Radio en direct
Choisissez une station puis lancez la lecture

Blog

  • La France est dégradée

    La France est dégradée

    La notation réalisée par les agences, Ficht, Moody’s et S&P permettent de mesurer et de comparer la qualité des dettes souveraines. La France est dans l’angle de tir des agences depuis une quinze ans. Moody’s avait déjà placé, en 2011, alors le pays sous « perspective négative ». Le 13 janvier 2012, Standard & Poor’s abaisse alors la note de la France de AAA à AA+, en raison de la montée des déficits et de la vulnérabilité de la zone euro. Fitch et Moody’s suivent durant l’année 2012, la France perdant ainsi son AAA auprès de toutes les grandes agences.

    Avec la hausse de la dette publique, l’absence de réformes structurelles et la diminution de la croissance, en 2015, Fitch puis Moody’s placent la note française à AA, avec des perspectives stables mais prudentes. Entre 2017 et 2019, un statu quo fragile s’instaure, la note restant à AA ou Aa2 selon les agences.

    En 2020, avec la pandémie, la dette publique progresse, mais les agences ne sanctionnent pas immédiatement la France car tous les pays sont touchés et la BCE soutient massivement les dettes souveraines. En avril 2023, Fitch abaisse la note française de AA à AA-. L’agence souligne la dette élevée, les tensions sociales liées à la réforme des retraites et la difficulté à réduire le déficit. En mai 2023, S&P met la note française sous surveillance négative, alimentant la crainte d’une nouvelle dégradation. La France se retrouve alors avec une note autour de AA- ou Aa2, soit deux crans en dessous du triple A.

    De AA- à A+.

    Le 12 septembre, Fitch a donc décidé d’abaisser la note de la France de AA- à A+. Cette dégradation est justifiée par la situation des finances publiques dans la deuxième économie de la zone euro et par son instabilité politique. Fitch souligne dans son communiqué que « cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mettre en œuvre une consolidation budgétaire d’ampleur ». Elle estime improbable le retour du déficit public sous 3 % du PIB en 2029.

    La dette publique de la France atteint 113,9 % du PIB à fin mars (soit 3 345,4 milliards d’euros) et le déficit prévisionnel pour 2025 est estimé à 5,4 % du PIB. Selon Fitch, l’endettement de la France continuerait de progresser jusqu’à 121 % du PIB en 2027, « sans horizon clair de stabilisation ». L’agence fait basculer la dette publique française dans la catégorie inférieure, de qualité « moyenne supérieure », contre « bonne ou haute » jusqu’ici, ce qui pourrait conduire des investisseurs à vendre leurs titres de dette pour des placements moins risqués et entraîner des hausses de taux. L’augmentation des émissions allemandes dans les prochaines semaines pourrait faciliter ces opérations avec comme conséquence un relèvement des taux pour la France. Le poids du service de la dette devrait donc s’alourdir. Les intérêts de la dette devraient s’élever environ 55 milliards d’euros en 2025.

    Les pays conservant encore leur triple A auprès des trois grandes agences sont l’Allemagne, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, la Suisse, l’Australie, le Canada et Singapour.

    Moody’s et Standard & Poor’s présenteront leur notation en octobre et novembre, respectivement. Les marchés financiers ont déjà anticipé de nouvelles dégradations, les spreads reflétant une notation souveraine abaissée.

     

  • Pourquoi le modèle allemand bouscule les certitudes françaises ?

    Pourquoi le modèle allemand bouscule les certitudes françaises ?

    Que ce soit pour partager un témoignage, une analyse ou une idée sur un sujet qui vous tient à cœur, Lesfrançais.press est aussi votre espace d’expression. Nous accueillons avec intérêt les contributions des Français(es) vivant à l’étranger, qui souhaitent faire connaître leurs expériences, leurs réflexions ou leurs observations depuis leur pays de résidence. C’est le sens de cette tribune libre sur les modèles économiques en France et en Allemagne que notre média a reçu, et que nous publions. N’hésitez pas à nous faire parvenir vos contributions en écrivant à [email protected].

    Contribution de Mathieu Pouydesseau, entrepreneur français en Allemagne

    Depuis le 7 juillet au soir, chaque groupe politique cherche des partenaires, des alliés, pour gouverner la France en inventant une majorité. Mais en France, cette situation semble encore « indétricotable » tant elle est rare dans notre pays depuis l’avènement de la Ve République. Pour autant, la création d’alliance pour diriger une nation est de « coutume » parmi bon nombre de démocraties. Ils existent donc des solutions.

    LAllemagne a décidé de soutenir ses entreprises par des crédits dimpôts de 46 Mds€, et de ramener à 10% son taux dIS fédéral » déclarait Patrick Martin en séance inaugurale de la rentrée du MEDEF (Mouvement des entreprises de France) fin août, soulignant le pragmatisme économique outre-Rhin et l’urgence pour la France de repenser ses leviers de compétitivité.

    À chaque rentrée économique et politique, le modèle allemand” revient comme une injonction implicite à réformer la France. Pourtant, derrière cette référence récurrente se cachent des divergences profondes dans les manières de travailler, de manager et de dialoguer.

    En matière de temps de travail, la France s’appuie sur une norme législative (35h), tandis que l’Allemagne privilégie les temps partiels, notamment pour les femmes. En matière la fiscalité du travail, alors que les emplois qualifiés sont lourdement taxés en France à l’inverse de l’Allemagne à la fiscalité plus homogène, notre pays pénalise-t-elle ses talents ?

    Prélèvement à la base, une majorité de la population qui paye des impôts, un taux d'impostion plus élevé : le modèle allemand est bien éloigné de son homologue français. © MAXPPP
    Prélèvement à la base, une majorité de la population qui paye des impôts, un taux d’impostion plus élevé : le modèle allemand est bien éloigné de son homologue français. © MAXPPP

    Temps de travail : deux modèles distincts

    La gestion du temps de travail n’est pas comparable, dans l’entreprise comme au niveau des deux nations : alors que la France, culture romaine, valorise la norme législative avec les 35h, l’Allemagne, culture nordique, part du bureau à 17h, et incite fiscalement les femmes à des temps partiels en dessous de 27 heures. En France le nombre d’heures travaillées par actif est ainsi deux heures par semaine supérieur à l’Allemagne, qui compte également plus de jours fériés et d’arrêts maladie.  Si l’Allemagne compense le déficit d’heures travaillées par un plus fort taux d’activité, c’est aussi au prix d’une démographie en berne. 

    Fiscalité du travail : une politique française contre-productive ?

    La France a choisi de subventionner massivement les bas salaires, rendant les emplois peu qualifiés très attractifs grâce à des exonérations ciblées sur les rémunérations inférieures à 30 000 €. En revanche, les emplois qualifiés et bien rémunérés sont fortement taxés, avec des cotisations sociales pouvant atteindre 42 % du salaire brut.

    Mathieu Pouydesseau, entrepreneur français en Allemagne
    Mathieu Pouydesseau, entrepreneur français en Allemagne

    À l’inverse, l’Allemagne applique une fiscalité plus homogène : l’impôt sur le revenu y est plus élevé dès les premiers niveaux de salaire, mais les cotisations sociales diminuent avec la rémunération. Les salariés hautement qualifiés sont considérés capables de financer eux-mêmes leur protection sociale, comme l’assurance maladie.

    Conséquence : la France est pénalisée dans les comparaisons internationales. Les aides aux entreprises sont concentrées sur les secteurs les moins productifs et les moins qualifiés, tandis que les emplois à haute technicité deviennent trop coûteux pour les investisseurs étrangers. Il est donc juste de dire que les entreprises françaises sont parmi les plus aidées… mais que les emplois les plus stratégiques sont aussi les plus imposés.

    Représentants du personnel : alliés stratégiques ou opposants systématiques ?

    La conception du rôle des représentants du personnel diffère également. En France, ils sont souvent perçus comme des opposants systématiques aux directions. Le patronat n’a pas non plus de culture du compromis.

    image illustration ©adobestock

    En Allemagne, la cogestion fait des comités d’entreprise des partenaires intégrés aux décisions stratégiques, comme le rêvait avec audace Jacques Chaban-Delmas…en 1969 dans son projet de « Nouvelle Société » : participation, concertation et solidarité.

    Deux visions du temps et du risque.

    Le manager français est souvent à l’aise dans la gestion de crise. L’Allemand, lui, planifie, sécurise, mais néglige l’investissement nécessaire pour permettre des changements rapides. Là où le Français valorise lagilité et la hiérarchie, lAllemand mise sur la prédictibilité et le contrat

    L’Europe peut-elle devenir le laboratoire d’un nouveau contrat social du travail ?

    La France gagnerait à intégrer davantage de délégations aux niveaux intermédiaires, de stabilité managériale, et de culture du consensus en amont.  L’Allemagne, elle, pourrait s’inspirer de la créativité française, de sa capacité à contourner le cadre, à parier sur l’avenir. Dans un monde où l’innovation est aussi une affaire de gouvernance, ce dialogue est vital.

    Au-delà des différences culturelles, un obstacle persistant demeure : labsence de cadre commun en droit du travail. Autant un travailleur détaché bénéficie d’un statut encadré fiscalement et juridiquement contraignant autant embaucher des salariés en France, en Allemagne ou en Espagne relève de régimes juridiques et de pratiques profondément différentes.

    C’est aussi cela, une vraie Europe : une capacité à harmoniser les conditions de travail, sans uniformiser les cultures.  Et si ce qui unissait l’Europe était une histoire partagée et une volonté d’avenir ? 

     

  • Le Royaume-Uni et l’UE sur le chemin d’un accord sur la sécurité alimentaire

    Le Royaume-Uni et l’UE sur le chemin d’un accord sur la sécurité alimentaire

    Le ministre britannique des Affaires européennes, Nick Thomas-Symonds, a fait savoir que le rapprochement avec Bruxelles était le moyen de maîtriser les prix des supermarchés.

    Face à la flambée des prix des denrées alimentaires et aux pressions exercées par les Brexiters sur les relations entre le Royaume-Uni et l’UE, le gouvernement travailliste de Keir Starmer évoque à nouveau l’accord sur la sécurité alimentaire qu’il s’est engagé à conclure avec l’UE.

    « Nous y parviendrons d’ici 2027, afin que les entreprises et les consommateurs en voient les effets tangibles dès que possible — de l’argent économisé aux frontières, des bénéfices libérés pour investir, des livres gardées dans la poche des travailleurs »

    Nick Thomas-Symonds lors d’un événement organisé par le magazine Spectator à Londres.

    Un accord sanitaire et phytosanitaire

    Son discours de mercredi est intervenu un jour après qu’un rapport gouvernemental a montré que les licences d’exportation post-Brexit pour les produits agroalimentaires destinés à l’UE ont coûté aux entreprises britanniques jusqu’à 75 millions d’euros (65 millions de livres sterling) l’année dernière.

    Nick Thomas-Symonds a confirmé que Londres et Bruxelles entameraient des négociations détaillées sur un accord sanitaire et phytosanitaire (SPS) — ainsi que sur d’autres engagements convenus lors du sommet UE-Royaume-Uni en mai — cet automne.

    Aliments
    Image d’illustation ©Getty Images/Alex Segre_UCG_Universal Images Group

    Toutefois, d’importants défis restent à relever. Londres devrait aligner sa législation sur les règles sanitaires et phytosanitaires de l’UE, ce que les partisans du Brexit dénoncent comme un retour du Royaume-Uni dans l’orbite réglementaire de Bruxelles.

    Lors des négociations d’automne, le Royaume-Uni devrait tenter d’exploiter la possibilité prévue de conserver des règles nationales essentielles, telles que celles relatives aux cultures génétiquement modifiées.

  • Ces morts qui nous gouvernent.

    Ces morts qui nous gouvernent.

    Jamais disparu, déjà momifié, le pouvoir est gouverné par l’ombre portée des morts. « Redonner à la Russie son empire », « restaurer la Chine au centre du monde », « retrouver la grande l’Amérique », l’avenir serait de revenir à la gloire passée. Quel manque d’ambition. Ceux qui gouvernent ont dans la tête les morts qui les précèdent. Hélas, les peuples aussi. S’invente une nation originelle, des héros sanglants, des dignités suspectes. Les automatismes tiennent lieu de réflexion : postures. Les uns défendent les opprimés, les autres l’identité, grilles de lecture vieillottes. Ce sont des morts qui nous gouvernent. Et c’est idiot.

    Même criminel. Car la mort devient le signe du pouvoir, celui de l’anonyme comme du dirigeant : assassiner un propagandiste en Utah, pendre des opposants à Téhéran, tuer des milliers d’abandonnés à Gaza, en Ukraine, au Soudan, au Sahel, en Birmanie ; prendre ou garder le pouvoir légitimerait tout assassinat, toute exécution. Conserver le pouvoir serait en soi un but légitime, à obtenir par n’importe quel artifice, magie, drogue, poison, mouvement de foule, « oblitération ». Bolsonaro a manqué d’audace dans son simili coup d’État : Pas même un coup de feu. Les militaires et révolutionnaires brésiliens, argentins, chinois, n’avaient pas tant de pudeurs. Sans doute manque la foi, ou l’idéologie, qui justifie tout. Reste le mantra, prière menaçante, l’ombre portée des morts.

    De quoi parlent Poutine, Xi Jinping et Kim Jung Un, quand ils sont ensemble ? D’immortalité.

    De quoi parlent Poutine, Xi Jinping et Kim Jung Un, quand ils sont ensemble ? D’immortalité, révèle un micro ouvert par erreur lors du « défilé militaire de la victoire »[1]. Dans leur salon, les Romains gardaient les masques de leurs aïeux, les Chinois entretenaient l’autel des ancêtres. Les premiers sédentaires néolithiques bâtissaient leur maison sur une sépulture, pilier d’un lignage dynastique, manie que reproduisent les Bhutto, Bush, Nehru, Assad, Kim, les dynasties peuvent être démocratiques. Le pouvoir aimerait s’enraciner dans la nuit des temps. Serait-il patriarcal par nature, par l’automatisme de la psychologie humaine ? Ou le fait-il croire pour s’imposer plus facilement ? Souvent, les enfants aiment les parents, et intègrent naturellement leur autorité. Le pouvoir copie cette nature, tout tyran se grime en PPP : « Petit père des peuples ».

    L’avenir tue avant que le passé ne s’installe.

    Parfois, l’avenir tue avant que le passé ne s’installe : Ben Ali, Kadhafi, Moubarak, Bouteflika furent chassés par la crainte de voir leurs héritiers leur succéder. Le passé ne protège pas de l’avenir. Pour les immortels dirigeants, chaque matin un inconnu brandit la menace de la déchéance, un cauchemar dès l’éveil.  

    À défaut de marquer l’histoire, poser quelques griffes sur l’éternel, pyramides, arcs de triomphe, mausolées, monuments et villes nouvelles. Il y a un réflexe de peur puérile à chercher l’immortalité dans des pierres érigées à la gloire de soi. Ceux qui ont modifié la perception du monde n’ont pas laissé de trace visible. Où est enterré Mozart ? Einstein n’a pas de tombe. Comme Socrate, Homère, Shakespeare, Lao-Tseu, Siddhartha. Seul Confucius est enterré dans un cimetière familial qui regroupe…cent mille descendants. Suspect.

    On comprend la peur de la mort exprimée par les Poutine et Xi Jinping, cela les rend humain. Qin Shi, l’unificateur de la Chine, enterra son armée d’argile dans son tombeau gigantesque et secret. Auguste bâtit le sien en pleine Rome, les vaches y broutaient. Aucun n’eut de lignée. Seul l’Empereur Jaune, devenu immortel dès le troisième millénaire, perdure : il est reconnu, depuis 1985, par le Département de la propagande du Parti Communiste comme l’ancêtre de tous les Chinois. On comprend mieux la question tibétaine et les camps de rééducation des Ouïgours.

    Mausolée de l'Empereur Qin ©AFP
    Mausolée de l’Empereur Qin ©AFP

    La peur de la mort, tout le monde la comprend. Ce que l’on voit moins est la peur des morts.

    Les morts glorifiés servent de gardiens, non au prince, mais aux peuples. Hongwu, fondateur des Ming, faisait empailler les juges qu’il avait fait exécuter et les installait dans le bureau de leurs successeurs. Tout pouvoir est par nature conservateur. Tout peuple se méfie, à raison, du pouvoir. Ceux qui persuadent le mieux en son nom se conjuguent au passé, en gloire, sur les places, ou empaillés.

    La peur de la mort, tout le monde la comprend. Ce que l’on voit moins est la peur des morts. Ce sont eux qui empêcheraient de penser et d’agir librement. Ceux du passé, ceux de demain. Soit, aucune cité n’est fondée sur de l’air. Toute communauté politique est fondée sur la fabrique de l’histoire, qui mythifie et déforme les réalités. Se forge la tradition, qui filtre et conserve les accords les plus consensuels, sinon les meilleurs, de la communauté politique. La lente construction du droit en est la preuve. À rebours, le caractère temporaire du pouvoir reste la clé du mouvement et de la liberté. C’est donc bien la mort du Prince qui laisse espérer.  « Seul Dieu est grand ! » proclame lâchement Bossuet à l’oraison funèbre de Louis XIV, avant que le Parlement de Paris ne casse le testament du roi au soleil défunt.

    La tradition, ce peut être le changement.

    La tradition, ce peut être le changement. « En avant ! C’est le mot du Progrès ; c’est aussi le cri de l’Art. Tout le verbe de la Poésie est là. Ite »[2], écrit Hugo à Baudelaire. La possibilité de l’inconnu ouvre les portes. « Laisser les morts enterrer les morts », ne pas laisser la mort d’installer au milieu des vivants, comme raison, excuse, instrument du pouvoir ou de la vie, parce qu’alors elle fait de la Cité son royaume.

    C’est ce veulent les « grands » dirigeants qui se croient appelés par l’histoire et gagnés par l’immortalité. Cela étonne peu de la part des dictatures, c’est un danger justement mortel, pour les démocraties. C’est pour cela que les Étals ne doivent pas avoir le droit de tuer, même des assassins. L’ennemi de la démocratie, c’est la menace de mort comme mode de règlement du conflit. Pour le reste : « Et quant aux persécutions, ce sont des grandeurs. — Courage ! »[3]

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France 

    a.Député de Paris 

    Laurent Dominati

    [1] Poutine : « Les organes humains peuvent être transplantés de manière continue. Plus vous vivez longtemps, plus vous rajeunissez, et même atteindre l’immortalité. » Xi Jinping : « Certains prédisent qu’au cours de ce siècle, les humains pourraient vivre jusqu’à 150 ans. »

    [2] Lettre à Baudelaire, 6 octobre 1859 . https://fr.wikisource.org/wiki/Th%C3%A9ophile_Gautier_(Baudelaire)

    [3] Idem.

  • Philippe Gustin : un jeune diplomate au cœur de l’Histoire 

    Philippe Gustin : un jeune diplomate au cœur de l’Histoire 

    En 1989, le Rideau de fer se fissure. La Hongrie, alors satellite de l’URSS, ouvre ses frontières avec l’Autriche et devient le premier domino de la chute du mur de Berlin. Dans ce contexte historique, un jeune diplomate français, Philippe Gustin vit ces bouleversements au cœur de Budapest. Nommé par la France directeur adjoint des cours de l’institut français il choisit de s’expatrier dans la capitale hongroise en compagnie de sa famille. Trente-cinq ans plus tard, il livre son témoignage dans Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions), préfacé par François Sureau de l’Académie française.

    C’est d’abord l’ouvrage d’un jeune diplomate au cœur de l’Histoire et le livre du témoin privilégié d’un changement de monde. Mais l’auteur est aussi un homme tombé amoureux de Budapest. Qu’il n’a jamais véritablement quitté puisqu’il y a établi sa résidence secondaire.

    Il s’adresse au lecteur avec la ferveur d’un passeur entre l’Est et l’Ouest et la profondeur d’un homme attaché à cette vaste culture de la mittleleuropa qu’il nous offre en partage dans un peu plus d’une centaine de pages. Au risque d’employer une formule éculée, le livre se dévore tout seul et pas seulement parce qu’on y parle de la cuisine locale.  Il est truffé d’anecdotes de vie savoureuses, de l’installation épique à Budapest dans une maison sans téléphone, au rituel sensuel des bains, jusqu’à la queue qu’on fait pour la quête de précieuses bananes, bien rare dans la Hongrie des pénuries. Derrière ces chapitres courts et toniques se dissimulent des réflexions plus politiques, la volonté de dépasser l’image de la Hongrie actuelle pour puiser dans l’âme d’un peuple millénaire : 

    « Elfogyott » : le mot d’une époque

    Elfogyott signifie « il n’y en a plus ». C’était la phrase rituelle des commerçants et restaurateurs de Budapest avant 1989. Derrière cette formule, une réalité de frustrations quotidiennes. Mais aussi, comme le raconte Philippe Gustin, une atmosphère de fin de cycle, celle d’un monde sur le point de basculer où l’abondance promise par l’ouest ne sera souvent qu’un leurre malgré les libertés démocratiques.

    Elfogyott « Ce mot est révélateur du système D hongrois », confie-t-il. Les plats proposés sur le menu sont absents des cuisines mais les restaurants se débrouillent quand même pour servir un plat unique parfaitement savoureux.

    « la même cuisine traditionnelle hongroise roborative et goûteuse à la fois : ragoûts en sauce (pörkölt) ou volailles sous toutes leurs formes que l’on accompagnait de savanyúság, des légumes en saumure, du cornichon au poivron farci de choucroute dont la douce aigreur permettait de mieux digérer »

    Extrait, Philippe Gustin, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après – Rio Bravo Éditions

    Budapest Laurent Bagnis
    Budapest Laurent Bagnis (CSN à l’institut français de Budapest de 1992 à 1994)

    Le régime communiste continue à contrôler la population mais malgré cet étau la « vie culturelle est foisonnante ». L’auteur, passionné de musique,, revit ses plus beaux moments de mélomane et nous confie sa passion pour le cinéma : il jouera même dans un film hongrois et se lancera dans le sous-titrage.

    Ces scènes de la vie ordinaire d’un observateur engagé restituent la complexité d’un communisme du quotidien à visage (presque) humain où la vie poursuivait son cours malgré les contraintes et les « taupes » à qui l’auteur consacre un chapitre ironique et amusant où il révèle ses subterfuges pour se jouer de la police du régime et de ses informateurs.

    Le témoignage d’un diplomate et d’un historien

    Dans son récit, Philippe Gustin, qui, depuis le 10 septembre 2025 occupe la fonction de Directeur de cabinet du nouveau Premier Ministre, Sébastien Lecornu, restitue l’ambiance de Budapest avant et après l’effondrement du Rideau de fer.

    On ressent l’aspect fondateur de ce moment. C’est l’été 89 et c’est l’acte 1 qui va conduire à la chute du mur de Berlin. Des familles passent à pied vers l’Autriche. Des Allemands de l’est affluent en Hongrie, pressés de retrouver l’ouest. Une brèche existe enfin dans cette ceinture hermétique qui coupait l’Europe en deux. La fuite des Allemands de l’est passe alors par la capitale hongroise :

    A l’été 89, « la solidarité au sein de la communauté ouest-allemande de Budapest, peu présente en ces temps de vacances, fit merveille et chacun dut héberger pour quelques heures ou quelques jours des Allemands de l’Est le temps qu’ils se fassent établir le précieux sésame leur permettant de franchir la frontière «verte» »

    L’émotion ressentie par le diplomate dans la capitale est palpable. Ce n’était pas seulement une frontière qui s’ouvrait, mais une ère nouvelle pour l’Europe.

    On découvre ensuite comment la France va aider au « recyclage » des professeurs de Russe, langue obligatoire sous le communisme mais devenue nettement moins populaire dans la nouvelle Hongrie « libérée ». La relance du français devient prioritaire pour le Quai d’Orsay, son institut qui accueille 500 étudiants dans des locaux exigus avant l’inauguration d’un nouveau bâtiment verra l’effectif d’apprenants multiplié par dix :

    « Un volet de ce plan de relance concernait le «recyclage» des professeurs de russe avec l’idée aussi ambitieuse qu’absurde d’en faire en quelques mois des professeurs de français ».

    En effet, ces vieux professeurs de russe n’ont souvent qu’une connaissance théorique d’une langue française qu’ils n’ont jamais pratiquée. La France cherche alors à renforcer son influence auprès des élites francophones locales tandis que l’Allemagne et l’Autriche demeurent les nations de référence. Le livre, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après, entre chronique personnelle et document historique, narre les rencontres avec des personnages hauts en couleur, montre l’ouverture progressive de la Hongrie, et le basculement d’un pays clé de l’Europe centrale.

    Budapest Laurent Bagnis
    Budapest Laurent Bagnis (CSN à l’institut français de Budapest de 1992 à 1994)

    Ici on n’est cependant pas passé de l’ombre à la lumière. Il n’y a aucune fascination de Philippe Gustin pour la Hongrie du libéralisme où l’inflation est galopante, les inégalités profondes et où les personnes âgées sont parfois contraintes de faire la manche. Celui qui est également docteur en histoire sociale nous livre un ouvrage permettant de mieux comprendre la Hongrie contemporaine sans complaisance.

    Ainsi du chapitre sur les langues étrangères. « Les Hongrois, qui pendant plus de mille ans n’avaient eu de cesse de protéger leur propre langue, comprirent très vite la nécessité d’apprendre une langue étrangère, ne serait-ce que pour tirer plus efficacement profit du capital touristique du pays. » 

    Familier d’un pays qu’il visite régulièrement depuis 35 ans, Philippe Gustin fait œuvre de pédagogue entraîné par sa première vocation de professeur et dit le pragmatisme de ces Hongrois qui se sont convertis à l’anglais par sens du commerce et du tourisme, qui tirent parti de la liberté de circuler permise par l’Union Européenne tout en renouvelant Victor Orban à leur tête.

    Il sait redonner de la chair à une relation bilatérale franco-hongroise faite parfois de brouilles et d’incompréhensions, où le traité de Trianon qui a rétréci la Hongrie de l’après première guerre mondiale reste une blessure.

    Chargé de mettre en œuvre notre politique de coopération culturelle et linguistique il pointe les limites de cette action diplomatique :
    « Je ne peux que regretter toutefois que malgré tous les efforts déployés, le français reste encore aujourd’hui une langue réservée à quelques amoureux de la culture française ».

    Nimbés de l’amour nostalgique pour le Budapest de 89 qui s’éloigne sans toutefois disparaître, les souvenirs de ce jeune diplomate font résonner en nous cette passion sensible qui accompagne la découverte de l’autre dans un moment charnière de l’Histoire. Quand le temps s’accélère, quand notre jeunesse s’éloigne, et que les lieux de nos plaisirs s’effacent uns à uns, reste à prendre la plume et à coucher le passé sur le papier pour tenter de le retenir.

    L’invitation au voyage hongrois, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions) de Philippe Gustin vous permettra de cheminer avec l’élégance d’un jeune diplomate cultivé au cœur de l’Histoire en train de se faire.

    Entretien avec Philippe Gustin :

    Philippe Gustin
    Philippe Gustin, auteur de Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions)

    « Il flottait déjà un parfum de fin de régime dans cette baraque considérée comme la plus gaie du camp soviétique »

    Philippe Gustin, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions)

    Lesfrancais.press : « Vous étiez un jeune diplomate français à Budapest en 1989. Quelle était l’ambiance quotidienne dans la capitale hongroise à l’approche de la chute du Rideau de fer ? »

    Philippe Gustin : « Comme je le raconte dans le livre, j’ai mis les pieds à Budapest pour la première fois en mai 1988, la semaine où János Kádár a quitté le pouvoir. Il flottait donc déjà un parfum de fin de régime dans cette baraque qui était considérée comme la plus gaie du camp soviétique. Il y avait certes quelques pénuries, on savait que nos faits et gestes étaient surveillés mais a contrario, on profitait d’une vie culturelle qui était déjà foisonnante. La vie quotidienne était donc plutôt agréable surtout pour le jeune diplomate étranger que j’étais. »

    Lesfrancais.press : « Le mot « Elfogyott » (« il n’y en a plus ») résume bien les pénuries d’alors. Comment ce détail anecdotique reflète-t-il, selon vous, un état de société à la veille d’un basculement historique ? »

    Philippe Gustin : « Un jour que j’étais dans la province hongroise, je me suis arrêté dans un modeste restaurant d’une petite ville. Je fus étonné par la carte qui faisait plusieurs pages. Comme je m’en étonnais auprès d’un ami hongrois qui m’accompagnait, ce dernier me répondit : « ne t’inquiète pas, c’est le serveur qui te dira ce que tu vas manger ». Et en effet, chaque fois qu’on demandait un plat, il nous répondait: « Elfogyott » et c’est donc lui qui nous a dit au bout de 5 minutes qu’il n’y avait qu’un plat qui d’ailleurs n’était pas à la carte et qui plus est était délicieux. Elfogyott était donc un révélateur du système D hongrois. »

    Lesfrancais.press : « Vous avez assisté à l’ouverture de la frontière austro-hongroise qui a précipité la chute du mur de Berlin. Quel souvenir précis gardez-vous de ce moment ? »

    Philippe Gustin : « Une des nouvelles du livre revient sur le fol été 1989. Mon épouse étant allemande, nous fûmes mis à contribution dès le mois de mai dans le cadre de la chaîne de solidarité qui s’est rapidement mise en place pour faire passer la frontière aux Allemands de l’Est venus en vacances au Balaton. A posteriori, je peux dire que nous étions tellement occupés que nous n’avions pas l’impression de vivre des moments historiques. Et pourtant… »

    Lesfrancais.press : « Quels étaient vos interlocuteurs hongrois en tant que jeune diplomate ? Sentiez-vous chez eux une attente d’Europe, de démocratie ? »

    Philippe Gustin : « J’avais 28-29 ans à l’époque et travaillais à l’Institut français. Mes interlocuteurs au quotidien étaient des étudiants hongrois qui voulaient apprendre le français avec pour certains le secret espoir d’aller travailler au Canada ou en Suisse, beaucoup moins en France.

    « La démocratie n’est jamais acquise »

    Philippe Gustin, auteur d’Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions)

    Il y avait surtout chez ces gens jeunes pour la plupart, une aspiration à mieux vivre matériellement. Ils voulaient aussi pouvoir voyager librement en Europe ce qui n’était pas le cas puisqu’ils étaient soumis à des visas. » 

    Lesfrancais.press : « Avec plus de trente-cinq ans de recul, quel est selon vous l’héritage le plus durable de 1989 pour l’Europe centrale ? »

    Philippe Gustin : « La plupart des pays d’Europe centrale n’avait jamais connu la démocratie. La Hongrie depuis la scission de l’Empire en 1919 n’avait connu que des régimes autoritaires. 1989 offrait la perspective de la démocratie mais les pays occidentaux ont estimé à tort que la démocratie se décrétait. En fait, elle s’apprend de surcroît au cours d’un long processus et en plus elle n’est jamais acquise. »

    Lesfrancais.press : « La Hongrie d’aujourd’hui est parfois perçue comme en tension avec l’Union européenne. Comment concilier la mémoire de 1989 et les débats politiques ? »

    Philippe Gustin : « J’ai gardé des attaches en Hongrie où je vais très régulièrement depuis 37 ans. La Hongrie a toujours résisté depuis sa création il y a plus de 1000 ans à l’influence des empires qui l’entouraient avec le souci de protéger sa langue et sa culture.

    « Je reste un historien dans l’âme »

    Philippe Gustin, auteur d’Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions)

    Je ne pense pas que la Hongrie soit contre l’Union européenne. Les Hongrois apprécient en particulier de pouvoir se déplacer ou commercer librement au sein de l’espace européen. Ils ne veulent pas pour autant se faire imposer un modèle de civilisation qui ne leur correspond pas. C’est une partie de l’ambiguïté de la relation actuelle entre l’UE et la Hongrie. » 

    Lesfrancais.press : « Pensez-vous que les diplomates jeunes en poste aujourd’hui peuvent vivre des basculements historiques comparables, par exemple en Ukraine ou dans les Balkans ? » 

    Philippe Gustin : « Bien sûr. L’histoire du monde est faite de basculements plus ou moins marqués. L’Europe n’en a d’ailleurs pas le monopole. La chance inouïe des diplomates jeunes ou moins jeunes est d’être les témoins privilégiés de ces bouleversements. » 

    Lesfrancais.press : « Qu’est-ce qui vous a poussé à transformer vos souvenirs en récit littéraire et historique ? »

    Budapest Laurent Bagnis
    Budapest Laurent Bagnis (CSN à l’institut français de Budapest de 1992 à 1994)

    Philippe Gustin : « C’est une longue histoire. Avec l’âge, j’ai de plus en plus le souci de la transmission. Je reste historien dans l’âme et je pense qu’il est important de laisser une trace de la vie quotidienne d’un Français en Hongrie à ce moment historique.

    Ce sera j’espère avec plaisir que ceux qui ont vécu une expérience similaire dans les pays d’Europe de l’Est liront ce livre. Quant à ceux qui s’intéressent à ces pays d’Europe centrale et orientale encore méconnus par les Français, ils trouveront des informations pour mieux comprendre la Hongrie actuelle. »

    Lesfrancais.press : « Comment François Sureau, préfacier de votre livre, a-t-il éclairé votre démarche ? »

    Philippe Gustin : « Mon ami François Sureau est un bon connaisseur des pays d’Europe centrale et orientale. Nous avons souvent des échanges sur nos expériences respectives dans les pays de cette zone. Il a été de ceux qui m’ont encouragé à publier ce petit livre de nouvelles. Je le remercie de sa préface qui est une valeur ajoutée inestimable pour l’ouvrage. » 

    Lesfrancais.press : « Que souhaiteriez-vous que retiennent les jeunes générations en lisant Elfogyott ? »

    Philippe Gustin : « J’aimerais que ces nouvelles leur permettent de prendre conscience de la réalité de la vie quotidienne en Hongrie dans ces moments de bascule historiques pour mieux comprendre la Hongrie contemporaine. »

    Le parcours d’un grand commis de l’Etat :

    Philippe Gustin est issu d’une famille de bouilleur de cru de Fougerolles en Franche-Comté. 

    Il sera d’abord enseignant et s’investira dans la coopération linguistique et culturelle avec des affectations en Europe centrale auprès de l’OFAJ en Allemagne, à Budapest puis en Autriche. Il soutient en 1991 un doctorat d’histoire sociale avant de réussir le concours d’entrée de l’ENA en 1999 et d’intégrer la promotion Nelson Mandela. Attiré par les fonctions régaliennes il choisit l’administration préfectorale. Sous-préfet puis directeur de cabinet de Préfet il sera appelé à servir en cabinets ministériels entre 2009 et 2012 d’abord comme conseiller dans l’équipe de Christine Lagarde (Économie, Industrie et Emploi) puis comme directeur adjoint puis directeur de cabinet de Luc Chatel (Industrie, puis Éducation nationale). Entre 2012 et 2014 il est nommé Ambassadeur de France en Roumanie, retrouvant une administration diplomatique où il a fait ses premières armes plus de 20 ans auparavant.  

    En 2018 il est nommé préfet de Guadeloupe puis en 2023 préfet de la région Bretagne, des affectations où cet homme d’autorité et de dialogue saura faire valoir son sens de la conduite des affaires de l’Etat et sa capacité à faire face à des situations complexes.

    Entre temps il aura suivi Sebastien Lecornu comme directeur de cabinet du ministre des Outre-mer puis directeur du cabinet civil et militaire du ministre des armées, couronnant un parcours politique en cabinet dans des fonctions exigeantes où ses valeurs républicaines et ses capacités de travail trouveront un écrin  naturel.  Conseiller maître en service extraordinaire à la Cour des comptes à partir d’avril 2025, il est, depuis le 10 septembre, le Directeur de cabinet de Sébastien Lecornu, devenu Premier ministre.  

    Homme de fidélité et de conviction il a été engagé à l’UMP. Il est officier de l’ordre national du mérite et chevalier de la Légion d’honneur.

    Philippe Gustin, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après

    Philippe Gustin, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions) disponible dans toutes les librairies et aussi sur les plateformes de commande comme Amazon

    Disponible directement
    sur le site éditeur en cliquant ici

  • Caisse des Français de l’étranger : quel nouveau modèle économique ?

    Caisse des Français de l’étranger : quel nouveau modèle économique ?

    Alors que la scène politique française demeure instable, certains dossiers continuent à avancer. C’est ainsi le cas des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger. Parmi les priorités examinées dans le cadre de cette réflexion, figure l’avenir de la Caisse des Français de l’étranger (CFE). Un webinaire consacré à l’évaluation du modèle économique de cet organisme s’est tenu cette semaine. En voici les principaux enseignements.

    CFE : le rapport de l’IGAS-IGF

    Depuis plusieurs mois le futur de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) est au cœur de nombreux débats. La situation budgétaire inquiète, et le modèle de sécurité sociale des expatriés évolue, sans avoir, pour l’heure, trouvé son point d’équilibre. Plusieurs initiatives ont été prises pour faire des propositions. L’une d’entre elles a été de missionner l’IGAS (Inspection générale des Affaires sociales) conjointement à l’IGF (Inspection générale des Finances) pour une analyse de situation financière couplée la présentation d’axes de réformes.

    « Malgré la période politique compliquée (…) nous sommes motivés pour faire aboutir ces travaux »

    Florian Bohème, Président commission des Affaires sociales, AFE

    C’est donc ce rapport qui a été présenté cette semaine lors d’un webinaire organisé dans le cadre des Assises de la protection sociale de nos compatriotes établis hors de France. Alors ministre délégué chargé du Commerce extérieur et des Français de l’étranger, Laurent Saint‑Martin était présent. Il transmettra sans aucun doute les éléments d’information à la personne qui lui succédera. Anticipant les mouvements gouvernementaux, Hélène Degryse, présidente de l’AFE (Assemblée des Français de l’étranger), et Florian Bohème, président de la Commission des Affaires sociales de cette assemblée, tous deux coordonnant ces Assises, avaient déclaré à l’unisson, en ouverture de la réunion, que « malgré la période politique compliquée (…) nous sommes motivés pour faire aboutir ces travaux. »

    CFE : des tarifs qui ne couvent pas le déséquilibre financier

    Après avoir partagé un bilan des activités des dernières années, notamment depuis la réforme de 2018, les représentants de l’IGAS et de l’IGF ont mis l’accent sur le futur.  Parmi les éléments à retenir sur les actions passées, entre 2010 et 2024, la CFE est passée d’une logique de souscriptions d’entreprises à des adhésions individuelles. La part des contrats collectifs représente ainsi un tiers du portefeuille en 2024, contre 50 % en 2010. Sur la même période, la proportion d’assurés de plus de 60 ans est passée de 13 % à 19 %, alors même que l’un des objectifs affichés était le rajeunissement de la population assurée. Rappelons toutefois que la CFE n’opère ni sélection médicale ni critère d’âge à l’adhésion.

    L'accès aux soins de santé pour les Français de l'étranger
    L’accès aux soins de santé pour les Français de l’étranger

    Aujourd’hui, pour résumer la situation, notamment financière, telle que publiée dans le rapport IGAS‑IGF, « le déséquilibre structurel des contrats individuels en santé ne permet pas de couvrir les frais de gestion » et « le niveau des tarifs fixé par le conseil d’administration n’a pas permis de résorber ce déséquilibre au cours des années récentes, malgré les revalorisations décidées pour 2024 et 2025 ». Le constat est alors le suivant : « les fonds propres de la CFE ont baissé de 20 % entre 2018 et 2023. » Mais, la Caisse des Français de l’étranger dispose d’atouts pour son futur et ses affiliés, comme le souligne ce même rapport « La CFE dispose d’un positionnement unique au sein d’un marché concurrentiel, avec une offre sans équivalent ». Alors que faire pour garantir l’avenir de la sécurité sociale des expatriés ?

    Quelles réformes pour la Caisse des Français de l’étranger ?

    Outre ce constat, la mission confiée à l’IGAS-IGF demandait à ces inspecteurs d’émettre des hypothèses d’évolution de la CFE. Pour les services de l’État, « une réforme paramétrique construite autour du triple objectif de rentabilité, d’équité et de performance » est nécessaire, tout en maintenant « les principes fondamentaux de la CFE : absence de sélection médicale ou liée à l’âge, continuité avec la sécurité sociale française », qui conserverait ainsi son principe de solidarité.  

    « La CFE dispose d’un positionnement unique au sein d’un marché concurrentiel, avec une offre sans équivalent »

    Rapport de l’IGAS-IGF

    Ainsi, ce rapport plaide pour une « convergence tarifaire progressive entre 2026 et 2028 vers la cible de cotisation des nouveaux contrats », avec également la mise « en place un plafond annuel de prise en charge de dépenses de santé la première année, voire les deux premières années d’adhésion, sauf pour les adhérents en continuité avec le régime général. » L’organisation de la CGE est aussi visée, avec la proposition d’une nouvelle dynamique et « renforcer la place des employeurs dans la gouvernance, en accordant plus de sièges aux entreprises au sein du Conseil d’Administration et inclure le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) parmi les tutelles. »

    « La CFE accuse un retard dans la numérisation des outils et procédures »

    Rapport de l’IGAS-IGF

    Enfin, parmi les évolutions envisagées, celui de la relation avec l’assuré. « Le renforcement du service rendu au client est également un élément clé pour rester compétitif sur le marché des contrats collectifs et fidéliser le portefeuille de clients » indiquent les rapporteurs. Dans ce cadre, la mission de l’IGAS-IGF propose aussi de « développer une culture de service aux adhérents, et en particulier mettre en place des interlocuteurs et des contacts téléphoniques dédiés aux entreprises. »

    Le développement du numérique : un enjeu pour la CFE
    Le développement du numérique : un enjeu pour la CFE

    Or, le rapport souligne qu’aujourd’hui « dans un contexte de hausse des coûts de santé, le marché de l’assurance santé internationale est de plus en plus concurrentiel », et « alors qu’il devient difficile de proposer des prix bas, la compétitivité se joue sur la qualité du service client et la transformation numérique : la CFE accuse un retard sur ces deux dimensions. »

    D’autres pistes ont été mises sur la table lors de cette réunion webinaire consacrée à l’avenir de la CFE. Les Assises de la protection sociale des Français de l’étranger doivent présenter, à la mi‑octobre, des recommandations sur le futur de la sécurité sociale des expatriés. Ils s’inspireront de ce rapport de l’IGAS-IGF, et également d’autres contributions reçues. Malgré une conjoncture politique française toujours complexe et des clivages existants, un point fait consensus : la CFE est en danger et a besoin de changements pour survivre, puis se développer.

    Télécharger ou consulter le rapport

  • État de l’Union : Ursula von der Leyen sonne le tocsin

    État de l’Union : Ursula von der Leyen sonne le tocsin

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a adopté un ton résolument martial ce mercredi 10 septembre lors de son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen. Dans une allocution au cours de laquelle elle a largement utilisé le vocabulaire lié à la guerre (« lutte », « se battre », « guerre », « défense »…), elle a exposé comment l’UE doit se préparer à une éventuelle confrontation militaire avec la Russie et a expliqué que le bloc devait dépasser son rôle traditionnel de « club économique ».

    « Notre Union est fondamentalement un projet de paix. Mais la vérité est que le monde d’aujourd’hui est impitoyable. »

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 10 septembre à Bruxelles.

    Ses propos interviennent quelques heures après que la Pologne a annoncé avoir abattu des drones russes ayant violé son espace aérien lors d’une attaque contre l’Ukraine. Dans la foulée, le Premier ministre polonais Donald Tusk a estimé que le risque de guerre avec Moscou était aujourd’hui plus élevé qu’à aucun autre moment depuis 1945.

    Ursula von der Leyen a déclaré que le message qu’elle avait reçu lors de ses visites dans les États membres de l’Est était que « l’Europe doit se préparer », et ce dès « aujourd’hui » sur le plan de la défense. Traduction : la Russie représente une menace directe pour les Vingt-Sept, et pas seulement pour l’Ukraine.

    6 milliards pour l’Ukraine

    Vêtue d’une veste vert olive rappelant l’uniforme militaire, elle a proposé un plan de 6 milliards d’euros pour soutenir les forces armées ukrainiennes en utilisant les avoirs russes gelés, ainsi que de nouvelles sanctions étendues aux « pays tiers » et des plans pour ériger un « mur de drones » à la frontière orientale de l’UE avec la Russie et la Biélorussie, alliée de Moscou.

    En parallèle, les responsables européens sont à Washington cette semaine pour coordonner les sanctions contre le Kremlin avec Washington, qui pousserait l’UE à imposer des « droits de douane secondaires » à l’Inde et à la Chine afin de les punir pour avoir acheté des combustibles fossiles russes.

    « L’Europe défendra chaque centimètre carré de son territoire »

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 10 septembre à Bruxelles.

    Une autorité supranationale ?

    Toutefois, sa rhétorique martiale a révélé les limites de l’autorité de Bruxelles par rapport aux États membres. En effet, les affaires militaires relèvent en grande partie de la prérogative nationale, et l’Allemagne a récemment reproché à Ursula von der Leyen d’avoir outrepassé ses compétences en évoquant un possible déploiement de troupes européennes dans l’Ukraine d’après-guerre.

    Les appels à accroître les dépenses de défense se heurtent en outre à des contraintes budgétaires. Plusieurs pays, dont la France et l’Italie, ont déjà été rappelés à l’ordre par la Commission pour leurs déficits publics jugés excessifs.

    Relever l’économie avec le rapport Draghi

    À ce sujet, Ursula von der Leyen a fait référence à des rapports qu’elle a commandés aux anciens Premiers ministres italiens Mario Draghi et Enrico Letta, et a évoqué la mise en place du nouvel instrument de prêts pour financer la défense, le programme SAFE, doté de 150 milliards d’euros. En revanche, elle n’a présenté aucune initiative nouvelle pour stimuler l’économie de l’Union.

    Elle a toutefois proposé d’assouplir l’exigence de l’UE selon laquelle les décisions en matière de politique étrangère et de sécurité doivent être prises à l’unanimité, ce qui pourrait permettre à Bruxelles de contourner le veto hongrois à l’envoi d’armes à l’Ukraine. Selon elle, de telles réformes pourraient ouvrir la voie à sa vision d’une «Union européenne de la défense».

    Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne
    Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. ©EPA/RONALD WITTEK

    Une Europe indépendante

    Face à la montée des rivalités entre grandes puissances — Russie, Chine, États-Unis —, Ursula von der Leyen a insisté sur la nécessité pour l’Europe de tracer sa propre voie et d’être indépendante.

    « Tout l’enjeu de l’indépendance de l’Europe est de protéger nos libertés »

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 10 septembre à Bruxelles.

    Son discours contenait également plusieurs critiques à l’égard de Pékin, qui a considérablement renforcé ses liens économiques et politiques avec la Russie depuis son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Ursula von der Leyen a proposé la création d’un « nouvel instrument commercial à long terme » pour protéger la sidérurgie européenne face aux importations chinoises à bas prix, massivement subventionnées par l’État chinois.

    « La surcapacité mondiale réduit les marges » et entrave les efforts des fabricants de métaux de l’UE pour réduire leurs émissions de carbone, a-t-elle déclaré. Cet avertissement fait suite à la décision de Donald Trump d’imposer des droits de douane de 50 % aux exportateurs d’acier européens au début de l’année, qui a fait craindre que de grandes quantités de métaux chinois ne soient redirigées vers l’Europe et y soient vendues à bas prix.

    La présidente de l’exécutif européen a également défendu avec vigueur l’accord commercial conclu en juillet entre l’UE et les États-Unis, arguant que les entreprises européennes bénéficient désormais d’un « avantage relatif ». Par exemple, « certains de nos concurrents directs font face à des droits de douane [américains] beaucoup plus élevés » que les 15 % auxquels sont actuellement soumis la plupart des exportateurs européens. « Nous avons veillé à ce que l’Europe obtienne le meilleur accord possible », a-t-elle assuré.

    « C’est un monde où règnent les ambitions et les guerres impérialistes […], dans lequel les dépendances sont instrumentalisées sans pitié. C’est pour toutes ces raisons qu’une nouvelle Europe doit émerger. »

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 10 septembre à Bruxelles.

  • Sébastien Lecornu à Matignon : un choix jugé « provocateur » par le sénateur Yan Chantrel

    Sébastien Lecornu à Matignon : un choix jugé « provocateur » par le sénateur Yan Chantrel

    La nomination de Sébastien Lecornu à Matignon par Emmanuel Macron, à la suite du rejet du programme de François Bayrou par l’Assemblée nationale, marque un tournant politique. Pour Yan Chantrel, sénateur des Français établis hors de France, et membre du Parti Socialiste, ce choix reflète un entêtement présidentiel à l’encontre du vote des Français et renforce la crise institutionnelle. Il dénonce une stratégie éloignée des attentes des citoyens, en particulier de ceux vivant à l’étranger.

    Écouter le podcast avec Yan Chantrel

    « Le choix de Lecornu, on le vit comme une forme de provocation »

    Dès l’ouverture de l’entretien, le sénateur Yan Chantrel ne cache pas son scepticisme. Pour lui, la chute de François Bayrou n’est pas qu’une question de méthode, mais bien de fond. « Il a été sanctionné par rapport à sa proposition budgétaire… injuste, violente pour le monde du travail », affirme-t-il, rappelant que l’ancien premier ministre n’a jamais réellement tenté de négocier ou d’amender son projet.

    « La nomination du Premier ministre devrait émerger du Parlement »

    Yan Chantrel, sénateur des Français établis hors de France

    Pour notre invité, la nomination rapide de Sébastien Lecornu, ancien ministre des Armées et fidèle d’Emmanuel Macron depuis 2017, cristallise les critiques. « Plus le temps passe, plus il nomme des gens encore plus proches de lui », analyse le sénateur. Pour lui, il s’agit d’un déni démocratique, puisque ce choix ignore le message envoyé par les Français lors des dernières législatives.

    Un appel à un changement de régime… parlementaire

    Au-delà de l’identité du Premier ministre, c’est le fonctionnement des institutions que le sénateur remet en cause. « Il faut juste changer de régime. […] La nomination du Premier ministre devrait émerger du Parlement », plaide-t-il, insistant sur la nécessité d’un véritable régime parlementaire, qui respecte l’équilibre des forces à l’Assemblée nationale.

    Yan Chantrel, sénateur des Français de l'étranger @Sénat
    Yan Chantrel, sénateur des Français de l’étranger @Sénat

    Le blocage institutionnel actuel serait dû, selon lui, à l’obstination du président. « Son obstination de vouloir continuer à peser sur la politique du pays alors qu’il a été sanctionné est un outil de blocage », affirme-t-il. Et d’ajouter que seule une rupture franche avec la politique menée depuis 2017 pourrait amorcer une sortie de crise. « M. Lecornu [doit] rompre justement avec la politique qu’il a lui-même mise en place depuis huit ans ».

    Des conséquences directes pour les Français de l’étranger

    Ainsi Yan Chantrel met en garde contre les répercussions concrètes de cette instabilité politique pour les expatriés. Le budget voté pour 2025 comporte déjà des coupes financières jugées préoccupantes : « C’était un budget quand même de baisse assez drastique pour les Français de l’étranger », déplore-t-il, citant le financement de l’enseignement français à l’étranger, la CFE (Caisse des Français de l’Étranger), ou encore les aides sociales.

    « Réarmer notre Défense, très bien, mais si ça n’est pas complété par un financement adéquat des affaires étrangères, on ne répond pas au problème »

    Yan Chantrel, sénateur des Français établis hors de France

    Selon lui, ces réductions mettent en danger l’existence même de certaines structures essentielles. Face à cela, il appelle à un réarmement budgétaire du ministère des Affaires étrangères à la hauteur de celui de la Défense : « Réarmer notre Défense, très bien, mais si ça n’est pas complété par un financement adéquat des affaires étrangères, on ne répond pas au problème ».

    Redressement budgétaire : priorité à la justice fiscale

    Interrogé sur les moyens de redresser les finances publiques, le sénateur socialiste rejette fermement l’idée d’un impôt universel pour les Français de l’étranger : « Nous, on est résolument contre tout type d’impôt universel ou sur la nationalité ».

    Yan Chantrel, sénateur des Français de l'étranger @Sénat
    Yan Chantrel, sénateur des Français de l’étranger @Sénat

    À la place, il défend une proposition phare : la taxe Zucman, ciblant les ultra-riches. « Un impôt de seulement 2% pour ceux qui ont plus de 100 millions d’euros », soutenue selon lui par plus de 70 % des Français. Et de rappeler que le déficit a été en grande partie causé par « des baisses drastiques d’impôts pour les plus riches, c’est à peu près 60 milliards par an ».

    « Nous, on est résolument contre tout type d’impôt universel ou sur la nationalité »

    Yan Chantrel, sénateur des Français établis hors de France

    Face aux critiques de Gérard Larcher sur la constitutionnalité de cette taxe, Yan Chantrel balaie l’argument : « C’est un élément de langage […] Ce qui est inconstitutionnel, c’est l’inégalité devant l’impôt », insiste-t-il, estimant que la justice fiscale est désormais bafouée.

    Un projet de loi spécifique pour les expatriés en ligne de mire

    Enfin, alors qu’un projet de loi sur les Français de l’étranger est prévu pour l’automne, Yan Chantrel se dit prêt à y jouer un rôle actif : « C’est une nécessité de pouvoir avoir un texte sur les Français de l’étranger ». Sur le plan politique, il souhaite que ce texte fasse l’objet d’un travail transpartisan, bien que les résistances viennent selon lui d’une partie de la droite : « Des fois, il faut aussi convaincre les propres parlementaires des Français de l’étranger […] qui cautionnent, valident et votent des régressions », conclut-il.

  • 11 septembre 2001 : 24 ans après, le monde se souvient, la France aussi

    11 septembre 2001 : 24 ans après, le monde se souvient, la France aussi

    Il y a 24 ans, le monde retenait son souffle. Le 11 septembre 2001, les attentats perpétrés aux États-Unis marquaient un tournant dans l’histoire contemporaine. Près de 3 000 vies étaient fauchées en quelques heures, dont celles de quatre Français. Chaque année, les commémorations rappellent l’ampleur de la tragédie, mais aussi la résilience des familles, la solidarité internationale et les leçons géopolitiques tirées de ces attaques. À New York, comme en France, les hommages se multiplient pour ne jamais oublier.

    Un basculement historique

    Le matin du 11 septembre 2001, quatre avions de ligne sont détournés par des terroristes d’Al-Qaïda. Deux s’écrasent sur les tours jumelles du World Trade Center à New York, un troisième sur le Pentagone à Washington, et un quatrième dans un champ de Pennsylvanie, après une lutte entre passagers et pirates de l’air. Le bilan est effroyable : 2 977 morts, dont 343 pompiers et 60 policiers, et plus de 6 000 blessés.

    Les images des tours s’effondrant en direct, sous les yeux du monde entier, deviennent le symbole d’une Amérique vulnérable et d’un monde basculant dans l’ère de la guerre contre le terrorisme.

    La réaction américaine est immédiate et radicale. Dès le 7 octobre 2001, les États-Unis lancent l’opération « Liberté immuable » en Afghanistan, visant à démanteler les bases d’Al-Qaïda et à renverser le régime des talibans, accusés d’héberger Oussama ben Laden. Vingt ans plus tard, en août 2021, les Occidentaux quittent Kaboul dans le chaos, laissant derrière eux un Afghanistan repris par les talibans et une question lancinante : quel héritage, laisseront ces deux décennies de guerre ?

    Le 27 août 2021, le désengagement continue sur l'aéroport de Kaboul. ©SIRPA
    Le 27 août 2021, le désengagement continue sur l’aéroport de Kaboul. ©SIRPA

    L’invasion de l’Afghanistan, suivie en 2003 par celle de l’Irak, redessine la carte géopolitique du Moyen-Orient et alimente des débats toujours vifs sur l’efficacité et le coût humain de la « guerre contre le terrorisme ». Les attentats du 11 septembre ont aussi révélé les failles des services de renseignement et marqué le début d’une ère de surveillance accrue, de restrictions des libertés au nom de la sécurité, et de tensions internationales persistantes.

    Les victimes françaises : des vies brisées, des familles en quête de justice

    Parmi les 3 000 victimes, quatre Français ont péri dans les attentats : Thierry Saada, Jean-Paul Vaudrey-Peignot, Jean-Claude Trouvé et Christophe Ramoni. Leurs familles, comme celles des autres victimes, ont dû affronter non seulement le deuil, mais aussi des parcours administratifs et juridiques complexes pour obtenir reconnaissance et indemnisation.

    Thierry Saada, père d’un enfant né après sa disparition, était un trader installé à New York. Sa famille a été la seule à déposer plainte en France pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste », sans esprit de vengeance, mais pour que la justice française reconnaisse officiellement leur drame. Les autres familles ont bénéficié du soutien du consulat général de France à New York, qui les a accompagnées dans leurs démarches auprès des fonds d’indemnisation américains et français. Toutes ont eu accès aux mêmes dispositifs, quelle que soit leur nationalité, grâce à l’intervention des autorités françaises.

    Allison Turkel, maître spécial du Fonds d’indemnisation des victimes du 11/9, a visité le 9/11 Memorial & Museum à New York ce week-end avant la 25e commémoration des attaques terroristes. ©wshu.org
    Allison Turkel, maître spécial du Fonds d’indemnisation des victimes du 11/9, a visité le 9/11 Memorial & Museum à New York ce week-end avant la 25e commémoration des attaques terroristes. ©wshu.org

    Le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et autres infractions, ainsi que le September 11th Victim Compensation Fund (VCF) américain, ont permis d’indemniser les ayants droit. Pourtant, pour beaucoup, l’argent ne comble pas le vide. Les maladies liées à l’exposition aux poussières toxiques de Ground Zero continuent de faire des victimes, et le nombre de demandes d’indemnisation ne cesse d’augmenter, avec plus de 67 000 dossiers déposés à ce jour.

    New York et la France unies dans le souvenir

    Chaque année, les cérémonies du 11 septembre rassemblent des milliers de personnes à New York, autour du Mémorial du World Trade Center. En 2025, les hommages prennent une dimension particulière, alors que le monde fait face à de nouvelles crises et que la mémoire des attentats s’inscrit dans une histoire plus large des violences terroristes.

    À New York, l’ambassade et le consulat général de France organisent une cérémonie officielle en présence de représentants français et américains, ainsi que des familles des victimes. Une minute de silence fut observée à 8 h 46, heure du premier impact, suivie de lectures des noms des disparus. Le consulat de France à New York, en partenariat avec les associations francophones, propose aussi des temps d’échange et de recueillement, rappelant l’importance de la solidarité internationale face au terrorisme.

    En France, des hommages sont rendus dans plusieurs villes, notamment à Paris, où une gerbe est déposée devant l’ambassade des États-Unis. Ces commémorations sont l’occasion de rappeler que la lutte contre le terrorisme reste un enjeu majeur, et que la mémoire des victimes doit guider les générations futures.

    La cérémonie de 2021 devant la plaque commémorative en l’honneur des victimes françaises située dans le hall du Consulat général et la plantation de bulbes de jonquilles à leur mémoire, dans le cadre du projet Daffodil de la ville de New York. ©AFP
    La cérémonie de 2021 devant la plaque commémorative en l’honneur des victimes françaises située dans le hall du Consulat général et la plantation de bulbes de jonquilles à leur mémoire, dans le cadre du projet Daffodil de la ville de New York. ©AFP

    Vingt-quatre ans après, le 11 septembre reste une date gravée dans les mémoires. Pour les Français de l’étranger, ces commémorations sont l’occasion de se rassembler, de se souvenir, et de réaffirmer leur attachement aux valeurs de paix et de résilience. Alors que le monde continue de faire face à des défis sans précédent, l’héritage du 11 septembre nous rappelle l’importance de la vigilance, de la solidarité et de la justice.

  • Eléonore Caroit fait confiance à l’esprit de consensus de Sébastien Lecornu

    Eléonore Caroit fait confiance à l’esprit de consensus de Sébastien Lecornu

    Dans un contexte politique marqué par des crises internationales et une Assemblée nationale fragmentée, Éléonore Caroit, députée des Français de l’étranger (2ᵉ circonscription, Amérique latine et Caraïbes), analyse la nomination de Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre. Pour elle, cette nomination rapide est un signal fort de stabilité et d’espoir. Découvrez son analyse exclusive dans cet article et plongez dans l’intégralité de l’échange en podcast sur Lesfrancais.press, disponible aussi sur Deezer, Spotify, et Apple Podcast.

    Écouter le podcast avec Eléonore Caroit

    Une nomination rapide pour un exécutif présent

    La démission de François Bayrou et le vote de confiance historique qui a suivi ont ouvert la voie à la nomination de Sébastien Lecornu comme Premier ministre. Éléonore Caroit salue cette transition rapide, essentielle selon elle pour assurer la présence d’un exécutif fort.

    « Je salue cette nomination rapide parce qu’il est impératif d’avoir un exécutif qui soit présent »

    Éléonore Caroit, députée des Français de l’étranger (2 circonscription, Amérique latine et Caraïbes

    Dans un monde en proie à des tensions croissantes — guerre en Ukraine, attaques de drones russes atteignant même l’espace aérien polonais, et crises au Moyen-Orient — la France doit, selon la députée, afficher une voix claire et respectée sur la scène internationale. « Il se passait des choses extrêmement graves. La voix de la France doit être entendue », insiste-t-elle.

    Cette réactivité politique est d’autant plus cruciale que le pays fait face à des mouvements sociaux internes, comme le mouvement « Bloquons tout », qui risquent de fragiliser la cohésion nationale. Pour Éléonore Caroit, la stabilité gouvernementale est un impératif pour rassurer les citoyens et les partenaires internationaux.

    Eléonore Caroit
    Eléonore Caroit – députée des Français Amérique latine et Caraïbes

    Un gouvernement face à une Assemblée divisée : le défi du consensus

    Sébastien Lecornu hérite d’une Assemblée nationale fragmentée en 11 groupes parlementaires, un paysage politique complexe qui rend toute recherche de consensus ardue. Pourtant, Éléonore Caroit voit en lui un négociateur aguerri, capable de fédérer au-delà des clivages. Elle cite notamment son rôle clé dans l’adoption de la loi de programmation militaire, un succès obtenu « avec patience et humilité, en allant parler à tout le monde ». « Cela démontre qu’il a cet esprit de consensus », souligne-t-elle.

    Le principal défi du nouveau Premier ministre ? Éviter la paralysie politique, notamment lors du vote du budget. « Il a la nécessité de créer un compromis, d’abord pour avoir un budget pour notre pays, et ensuite pour donner des orientations à la France », explique la députée. Pour elle, la capacité de Lecornu à dialoguer avec toutes les forces politiques sera déterminante pour sortir de l’impasse actuelle.

    Les Français de l’étranger : une communauté à défendre

    Éléonore Caroit porte une attention particulière aux 3,5 millions de Français établis hors de France, souvent victimes de clichés — comme celui des « exilés fiscaux ». Elle défend une proposition de loi transpartisane visant à sanctuariser leurs droits, notamment :

    • L’allocation de solidarité aux personnes âgées ;
    • L’accès aux lycées français de l’étranger pour les familles de classe moyenne.

    « Ces sujets n’ont pas de couleur politique », affirme-t-elle, rappelant que les expatriés forment une « communauté extrêmement dynamique » qui mérite d’être mieux connue et valorisée. « Il faut mieux dépenser et contrôler davantage la façon dont les deniers publics sont utilisés », ajoute-t-elle, plaidant pour une gestion rigoureuse des dépenses publiques plutôt que pour une augmentation des impôts.

    Eléonore Caroit - Députée des Français dAmérique Latine et Caraïbes_ à Lima au Lycée Français
    Eléonore Caroit – Députée des Français dAmérique Latine et Caraïbes_ à Lima au Lycée Français

    Un message d’espoir malgré les divisions

    Malgré un contexte politique tendu, Éléonore Caroit se montre optimiste. « Il y a un chemin. J’espère que Sébastien Lecornu saura le trouver », déclare-t-elle. Pour la députée, la nomination de Lecornu représente une opportunité de sortir de l’impasse, à condition de privilégier le dialogue et de ne pas négliger les spécificités des expatriés.

    « Ce que je voudrais dire aux Français de l’étranger, c’est qu’ils ont, à l’Assemblée nationale, des élus responsables, qui ont à cœur de retrouver un chemin vers la stabilité », conclut-elle. Son message est clair : l’expérience et le pragmatisme de Lecornu pourraient bien redonner à la France la stabilité dont elle a besoin, tant sur le plan national qu’international.

    Pourquoi écouter ce podcast ?

    • Comprendre les enjeux de la nomination de Sébastien Lecornu ;
    • Découvrir les propositions concrètes pour les Français de l’étranger ;
    • Analyser les défis d’un gouvernement face à une Assemblée divisée ;
    • Écouter le message d’espoir d’Éléonore Caroit.
● Radio en direct
En pause