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  • TVA sociale : le retour d’un serpent de mer fiscal dans un État en surchauffe

    TVA sociale : le retour d’un serpent de mer fiscal dans un État en surchauffe

    Après les alertes lancées par la Cour des comptes, le Président de la République, Emmanuel Macron, et le premier ministre, François Bayrou, relancent l’idée controversée de la « TVA sociale ». Une mesure aussi technique que polémique, emblématique de la difficulté française à réformer notre pays en profondeur. Ce serpent de mer fiscal qui avait déjà fait surface en 2007 et 2012 est devenu l’indicateur chronique d’un État en surchauffe.

    Une Taxe sur la Valeur Ajoutée et sociale ?

    La « TVA sociale » désigne un mécanisme de financement de la sécurité sociale reposant sur une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), destinée à compenser une baisse des cotisations sociales, notamment patronales.

    En clair, l’idée est de faire peser moins lourdement le financement de la protection sociale sur les salaires, et davantage sur la consommation. Cela permettrait, selon ses défenseurs, de réduire le coût du travail, d’améliorer la compétitivité à l’export et de soutenir l’emploi. Mais cette ingénierie fiscale reste fragile. Si les cotisations baissent, les entreprises peuvent :

    • Augmenter les salaires (mais le pouvoir d’achat peut être annulé par la hausse des prix),
    • Baisser leurs prix (pour gagner des parts de marché),
    • Ou augmenter leurs marges (sans redistribution, donc sans effet économique positif).

    TVA sociale

    En France, la TVA rapporte déjà plus de 100 milliards d’euros à l’État et finance la sécurité sociale à hauteur de 57,47 milliards d’euros. Une part qui pourrait être appelée à augmenter… au prix d’un changement majeur dans la philosophie de la solidarité nationale.

    Danemark, Allemagne : des inspirations mal comprises ?

    Les expériences étrangères citées très souvent en exemple, le Danemark et l’Allemagne, ont été motivées par des contextes très différents de celui de la France.

    Au Danemark, la réforme menée à la fin des années 1980 s’inscrivait dans une stratégie de sortie de crise. Le pays, confronté à une explosion du chômage et à une perte de compétitivité, a choisi de relever la TVA à 25 % pour baisser en parallèle les cotisations sociales patronales. Résultat : plein emploi, croissance soutenue.

    TVA sociale

    En Allemagne, en 2007, l’augmentation de trois points de TVA décidée par le gouvernement Merkel avait pour objectif de réduire les cotisations chômage tout en accompagnant une série de réformes structurelles lancées au début des années 2000. Là encore, l’enjeu n’était pas de financer une dette sociale chronique, mais d’améliorer la compétitivité dans un cadre budgétaire maîtrisé.

    La transposition de ces modèles étrangers sans en comprendre les logiques risque moins d’améliorer notre compétitivité que d’ajouter de la confusion à un système fiscal déjà illisible.

    Certains Français détachés: les grands perdants de la mesure

    Le cas des Français travaillant à l’étranger avec un contrat à rémunération nette garantie, certes toujours plus rare, est absent du débat public. Pour ces salariés expatriés, toute baisse des cotisations sociales en France ne leur profite pas : leur employeur, tenu par le contrat de maintenir un salaire net fixe, réduit leur brut en conséquence. Résultat : moins de droits à la retraite, moins de couvertures chômage, sans aucune hausse de pouvoir d’achat. Une réforme censée aider l’emploi pénalise donc ceux qui le portent à l’international.

    La TVA : une mesure injuste et myope ?

    La TVA est une taxe proportionnelle et profondément inégalitaire. Elle touche tous les consommateurs au même taux, quels que soient leurs revenus. Résultat : elle pèse plus lourdement sur les foyers modestes, qui consacrent une part bien plus importante de leur revenu à la consommation.

    La TVA sociale, en transférant encore plus le financement de la protection sociale vers la consommation, aggrave cette injustice. Elle frappe les retraités, les chômeurs, les jeunes, bref : tous ceux qui ne bénéficient pas d’un allègement de charges salariales, mais paieront plus cher leurs achats.

    Sur le plan budgétaire, elle n’est qu’un expédient. En effet, la dette française est structurelle : elle résulte d’un écart durable entre dépenses et recettes. Miser sur un surcroît de TVA pour combler des déficits chroniques revient à colmater une brèche avec un seau troué. Enfin, le précédent créé par le gouvernement Fillon en 2012 reste dans les mémoires : la hausse de 1,6 point de TVA, destinée à compenser des baisses de charges sur les salaires proches du SMIC, avait été immédiatement abrogée par la majorité suivante, tant la mesure s’était révélée politiquement complexe.

    Réduire la dépense publique : une nécessité reportée

    L’idée d’une TVA sociale revient chaque fois qu’on refuse de poser la vraie question : celle de l’organisation et du périmètre de l’État.

    En 2024, le déficit budgétaire a dépassé 169,6 milliards d’euros, soit 9 milliards de plus que prévu. L’objectif était de réduire le déficit public à 4,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2024, il s’est finalement établi à 5,8 points de PIB. Le Haut Conseil des Finances Publiques (HCFP) souligne « un écart particulièrement élevé en l’absence de crise« , quand « cette dégradation n’était pas inéluctable« .

    Ainsi, la dette grimpe à 113% du PIB aujourd’hui. La Cour des comptes dénonce d’ailleurs, par la voix de son président Pierre Moscovici, une « gestion erratique et de pilotage à vue », des crédits gelés en urgence, et une impréparation chronique des lois de finances.

    La dette de la France qui se creuse

    Dans ce contexte, les dépenses de personnel apparaîtraient alors comme un levier central. La masse salariale représente plus de 21% des dépenses publiques. Or les effectifs ont crû de 23% entre 1997 et 2022, avec une explosion de +46% dans la fonction publique territoriale. En prenant la fonction publique territoriale pour seul exemple, une réduction de 0,5% par an des effectifs, soit environ 30 000 postes par an, permettrait d’économiser près de 10 milliards d’euros sur cinq ans. Cela suppose de ne pas remplacer une part des départs à la retraite, d’augmenter le temps de travail (aujourd’hui plus faible que dans le privé), et de revoir la répartition des missions.

    Cette approche impose aussi une réforme de la gouvernance locale : mutualisation entre collectivités, contrats de performance budgétaire, réduction des doublons entre communes et intercommunalités, hausse ciblée des cotisations à la caisse nationale de retraite des agents territoriaux (CNRACL).

    En effet, les collectivités locales pourraient être plus fortement incitées à limiter leurs recrutements suite à une hausse du taux de leurs cotisations au régime de retraite de leurs agents, la CNRACL. La réforme de 2023 de la CNRACL qui porte progressivement l’âge légal de départ à la retraite des agents des collectivités locales à 64 ans et la durée de cotisation requise pour obtenir une retraite au taux plein avant 67 ans et atteindre 43 annuités (172 trimestres) en 2027 n’a pas amélioré la situation.  La CNRACL devrait encore enregistrer un déficit qui pourrait atteindre 8,7 Md€ en 2027.

    La hausse des cotisations à la CNRACL ferait supporter aux collectivités locales et aux hôpitaux le vrai coût de leurs agents en y incluant des cotisations sociales d’un montant suffisant pour équilibrer les pensions conformément au principe de base d’un régime de retraite par répartition.

    Aussi, les dépenses de personnel ne sont qu’une piste et Christelle Morançais, présidente de la région Pays de Loire, a pris ce pari en donnant un tour de vis budgétaire pour les années 2025 et suivantes à sa région.

    Une exigence de transparence encore absente

    Au-delà de la question du niveau des dépenses, se pose celle, plus dérangeante encore, de leur transparence. Comme l’a récemment rappelé le député des Français de l’étranger Stéphane Vojetta, dans son entretien avec Lesfrancais.press du 20 mai dernier, le budget de l’État souffre d’un manque de lisibilité inquiétant. Certaines dépenses, notamment liées aux retraites de l’État, sont volontairement masquées dans les annexes budgétaires ou classées en dehors du périmètre officiel pour améliorer artificiellement les comptes.

    Quelle est la realité du budget de la France

    Dès lors, ce « mensonge comptable », dénoncé également par des magistrats financiers, fausserait ainsi le débat démocratique. Comment justifier une hausse d’impôt, fût-elle indirecte comme la TVA sociale, si les citoyens n’ont pas une vision claire et sincère de la réalité budgétaire de la France ? Tant que des pans entiers du financement public resteront en dehors des radars, toute réforme fiscale apparaîtrait illégitime.

    Conclusion : le vrai courage n’est pas fiscal, il est structurel

    La TVA sociale revient donc sur le devant de la scène faute d’avoir d’autres idées ? Elle est facile à mettre en œuvre, mais profondément injuste. Elle rassure les marchés, mais dégrade le pacte social. Elle permet de temporiser, pas de réformer.

    Les marges de manœuvre fiscales de la France sont épuisées. Les Français n’accepteront peut-être pas de nouveaux impôts ou hausses de taux. En se basant sur les informations précédentes, il serait donc temps d’envisager une action sur les dépenses, leur efficacité, leur transparence.

    La réforme de l’État, de sa masse salariale, de ses structures, de ses procédures, pourrait alors devenir la priorité nationale à l’instar de ce qu’ont fait nos voisins allemands, portugais ou espagnols ces dernières années. Ce ne serait donc pas les taux de TVA qu’il conviendrait d’ajuster, mais certains curseurs de courage, de responsabilité et de lucidité.

  • Pays-Bas : Chute du gouvernement d’extrême droite

    Pays-Bas : Chute du gouvernement d’extrême droite

    Moins d’un an après sa formation en juillet 2024, la coalition gouvernementale néerlandaise composée du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), du Parti pour la liberté (PVV), du Nouveau contrat social (NSC) et du Mouvement des citoyens-agriculteurs (BBB) s’est effondrée. Les Pays-bas se préparent à organiser de nouvelles élections.

    Politique migratoire

    Mardi 3 juin, Geert Wilders, leader du PVV, a annoncé le retrait de son parti du gouvernement, invoquant le refus de ses partenaires de coalition d’adopter son plan en dix points visant à durcir drastiquement la politique migratoire.

    Cette décision a conduit le Premier ministre Dick Schoof à présenter sa démission au roi Willem-Alexander mardi dans la soirée. La chute du gouvernement ouvre la voie à des élections législatives anticipées. Celles-ci auront probablement lieu après les vacances d’été, observe Sarah de Lange, professeure de pluralisme politique à l’Université d’Amsterdam, pour l’AFP.

    En attendant, le gouvernement actuel — composé des ministres des partis restants — expédiera les affaires courantes jusqu’à la formation d’un nouvel exécutif.

    Mardi 3 juin, Geert Wilders, leader du PVV, a annoncé le retrait de son parti du gouvernement, invoquant le refus de ses partenaires de coalition d’adopter son plan visant à durcir drastiquement la politique migratoire. ©EPA-EFE/ROBIN VAN LONKHUIJSE
    Mardi 3 juin, Geert Wilders, leader du PVV, a annoncé le retrait de son parti du gouvernement, invoquant le refus de ses partenaires de coalition d’adopter son plan visant à durcir drastiquement la politique migratoire. ©EPA-EFE/ROBIN VAN LONKHUIJSE

    Élections à la proportionnelle

    Les Pays-Bas, dont le système électoral proportionnel garantit qu’aucun parti ne peut émerger seul avec une majorité suffisante, se voient plongés dans un chaos politique sur lequel Geert Wilders entend capitaliser pour obtenir de meilleurs résultats que lors des élections de 2023. Mais il reste à voir si son retrait précipité de la coalition ne replongera pas simplement son parti dans l’opposition.

    Simon Otjes, politologue à l’Université de Leyde, considère qu’une coalition centriste est le scénario le plus probable à l’issue des prochaines élections. « Aucune majorité de partis n’est disposée à gouverner avec le PVV », affirme-t-il.Les sondages placent le PVV au coude-à-coude avec l’alliance entre les Verts et les sociaux-démocrates de l’ancien vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans, suivi de près par le parti libéral VVD.

    Frans Timmermans a qualifié Geert Wilders de « honte » pour le pays. « J’espère sincèrement que vous n’aurez plus jamais, au grand jamais, la moindre influence sur la gestion de ce pays », a-t-il fustigé. Il reste toutefois une incertitude : le VVD n’a pas explicitement exclu un nouvel accord avec le PVV de Geert Wilders.

    Dépenses de défense et soutien à l’Ukraine

    Cette onde de choc intervient alors que les Pays-Bas se préparent à accueillir un important sommet de l’OTAN les 24 et 26 juin, au cours duquel le président américain Donald Trump et le secrétaire général de l’OTAN, l’ancien Premier ministre néerlandais Mark Rutte, devraient demander aux pays d’augmenter leurs dépenses de défense.

    Souhaitant rassurer ses partenaires, le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Caspar Veldkamp, a affirmé mardi soir : « Nous restons pleinement déterminés à organiser le sommet de l’OTAN à La Haye. Nous nous réjouissons d’accueillir tous les Alliés le 24 juin. »

    « Nous restons engagés en faveur de la coopération et de la sécurité en Europe. Le soutien apporté par les Pays-Bas à l’Ukraine en est un élément essentiel », a-t-il également déclaré. Lors d’un débat parlementaire mercredi 4 juin, Dick Schoof s’est lui aussi engagé à maintenir le soutien à l’Ukraine et à respecter les engagements en matière de défense malgré la crise politique.

    Aux Pays-Bas, un gouvernement démissionnaire ne peut pas instaurer de nouvelles mesures mais peut poursuivre les politiques prioritaires avec le soutien du parlement.

    Sous le gouvernement actuel, le soutien politique et militaire de La Haye à Kiev devrait donc se poursuivre et pourrait même être renforcé par le départ de Geert Wilders, car celui que la presse qualifie souvent de « Trump européen », et dont les eurodéputés siègent aux côtés des fidèles de Viktor Orbán à Bruxelles, était le membre le moins favorable à l’Ukraine au sein de la coalition. Il s’opposait aussi à la hausse du budget de la défense, craignant des coupes dans les services publics, notamment la santé.

    Tom-Jan Meeus, journaliste pour le média néerlandais NRC, souligne le départ de « la seule personne qui s’opposait à l’augmentation des dépenses de défense » du gouvernement, affirmant aussi que « la plupart des membres de l’opposition sont plus favorables à un soutien fort à l’Ukraine que ne l’était [Geert] Wilders ».

    L’eurodéputé socialiste néerlandais Thijs Reuten a confié à Euractiv qu’« il y avait et qu’il y a toujours, sans [Geert] Wilders, une large majorité au parlement néerlandais en faveur du soutien à l’Ukraine et du renforcement de la défense ». « Le gouvernement néerlandais sortant a été trop absent ces derniers temps, trop divisé, et n’a pas investi dans l’Europe. Il est maintenant possible de changer cela », a-t-il ajouté.

  • Français du Monde-ADFE envoie des recommandations au gouvernement depuis le Sénégal

    Français du Monde-ADFE envoie des recommandations au gouvernement depuis le Sénégal

    La 3ème édition du « Printemps de la 9ème » s’est déroulée du 29 mai au 1er juin à Saly, au Sénégal. Cette université régionale rassemble, chaque année, les différentes sections de l’association Français du Monde – ADFE de la 9eme circonscription des Français de l’étranger. L’occasion de mettre sur la table les problématiques communes et spécifiques des pays de cette région, et aboutir à des recommandations à destination du gouvernement français. C’est, entre autres, ce que nous l’explique Cynthia Délabré, la coordinatrice de l’événement, au cours de cet entretien Lesfrancais.press.

    Lesfrancais.press : « Quel bilan faites-vous de la 3ème édition du Printemps de la 9ème circonscription des Français établis hors de France qui s’est déroulée à Saly ? »

    Cynthia Delabre : « Il s’agit incontestablement d’un bilan très positif pour notre communauté, nos élus et nos militants. Ces moments d’échange et de convivialité sont indispensables pour structurer efficacement notre action associative à l’échelle de toute la circonscription. Ils nous permettent de partager des enjeux communs, en particulier lorsqu’il s’agit de soutenir nos compatriotes les plus vulnérables, souvent premières victimes des coupes budgétaires imposées par le gouvernement sous le prisme de la dette et du déficit budgétaire.

    « L’avenir de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) constitue aujourd’hui l’une des principales préoccupations exprimées par les sections locales et par nos compatriotes à travers le monde »,

    Cynthia Delabre, Français du Monde – ADFE

    Enfermé dans une logique purement comptable, celui-ci réduit les moyens alloués à l’action sociale, alors même que les besoins en services publics de proximité comme l’éducation, la santé et l’action consulaire et diplomatique ne cessent de croître dans notre région en tensions et sous toutes les pressions géopolitiques.

    Conseillers des Français de létranger et membres du comité directeur de Français du Monde ADFE de la 9ème circonscription des Français établis hors de France
    Conseillers des Français de létranger et membres du comité directeur de Français du Monde ADFE de la 9ème circonscription des Français établis hors de France

    Au-delà de ces problématiques partagées dans l’ensemble des pays de la circonscription, le Printemps de la 9e constitue également une occasion précieuse de mettre en lumière les spécificités locales. Tous les pays ne sont pas exposés de manière égale aux enjeux sécuritaires, comme le démontrent les situations préoccupantes au Mali ou au Burkina Faso. Nos travaux ont ainsi pour objectif de définir une orientation commune et de formuler des recommandations concrètes sur les différents thèmes abordés. Ces propositions seront ensuite relayées et défendues par les parlementaires qui nous représentent.

    Lesfrancais.press : « L’accent a été mis sur la sécurité dans la région et au Sénégal en particulier. Est-ce à dire que c’est la préoccupation majeure des ressortissants français vivants au Sénégal ? »

    Cynthia Delabre : « Nous avons organisé cinq ateliers thématiques, dont l’un était spécifiquement dédié à la question de la sécurité dans l’ensemble de la circonscription. Au Maghreb et à l’exception de la Libye, les situations politiques se caractérisent par une stabilité relative, une paix civile et un contrôle assuré par les autorités locales de chaque pays. À ce stade, aucun risque majeur ne semble menacer ni la paix civile de nos ressortissants dans cette zone.

    « La CFE doit demeurer, un pilier de protection sociale et de cohésion républicaine pour les Français établis hors du territoire national »

    Cynthia Delabre, Français du Monde – ADFE

    En revanche, la situation est plus préoccupante dans le Sahel et dans le golfe de Guinée, où plusieurs pays sont confrontés à des crises politiques internes aux répercussions directes sur la sécurité des Français établis localement. Ces contextes se traduisent par des tensions diplomatiques ouvertes avec la France, des menaces terroristes sérieuses, des obstacles administratifs au séjour pour les agents consulaires ou les résidents français, ainsi qu’une recrudescence des plusieurs types de tensions.

    Participants de la 3eme édition du Printemps de la 9ème
    Participants de la 3eme édition du Printemps de la 9ème

    Dans certains cas extrêmes, ces conditions ont conduit à des départs contraints de compatriotes, voire à des évacuations encadrées par le Centre de crise, comme ce fut le cas au Niger. En Afrique de l’Ouest, deux grands pays d’accueil, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ont connu ou connaissent encore des épisodes politiques sensibles liés au contexte électoral. Toutefois, nos échanges sur le terrain ont permis de constater la vigilance des autorités locales en matière de sécurité publique. À cet égard, les autorités sénégalaises ont réservé un accueil particulièrement chaleureux et attentif à nos délégations lors du Printemps de la 9e. »

    Lesfrancais.press : « Qu’en est-il de la cohabitation entre ressortissants Français et Sénégalais au quotidien ? Le sentiment « anti français » s’est-il estompé ? »

    Cynthia Delabre : « Très honnêtement, ce n’est pas un sujet qui suscite d’inquiétude sur le terrain. Les Français installés au Sénégal sont, pour une grande partie d’entre eux, également de nationalité sénégalaise, ou mariés à des Sénégalais. Il existe entre les deux communautés un tissu de liens familiaux, culturels et historiques profonds. Ceux qui choisissent de s’installer depuis la France et ils sont de plus en plus nombreux, notamment parmi les retraités ou les descendants de la diaspora franco-sénégalaise, tous bénéficient d’un accueil à la hauteur de l’hospitalité de valeur du Sénégal.

    Cet accueil est d’autant plus chaleureux lorsque ces nouveaux arrivants font l’effort de s’intégrer, en apprenant les langues locales, en respectant les traditions, et en s’imprégnant des codes sociaux et culturels du pays. Le Sénégal est reconnu pour la chaleur de son accueil, et cette réalité se vérifie pleinement dans les relations humaines du quotidien. Il est donc essentiel de ne pas confondre certains discours politiques ou médiatiques sur la présence française en Afrique souvent amplifiés ou déformés à des fins idéologiques avec la réalité vécue par les milliers de Français qui résident au Sénégal. Les messages parfois hostiles relayés sur les réseaux sociaux ou dans certains espaces militants ne reflètent en rien l’ambiance générale ni les relations concrètes entre les populations. Il s’agit le plus souvent de constructions éloignées du vécu réel, nourries par des fantasmes ou des logiques de propagande. »

    Lesfrancais.press : « Est-ce que la rencontre qui s est déroulée en juin 2024 à Paris entre Emmanuel Macron et le président Sénégalais, Bassirou Diomaye Faye a permis de détendre l’atmosphère ? »

    Cynthia Delabre : « Vous pourriez adresser cette question à Madame l’ambassadrice de France au Sénégal ou à son homologue à Paris. Nous n’avons pas vocation à commenter les relations bilatérales. »

    Lesfrancais.press : « Comme lors de la 2ème édition du Printemps de la 9ème circonscription organisée à Rabat, en 2024, la CFE a occupé une place centrale lors des débats ? »

    Cynthia Delabre : L’avenir de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) constitue aujourd’hui l’une des principales préoccupations exprimées par les sections locales et par nos compatriotes à travers le monde. Ce sujet, loin d’être marginal, touche au cœur de la mission de solidarité nationale envers les Français vivant hors de France.

    Or, les choix budgétaires opérés par le gouvernement sont largement en décalage avec l’urgence des besoins financiers de la CFE dont le déficit dépasse les 45 millions d’euros (reports déficitaires cumulables des années 2022 et 2023) face à la faible contribution publique de seulement 700 000 euros pour un besoin de 25 millions par an. Aucune réponse à la hauteur n’a été apportée pour garantir la pérennité de cet outil fondamental.

    Débat lors de la 3eme édition du Printemps de la 9ème
    Débat lors de la 3eme édition du Printemps de la 9ème

    Face à cela, les parlementaires représentant les Français de l’étranger affiliés à notre association, tout comme les militants et les conseillers des Français de l’étranger, refusent que la mission de service public assurée par la CFE soit sacrifiée au nom de logiques purement comptables. La CFE ne doit pas être réduite à un rôle de prestataire d’assurance : elle est, et doit demeurer, un pilier de protection sociale et de cohésion républicaine pour les Français établis hors du territoire national. Dans une République indivisible et sociale, la justice sociale ne saurait être reléguée au second plan ni devenir la variable d’ajustement des politiques budgétaires.

    C’est précisément dans cet esprit que nous avons lancé, en mars dernier, une pétition nationale à l’initiative du siège de Français du Monde-ADFE, appuyée par l’appel public de notre député Karim Ben Cheïkh. Notre message est clair : la CFE accomplit une mission de service public essentielle, et nous dénonçons les tentatives récurrentes de certains acteurs de la transformer en simple opérateur privé, déconnecté des valeurs de solidarité et d’universalité. »

    Lesfrancais.press : « Durant les travaux et échanges, des pistes de solutions concernant la viabilité et la pérennité du financement de la CFE ont-elles donné lieu à des recommandations ? »

    Cynthia Delabre : « Nous avons évoqué avec inquiétude les hausses de cotisations, qui frappent de plein fouet l’ensemble des adhérents, mais en particulier les personnes âgées, souvent plus exposées sur le plan sanitaire et disposant de ressources limitées. Ce déséquilibre accentue les inégalités, là où la CFE devrait au contraire être un levier de solidarité intergénérationnelle. Il est donc impératif de mettre en place des solutions concrètes, durables et solidaires, à la hauteur des enjeux. Parmi les pistes sérieuses discutées figure celle du financement de la CFE par une fraction de la CSG-CRDS, ce qui serait légitime : de nombreux Français établis à l’étranger sont en effet soumis à ces prélèvements sur leurs revenus immobiliers ou fonciers en France, sans pour autant bénéficier d’un système de protection adapté. »

    Lesfrancais.press : « Avez-vous prévu de participer aux Assises de la protection sociales qui se déroulent jusqu’en octobre prochain ? »

    Cynthia Delabre : « Il est essentiel de participer activement aux Assises de la protection sociale. Nous appelons l’ensemble de nos compatriotes à s’y engager pleinement. Ce rendez-vous constitue une opportunité majeure pour faire entendre la voix des Français de l’étranger, trop souvent négligés dans les politiques sociales nationales.

    Conscients de cet enjeu, nous avons consacré trois ateliers spécifiques à l’élaboration d’une contribution collective aux travaux des Assises. Par ailleurs, lors de la dernière Assemblée des Français de l’étranger, qui s’est tenue à Paris en mars dernier, Français du Monde-ADFE a présenté au ministre délégué aux Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin, les conclusions et recommandations issues du Printemps de la 9e, qui avait déjà accordé une place importante aux enjeux sociaux d’avenir et à venir. Ce moment est crucial.

    « Si cette parole ne s’exprime pas clairement, le risque est grand que le gouvernement considère à tort qu’il n’y a ni urgence, ni problème »

    Cynthia Delabre, Français du Monde – ADFE

    Les Français établis hors de France doivent s’en emparer pour faire remonter leurs réalités concrètes comme les difficultés d’accès à la santé, les inégalités face aux bourses scolaires, le poids croissant du coût de la scolarité, les obstacles à la prise en charge du handicap, ou encore isolement des personnes âgées et perte d’autonomie.

    Si cette parole ne s’exprime pas clairement, le risque est grand que le gouvernement considère à tort qu’il n’y a ni urgence, ni problème. Or nous savons, nous, que ces sujets sont au cœur des préoccupations de terrain. La panoplie des problèmes rend vulnérables des centaines de familles et de personnes âgées et isolées qui soit peinent à scolariser leurs enfants dans le réseau d’enseignement français, soit renoncent à se soigner pour cause de non accès à une assurance santé adaptée, ou soit vivent en situation de handicap physique. »

    Lesfrancais.press : « Est-ce que la 4ème édition du Printemps de la 9ème est déjà en préparation ? »

    Cynthia Delabre : « Nous nous réjouissons déjà de cette 4e édition qui s’annonce fondamentale, à la veille des prochaines élections consulaires. Quel pays accueillera nos travaux l’an prochain ? Cela reste à définir tant les différentes sections sont enthousiastes et volontaires. Affaire à suivre ! »

  • France – Sénégal : le rêve africain existe-t-il toujours ?

    France – Sénégal : le rêve africain existe-t-il toujours ?

    Entrepreneur « créatif » dans l’âme, Jérémie Petit a quitté la France et Paris, sa ville natale pour poser ses valises au Sénégal, à Dakar (sa ville d’adoption) il y une dizaine d’années pour vivre « Le Rêve Africain ». Président des commissions des Industries culturelles et créatives (ICC) du Conseil national de l’Entrepreneuriat (CNE) et président de la commission des ICC (Industries culturelles et créatives) d’Eurocham Sénégal, il se définit comme « un entrepreneur à temps complet et un musicien à temps partiel ».

    Un pont entre Paris et Dakar

    Lesfrancais.press : « Quel regard porte le plus parisien du Sénégalais sur les relations France / Sénégal ? »

    Jérémie Petit :  « Mon regard est empreint d’espoir, de positivité et de réalisme. En arrivant ici, j’ai tout de suite été frappé par l’énergie, la jeunesse et la vivacité du tissu social. Il y a dans ce pays une forme de dynamisme brut, un désir d’avancer et de se réinventer, qui m’a immédiatement séduit. Je suis parisien de naissance, mais quand je me suis posé au Sénégal, j’ai vu un territoire en construction, un écosystème encore malléable, dans lequel il est possible de bâtir, d’innover, de contribuer.

    Le Parisien, et plus précisément le banlieusard, que je suis s’est dit : avant que Paris ne devienne Paris… il a bien fallu un commencement. Pourquoi ne pas participer, ici, à quelque chose qui se construit ?

    « Le monde nous appartient par la force de nos rêves et notre capacité à transformer les contraintes en ressources »

    Jérémie Petit, président de la commission des Industries culturelles et créatives d’Eurocham Sénégal

    Jérémie Petit_ DG Oxygen Africa et Président des Commissions des Industries culturelles et créatives du CNE et dEurocham Sénégal
    Jérémie Petit_ DG Oxygen Africa et Président des Commissions des Industries culturelles et créatives du CNE et dEurocham Sénégal

    À Paris, j’ai grandi loin des Grands Boulevards, « de l’autre côté du périph » et ça t’apporte une vision du monde débrouillarde que j’ai retrouvé ici : le monde nous appartient par la force de nos rêves et notre capacité à transformer les contraintes en ressources – portés par la volonté d’apporter notre pierre à l’édifice. Le Sénégal est en train d’écrire ses prochaines décennies. Le Sénégal n’est pas en voie de développement. Il est en développement, et tous les ingrédients sont là pour un

    Lesfrançais.press : « Vous sentez-vous parfaitement intégré dans la société sénégalaise ? »

    Jérémie Petit : « Je ne me suis jamais senti étranger ici. Le Sénégal est un pays d’accueil, dans le vrai sens du terme. L’hospitalité y est une valeur fondatrice. C’est un lieu où, si vous venez avec sincérité, vous serez écouté, observé, accepté.

    « Aujourd’hui, je ne vis pas au Sénégal : je vis avec le Sénégal »

    Jérémie Petit, président de la commission des Industries culturelles et créatives d’Eurocham Sénégal

    Encore une fois, grâce à mon parcours, j’ai toujours appris en observant, en m’adaptant et en allant à la rencontre de l’autre. Mais l’intégration ne va pas de soi, elle se construit. Elle demande du respect, de l’écoute, de la patience et, surtout, de la curiosité. Apprendre quelques mots de wolof, comprendre les subtilités culturelles, adapter sa posture en fonction des contextes… tout cela fait partie du processus. Cela vaut tant dans la vie personnelle que dans les dynamiques professionnelles. Aujourd’hui, je ne vis pas « au Sénégal » : je vis « avec » le Sénégal. Cette nuance est importante. »

    Lesfrançais.press : « Vous êtes perçu comme l’une des figures majeures de la culture créative au Sénégal. Qu’est-ce que cela représente pour vous ? »

    Jérémie Petit : « C’’est un honneur, mais surtout une responsabilité. Je suis arrivé au Sénégal avant que l’engouement pour les « repats » et les « expats » ne se généralise. À cette époque, il n’y avait pas de carte toute tracée, pas de mode. Il fallait oser, essayer, échouer parfois, recommencer souvent.

    Jérémie Petit DG Oxygen Africa
    Jérémie Petit DG Oxygen Africa

    À cette période, je suis venu avec une ambition simple : faire, créer, construire. Pas pour suivre une tendance, mais pour incarner une vision. L’audiovisuel, la communication, la musique, la mode : ce sont autant de terrains sur lesquels j’ai tenté de poser des fondations. J’étais jeune, passionné, avec une envie viscérale de créer : des images, du son, du lien. C’est ainsi qu’est née Oxygen Africa, puis African Victory, Dans Ta Zone, et d’autres projets qui m’ont permis d’exister dans un écosystème encore en gestation. Je tente d’apporter ce que je suis : un bâtisseur, un passeur et un entrepreneur qui connaît la réalité du terrain.

    Aujourd’hui, Dakar est devenu un carrefour incontournable des industries créatives en Afrique. Être considéré comme un acteur de cette dynamique est à la fois un honneur et une responsabilité. C’est à la fois un accomplissement personnel et un appel à continuer de structurer, d’ouvrir des portes, de faire émerger d’autres talents. »

    Lesfrancais.press : « Comment se déclinent vos engagements dans la culture ? »

    Jérémie Petit : « Ma trajectoire s’est construite autour d’une conviction : la culture n’est pas un supplément d’âme, c’est un moteur économique, social et identitaire. J’ai commencé comme artiste, puis j’ai compris que pour aller plus loin, il fallait structurer, investir, entreprendre. Cela m’a amené à fonder Oxygen Africa (audiovisuel), African Victory (musique), Dans Ta Zone (événementiel régional), et à contribuer dans un beau et prestigieux projet dans le secteur de la mode.

    Aujourd’hui, mon engagement passe aussi par l’institutionnel : je préside les commissions ICC du CNE et d’EUROCHAM Sénégal, accompagné par Jean Fall le Vice-Président des Commissions ICC, Neila Baba Aïssa Coordinatrice Générale et sous la supervision de Mohamed El Bachir Niang le Président Fondateur du CNE, deux espaces de plaidoyer et d’action où je m’efforce de faire entendre la voix des acteurs créatifs et culturels, de défendre leurs intérêts au plus haut niveau économique, et de contribuer à l’émergence d’une économie culturelle forte, autonome et durable. On a eu l’illustration dans de nombreux autres pays : le pouvoir du rayonnement culturel. Pourquoi ne pas hisser le Sénégal au plus haut rang ? »

    Jérémie Petit et les membres d'Eurocham Sénégal
    Jérémie Petit et les membres d’Eurocham Sénégal

    Lesfrançais.press : « Vous vous définissez comme un entrepreneur à temps plein et un musicien à temps partiel. Que voulez-vous dire par là ? »

    Jérémie Petit : « Je suis d’abord un artiste – autodidacte – devenu entrepreneur par nécessité. L’entrepreneuriat, c’est mon quotidien. C’est la rigueur, les rendez-vous, les budgets, la structuration des idées pour qu’elles deviennent des projets viables. C’est une posture exigeante, surtout dans un environnement en construction.

    « La semaine, je suis stratège, producteur, manager. Le soir venu, je redeviens créatif, rêveur, compositeur »

    Jérémie Petit, président de la commission des Industries culturelles et créatives d’Eurocham Sénégal

    Mais je n’ai jamais cessé d’être musicien. C’est ce qui m’équilibre. La musique, c’est mon souffle. Je lui consacre le temps qu’il me reste, souvent les vendredis soirs, les week-ends, les nuits. J’ai appris à cloisonner pour ne pas m’éparpiller. La semaine, je suis stratège, producteur, manager. Le soir venu, je redeviens créatif, rêveur, compositeur. Ce rythme me permet de rester connecté à ce que je suis profondément, tout en tenant mes engagements professionnels. »

    Lesfrancais.press : « Avez-vous parfois la nostalgie de la France, de Paris, de votre « banlieue » native ? »

    Jérémie Petit : « Oui, régulièrement. Je suis profondément attaché tant à Paris qu’à sa périphérie dans laquelle j’ai grandi. Ses cultures multiples et profondes, l’énergie intense qu’on y retrouve, et aussi ses contradictions. J’y ai mes repères, mes souvenirs, mes lieux préférés. Tout cela m’a façonné.

    J’aime aussi la France des campagnes, celle que l’on découvre en voiture, au fil des routes. J’ai un faible particulier pour la région champenoise, où se mêlent calme, élégance et terroir – un charme discret et intemporel que j’apprécie beaucoup.

    Mais cette nostalgie n’est pas un regret. C’est une richesse intérieure, un lien affectif. Elle me rappelle d’où je viens, ce qui m’a forgé… et ce que j’apporte aujourd’hui, ici, au Sénégal. »

  • France – Sénégal : quels partenariats stratégiques et commerciaux ?

    France – Sénégal : quels partenariats stratégiques et commerciaux ?

    Président du Comité Sénégal des conseillers du commerce Extérieur de la France depuis 2022, Frédéric Bardenet, « Dakarois » depuis 7 ans, opère dans le domaine de la mobilité urbaine, Des transports et de la formation. Dans cet entretien, il nous décrit notamment les partenariats stratégiques qui se développent entre nos deux pays.

    Les relations économiques franco-sénégalaises

    Lesfrancais.press : « Quelle appréciation globale faites-vous des relations économiques de la France au Sénégal ? »

    Frédéric Bardenet : « Des relations qui restent fortes, année après année. Premier investisseur avec un stock d’investissement étranger de plus de 2 milliards d’euros. Le Sénégal est la 3ème ou 4ème destination des investissements français dans la zone CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) et 2eme de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine), derrière la Côte d’Ivoire.

    « En matière de commerce extérieur, la France reste, selon les années le 1er ou le 2eme pays fournisseur du Sénégal »,

    Frédéric Bardenet Président du Comité Sénégal des CCE

    Frédéric Bardenet Président du Comité Sénégal des Conseillers au Commerce Extérieur
    Frédéric Bardenet Président du Comité Sénégal des Conseillers au Commerce Extérieur

    L’AFD (Agence Française de Développement) reste le premier bailleur bilatéral. En matière de commerce extérieur, la France reste, selon les années le 1er ou le 2eme pays fournisseur du Sénégal, derrière la Chine et devant le Nigeria, la Russie ou l’Inde. En un mot, l’un des principaux partenaires commerciaux du Sénégal. À l’échelle mondiale, le Sénégal est le 70ème partenaire commercial de la France. »

    Lesfrançais.press : « Les entreprises françaises sont très présentes dans le tissu économique Sénégalais, est-ce à dire que la relation économique entre les 2 pays est au beau fixe voire n’a jamais été aussi forte ? »

    Frédéric Bardenet : « Une relation forte qui se traduit sur le terrain avec un chiffre souvent cité de 270 entreprises sénégalaises à capitaux français – terme que je préfère à celui d’entreprises françaises.

    Des enquêtes sont en cours pour actualiser ces données. Le nombre est très certainement supérieur à 300. Les emplois dans ces entreprises représentent des dizaines de milliers d’emplois locaux, que l’on peut estimer à 10% de l’emploi formel. »

    Lesfrançais.press : « Cela peut paraître quelque peu surprenant au vu des annonces faites comme le retrait militaire français du Sénégal sur fond de tensions ? »

    Frédéric Bardenet : « Ne commentons pas chaque parole ou décision prise par les autorités sénégalaises. C’est à la commission mixte, mise en place, de communiquer sur le sujet. En revanche, les entreprises sénégalaises, et notamment celles à capitaux français, se sont mobilisées pour essayer de recruter ou accompagner le plus possible des employés sénégalais qui travaillaient pour les Éléments Français au Sénégal. »

    Frédéric Bardenet Président du Comité Sénégal des CCE
    Frédéric Bardenet Président du Comité Sénégal des CCE

    Lesfrançais.press : « En juin 2024, les présidents Emmanuel Macron et son homologue Bassirou Diomaye Faye ont annoncé la mise en place d’un nouveau partenariat bilatéral, plus équilibré, comment les entreprises françaises s’inscrivent-elles dans cette nouvelle dynamique économique ? »

    Frédéric Bardenet : « En octobre dernier, les nouvelles autorités sénégalaises ont annoncé leurs priorités au travers de la Stratégie 2050. Laissons les autorités sénégalaises et françaises décider des priorités du nouveau partenariat. Les entreprises sénégalaises à capitaux français continuent leurs activités, certaines au ralenti avec le gel de certains grands projets, d’autres avec la baisse de la consommation.

    « Dans un environnement international de plus en plus difficile, les relations économiques entre les deux pays restent bonnes »,

    Frédéric Bardenet Président du Comité Sénégal des CCE

    En février dernier, une délégation d’une trentaine d’entreprises françaises, pilotée par Medef International, est venue à Dakar. C’est le meilleur témoignage d’une envie persistante d’investir ou de co-investir, de nouer de nouveaux partenariats avec des entreprises sénégalaises. Co-investissement, développement et bienvenue ont été les 3 mots clés dans les discours des autorités. »

    Lesfrancais.press : « Est-ce que le sentiment « anti français » est perceptible pour les entreprises françaises au Sénégal ? »

    Frédéric Bardenet : Il ne faut pas s’arrêter à certains commentaires que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux. Certains propos ou attaques peuvent blesser, mais ce sentiment reste très minoritaire.

    À nous de plus communiquer sur le fait que les entreprises sénégalaises à capitaux français s’engagent fortement – et se différencient d’autres – dans les domaines de la formation et de la responsabilité sociétale !

    Lesfrançais.press : « Qu’en est-il de la perspective (court/ moyen / long terme) économique France/ Sénégal ? »

    Frédéric Bardenet : « Dans un environnement international de plus en plus difficile, les relations économiques entre les deux pays restent bonnes. Il peut y avoir des irritants ou des difficultés ponctuelles mais c’est loin d’être la tonalité dominante. On en parle peu, cela reste encore modeste à l’échelle française, mais il y a aussi des investisseurs sénégalais qui investissent en France. »

  • Le Fonds Monétaire International inquiet

    Le Fonds Monétaire International inquiet

    Depuis la survenue de la pandémie en 2020, l’économie mondiale peine à se stabiliser et à entrer dans un cycle de croissance. Le dernier rapport du Fonds Monétaire International (FMI) intitulé, Perspectives de l’économie mondiale – Mise à jour d’avril 2025, dresse un tableau sans fard. L’activité ralentit, ballottée entre replis protectionnistes, tensions sociales rampantes et épuisement des marges de manœuvre budgétaires en Occident.

    Un ralentissement généralisé : la normalité d’avant s’éloigne

    En 2025, la croissance mondiale ne devrait atteindre que 2,8 %, soit un repli de 0,5 point par rapport aux projections établies en janvier. Pour 2026, elle est attendue à 3 %, bien en deçà de la moyenne des deux décennies ayant précédé la pandémie (3,7 % entre 2000 et 2019). Cette décrue traduit le passage d’un monde en expansion à un monde en friction où la politique économique peine à arbitrer entre stimulation et précaution, entre court terme et soutenabilité. À des degrés divers, le ralentissement touche l’ensemble des régions.

    Dans les économies avancées, la croissance devrait plafonner à 1,4 %. Les États-Unis, en première ligne du basculement protectionniste, ne feraient pas mieux que 1,8 %, soit près d’un point en deçà des anticipations précédentes. Les États-Unis, qui enregistraient une croissance de près de 3 % ces dernières années entrent dans le rang en raison de la mise en œuvre d’une politique commerciale protectionniste.

    Dans la zone euro, avec une croissance attendue à +0,8 %, le recul est plus mesuré (-0,2 point) mais symptomatique d’une économie toujours engluée dans ses rigidités structurelles et confrontée à la baisse de la demande extérieure. L’Europe est, par ailleurs, handicapée par le vieillissement de sa population.

    Du côté des pays émergents et en développement, le ralentissement est moins brutal, mais d’autant plus préoccupant qu’il affecte des économies encore fragiles. La croissance attendue y serait de 3,7 % en 2025, contre 3,9 % en 2026.

    La Chine fait partie des pays les plus touchés par les nouvelles barrières tarifaires américaines, renouant avec une forme de vulnérabilité stratégique que Pékin avait pourtant cherché à conjurer depuis deux décennies.

    Retour du protectionnisme : un siècle d’ouverture remis en question

    Le basculement amorcé depuis plusieurs années s’est brutalement accéléré. Le 2 avril 2025, les États-Unis ont levé une barrière tarifaire quasi généralisée, visant la quasi-totalité de leurs partenaires commerciaux. D’un niveau inédit depuis les années 1930, ces droits de douane ont fait l’effet d’un choc mondial. Mais au-delà du choc tarifaire lui-même, c’est l’imprévisibilité de l’action publique américaine qui inquiète le plus les acteurs économiques. L’abandon des cadres multilatéraux, les revirements fréquents, la diplomatie commerciale à la hache, la primauté donnée au rapport de force sur la prévisibilité, fragilisent la capacité même à formuler des projections macroéconomiques cohérentes.

    Le Fonds Monétaire International (FMI) a ainsi été contraint de construire non pas un mais plusieurs scénarii de référence, intégrant une montée rapide des tensions commerciales. L’un de ces scénarios, désormais central, aboutit à une révision cumulée de 0,8 point de croissance mondiale sur deux ans. Une perte sèche équivalente à plusieurs centaines de milliards de dollars d’activité non réalisée.

    Inflation persistante, marges de manœuvre réduites

    Si l’inflation recule, son reflux est plus lent qu’escompté. En 2025, l’inflation mondiale devrait s’élever à 4,3 %, pour s’établir à 3,6 % en 2026. Une décélération bien modeste, alimentée par des pressions toujours vives sur les prix des services, des salaires, des matières premières stratégiques, et des intrants industriels.

    Les révisions à la hausse des taux d’inflation concernent principalement les pays avancés, alors que les émergents, eux, bénéficient de légères corrections à la baisse. Cette asymétrie complique le pilotage monétaire global. Les banques centrales des pays développés doivent maintenir des taux élevés plus longtemps, au prix d’un affaiblissement de l’investissement productif.

    Dans les pays émergents, l’accès aux marchés de capitaux devient plus risqué, voire prohibitif, pour les États les plus endettés.

    Des tensions latentes aux risques systémiques

    Le rapport met en lumière la multiplication des zones de vulnérabilité. À la crise commerciale, s’ajoutent des déséquilibres démographiques, avec le vieillissement accéléré de la population dans les pays du Nord, une pénurie de main-d’œuvre étrangère due à des politiques migratoires restrictives, une crise latente du coût de la vie dans plusieurs pays du Sud et l’épuisement des marges de manœuvre budgétaires, alors que les besoins de sécurité (alimentaire, énergétique, militaire) augmentent.

    Le risque d’une instabilité financière d’ampleur systémique doit être pris en compte. Une réévaluation brutale des actifs, des tensions monétaires, une fuite des capitaux, notamment en Afrique subsaharienne ou en Amérique latine, pourraient générer une crise financière.

    Un espoir conditionné à la coopération

    À rebours de cette spirale déflationniste et fragmentée, le rapport esquisse les contours d’un scénario plus optimiste, mais conditionné à une désescalade tarifaire et à un retour du dialogue multilatéral. Il appelle à une clarification des règles commerciales, à des efforts coordonnés de restructuration des dettes souveraines, et à des plans budgétaires crédibles à moyen terme, capables de concilier soutenabilité et équité.

    Les réformes structurelles sont désormais incontournables et doivent porter à la fois sur les marchés du travail, les financements de la transition énergétique, les systèmes de retraites, mais aussi – et surtout – sur les institutions multilatérales elles-mêmes.

    Le monde ne peut espérer une croissance stable s’il continue de dériver sans gouvernail commun. Ce rapport du Fonds Monétaire International (FMI) d’avril 2025 marque une inflexion majeure dans la lecture des dynamiques économiques mondiales. Ce n’est plus seulement l’ampleur des chocs qui inquiète, mais leur conjonction, leur réversibilité incertaine et la difficulté croissante des États à y répondre collectivement. La croissance n’est plus un acquis, elle devient un équilibre instable, entre tensions commerciales, blocages démographiques et incertitudes.

  • Promofemmes : Grand Prix 2025 pour l’Apprentissage du Français

    Promofemmes : Grand Prix 2025 pour l’Apprentissage du Français

    La Fondation Charles Defforey – Institut de France remet chaque année un Grand Prix de 100 000 euros dédié à l’apprentissage du français. Ce prix prestigieux récompense une organisation dont l’action renforce la maîtrise de la langue française comme levier de progrès social, en métropole comme en outre-mer. Il est décerné sous la présidence d’un membre de l’Académie française, garant de la rigueur et de l’excellence linguistique.

    En 2025, c’est l’association Promofemmes qui se voit décerner cette distinction pour son action exemplaire en faveur des femmes allophones, dans une dynamique inclusive et solidaire.

    Une pédagogie au service de l’inclusion

    Confrontée à une demande croissante, Promofemmes a structuré ses formations autour d’une méthodologie harmonisée favorisant la participation active des apprenantes. L’oral est au cœur des premiers niveaux (jeux de rôles, dialogues, mises en situation), tandis que l’écrit est introduit progressivement dans les niveaux plus avancés (poèmes, récits, grammaire).

    Les réunions pédagogiques et l’usage d’outils numériques renforcent l’efficacité de l’accompagnement, tout en maintenant une atmosphère conviviale et motivante. Chaque thématique abordée est construite en lien avec la réalité quotidienne des participantes.

    Des actions concrètes et structurantes

    Les chiffres clés de l’activité de Promofemmes :

    • 5 groupes d’alphabétisation, encadrés par 8 bénévoles ;
    • 9 groupes de FLE/FLI (du niveau A1.1 au B2), animés par 16 bénévoles ;
    • 3 ateliers « École des parents » dans les établissements scolaires partenaires ;
    • 1 atelier mères-enfants pour les femmes sans solution de garde.

    Des sorties pédagogiques et culturelles viennent compléter les apprentissages, favorisant l’ouverture culturelle, la mobilité et la confiance en soi.

    L'association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d'accueillir et d'accompagner des femmes provenant de tous pays
    L’association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d’accueillir et d’accompagner des femmes provenant de tous pays
    L'association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d'accueillir et d'accompagner des femmes provenant de tous pays
    L’association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d’accueillir et d’accompagner des femmes provenant de tous pays
    L'association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d'accueillir et d'accompagner des femmes provenant de tous pays
    L’association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d’accueillir et d’accompagner des femmes provenant de tous pays

    Une francophonie solidaire et vivante

    Ce prix 2025 met en lumière le rôle décisif des associations de terrain dans la transmission du français comme langue de l’intégration et de la dignité. Il rend hommage à l’engagement des bénévoles de Promofemmes, à l’efficacité de salariés à la fois médiatrice et traductrice, et à l’impact durable du travail de tous sur les parcours de vie des apprenantes.

    Pour en savoir plus – cliquez sur les boutons


    Promofemmes


    Fondation Charles Defforey –IF


    Académie française


    Le français langue d’intégration


    promofemmes

    Thierry Labbé, Directeur de l’association Promofemmes

    Lesfrancais.press : Monsieur le directeur, quelle a été votre première réaction après avoir reçu ce prix ?

    Une immense émotion. Et aussi un peu de surprise. On avait déjà déposé cinq fois un dossier pour ce prix. Donc le recevoir cette année était une joie sincère et réelle. Je dirige l’association depuis 6 ans et c’est parfois compliqué. Nous fonctionnons avec une formidable équipe de bénévoles qui accompagnent toutes ces femmes qu’on reçoit depuis 30 ans. C’est une récompense pour l’équipe et pour toutes ces femmes.

    Thierry Labbé, Directeur de l’association Promofemmes.
    Thierry Labbé, Directeur de l’association Promofemmes.
    Lesfrancais.press : Les temps sont-ils difficiles pour les associations dédiées à l’interculturalité face à la montée d’ idées extrémistes ou xénophobes ?

    Le combat qu’on a avec les autres associations pour accueillir « l’autre » à part entière est collectif. Nous avons face à nous des femmes qui ont une réelle envie de s’intégrer en France. D’apprendre et de comprendre le pays d’accueil. Nous leur rappelons à notre niveau que si elles ont le droit de s’installer elles ont aussi des devoirs. Ce discours de responsabilité est bien entendu. Ce prix servira  de soupape pour les temps à venir. En cas de coup dur, de virage politique, nous aurons les moyens de voir venir.

    Lesfrancais.press : Parmi les programmes il y a ceux d’alphabétisation, les programmes de FLE classiques mais aussi des programmes dédiés aux mamans. Pouvez-vous nous les expliquer ?

    On revient d’abord aux bases. On rappelle aux mamans, issus de culture parfois très différentes, que l’enfant doit être scolarisé de façon obligatoire. Un enfant doit aller à l’école et peut aller en crèche pour que la maman puisse se reposer et  apprendre.  Les cours de français pour ces mamans sont donc à la fois organisés pendant le temps scolaire ou, quand les enfants ne sont pas scolarisés, avec ces mêmes enfants. C’est un plus grand défi d’apprendre dans ces circonstances mais on fournit aussi cette possibilité.  L’idée avec « l’école des parents » est que l’on puisse faciliter la réussite scolaire des enfants en impliquant les deux parents quand le papa est présent en France. C’est souvent la seule occasion d’impliquer les pères que l’on a.

    L'association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d'accueillir et d'accompagner des femmes provenant de tous pays
    L’association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d’accueillir et d’accompagner des femmes provenant de tous pays
    L'association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d'accueillir et d'accompagner des femmes provenant de tous pays
    L’association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d’accueillir et d’accompagner des femmes provenant de tous pays
    L'association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d'accueillir et d'accompagner des femmes provenant de tous pays
    L’association Promofemmes, fondée en 1994, a pour mission d’accueillir et d’accompagner des femmes provenant de tous pays
    Lesfrancais.press : Quels sont les pays ou les zones les plus représentés ?

    Les femmes de notre association viennent principalement du Maghreb. Mais nous avons aussi beaucoup de femmes venues de l’Afrique de l’Ouest et qui fuient des zones instables. Ensuite il y a une grande diversité. Le proche et le Moyen orient, l’Amérique du Sud aussi. On peut parler de présences venues des cinq continents et on revendique environ 56 nationalités dans l’association.  Aujourd’hui par exemple on a reçu une femme venant d’Haïti et parlant le créole de ce pays qui est très éloigné du créole des DOM TOM. Les flux varient en fonction de l’époque. Nous avons eu ainsi des femmes roumaines et bulgares au début des années 2000. Plus récemment des femmes venues d’Ukraine mais qui pouvaient se retourner vers d’autres dispositifs que le nôtre. Maintenant c’est davantage la corne de l’Afrique qui est représentée avec des trajectoires dramatiques de femmes qui ont parfois dû fuir en laissant leurs enfants derrière elles. Elles arrivent avec leurs valises et souvent sans rien. Avec une demande urgente de se reposer et d’apprendre le français.

    Lesfrancais.press : Merci pour votre engagement et votre action.

    La vidéo des 30 ans de Promofemmes avec 30 portraits de bénéficiaires

  • TikTok interdit le hashtag « SkinnyTok » dans le monde entier sous la pression de la France

    TikTok interdit le hashtag « SkinnyTok » dans le monde entier sous la pression de la France

    TikTok a interdit le hashtag « SkinnyTok », faisant la promotion de la maigreur extrême, sur le réseau social dans le monde entier en réponse aux pressions du gouvernement français.

    Cette décision intervient à l’issue d’un examen approfondi de l’usage du mot-clé « SkinnyTok », souvent associé à des vidéos glorifiant la maigreur extrême ou encourageant des pratiques de perte de poids malsaines.

    Paris a revendiqué une victoire majeure dimanche 1er mai après que la plateforme a confirmé avoir interdit le hashtag. « C’est une première victoire collective […] Le combat pour protéger nos enfants en ligne ne s’arrête pas là. Et je ne lâcherai rien »s’est réjoui la ministre française chargée du Numérique, Clara Chappaz, sur X.

    Un porte-parole de TikTok a confirmé à notre partenaire, Euractiv, lundi 2 mai que l’interdiction du hashtag était «  appliquée à l’échelle mondiale »Selon celui-ci, cette décision s’inscrit dans le cadre de la révision régulière des dispositifs de sécurité de la plateforme, le mot-clé étant « lié à des contenus encourageant une perte de poids malsaine ».

    Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. ©EPA-EFE/MICHEL EULER

    Et la Commission européenne ?

    Mais l’affaire soulève des questions quant à la crédibilité de la Commission européenne en tant que garant du respect des règles appliquées au secteur technologique, le gouvernement français ayant choisi de faire pression directement sur TikTok plutôt que d’impliquer l’exécutif européen.

    Clara Chappaz s’était rendue à Dublin le mois dernier pour rencontrer l’équipe Trust and Safety de TikTok. Sur LinkedIn, elle indique qu’elle était accompagnée du président de l’Arcom, Martin Ajdari, qui supervise la mise en œuvre nationale du règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), et Marie-Laure Denis, responsable de l’autorité française de protection des données, la CNIL.

    La seule représentante au niveau européen était la députée européenne française Stéphanie Yon-Courtin, du groupe libéral Renew Europe. Aucun représentant de la Commission n’était présent. La Commission a déclaré que l’exécutif européen « restait en contact » avec les autorités françaises concernant l’application du DSA.

    Bien que cette décision marque un succès majeur pour la modération des contenus et la protection des mineurs — deux priorités souvent soulignées par la commissaire européenne aux Technologies Henna Virkkunen —, celle-ci est restée silencieuse jusqu’à présent sur les dérives associées au mot-clé « SkinnyTok ».Pourtant, l’exécutif européen entend protéger les enfants en ligne, la Commission ayant par exemple ouvert une enquête sur TikTok en vertu du DSA axée sur la protection des mineurs en février 2024.

  • Frédéric Petit : pourquoi il a voté contre le droit à l’aide à mourir ?

    Frédéric Petit : pourquoi il a voté contre le droit à l’aide à mourir ?

    Alors que la loi sur le droit à l’aide à mourir a été adoptée à l’Assemblée nationale, certains parlementaires ont fait le choix de s’y opposer, parmi eux, Frédéric Petit, député des Français d’Allemagne, d’Europe centrale et des Balkans. Dans une interview accordée à Lesfrancais.press, l’élu MoDem explique pourquoi il a voté, en conscience, contre ce texte de loi : « personnellement, cette loi ne m’offre pas de droit nouveau puisque je refuserai de l’utiliser. En revanche, elle ne réduit pas ma liberté de conscience. »

    Frédéric Petit_ lors dun des séminaires citoyens
    Frédéric Petit lors d’un des séminaires citoyens

    Lesfrancais.press : « Frédéric Petit, vous avez mené un travail important sur la question de la fin de vie, notamment en recueillant les témoignages de vos concitoyens dans votre circonscription. Pourtant, vous avez voté contre le texte relatif au « droit à l’aide à mourir » en première lecture par l’Assemblée nationale. En quoi ne correspondait-il pas à vos convictions ? »

    Frédéric Petit : « À travers mes votes, j’ai essayé de prendre une décision de législateur, dans l’intérêt supérieur de la nation, en faisant abstraction de mes choix philosophiques et spirituels. Sur le plan personnel, je continue à penser, peut-être simplement à espérer, que je ne serai jamais amené à renier une vie que l’on m’a donnée, dont je suis responsable mais non propriétaire. Personnellement, cette loi ne m’offre pas de « droit nouveau » puisque je refuserai de l’utiliser. En revanche, elle ne réduit pas ma liberté de conscience.

    Mais j’ai également conscience que beaucoup de mes concitoyens n’ont pas les mêmes convictions que moi, et que je légifère aussi pour eux. Mon vote contre ne tient donc pas à mes « convictions personnelles ». D’un autre côté, l’objectif de mes séminaires citoyens n’est pas de venir « prendre des consignes » pour m’exonérer de la responsabilité personnelle et constitutionnelle de mes choix, de mes votes. Et de toute façon, ce que vous appelez les « témoignages » de mes concitoyens étaient très largement partagés…

    Je reconnais d’ailleurs la difficulté actuelle d’exprimer sa compassion envers ceux qui souffrent de façon inexorable ainsi que celle d’assumer leur responsabilité pour certains médecins, soignants, proches, quand la demande est insistante et légitime. Ce qui a finalement présidé à mon vote, c’est que, selon moi, la solution aux situations de fin de vie, même douloureuses, ne relève pas de la loi. Ces décisions ont fondamentalement trait à l’intime, aux convictions profondes de chacun d’entre nous. Je ne suis pas convaincu que la loi doive « interdire ou permettre » le choix, quel qu’il soit, des personnes confrontées à cette question vertigineuse.

    « J’ai tout à fait conscience qu’avec ce vote, je ne réponds pas à ceux qui souhaitaient que le législateur les accompagne dans ce devoir de compassion et de responsabilités contradictoires ».

    Frédéric Petit, député des Français établis hors de France

    D’ailleurs, les situations dont nous parlons lors de nos débats en hémicycle et dont j’ai moi-même fait l’expérience dans ma vie, n’auraient en rien été transformées par le fait que cette loi ait déjà été votée ou pas. J’ai tout à fait conscience qu’avec ce vote, je ne réponds pas à ceux, et ils sont nombreux, je le sais, qui souhaitaient que le législateur les accompagne dans ce devoir de compassion et de responsabilités contradictoires.

    Je pense cependant que la réponse doit préserver le caractère intime de la discussion avec soi-même, familiale, le caractère à tout le moins confidentiel d’un professionnel avec son patient. Il faut respecter ce que chaque personne concernée a de plus précieux : sa liberté et sa responsabilité personnelles. »

    Lesfrancais.press : « Bien que le vote se fasse en conscience, s’opposer à un tel texte n’est-ce-pas faire reculer le sujet de « l’aide à mourir » dans notre pays, alors que de nombreuses personnes attendent en France une telle loi ? »

    Frédéric Petit. : « Le texte sur le droit à l’aide à mourir a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, malgré le vote en conscience contre de certains parlementaires dont je fais partie. Il est désormais entre les mains des sénateurs.

    Donc, s’il poursuit favorablement son parcours législatif, ce droit sera définitivement inscrit dans la loi. Il y a une majorité vraisemblablement pour adopter cette disposition et je le rappelle, la liberté de conscience est un droit fondamental qui est clairement respecté par ce texte. »

    Lesfrançais.press : « Pensez-vous que le Sénat, qui doit désormais examiner le texte, pourrait l’amender et y intégrer des propositions plus proches de vos idées ? »

    Frédéric Petit : « Avant tout, ce que je souhaite, c’est que les débats au Sénat soit à la hauteur de ce qu’ils ont été dans notre assemblée : dignes et respectueux. Les débats doivent être à la hauteur de notre démocratie.

    « Certes, j’ai voté contre ce texte mais j’affirme que telle qu’il sort de l’hémicycle, il ne donne aucun droit à personne de tuer qui que ce soit ».

    Frédéric Petit, député des Français établis hors de France

    Certes, j’ai voté contre ce texte mais j’affirme que telle qu’il sort de l’hémicycle, il ne donne aucun droit à personne de tuer qui que ce soit ; Les garde-fous, augmentés et débattus en séance sont solides ; ils ne permettent ni de dévoyer la loi et d’en faire une loi autorisant le meurtre, ni n’ouvrent la voie à une civilisation de la mort et de l’eugénisme, comme certains de ses détracteurs ont voulu le faire croire. »

    Lesfrançais.press : « Enfin, de quelle manière les Français de l’étranger sont-ils concernés par la loi adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale ? Existe-t-il des informations spécifiques dont les expatriés doivent avoir connaissance dans la perspective d’intégrer les dispositifs prévus ? » 

    Frédéric Petit : « On m’a souvent posé cette question. Dans ce domaine, les Français sont soumis aux lois de leur pays de résidence, bien entendu, de même que la loi française s’appliquerait, si elle était votée, à tous les résidents en France, même ceux ne disposant pas de la citoyenneté française. Je ne pense donc pas que les Français installés à l’étranger soient directement concernés, à part dans le fait que beaucoup d’entre eux s’intéressent à la situation de notre pays, et participent à l’aventure de notre nation, même sans résider en France. »

  • Droits de douane américains : les effets boomerang

    Droits de douane américains : les effets boomerang

    Le Président américain passe de la carotte au bâton et inversement à grande vitesse. Après avoir promis des droits dits « réciproques » le 2 avril dernier, pouvant atteindre 70 % voire plus, il a annoncé un moratoire jusqu’au 9 juillet prochain, se limitant à des droits de 10 %. Après avoir institué des droits sur les produits chinois pouvant atteindre 145 %, il les a finalement fixés à 30 %. Il a annulé ceux sur l’électronique et les pièces automobiles. Puis, il a promis des droits de 50 % sur certains produits à compter du 1er juin prochain avant d’ouvrir une nouvelle fenêtre de négociations… Compte tenu de la dépendance des États-Unis vis-à-vis des produits importés, de plus en plus d’acteurs économiques estiment que le Président américain dispose de marges de manœuvre limitées. Ses sautes d’humeur auraient de moins en moins d’effets sur ses partenaires ou concurrents…

    En 2024, les importations de biens représentent 15 % du PIB et 32 % de la valeur ajoutée manufacturière des États-Unis. La dépendance est forte en matière de biens intermédiaires (acier, aluminium), d’automobiles, de composants électroniques et de biens de consommation. Elle est également importante pour les métaux rares. L’instauration de droits de douane élevés entraînerait une hausse de l’inflation, accompagnée d’un recul de la consommation des ménages en raison de la faible indexation des salaires sur les prix. Or, Donald Trump a notamment été élu sur le thème de la défense du pouvoir d’achat. L’alourdissement des droits de douane menace donc la croissance aux États-Unis qui dépend de la consommation.

    Les États étrangers connaissent la dépendance américaine aux importations.

    Avec sa politique, le Président américain estime qu’il obtiendra des concessions importantes de la part des partenaires commerciaux, concessions qui profiteront aux Américains en termes d’emplois et de salaires. Mais les États étrangers connaissent la dépendance américaine aux importations et ne sont donc pas disposés à satisfaire les exigences de Donald Trump.

    Sa volonté de réindustrialisation se heurte à plusieurs contraintes. Les compétences de la main-d’œuvre américaine sont relativement faibles. Les États-Unis sont pratiquement au plein-emploi, ce qui limite les possibilités d’installation de nouvelles usines, d’autant plus que Donald Trump entend restreindre l’immigration. Le taux de chômage se situe autour de 4 % depuis 2022.

    La désindustrialisation de ces dernières années résulte avant tout d’une spécialisation dans les services, notamment dans les technologies de l’information et de la communication. La valeur ajoutée manufacturière est passée de 11,5 % du PIB à 10,2 % entre 2010 et 2024. Celle des TIC a atteint 8,4 % en 2024, contre 4,5 % en 2014.

    Dans plusieurs domaines, la Chine est en position de force vis-à-vis des États-Unis. Elle est à l’origine de plus de 70 % de la production mondiale de terres rares (cérium, lanthane, néodyme, dysprosium, thallium, praséodyme) et détient 37 % des réserves mondiales (devançant le Brésil, l’Inde, l’Australie, la Russie et le Vietnam). La part de marché de la Chine dans le raffinage des terres rares est encore plus élevée : 85 % pour les terres rares légères et 100 % pour les terres rares lourdes. Bien que les États-Unis disposent de la mine de Mountain Pass en Californie, qui a produit environ 15 % de l’offre mondiale en 2020, une grande partie du concentré extrait y est envoyée en Chine pour y être raffiné, faute d’infrastructures domestiques. Les États-Unis ont décidé de créer des unités de raffinage, mais celles-ci ne seront opérationnelles qu’à partir de 2027. À ce jour, environ 70 % des importations américaines de terres rares proviennent de Chine.

    Pour certains éléments spécifiques, la dépendance est encore plus marquée : les États-Unis dépendent à 100 % des importations pour l’yttrium, dont 93 % proviennent de Chine.

    L’Union européenne peut-elle importer davantage de produits américains ?

    L’Union européenne se trouve dans une situation différente de celle de la Chine. Elle exporte des biens concurrents de ceux fabriqués aux États-Unis : avions, voitures, médicaments, produits agroalimentaires, etc. En raison de coûts similaires à ceux des États-Unis, les entreprises européennes ne peuvent guère réduire leurs marges pour compenser la hausse des droits.

    L’Union européenne peut-elle satisfaire les revendications de Donald Trump en important davantage de produits américains ? Elle importe déjà des États-Unis de l’énergie (pétrole, produits raffinés et gaz naturel : 56 milliards de dollars en 2024), des produits médicaux et pharmaceutiques, des médicaments (45 milliards), des moteurs (27 milliards), des avions (18 milliards), des voitures (8 milliards), des produits alimentaires et des boissons (7 milliards)… Elle pourrait accroître ses importations de gaz naturel américain en réduisant celles en provenance de Russie, qui représentaient, en 2024, 19 % de l’ensemble du gaz importé. Ce choix comporterait toutefois le risque de créer une dépendance envers les États-Unis.

    En ce qui concerne l’aéronautique, l’Europe ne sacrifiera pas Airbus au profit de Boeing, d’autant que ce dernier fait face à des problèmes de fiabilité. Les États-Unis exigent également un meilleur accès au marché unique pour leurs produits agricoles. Les agriculteurs, notamment français, y sont farouchement opposés, invoquant des normes sanitaires et environnementales américaines moins exigeantes que celles en vigueur dans l’Union.

    Le Président américain réclame en outre la création d’usines aux États-Unis, en particulier dans les secteurs de l’automobile et du médicament. Cela concerne principalement les entreprises allemandes. Toutefois, au vu de l’évolution du secteur automobile, le nombre d’implantations restera limité.

    Donald Trump souhaite également une déréglementation en Europe dans le domaine des technologies de l’information et de la communication. L’Union, au contraire, cherche à renforcer sa régulation et tend à s’en servir comme levier dans ses relations avec les États-Unis.

    Imposer un rapport de force commercial déséquilibré au profit des États-Unis.

    En multipliant les annonces tonitruantes et les volte-face tarifaires, Donald Trump cherche à imposer un rapport de force commercial déséquilibré au profit des États-Unis. Pourtant, cette stratégie de confrontation présente des limites structurelles majeures : dépendance aux importations, capacités industrielles contraintes, marché du travail sous tension. L’effet boomerang d’une guerre commerciale prolongée pourrait se traduire par une hausse des prix, un ralentissement de la consommation et un affaiblissement de la croissance américaine.

    Du côté européen, la marge de manœuvre est également étroite. L’UE ne peut se résoudre à devenir un marché captif pour les exportations américaines sans mettre en péril sa souveraineté économique, ses filières stratégiques – de l’agriculture à l’aéronautique – et son modèle réglementaire. Si des ajustements techniques sont envisageables, notamment dans le domaine énergétique, la logique du donnant-donnant reste difficilement compatible avec les exigences unilatérales de Washington.

    Dans cette nouvelle ère de fragmentation géoéconomique, l’affrontement sino-américain sur les chaînes de valeur critique contraint les partenaires des deux blocs à repositionner leurs priorités. Entre dépendances et ambitions, l’Europe devra arbitrer : soit la défense de ses intérêts commerciaux immédiats, soit la consolidation de son autonomie stratégique.

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