybride en atténue les effets, elle se propage.

    Reste à trouver des antidotes. La première est d’empêcher tout dirigeant d’être solitaire dans sa prise de décision. Ensuite ne se confier qu’à des dirigeants provisoires. Tout pouvoir qui dure devient paranoïaque. Enfin, puisqu’il s’agit avant tout d’une guerre des neurones, nourrir les cerveaux d’une culture qui ne soit pas mortifère, la culture d’une société ouverte.

    L’épidémie de Covid a provoqué plus que des morts. La panique qu’elle a engendrée a sapé les bases d’un monde paisible. Les échanges ont été suspendus, les libertés supprimées. Les mensonges ont proliféré, favorisant complotistes et fake news. Quel vaccin contre la guerre hybride ? Que les soldats soient d’abord citoyens, pour réfléchir. Et que les citoyens sachent qu’ils sont attaqués. Il n’y a de guerre juste que celle de légitime défense.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de l’app bancaire pour expatriés France Pay

  • Fin de vie : L’expérience suisse avec Marie-Ange Rousselot, députée des Français de l’étranger

    Fin de vie : L’expérience suisse avec Marie-Ange Rousselot, députée des Français de l’étranger

    En toute confidence - podcast politique

    En toute confidence

    En toute confidence » est un podcast dédié à 100 % aux Françaises et Français de l’étranger.

    Tous celles et ceux qui façonnent la France dans le monde viennent répondre à nos questions. Ils nous partagent leur vision de l’expatriation et apportent leurs idées nouvelles et concrètes pour faciliter notre vie au quotidien. « En toute confidence », c’est votre espace de débat qui relie la France à ses compatriotes vivant à l’étranger.

    Animé par Caroline Ettori.

    Écouter le podcast avec Marie-Ange Rousselot

    Dans le podcast En toute confidence, la députée des Français de Suisse revient sur les projets de loi à venir sur la fin de vie et les soins palliatifs, débattus à l’Assemblée nationale à partir du 12 mai, ainsi que sur l’expérience de son pays de résidence dans ces domaines.

    À l’approche d’un débat majeur sur la fin de vie à l’Assemblée nationale, Marie-Ange Rousselot s’exprime, pour Lesfrancais.press, sur les textes concernant l’aide active à mourir et les soins palliatifs.

    Suisse : un cadre libéral mais encadré

    Résidant en Suisse, la députée a rappelé que le pays a déjà une longue tradition d’encadrement du suicide assisté. « Au niveau de la constitution suisse, le suicide assisté, du moment qu’il est motivé par un motif altruiste, est autorisé. »

    « Ce qui est illégal en Suisse, c’est d’assister quelqu’un pour un motif égoïste. Le reste est laissé complètement libre. »

    Marie-Ange Rousselot, députée des Français établis hors de France

    Ce modèle repose sur des associations privées comme Exit, qui accompagnent les personnes souhaitant mettre fin à leurs jours de manière encadrée : « Ce qui est illégal en Suisse, c’est d’assister quelqu’un pour un motif égoïste. Le reste est laissé complètement libre. »

    France : une approche plus médicalisée

    Le projet de loi sur la fin de vie qui sera débattu dès le 12 mai à l’Assemblée prévoit une « aide active à mourir », formule qui inclut potentiellement l’auto-administration d’une substance létale ou, dans certains cas, son administration par un médecin ou un infirmier.

    Marie-Ange Rousselot et Laurent Alberti, Consul général de France à Zurich
    Marie-Ange Rousselot et Laurent Alberti, Consul général de France à Zurich

    Une évolution significative qui pourrait inclure certaines formes d’euthanasie. « Aujourd’hui, on a un texte qui permet le suicide sans le nommer », affirme la députée, en soulignant la différence d’approche entre la France et la Suisse, où l’acte létal n’est jamais administré par un tiers, sauf si la personne n’en est plus physiquement capable.

    Une convergence des critères

    Malgré les différences juridiques, Marie-Ange Rousselot note une convergence dans les critères d’éligibilité : « Le texte français aujourd’hui […] ressemble beaucoup aux critères que les associations demandent en Suisse, en tout cas l’association Exit qui est la principale. » Il s’agit notamment d’être atteint d’une maladie grave et incurable, mais également de prendre en compte les polypathologies invalidantes.

    « Je souhaite vraiment apporter une vision sur la question des polymorbidités. »

    Marie-Ange Rousselot, députée des Français établis hors de France

    Elle souhaite d’ailleurs introduire cet aspect dans les discussions à venir : « On peut être atteint de multimorbidité qui, sans engager le diagnostic vital, peuvent se traduire en fonctionnel par une situation extrêmement dégradée pour les patients qui pourrait, à mon sens, légitimer l’ouverture d’une demande d’aide à mourir. »

    Soins palliatifs : un consensus rare

    Aux côtés du texte sur l’aide à mourir, un autre projet de loi, consacré aux soins palliatifs, sera également examiné. « À la base, en juin 2024, c’était un seul texte et il a été décidé de scinder les deux. D’un côté, les soins palliatifs, de l’autre, l’aide active à mourir », rappelle Marie-Ange Rousselot.

    La députée Marie-Ange Rousselot lors de la séance de questions orales sans débat du 21 janvier 2025 à l'Assemblée nationale
    La députée Marie-Ange Rousselot lors de la séance de questions orales sans débat du 21 janvier 2025 à l’Assemblée nationale

    Ce second texte bénéficie d’un soutien politique unanime. « Les soins palliatifs apportent des grandes avancées et puis surtout font un consensus extrêmement large. C’est quand même assez inédit dans la configuration parlementaire actuelle et je pense que c’est important de le souligner. » La députée souligne également la création de maisons d’accompagnement, le renforcement de la formation des professionnels de santé, et la mise en place de plans personnalisés d’accompagnement.

    Une parole attendue à l’Assemblée

    Marie-Ange Rousselot, qui a suivi ces débats depuis 2016, souhaite intervenir lors des discussions à l’Assemblée. « Je souhaite vraiment apporter une vision sur la question des polymorbidités. » Elle insiste sur le fait que les demandes d’aide à mourir ne concernent pas uniquement les cas médiatisés de maladies terminales, mais aussi des situations moins visibles, notamment parmi les personnes âgées.

    « Il existe beaucoup de personnes âgées qui cumulent des maladies chroniques sans forcément que le pronostic vital soit engagé. Et je pense que ces personnes-là peuvent se trouver également dans des situations où leur demande d’une aide active à mourir peut-être extrêmement claire.»

    Une loi historique en perspective

    Alors que le débat dans l’hémicycle commence le 12 mai et que le vote est prévu pour le 27 mai, la députée conclut avec conviction : « Je suis absolument contente qu’on puisse débattre de cela. Il était temps. ».

    Le rendez-vous est donc pris à l’Assemblée nationale pour ce qui pourrait devenir l’une des lois les plus marquantes du quinquennat en matière de droits humains et de liberté individuelle en fin de vie.

    En toute confidence est en écoute sur plusieurs plateformes










  • Au Royaume-Uni, la TVA empêche la scolarité de jeunes Français

    Au Royaume-Uni, la TVA empêche la scolarité de jeunes Français

    Au 35 Cromwell Road, à deux pas du Victoria & Albert Museum, une colère s’insinue, douce, mais tenace. Dans les couloirs feutrés du Lycée français Charles de Gaulle de Londres (LFCG), la colère gronde chez une grande partie des parents d’élèves. Familles inquiètes, enseignants dubitatifs, diplomates embarrassés : le prestigieux établissement, vitrine de la France outre-Manche, est secoué par une triple crise : fiscale, sociale et institutionnelle. En effet, depuis plusieurs mois, au Royaume-Uni, la TVA empêche la scolarité de jeunes Français. Explications. 

    Une TVA brutale qui entrave les relations franco-britanniques

    Depuis septembre 2024, l’application de la TVA à 20 % sur les frais de scolarité des écoles privées britanniques a provoqué une onde de choc. Si la mesure, portée par le gouvernement de Keir Starmer, cible officiellement les écoles d’élite anglaises, elle frappe de plein fouet les établissements étrangers — y compris ceux partiellement financés par des États.

    « Cette mesure ressemble à un acte culturel hostile »

    Parents d’élèves du lycée français Charles de Gaulle à Londres

    Un principe de réciprocité bafoué ? « Cette mesure ressemble à un acte culturel hostile », dénoncent certains parents d’élèves français expatriés à Londres, pour qui ce tour de vis fiscal s’apparente à une entrave aux relations franco-britanniques post-Brexit.

    Lycée français à l’étranger ; un modèle économique essoufflé ?

    Mais derrière le choc de la TVA se cache un malaise bien plus profond. Car au Lycée français Charles de Gaulle de Londres (LFCG), les frais de scolarité ont doublé en dix ans. Et l’augmentation ne date pas d’hier : chaque année, depuis 15 ans, les hausses s’enchaînent, parfois jusqu’à + 9 % annuels, bien au-delà de l’inflation. En 2025, une nouvelle hausse de 4 % est prévue, sans justification publique. Les familles sont à bout de souffle.

    Lycée Charles-de-Gaulle
    Lycée Charles-de-Gaulle

    « On nous impose ces hausses sans explication, sans transparence, sans discussion », résume une mère de deux enfants en primaire. Comme elle, des centaines de parents dénoncent l’opacité totale de la gestion financière du lycée. La question se pose : le modèle économique de certains établissements français à l’étranger est-il encore adapté ?

    L’AEFE, un chef d’orchestre à huis clos

    Le Lycée français Charles de Gaulle est le seul du Royaume-Uni à être un EGD, c’est-à-dire un Établissement en gestion directe par l’AEFE, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger.

    « Au Lycée français Charles de Gaulle, c’est l’AEFE elle-même qui décide des budgets, des augmentations, des embauches,… »

    Concrètement ? Le lycée n’a pas de personnalité morale propre : c’est l’AEFE elle-même qui décide des budgets, des augmentations, des embauches,… Et l’AEFE dépend non pas du ministère de l’Éducation nationale, mais du ministère des Affaires étrangères — ce qui suscite toujours des interrogations.

    Ainsi, chaque année, près de 10 millions de livres s’évaporent via des prélèvements obscurs (PRR, PFC1), sans qu’aucun usage précis n’en soit communiqué. Or, si ces prélèvements étaient suspendus, les frais pourraient être réduits de près de 30 %, selon des estimations internes.

    Une école publique au prix d’un établissement privé « élitiste »

    Le paradoxe ne s’arrête pas là. Si le LFCG est considéré par l’État français comme un établissement public, reconnu par le code de l’éducation (article L452-2), le fisc britannique, lui, le considère comme privé — et donc taxable !

    Une école publique au prix d’un établissement privé « élitiste »
    Une école publique au prix d’un établissement privé « élitiste »

    Résultat : une école publique française traitée comme une école privée anglaise, avec des tarifs alignés sur ceux du marché local… sans certains services promis, ni de lien que l’on pourrait imaginer entre un prestataire et un client.

    Un récent sondage mené par le CIPL (association de parents d’élèves) enfonce le clou : l’application intégrale des 20 % de TVA est jugée « brutale », « injustifiée », « inacceptable ». D’autres établissements privés, notent les parents, absorbent une partie de cette taxe, ou la répercutent partiellement. Pourquoi pas le LFCG ?

    Un modèle éducatif à deux vitesses

    Pour de nombreuses familles, la coupe est pleine. Entre les hausses à répétition, l’ajout de la TVA, et l’inflation londonienne, la scolarité devient inaccessible, même pour des classes moyennes supérieures. Certains parents parlent de « sacrifice financier total ». D’autres, plus radicaux, envisagent de retirer leurs enfants, de rentrer en France ou de basculer vers le système britannique.

    « On est en train de construire une école pour une ultra-élite, plus étroite encore qu’avant »

    Parents d’élèves du lycée français Charles de Gaulle à Londres

    Le risque ? Un lycée de plus en plus fermé, de moins en moins divers. « On est en train de construire une école pour une ultra-élite, plus étroite encore qu’avant », souffle une représentante de parents. Le système de bourses scolaires, pourtant présenté comme amortisseur, ne suit pas le rythme du coût de la vie à Londres.

    Dialogue rompu, opacité persistante

    Au-delà des montants, le silence pesant des responsables et l’opacité ressentie crispent les esprits. Depuis des mois, les parents disent parler dans le vide. La direction locale, jugée « méprisante », est accusée de ne pas écouter les demandes. L’AEFE, elle, reste silencieuse, quasi injoignable. Une direction solitaire, en décalage avec la culture britannique de concertation.

    Or, dans cette même situation, d’autres écoles réagissent autrement. Ainsi, l’école allemande de Londres aurait, dit-on, accepté d’absorber une partie de la TVA pour ménager les familles. D’autres établissements AEFE partenaires — comme Wembley ou les écoles espagnoles — offrent un dialogue réel avec les familles.

    Le savoir surtaxé, la diplomatie secouée

    Le cas du LFCG dépasse désormais le simple cadre d’un différend scolaire. Il pose une question politique, culturelle et diplomatique : peut-on maintenir une mission de service public français à l’étranger sans moyens, sans clarté, avec une légitimité locale remise en cause ?

    Dans un contexte où l’image de la France post-Brexit est plus que jamais en jeu, le lycée de South Kensington devient un symbole. Celui d’un modèle à bout de souffle, entre deux logiques contradictoires — service public à Paris, école privée à Londres. Ce qui est décrit ici pour le lycée français Charles de Gaulle au Royaume-Uni se reflète également dans de nombreux autres établissements appartement à la famille des EGD, partout dans le monde. Il est peut-être temps de repenser cela. Mais qui aura l’audace de le faire ?

  • Le 9 mai : plus qu’une journée, ma vie avec l’Europe

    Le 9 mai : plus qu’une journée, ma vie avec l’Europe

    Ce 9 mai, l’Europe célèbre sa Journée. Ce moment commémoratif a été institué, entre autres, pour honorer la mémoire de la Déclaration de Robert Schuman. Un discours prononcé il y a 75 ans, considéré comme le texte fondateur de l’Union européenne. À cette occasion, Lesfrancais.press a choisi de mettre en lumière deux de nos compatriotes qui, par leurs actions, contribuent à façonner l’UE au quotidien en travaillant pour les institutions européennes. L’une œuvre à la Commission, et l’autre au Conseil. Pour Pauline et Charles, en ce 9 mai, plus qu’une journée, c’est leur vie avec l’Europe qu’ils nous partagent.

    Pauline Rouch : « J’ai fait de l’Europe mon métier »

    Tout d’abord, c’est vers Pauline Rouch que nous vous proposons de plonger dans l’univers des institutions européennes, et de son lien personnel et professionnel avec l’Europe. Française résidant à Bruxelles, elle a donc consacré sa carrière à l’Europe. C’est en mars 2005 que Pauline rejoint la Commission européenne. Elle a depuis occupé divers postes au fil des ans. Parmi ceux-ci, notre compatriote a notamment été membre, de 2010 à 2014, du cabinet de Viviane Reding, alors Commissaire à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté. Puis, elle conseille le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Pauline accompagnera également Ursula von der Leyen, au moment de son accession à la présidence de la Commission en 2019.

    Pauline Rouch
    Pauline Rouch

    Par la suite, notre invitée dirigera le cabinet de la Commissaire européenne Mariya Gabriel, en charge de la recherche, de 2021 à 2023. En 2024, elle a été sollicitée par Mario Draghi pour coordonner son équipe de conseillers lors de la rédaction de son rapport sur la compétitivité européenne. Aujourd’hui, Pauline Rouch est directrice au sein de la Direction générale pour la recherche et l’innovation de la Commission européenne. Elle supervise, entre autres, le programme-cadre pour la recherche et l’innovation (Horizon Europe). Elle a été nommée Chevalier de la Légion d’honneur en novembre 2024.

    Lesfrançais.press : « Pauline, quelles leçons majeures tirez-vous de votre parcours au cœur de l’Europe ? »

    Pauline Rouch : « Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les politiques européennes, les directions qu’elles prennent, l’état du monde, etc. mais comme j’ai fait de l’Europe mon métier, je vais m’arrêter sur les leçons que je tire comme « professionnelle ». D’abord je dirais que l’Europe c’est une histoire de personnes, « peoples’ business ». La chose européenne ce n’est pas un livre qu’on peut lire facilement, ses règles de fonctionnement sont complexes.

    Union européenne
    Union européenne

    À cela vous rajoutez un milieu constitué de 27 cultures différentes, 24 langues différentes et un système fortement influencé par les résultats des élections, donc politique. Pour que cela fonctionne, il faut peut-être plus que dans d’autres environnements institutionnels, un investissement important dans les relations interpersonnelles : se connaître et se comprendre, c’est essentiel !

    « Il faut des dirigeants européens convaincus de l’atout de l’Europe pour leurs pays »

    Pauline Rouch

    Ensuite je dirais qu’il faut du courage politique à nos dirigeants européens, les présidents des institutions européennes, pour lancer des projets audacieux ou suivre des voies escarpées. Je pense au Président Juncker (président de la Commission européenne de 2014 à 2019) qui a eu le courage d’affronter la crise des migrants en 2016 en faisant des choix difficiles ou sa vision de créer le premier fonds de défense européen.

    Et enfin je dirais qu’il faut des dirigeants européens convaincus de l’atout de l’Europe pour leurs pays, prêts à utiliser leur capital politique à la maison pour faire avancer l’Europe. Les avancées européennes ne peuvent se faire je crois que quand tous ces facteurs sont réunis. »

    Lesfrançais.press : « Quel moment gardez-vous comme le plus marquant ou émouvant ? »

    Pauline Rouch : « Un moment qui m’a beaucoup marquée est le jour où la première femme a été élue Présidente de la Commission européenne.

    « 12 jours c’est très court pour écrire un programme politique pour 5 ans », Pauline Rouch

    Pauline Rouch

    Déjà pour le symbole, 40 ans après l’élection de la première femme Présidente du Parlement européen il était grand temps. Mais aussi parce que cela représentait pour moi l’aboutissement d’une folle aventure professionnelle : celle qui en 12 jours a fait de Mme la Ministre allemande Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne désignée par les chefs d’État et de gouvernement, la Présidente élue de la Commission européenne.

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'exprime avant le vote du Parlement européen sur le nouveau collège des commissaires au Parlement européen à Strasbourg, en France, le mercredi 27 novembre 2024.
    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen

    12 jours c’est très court pour écrire un programme politique pour 5 ans, s’engager avec les parlementaires européens et trouver une majorité. Cette élection, même si elle fut remportée par une majorité assez courte, était une très belle réussite personnelle pour la présidente et une expérience très gratifiante pour celles et ceux qui y ont œuvré. »

    Lesfrançais.press : « Que symbolise pour vous cette journée de l’Europe du 9 mai ?

    Pauline Rouch : « J’associe la journée du 9 mai aux rencontres, à la découverte de l’Europe. Souvent nous utilisons la journée de l’Europe pour organiser des échanges avec les Européens que ce soit dans les institutions européennes, ouvertes bien souvent pour l’occasion, ou dans les États membres à l’initiative de nos bureaux dans les principales villes européennes.

    « Communiquer sur ce que l’Europe apporte de concret dans la vie des personnes est crucial »

    Pauline Rouch

    Ces évènements attirent tout type de public, les curieux comme les plus initiés. Je me souviens d’une journée de l’Europe sur la place d’Armes à Luxembourg où régnait une ambiance de kermesse très sympathique, et où les familles flânaient de stand en stand pour s’informer sur ce que fait l’Europe pour eux. Ces moments sont précieux car communiquer sur ce que l’Europe apporte de concret dans la vie des personnes est crucial pour que le projet de Schuman continue d’être porté haut et surtout pour qu’il perdure. »

    Puis, c’est avec Charles de Marcilly que nous poursuivons cette plongée au cœur des Institutions européennes en ce 9 mai, Journée de l’Europe.

    Charles de Marcilly
    Charles de Marcilly

    Charles de Marcilly : « La compréhension des politiques européennes sera meilleure lorsqu’on les percevra comme des enjeux de politique intérieure et non plus de politique étrangère »

    Depuis septembre 2020, Charles de Marcilly est administrateur politique au Conseil de l’Union européenne, au sein du Secrétariat général. Il y analyse des enjeux allant des évolutions géopolitiques aux tendances à plus longue échéance telles que les transitions numériques ou écologiques. Auparavant, de juillet 2018 à 2020, il a été conseiller au Centre européen de politique stratégique (European Political Strategy Centre), de la Commission européenne. De 2011 à 2018, il a dirigé le bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman, un think tank qui œuvre en faveur de l’intégration européenne. Parallèlement à ses activités professionnelles, Charles de Marcilly a été chroniqueur média et enseignant, partageant son expertise sur les défis contemporains pour le projet européen.

    Lesfrancais.press : « Charles, depuis plusieurs années, vous travaillez directement avec les institutions européennes. Quelles leçons majeures tirez-vous de votre parcours au cœur de l’Europe? »

    Charles de Marcilly : « Il est assez fascinant d’observer la mécanique qui conduit à une sorte de « miracle » politique permanent : 27 États, composés de gouvernement aux couleurs politiques variées, avec des géographies différentes, des priorités économiques ou stratégiques singulières, s’accordent quotidiennement autour de lois communes qui vont accompagner la vie de plus de 450 millions de citoyens.

    « Le projet européen incarne l’ambition de faciliter la circulation des personnes, des biens, des capitaux… Les exemples concrets sont multiples et on n’y prête plus toujours attention car cela fait partie de notre quotidien »

    Charles de Marcilly

    Et même au-delà car en voulant exporter au sein de l’Union européenne, nos partenaires sont contraints de s’adapter à nos normes pour avoir accès à nos marchés. C’est ce que l’on appelle le « Brussels effect »   

    Lesfrancais.press : « En tant que Français vivant à Bruxelles, pensez-vous que l’Union européenne facilite le quotidien des expatriés français quand ils quittent l’hexagone pour vivre dans un des 26 autres pays membres ? »

    Charles de Marcilly : « Le projet européen incarne l’ambition de faciliter la circulation des personnes, des biens, des capitaux… Les exemples concrets sont multiples et on n’y prête plus toujours attention car cela fait partie de notre quotidien ! 

    Libre circulation au sein de l'Union européenne
    Libre circulation au sein de l’Union européenne

    Zone de libre circulation des personnes, l’espace Schengen comprend 25 des 27 membres de l’Union européenne ainsi que quatre États associés.  Quoi de plus pratique que l’euro (€) qui est actuellement la monnaie officielle de 20 des 27 pays membres de l’UE ? Voyager ou s’établir dans un des États membres est grandement facilité comme me le rappelle le SMS reçu à chaque passage de frontière qui m’indique pouvoir utiliser mon forfait téléphonique aux mêmes conditions qu’à la maison. »

    Lesfrancais.press : « Ce 9 mai, c’est la fête de l’Europe, pensez-vous que cette journée soit suffisamment connue ? Dans le cas contraire, comment faire pour davantage la promouvoir et parler de ce que fait concrètement l’Europe auprès des citoyens ? »

    Charles de Marcilly : « Vivant à Bruxelles, j’observe que la présence d’institutions européennes bénéficie à la popularisation de cette journée. Pas moins de 38 organisations de l’Union européenne possèdent leur siège ou un bureau de liaison, dont le Parlement européen, le Conseil européen, le Conseil de l’Union européenne ou la Commission qui ouvrent leurs portes à cette occasion. Des activités et débats sont également proposés dans chaque État membre. 

    Plus personnellement, je crois que la compréhension des politiques européennes, des mécanismes qui les animent et de leurs effets sera meilleure lorsqu’on les percevra comme des enjeux de politique intérieure et non plus de politique étrangère… Vous n’allez pas à l’Élysée ou au Sénat chaque matin, mais vous comprenez le rôle de ces institutions dans l’organisation institutionnelle et les effets dans votre vie quotidienne. Ce qui se passe à Bruxelles y contribue grandement également et y est tout autant …politique ! » 

  • Les Français de l’étranger et l’Union européenne : un lien fort

    Les Français de l’étranger et l’Union européenne : un lien fort

    A l’occasion de la journée de l’Europe, le 09 mai, depuis 1986, nous avons lancé une consultation auprès de nos lecteurs. Et quel succès, vous avez été plus de 10 000 à répondre entre le dimanche 04 mai et le jeudi 08 mai 2025. Preuve que l’Union européenne est un enjeu majeur pour les Français de l’étranger et à plusieurs titres. On décrypte ensemble les résultats.

    L’UE : le premier choix des expatriés ?

    Si parmi les consultés, ils n’étaient que 51,41% à ne pas vivre dans l’Union européenne, la grande majorité des Français de l’étranger résident en dehors de celle-ci. Pourtant, les pays qui composent ce vaste ensemble concentrent à eux-seuls près de 30% des inscrits au registre consulaire. Avant le Brexit, c’était près de 35% des expatriés qui étaient concentrés dans l’Union européenne.

    Habitez-vous dans un pays de l'Union européenne ?
    Habitez-vous dans un pays de l’Union européenne ?

    Depuis 2016, d’ailleurs, le nombre de Français installés au Royaume-Uni diminue. Pourquoi ? Car la libre circulation et la liberté de s’installer ne s’applique outre-manche depuis 2020 et le retrait effectif des Britanniques de l’UE.

    Un Brexit que les expatriés ne veulent pas voir se propager côté français. En effet, pour la grande majorité, 78% des consultés, l’appartenance de notre pays au projet européen est une bonne chose.

    L'appartenance de la France à l'Union européenne est-elle une bonne chose, une mauvaise chose ou ni l'un ni l'autre ?
    L’appartenance de la France à l’Union européenne est-elle une bonne chose, une mauvaise chose ou ni l’un ni l’autre ?

    Ils ont d’ailleurs, à 71%, une image positive des institutions européennes.

    Image de l'UE
    Image de l’UE

    Un espace commun

    Si les résultats sont aussi positifs, c’est que les dispositions de l’Union européenne sont un véritable avantage. Les expatriés sont bien placés pour en percevoir toutes les dimensions.

    Ainsi, la libre circulation est plébiscitée par 81,51% des consultés.  L’absence de visas, que certains Français considèrent comme un fait acquis et généralisée au monde entier (à tort), est une réelle liberté pour ceux qui veulent tenter leur chance en dehors de l’hexagone.

    Quelles sont, selon vous, les principales réalisations de lUnion européenne qui vous concernent directement ? (réponses multiples possibles)
    Quelles sont, selon vous, les principales réalisations de lUnion européenne qui vous concernent directement ? (réponses multiples possibles)

    Ensuite, c’est la reconnaissance des diplômes qui est saluée. On sait cependant que certains pays font du protectionnisme déguisé en refusant d’homologuer des titres français mais les démarches restent tout de même beaucoup plus simples au sein de l’UE.

    En troisième position, c’est la protection sociale qui appréciée. S’il n’existe pas de règles européennes, globalement, les systèmes sociaux européens sont plus généreux et complets que ceux en dehors de l’espace commun. En sus, les droits acquis dans un pays sont reconnus en cas de retour en France. La carte  européenne de droits sociaux est un élément rassurant par exemple.

    L’Union européenne, la France et vous !

    On le voit l’Union européenne, au fil des décennies, a réussi à construire un espace de paix et de prospérité commun à 27 peuples. Pour autant, son fonctionnement et sa place institutionnelle restent assez flous pour les Français, expatriés inclus.

    ©Carte Diploweb 2024: L'espace Schengen en 2024
    ©Carte Diploweb 2024: L’espace Schengen en 2024

    Car si, les résultats électoraux le démontrent, les Français sont attachés à une souveraineté de la France, nos compatriotes expatriés expriment une volonté d’européanisation de nombreux pans de notre société.

    Le grand changement de cette année, l’actualité internationale y poussant, c’est l’adhésion au projet de défense européenne. Parmi les 10 218 répondants, 58,47% d’entre eux, ont exprimé cette volonté.

    Quelles thématiques l'Union européenne devrait-elle prioritairement traiter selon vous ? (réponses multiples possibles)
    Quelles thématiques l’Union européenne devrait-elle prioritairement traiter selon vous ? (réponses multiples possibles)

    Mais le premier thème où l’UE doit prendre le leadership, selon les répondants (61,71%), reste l’Économie.  Les expatriés sont bien conscients que la dimension du marché européen est le premier atout de notre continent. Tous ensemble, nous restons, à 27, la première puissance économique. Ensuite, ce sont les problématiques communes qui s’imposent avec l’Environnement et la gestion des flux migratoires. Notons que les sujets sociaux, longtemps réservés au champ national, sont désormais aussi pensés au niveau européen. En tout cas pour plus d’un tiers des consultés.

    Cependant, si l’envie d’Europe est là, c’est le fonctionnement de ce mille-feuilles qui inquiète les Français de l’étranger. Ils sont près de 70% à ne pas être satisfaits ou assez informés de la coopération entre les institutions européennes et le gouvernement français.

    Selon vous, la coopération entre les institutions européennes et le gouvernement français est-elle efficace ?
    Selon vous, la coopération entre les institutions européennes et le gouvernement français est-elle efficace ?

    Au final, le bilan reste positif, puisque 47,92% ont pu bénéficier de l’adhésion de notre pays à l’Union européenne. Pour autant, le chemin reste long pour que celle-ci trouve sa place dans l’imaginaire collectif entre « bidule bruxellois » pour certains et nouvel Etat pour d’autres.

    Diriez-vous que l'Union européenne a un impact concret et positif dans votre vie quotidienne d'expatrié ?
    Diriez-vous que l’Union européenne a un impact concret et positif dans votre vie quotidienne d’expatrié ?
  • La nouvelle bataille de l’atome

    La nouvelle bataille de l’atome

    Selon Peter Thiel, un investisseur visionnaire de la Silicon Valley, les États-Unis font fausse route en privilégiant les logiciels, le software par rapport au hardware, et en privilégiant les applications au détriment de l’atome et de l’énergie. Il aime à rappeler que le Projet Manhattan — qui donna naissance à la première bombe atomique — incarnait la capacité de l’État américain à initier des avancées technologiques. La grande majorité des inventions qui aujourd’hui peuplent notre quotidien proviennent de technologies militaires initiées après la Seconde Guerre mondiale et durant la guerre froide. Il en est ainsi par exemple d’Internet.

    Une nouvelle génération de réacteurs nucléaires.  

    Dès 2015, Peter Thiel plaidait pour l’avènement d’une « nouvelle ère atomique » afin de produire une énergie propre et abondante. Dix ans plus tard, il compte parmi ses alliés des proches du président Donald Trump qui partagent cette vision. Faute de pouvoir compter sur l’appui de l’État, il a regroupé des investisseurs privés pour financer des projets centrés sur l’énergie nucléaire. Il a ainsi financé General Matter, une start-up ambitionnant de devenir la première entreprise privée américaine à enrichir de l’uranium.

    L’entreprise entend développer une technologie capable de produire de l’uranium enrichi à un niveau jusqu’à quatre fois supérieur aux standards commerciaux actuels, destiné à alimenter une nouvelle génération de réacteurs nucléaires. Le projet pourrait nécessiter des investissements représentant plusieurs milliards de dollars. General Matter promet de réduire la dépendance américaine à l’égard de l’uranium russe qui aujourd’hui, malgré les embargos, couvre une partie des besoins américains (35 % du combustible nucléaire américain proviennent de Russie).

    Une société à fort potentiel

    Elon Musk suit de près l’évolution de cette société qui entend profiter d’un programme du Département de l’Énergie (DOE) visant à produire du HALEU (High-Assay Low-Enriched Uranium), un combustible nucléaire enrichi entre 5 % et 20 %, destiné aux petits réacteurs modulaires (SMRs). Ces réacteurs sont considérés comme l’avenir de la filière nucléaire. Tout le HALEU utilisé aux États-Unis est actuellement d’origine russe.

    Maquette du mini-réacteur nucléaire de Naarea
    Maquette du mini-réacteur nucléaire de Naarea

    General Matter refuse de révéler la technologie d’enrichissement qu’elle développe, ni l’État où sera implantée son usine. Fin 2024, General Matter figurait parmi les quatre entreprises sélectionnées pour concourir à un contrat de 2,7 milliards de dollars pour la fourniture de HALEU au gouvernement. Elle figure aussi parmi les six prétendantes à un autre contrat portant sur du LEU, d’une valeur allant jusqu’à 3,4 milliards de dollars. L’entreprise s’attend à bénéficier d’un soutien plus important de la part de l’administration républicaine. General Matter a été longtemps dénigrée par les entreprises traditionnelles du secteur de l’énergie nucléaire. Appliquer les méthodes d’ingénierie de SpaceX au nucléaire, c’est prendre un risque dans un secteur où ce dernier est interdit.

    Founders fund, de Peter Thiel, finance des technologies audacieuses

    Peter Thiel est néanmoins considéré comme un investisseur avisé. Premier investisseur majeur de Facebook et de SpaceX, il a bâti une fortune de 16,5 milliards de dollars en sachant aller à contre-courant. Il a avec son fonds, Founders Fund, connu de nombreux succès en finançant des entreprises utilisant des technologies encore non éprouvées. Parmi elles, Palantir — fondée en 2003 pour aider à lutter contre le terrorisme, est désormais valorisée à 180 milliards de dollars. Anduril, fabricant d’armes autonomes qui a bousculé le complexe militaro-industriel américain, est valorisée à 14 milliards de dollars.

    Trae Stephens, associé de Founders Fund et cofondateur d’Anduril, estime que General Matter une pièce clé afin de doter l’Amérique des technologies énergétiques nécessaires pour battre la Chine dans la course à l’IA. Il souligne par ailleurs comme indispensable que Founders Fund travaille à la relocalisation d’autres maillons critiques, notamment les machines de lithographie en lumière extrême ultraviolette, indispensables à la fabrication des semi-conducteurs les plus avancés.

    Pour le moment, le business model de General Matter reste fragile. Sans une filière d’approvisionnement en HALEU, la construction de réacteurs avancés demeure difficile. Tant que la viabilité de ces réacteurs reste incertaine, produire du HALEU constitue un pari coûteux et spéculatif. Le soutien du Département américain de l’énergie vise à briser cet enchaînement.

    La chaine des petits réacteurs.

    Le 9 avril dernier, le ministère a annoncé fournir un premier lot de HALEU pour des petits réacteurs nucléaires. Mais il ne peut garantir ni l’avenir de ces réacteurs, ni celui d’une chaîne d’approvisionnement nationale pour l’uranium. Autre écueil pour la start-up trumpiste, les entreprises traditionnelles du secteur de l’énergie ne souhaitent pas abandonner la partie. Les trois autres entreprises retenues par le DOE pour produire du HALEU sont des acteurs confirmés ayant une expérience reconnue. Figurent les filiales américaines de deux groupes européens (Urenco, consortium des gouvernements britannique, néerlandais et allemand, Orano, entreprise publique française et Centrus Energy, société américaine). Centrus a produit en 2023 20 kg de HALEU, la première production nationale depuis 70 ans. General Matter espère faire mieux : produire plus, à moindre coût. Ses rivaux rappellent que l’entreprise n’a pas encore sollicité de licence auprès de la Nuclear Regulatory Commission, ce processus pouvant durer des années.

  • 09 mai : la Journée de l’Europe

    09 mai : la Journée de l’Europe

    Le 9 mai 1950, il y a 75 ans, Robert Schuman, alors ministre français des Affaires étrangères, a prononcé la célèbre déclaration qui porte son nom dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay à Paris. Il propose de mettre en commun les productions françaises et allemandes de charbon et d’acier sous une autorité internationale. C’est l’embryon de l’Union européenne. Ainsi depuis 1986, Le 9 mai est célébré dans toute l’Union européenne comme la Journée de l’Europe, en hommage à cette date fondatrice de la construction européenne.

    Une médaille pour les 75 ans d’unité et de coopération

    Le Parlement européen a décidé d’instituer un ordre européen du Mérite, première distinction de ce type remise par une institution de l’Union, a-t-il annoncé à l’occasion du 75e anniversaire de la déclaration Schuman. Cette nouvelle distinction civile récompensera les réalisations de personnes (et non d’organisations) qui ont apporté une contribution significative à l’intégration européenne, à la démocratie et aux valeurs fondamentales consacrées par les traités de l’UE.

    Robert Schuman
    Robert Schuman

    Presque tous les États membres de l’UE décernent déjà un ordre national du Mérite. Mais il n’en existe pas actuellement au niveau de l’UE. En remédiant à ce manque, le bureau du Parlement européen veut consolider l’identité européenne, « à une époque où les enjeux mondiaux nécessitent de faire preuve d’une plus grande unité ». « Cet ordre récompense ceux qui dirigent avec courage, agissent avec conviction et croient, comme Robert Schuman, que la paix, la démocratie et la dignité ne sont pas seulement des idéaux, mais doivent se traduire par des actes », a déclaré la présidente du Parlement, Roberta Metsola.

    Chaque année, jusqu’à 20 lauréats seront nommés à l’ordre par un comité spécial composé de la présidente du Parlement, de deux vice-présidents et de quatre personnalités européennes. Ces lauréats recevront un insigne et une barrette, ainsi qu’un certificat. La première cérémonie de remise de l’ordre devrait avoir lieu l’an prochain.

    Le joli mois de l’Europe 2025

    Le Joli mois de l’Europe étend les célébrations du 9 mai à l’ensemble du mois. Toutes les écoles d’Europe sont invitées pendant cette période à fêter l’Europe : actions pédagogiques, expositions, classes aux couleurs européennes, etc. 

    Le joli mois de l'Europe 2025
    Le joli mois de l’Europe 2025

    Les écoles et établissements scolaires sont encouragés à s’inscrire dans cette dynamique pour sensibiliser les élèves à l’histoire européenne. Notamment ses institutions, ses enjeux, ses richesses culturelles, sa diversité linguistique ainsi que les opportunités sociales et économiques qu’elle offre à ses ressortissants et, en particulier, à ses futurs citoyens. Cela peut être l’occasion pour les équipes éducatives d’organiser des activités autour du thème annuel. Ou encore de fêter les pays partenaires pour les établissements engagés dans un programme de coopération.

    Les ambassadeurs d’Erasmus+

    Des animations sur le thème du Joli mois de l’Europe sont proposées dans toute la France. Quelques exemples à Reims, Grenoble, Bordeaux et Douai.


    Agenda des événements des ambassadeurs Erasmus+

    Les actions Jean Monnet

    Ces actions du programme Erasmus+ visent une meilleure compréhension de l’Union européenne et du fonctionnement de ses institutions, dans l’enseignement scolaire, supérieur et dans la formation professionnelle.

    Drapeau et citoyens européens
    Drapeau et citoyens européens


    Actions Jean MONNET

    La plateforme eTwinning

    eTwinning est une action européenne du programme Erasmus+, qui permet aux enseignants de 46 pays participants de collaborer et de réaliser des projets d’échanges à distance avec leurs élèves, en utilisant des outils numériques gratuits et sécurisés.


    eTwinning

    Les « écoles ambassadrices », mieux comprendre le parlement européen


    Les écoles ambassadrices

    Le programme s’adresse aujourd’hui aux lycéens de la voie professionnelle (115 lycées). Il sera ouvert aux lycées généraux à la rentrée 2025. Les lycées peuvent participer à des formations et à des événements organisés par le Parlement européen.


    Ressources pédagogiques

    Le prix Hippocrène, donner envie d’Europe dès l’école

    Le prix Hippocrène récompense les meilleurs projets de partenariat européen conçus par les établissements scolaires.

    Remise du prix hippocrène 2025 au Parlement européen à Strasbourg
    Remise du prix hippocrène 2025 au Parlement européen à Strasbourg

    Des ressources pour comprendre et enseigner l’Union européenne

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