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  • Donald Trump en maître de la guerre commerciale

    Donald Trump en maître de la guerre commerciale

    Donald Trump dit ce qu’il pense et pense ce qu’il dit, quitte à être confus et fluctuant dans ses idées comme dans ses propos. La crise commerciale qu’il a déclenchée à la fin du mois de janvier en est la parfaite illustration. Donald Trump aime à répéter son attachement aux droits de douane, mais sa ligne politique en la matière apparaît chaotique. Les entreprises, les investisseurs et les gouvernements étrangers tentent de décrypter ses intentions réelles.

    Durant la campagne électorale, Donald Trump a multiplié les attaques contre la Chine et l’Europe. Pourtant, ses premières décisions commerciales ont visé deux alliés historiques des États-Unis : le Canada et le Mexique. L’application des majorations de droits de douane aurait pu signifier la fin de l’accord commercial qui lie ces deux États aux États-Unis. Pour justifier sa position, il a invoqué l’état d’urgence aux frontières américaines en raison d’un afflux de drogue et de migrants illégaux, avant de déclarer que ce qui le préoccupait réellement était le déficit commercial américain. En attendant, sa proposition la plus radicale – un tarif douanier universel sur les importations – a été, pour l’instant, éclipsée par des discussions sur des taxes plus ciblées, dont l’objectif réel semble être la limitation des flux migratoires illégaux.

    Amis ou non, alliés ou non, Trump semble déterminé à poursuivre sans relâche la mise en œuvre de sa politique protectionniste

    Donald Trump considère que le système de commerce international est injuste et biaisé au détriment des États-Unis. Il cherche à rééquilibrer ce commerce en multipliant les rapports de force. Plus inquiétant encore, il se montre aujourd’hui bien plus agressif que lors de son premier mandat. Durant sa première présidence, la Chine était la principale cible de ses droits de douane, qui ont fini par s’appliquer à 380 milliards de dollars de marchandises. Dans cette seconde guerre commerciale, ce sont désormais 1 400 milliards de dollars d’importations en provenance du Canada, du Mexique et de la Chine – soit environ 40 % du total des importations américaines – qui pourraient être affectés.

    Make America First Again
    Make America First Again

    La suspension temporaire de la majoration de 25 % s’explique par l’imbrication des économies nord-américaines : une augmentation des tarifs douaniers aurait eu des effets négatifs sur la croissance régionale. En revanche, Donald Trump a décidé d’accroître de 10 % les droits de douane sur les produits chinois, y compris des biens de consommation courante tels que les iPhones, qu’il avait auparavant exclus pour protéger les consommateurs. Cette application immédiate tranche avec la pratique précédente : lors de son premier mandat, il avait accordé plusieurs mois de préavis aux entreprises concernées.

    Après la Chine, il s’est attaqué aux importations d’acier et d’aluminium en provenance de l’étranger et a annoncé que de nouvelles majorations étaient probables dans les prochains jours. L’Union européenne ne devrait pas échapper à ces hausses tarifaires. Le Président américain s’est également engagé à imposer des taxes pouvant atteindre 100 % sur les semi-conducteurs taïwanais. Amis ou non, alliés ou non, il semble déterminé à poursuivre sans relâche la mise en œuvre de sa politique protectionniste.

    Donald Trump considère les tarifs douaniers comme un levier de pression efficace pour renégocier les rapports de force entre les États. À court terme, il a déjà obtenu des concessions du Mexique et du Canada. Les États-Unis, premier importateur mondial, disposent d’un avantage stratégique : la capacité d’infliger de lourdes pertes à leurs partenaires commerciaux. Les exportations vers les États-Unis représentent environ 20 % du PIB canadien et 30 % du PIB mexicain, tandis que les exportations américaines vers ces deux pays ne pèsent que 3 % du PIB des États-Unis.

    Les consommateurs américains paieront le prix de cette politique, via une baisse de leur pouvoir d’achat.

    Le Canada, le Mexique et l’Europe ont donc plus à perdre dans cette guerre commerciale – du moins à court terme. Ce sont les consommateurs américains qui paieront le prix de cette politique, via une baisse de leur pouvoir d’achat. En outre, le protectionnisme freinera inévitablement la croissance économique en ralentissant la diffusion du progrès technique, en alourdissant les coûts de production et en affaiblissant la concurrence.

    Donald Trump estime que les tarifs douaniers sont aussi une source de revenus permettant de rééquilibrer les finances publiques tout en réduisant l’impôt sur le revenu. Peu importe que les estimations montrent que ces droits ne couvriront qu’une fraction des dépenses fédérales. Il pense que ces taxes provoqueront une renaissance de l’industrie manufacturière américaine. Or, l’histoire économique montre que la protection de secteurs industriels peu compétitifs a souvent eu des effets délétères. Dans les années 1970, la protection de la sidérurgie américaine a contribué au déclin de son industrie automobile, au profit des constructeurs japonais. Avec l’éclatement des chaînes de valeur, une majoration de 25 % des droits de douane au sein du marché commun nord-américain aurait pu anéantir les bénéfices de Stellantis, General Motors et Ford. Certains véhicules traversent la frontière américaine jusqu’à sept fois avant leur assemblage final, et auraient été soumis à une taxation à chaque passage.

    Dès l’annonce du décret augmentant les droits de douane, les lobbyistes américains se sont mobilisés. Le syndicat des travailleurs de l’acier a dans un communiqué dénoncé une politique contre-productive : « S’en prendre à des alliés clés comme le Canada n’est pas la voie à suivre. ». Par ailleurs, après avoir centré sa campagne sur la lutte contre l’inflation, Donald Trump semble avoir pris conscience que ses mesures risquaient d’entraîner une flambée des prix et des pénuries.

    À terme, Donald Trump devra obtenir l’aval du Congrès pour poursuivre son offensive douanière.  

    Pour l’instant, le Président américain a utilisé l’arme du décret présidentiel. Toutefois, il aura du mal à convaincre le Congrès d’adopter un programme protectionniste structuré. Il s’appuie sur des lois existantes, comme l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), qui lui permet d’imposer des droits de douane pour des raisons de sécurité nationale. Ses décisions sont contestées devant les tribunaux, et jamais la justice n’a validé un usage aussi large des pouvoirs commerciaux du Président.

    À terme, Donald Trump devra obtenir l’aval du Congrès pour poursuivre son offensive douanière.
    À terme, Donald Trump devra obtenir l’aval du Congrès pour poursuivre son offensive douanière.

    À terme, Donald Trump devra obtenir l’aval du Congrès pour poursuivre son offensive douanière. Mais pour cela, il devra convaincre un Parlement où les opposants au protectionnisme, bien que moins nombreux qu’auparavant, pourraient encore lui barrer la route.

    Loin d’être une simple posture électoraliste, le protectionnisme agressif de Donald Trump reflète une transformation profonde des relations commerciales mondiales. Alors que son premier mandat s’était concentré sur la Chine, son retour au pouvoir marque une radicalisation, incluant désormais les alliés historiques des États-Unis dans cette guerre économique. Cette politique pourrait certes renforcer certains secteurs industriels américains, mais elle risque aussi d’affaiblir l’économie mondiale, ralentir les innovations et faire grimper les prix à la consommation. En définitive, le protectionnisme trumpiste apparaît comme une arme à double tranchant : s’il permet de négocier des concessions commerciales, il expose aussi les États-Unis aux représailles de leurs partenaires et au mécontentement des électeurs américains. L’histoire économique montre que l’isolationnisme a rarement été synonyme de prospérité durable.

  • L’envoyé de Donald Trump pour l’Ukraine « clarifie » la place de l’Europe à la table des négociations

    L’envoyé de Donald Trump pour l’Ukraine « clarifie » la place de l’Europe à la table des négociations

    BRUXELLES — Les points de vue européens seront pris en compte et l’Ukraine ne sera pas contrainte de conclure un accord, a déclaré l’envoyé américain pour l’Ukraine et la Russie à un groupe de journalistes au siège de l’OTAN.

    La visite de deux jours de Keith Kellogg, l’envoyé des États-Unis pour l’Ukraine et la Russie, à Bruxelles intervient dans un contexte de malaise croissant parmi les alliés européens. En effet, l’Union européenne (UE) craint qu’un futur accord de paix avec l’Ukraine ne soit conclu sans qu’elle-même et Kiev n’en soient informées, étant donné qu’aucune des deux n’est invitée à participer aux pourparlers entre les États-Unis et la Russie qui se tiendront cette semaine à Riyad, en Arabie saoudite.

    Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré ce week-end que Kiev n’accepterait pas un accord qui serait préjudiciable à son pays ou qui résulterait de négociations auxquelles il n’aurait pas participé.

    Keith Kellogg a répondu que « personne » n’imposerait de décisions à Volodymyr Zelensky, qui est un « dirigeant élu d’une nation souveraine », et que la décision de conclure un accord reviendrait en fin de compte aux Ukrainiens.

    L’envoyé de Donald Trump se rendra à Kiev cette semaine pour une visite de trois jours, au cours de laquelle il devrait rencontrer le dirigeant ukrainien. Il retournera ensuite à Washington et poursuivra sa tournée des capitales de l’OTAN dans les prochaines semaines.

    À la table des négociations

    Keith Kellogg a précisé que le fait que les Européens ne soient pas à la table des négociations ne signifiait pas que leurs préoccupations ne seraient pas prises en compte.

    « Si vous pensez qu’il y aura trente-trois personnes assises à la même table pendant la discussion, selon toute probabilité, la réponse est non, pas du tout », a confié le responsable américain. Mais « si “à la table” signifie que vos points de vue sont entendus, compris, transmis, la réponse est absolument oui », a-t-il continué.

    L’envoyé des États-Unis pour l’Ukraine et la Russie, Keith Kellogg. ©Johannes Simon/Getty Images
    L’envoyé des États-Unis pour l’Ukraine et la Russie, Keith Kellogg. ©Johannes Simon/Getty Images

    Washington a envoyé un questionnaire aux capitales européennes en début de semaine dernière afin de déterminer les ressources qu’elles seraient prêtes à fournir pour une éventuelle future force de maintien de la paix.

    « Avant que tout type de discussion et de garanties de sécurité ne soit finalisé, bien sûr, ces discussions vont avoir lieu », a affirmé Keith Kellogg.

    « Les réponses à ces questions seront déterminées au fur et à mesure que vous avancerez dans le processus final », a-t-il ajouté, renvoyant la balle aux Européens.

    Les promesses seront-elles tenues ?

    L’absence de Keith Kellogg de l’équipe de négociation américaine qui s’est rendue à Riyad a soulevé des questions sur son influence effective sur les efforts de Donald Trump pour élaborer une proposition de paix — et sur la manière dont la contribution européenne y sera intégrée.

    L’envoyé américain a toutefois affirmé que son absence « ne signifie pas que l’équipe n’est pas entièrement synchronisée ».

    « Ils vont venir du Proche-Orient, je viendrai d’Ukraine — nous allons revenir à une synchronisation », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il avait eu une conférence téléphonique conjointe avec l’équipe de négociation après la Conférence de Munich.

    L’équipe en question comprend le secrétaire d’État Marco Rubio, le conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz et l’envoyé des États-Unis au Proche-Orient Steve Witkoff.

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 19.02.2025

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 19.02.2025

    Bonjour à toutes et à tous, vous écoutez le flash quotidien des expatriés du mercredi 19 février 2025. Dans les titres de cette édition : Effacement diplomatique de l’UE – A l’Assemblée nationale, l’affaire de Bétharram n’en finit pas – Mélanie Vogel ne veut pas de Richard Ferrand

    Poutine veut bien parler avec Volodymyr Zelensky

    La série de réunions dans la capitale saoudienne entre les USA et la Russie, rétablie dans son rôle de superpuissance, à la surprise générale, ont commencé, effaçant tout le poids des efforts consentis par les états de l’Union européenne. On a appris ce mardi 18 février que Le président russe Vladimir Poutine est « prêt » à négocier avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky «si nécessaire », après quasiment trois ans d’offensive de l’armée de Moscou en Ukraine. Le président ukrainien a cependant jugé qu’une condition pour des discussions avec la Russie était d’arriver d’abord à une position commune ukraino-occidentale, notamment sur la question des garanties de sécurité voulues par Kiev.

    L’affaire Bétharram et François Bayrou

    Il le redit, il n’y est pour rien. Interrogé à l’Assemblée nationale ce mardi 18 février par la députée socialiste Colette Capdevielle, le Premier ministre François Bayrou a de nouveau affirmé qu’il n’était « jamais » intervenu dans l’affaire des violences au sein de l’établissement scolaire Notre-Dame-de-Bétharram, « ni de près, ni de loin ». Pour preuve de son innocence, le locataire de Matignon a assuré que le juge Christian Mirande, comme l’ancien procureur général de Pau, auprès de qui il serait intervenu à l’époque, n’auraient pu lui communiquer le moindre détail sur les violences à Bétharram en raison de leurs fonctions et de leur « absolue intégrité ». En revanche, « si je ne savais pas, d’autres savaient », a lancé le Premier ministre dans l’hémicycle, renvoyant ainsi la responsabilité d’inaction au gouvernement socialiste de l’époque et notamment à Élisabeth Guigou, alors ministre de la Justice, Claude Allègre, ministre de l’Éducation et Ségolène Royal, ministre déléguée à l’Enseignement scolaire.

    Richard Ferrand, futur président du conseil constitutionnel ?

    Vous le savez les 9 sages du Conseil constitutionnel sont nommés par les 3 incarnations de la Nation, 3 le sont donc par le Président de la République, 3 par le Sénat et 3 par l’Assemblée nationale. Ce 19 février, celle-ci doit se prononcer sur la nomination de Richard Ferrand, marcheur de la première heure, ancien député et président de l’Assemblée nationale, par Emmanuel Macron. Il devrait remplacer Laurent Fabuis comme président de l’institution. Mais parmi les parlementaires, ils sont nombreux à s’interroger sur ce choix présidentiel. La sénatrice EELV des Français de l’étranger, Mélanie Vogel, elle, encourage « les parlementaires qui veulent garantir l’État de droit et la démocratie » à « se prononcer contre cette nomination ». Réponse aujourd’hui.

    C’est ainsi que se termine le flash quotidien des expatriés de ce mercredi 19 février 2025. Passez une belle journée avec ou sans enfant où que vous soyez !

    Écouter le bulletin des Français de l’étranger

  • Paypal, un allié pour les transferts internationaux ?

    Paypal, un allié pour les transferts internationaux ?

    PayPal offre plusieurs avantages pour fluidifier les flux bancaires internationaux. Les Français de l’étranger l’ont bien compris et ils sont de plus en plus nombreux à l’utiliser. Voyons ensemble pourquoi ?

    Rapidité des transactions et couverture mondiale

    PayPal permet d’effectuer des virements bancaires internationaux en un temps record, avec des transferts presque instantanés entre comptes PayPal. Le service est disponible dans plus de 200 marchés et prend en charge plus de 100 devises. Ce qui facilite les transactions internationales.

    En sus, PayPal utilise des technologies de chiffrement et de protection contre la fraude pour sécuriser les transactions internationales.

    Pour réaliser ces transactions, les utilisateurs peuvent lier leurs comptes bancaires ou cartes à leur compte PayPal, simplifiant ainsi les paiements internationaux.


    Rapidité des transactions et couverture mondiale
    Rapidité des transactions et couverture mondiale

    N’oublions pas que PayPal gère, en plus, automatiquement la conversion des devises, éliminant les obstacles liés aux différences de monnaies.

    Au final, bien que PayPal applique ses propres frais, il peut être moins coûteux que certains services bancaires traditionnels pour les transferts internationaux.

    Ces avantages font de PayPal un outil précieux pour fluidifier les flux bancaires entre pays. Cela offre une solution rapide, sécurisée et largement accessible pour les transactions internationales. D’ailleurs, France Pay, l’app bancaire des expatriés, l’a bien compris. Elle facilite l’interconnexion entre le compte bancaire français SEPA détenu par un non-résident, et ce quel que soit son pays de résidence, et le compte Paypal. Il est possible en plus d’ouvrir un compte Paypal dans son pays de résidence. Mais également en France. Ouvrant la voie à des transferts internationaux instantanés de tout pays vers la France et pour parfois zéro euro.

    Comment PayPal gère-t-il les conversions de devises pour les transferts internationaux ?

    PayPal gère les conversions de devises pour les paiements internationaux de la manière suivante en appliquant un taux de change majoré pour les conversions de devises. Ce taux inclut une commission de 3% au-dessus du taux de change de base. PayPal met à jour ses taux de change deux fois par jour, en ajoutant un pourcentage au taux de gros fourni par leur banque. Les utilisateurs peuvent consulter les taux de change actuels via le convertisseur de devises dans leur portefeuille PayPal.

    Pour réduire les coûts de conversion, vous pouvez :

    • Utiliser votre carte bancaire directement, car les taux Visa ou Mastercard sont souvent plus avantageux.
    • Payer dans la devise locale du vendeur en utilisant l’option « Autres options de conversion » lors du paiement.
    • Ajouter un solde en devise étrangère à votre compte PayPal et le financer mensuellement pour éviter des conversions fréquentes

    Aussi, si vous êtes vendeur de produits ou de prestations sur Paypal, vous devrez payer une commission sur transaction de 3,4% du montant en plus des frais de conversion.

    Car pour les transactions internationales soit les paiements de prestations, PayPal prélève également une commission fixe allant de 1,99 € à 3,99 € selon le pays et la devise concernée.

    Il est important de noter que la structure tarifaire de PayPal pour les conversions de devises manque de transparence, ce qui peut entraîner des frais cachés pour les utilisateurs.

  • CHAHID : Les Français en Algérie

    CHAHID : Les Français en Algérie

    Le 1er juillet 1962, 99 % des Algériens se prononcent pour l’indépendance de l’Algérie lors d’un référendum. Après plus de 7 ans de guerre et 132 ans de colonisation française, l’indépendance est officiellement proclamée le 3 juillet 1962. L’Algérie devient un pays à part entière, la République algérienne démocratique et populaire. Ce référendum faisait partie des accords d’Évian signés le 18 mars 1962, qui ont marqué la fin de la guerre. Mais chaque 18 février, le pays rend hommage à ceux qui sont morts pour cette indépendance. L’occasion pour nous de faire un point sur la relation entre la France et ce pays et la place des Français en Algérie en 2025.

    Le Chahid, c’est quoi ?

    Proclamée officiellement le 18 février 1991, la Journée Nationale du Chahid (18 février) est commémorée chaque année pour rendre un hommage aux Chouhada (martyrs) qui ont donné leur vie pour l’indépendance de l’Algérie. En Algérie, la célébration de cette Journée Nationale est une occasion de mettre l’accent sur l’importance à accorder à l’histoire nationale et à son enseignement aux jeunes générations qui doivent préserver ce lien.

    Le Chahid, c’est quoi ?
    Le Chahid, c’est quoi ?

    Si le jour n’est pas férié, les programmes culturels comme éducatifs mettent l’accent sur ces valeurs en ce 18 février. Une journée qui s’annonce donc difficile pour les Français d’Algérie, car les martyrs célébrés sont, ne l’oublions pas, ces Algériens morts d’une balle ou d’une main française. Plus de 60 ans après, l’Algérie transmet toujours aux nouvelles générations la haine de la France.

    L’Algérie et la France en 2025

    L’Algérie sera-t-elle la cause de la chute de la Ve République comme sa révolution fut la cause de la chute de la IVe ? » s’interrogeait la semaine dernière un éditorialiste d’un journal islamiste algérien. La France « intime », cette France imaginaire, ennemie éternelle et idéale pour esquiver le présent en ressassant un passé glorieux, est toujours un sujet brûlant dans les médias et sur les réseaux sociaux algériens.

    Car en plus des polémiques mémorielles, d’autres facteurs interviennent, comme le contentieux à propos des visas et des reconduites à la frontière de clandestins algériens, mais aussi et surtout, c’est la récente décision française de reconnaître la souveraineté marocaine sur l’ex-Sahara espagnol qui pèse pour beaucoup.

    Dans ce climat, comment les 40 000 Français d’Algérie vivent leur citoyenneté française.

    Beaucoup de binationaux

    En Algérie, parmi les Français installés sur place, les binationaux sont ultra-majoritaires. Et pourtant, la vie n’y est pas facile, ils sont la cible de discriminations qui ne seraient pas autorisés de l’autre côté de la Méditerranée. Ainsi, En 2020, une nouvelle révision constitutionnelle élargit le principe, instauré en 2016, leur interdisant l’accès aux fonctions et emplois « liés à la souveraineté et à la sécurité nationales » à la détention d’entreprises stratégiques. En 2023, après la répression du Hirak (mouvement de contestation pacifique), cette exclusion s’élargit même à la presse. Un binational ne peut être actionnaire d’un média algérien mais il peut jouer pour l’équipe nationale de football.

    Beaucoup de binationaux
    Beaucoup de binationaux

    En effet, il existe depuis longtemps un sentiment de défiance des autorités algériennes à l’égard de l’émigration et de ceux qui ont des liens avec la France. Celle-ci est perçue comme pouvant alimenter une opposition politique. Mais on la soupçonne aussi de déloyauté, d’être tiraillée entre le pays d’origine et le pays d’accueil. Ou encore d’être ouverte à d’autres influences culturelles, selon une stricte vision nationaliste qui n’est pas le propre de l’Algérie et que l’on retrouve ailleurs.

    Mesures économiques

    En parallèle, le climat s’est aussi dégradé du côté des liens économiques. Au rang des entreprises qui sont inquiétées par des mesures de rétorsion directes ou indirectes, les compagnies d’exploration et de production d’hydrocarbures. Totalénergies détient des participations dans plusieurs champs gaziers, notamment pour livrer son terminal méthanier à Fos-sur-Mer. La compagnie distribue aussi des produits lubrifiants. L’autre groupe d’envergure opérant en Algérie est Engie, pour l’importation de gaz sous forme liquide.

    En dehors de ces mastodontes, la présence des entreprises françaises en Algérie est plus limitée. Selon Medef International, on compte environ 450 entreprises implantées en Algérie qui emploient directement environ 40.000 salariés.

    Tensions avec l'Algérie : pourquoi la France a beaucoup à perdre ?
    Tensions avec l’Algérie : pourquoi la France a beaucoup à perdre ?

    En 2021 en effet, avant un pic de tensions diplomatiques, Suez et la RATP avaient déjà quitté le territoire. La RATP avait perdu la gestion et la maintenance du métro d’Alger. Suez avait également perdu son contrat avec l’entreprise de gestion de l’eau Seal pour la distribution de l’eau dans la capitale.

    Aujourd’hui, ce sont donc les échanges liés au gaz qui sont particulièrement scrutés. Mais si les tensions venaient à s’aggraver, la dépendance française au gaz algérien reste limitée. Seul 8% du gaz importé en France provient d’Algérie. La France a en effet beaucoup diversifié ses approvisionnements depuis la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Notamment en se fournissant auprès de la Norvège et des États-Unis.

  • 2 chefs Alsaciens dans le monde

    2 chefs Alsaciens dans le monde

    Le saviez-vous ? La réputation de la riche gastronomie alsacienne a depuis longtemps franchi les frontières de la région ? La « Lebermausse » (souris de foie), le « gâteau au chocolade », « les Fleishknepfles » (boulettes de viande)… sont désormais reconnus sur les plus grandes tables du monde entier. Pourtant quand on évoque la gastronomie française, c’est plutôt Paris, Lyon ou la Provence qui sont nos premiers réflexes. Et pourtant, que de surprises sur les tables alsaciennes qu’elles soient à Strasbourg ou à Dubaï. D’ailleurs, l’Union internationale des Alsaciens nous invitait, ces dernières semaines, à découvrir les meilleurs chefs Alsaciens dans le monde. On en a sélectionné 2 mais ils sont bien plus nombreux. N’hésitez pas à les découvrir sur leur page Facebook.

    Jérémie Muller, passionné de cuivres anciens et Chef à Montréal

    Né à Haguenau en 1992, l’environnement de Jérémie est propice à une carrière culinaire : une  grand-mère maternelle Pia, lingère à l’Auberge de l’Ill, un grand-père Roger fan de cuisine, collectionneur de livres de cuisine anciens et qui retraité, avait en charge les petits-déjeuners en barque qu’organisait l’Auberge, Tante Nathalie et Oncle Jean-Yves qui dirigent l’établissement étoilé l’Atlantide à Nantes et Alexandre, autre tonton, ancien d’Illkirch qui gérait un hôtel à Tourtour en Provence. On peut dire qu’il était bien entouré notre Jérémie. Il veut voyager alors c’est tout naturellement qu’il entre pensionnaire à Illkirch pour se former en salle, mais la cuisine le happe au passage de sa formation et il reçoit même le prix du meilleur dessert par équipe avec une charlotte aux coings, pain d’épice caramélisé, mousse de coings lors d’une compétition entre écoles.

    BTS en poche et quelques stages plus tard, Jérémie obtient son premier CDI chez Yannick Germain à Sessenheim.  » Il m’a aidé à m’épanouir, m’a transmis la rigueur, la technique et l’organisation et pour puis c’est là que j’ai rencontré ma compagne Nina « .  En 2014, il intègre les Haras à Strasbourg sous la baguette de François Baur :  » Je suis arrivé juste une année après l’ouverture.  On faisait 180 couverts par service, sans rangement ni stockage, c’était dur mais j’ai appris à diriger une équipe. J’étais premier chef de partie, c’est un poste tournant : on remplace quand il y a un besoin, on apprend beaucoup et vite « .  

    Jérémie Muller avec Vincent Barbier, grand maitre émérite de la confrérie des chevaliers du tastevin / @Victor Large
    Jérémie Muller avec Vincent Barbier, grand maitre émérite de la confrérie des chevaliers du tastevin / @Victor Large

    Puis, il débarque chez Bocuse grâce à Marc Haeberlin, Jérémie et Collonges :  » je suis arrivé pour l’entretien hyper stressé avec trois chefs MOF en face de moi dont deux alsaciens Christophe Muller et Gilles Reinhardt. C’était impressionnant. Nous étions 7 nouveaux ce jour-là ». Quelques mois plus tard, nous n’étions plus que deux. L’ambiance est très bonne mais la compétition entre les nouveaux est ardue. Ma plus belle victoire, c’est d’avoir tout fait chez Bocuse, garde-manger, rôtisseur, saucier, faire le billaud. Quelle expérience acquise !  » Jérémie est intarissable sur Mr Paul qu’il respecte profondément « . Tous les matins, il arrivait à l’entrée de la cuisine et observait. Chacun venait le saluer un par un. Il regardait tout. Un jour, Mr Paul appelle Olivier.

    J’étais au poste de poisson à trois mètres de lui et je travaillais des tuiles à l’encre de seiche. Olivier revient vers moi et me dit avec un sourire :   » Mr Paul pense que tu brûles les tuiles ! « . C’est aussi là que Jérémie découvre que les casseroles en cuivre centenaires de Mr Paul sont super efficaces malgré leur vénérable âge. Commence alors la passion des brocantes pour trouver de vieilles casseroles en cuivre : Jérémie les achète et les restaure. Idem pour les livres de cuisine.  » J’ai trouvé et restauré des casseroles de 1870 provenant du restaurant les Ambassadeurs au Crillon « . Notre passionné passe une bonne partie de son salaire dans cette passion, mais qu’importe, c’est beau et il aime ça ! 

    Jérémie reste 4 ans à Collonges le temps que Nina termine sa licence à Lyon et voici que leur rêve de voyages ressurgit : en 2018, coup de foudre pour le Québec et Jérémie prend le poste de sous-chef dans l’un des meilleurs restaurants portugais de la ville « chez Helena ». Cette grande dame de la cuisine, Helena Loureiro  possède plusieurs établissement au Québec  et offre ainsi  à Jérémie de s’épanouir complètement en revisitant les plats traditionnels portugais.  » Nina et moi sommes tombés en amour avec les grands espaces, la pêche en chaloupe du Lac St Louis, le rituel du chalet avec les amis etc « . mais aussi tombés en amour de leur chien récupéré dans la rue par la SPCA et qui s’appelle… devinez ?…Copper !

    Sa recette : Stör Grumbeeresalad ou Salade de pommes de terre à l’esturgeon fumé, argousier confit à l’érable

    Ingrédients pour 4 personnes :

    • 600 g de pommes de terre Yukon ou Bintje, 200 g d’esturgeon fumé. Pour la sauce : 3 échalotes ciselées, 200 g de crème sûre (version québécoise de la crème fraiche), 1 c.a.s de moutarde à l’ancienne, 2 c.a.s de vinaigre de Xérès ou Melfort, 1 c.a.s de sauce Worcestershire, 2 gousses d’ail hachées, persil, ciboulette, estragon, sel et poivre du moulin.
    • Pour l’argousier : 100 g de baies d’argousier, 100 g d’eau, 25 g de sucre, 25 g de sirop d’érable.
    • Pour la décoration : 4 pommes de terre grelots, jeunes pousses de votre choix.

    Réalisation :

    • Faire cuire les pommes de terre avec la peau dans l’eau salée. Pendant ce temps, ôter la peau de l’esturgeon fumé et tailler la chaire en petits cubes. Faire la sauce, en incorporant tous les ingrédients dans la crème. Pour les baies d’argousier, réaliser un sirop avec l’eau, le sucre et le sirop d’érable. Une fois le sirop à ébullition, verser sur les baies et laisser refroidir.
    • Eplucher les pommes de terre cuites AVANT qu’elles ne refroidissent puis les tailler en cube et mélanger avec la sauce et l’esturgeon.
    • Rectifier assaisonnement au besoin.
    • Pour la décoration, utiliser une mandoline et tailler les pommes de terre grelots en tranches très fines et les frire dans une huile à 180 degrés.
    • Pour le dressage, déposer la salade de pomme de terre au milieu de l’assiette. Décorer en plantant les chips frites sur toute la surface, ajouter quelques baies d’argousier. Finir avec des pousses et du caviar selon votre envie.

    Hervé Paulus ou l’autodidacte mulhousien qui nous met « L’Ô à la bouche »

    On l’a connu à l’Ancienne Forge à Hagenthal puis dans son Hostellerie Paulus à Landser. À chaque fois, l’homme décroche une première étoile Michelin. Bardé de médailles, récompenses et prix, Hervé Paulus me sidère : non, il n’a pas fait Illkirch, non il n’a pas fait le tour du monde des plus beaux établissements comme beaucoup de ses congénères mais, seulement quelques mois par-ci par-là, certes dans de belles maisons étoilées alsaciennes mais sans formation réelle. Cuisiner pour Hervé, c’est presque d’instinct, ce qui ne veut pas dire facile : à force d’observation, de travail acharné, de défis et d’audace, le Paulus magnifie des produits simples et frais, et c’est peut-être son secret. 

    Né en 1963 à Mulhouse de parents lorrains, c’est plutôt dans les jambes de la grand-mère qu’Hervé commence l’observation en cuisine. Après le brevet des collèges, il veut faire «cuisinier » et part en stage chez Meistermann à Colmar. « Ce n’était pas dur, c’était très dur mais le métier me plaisait « . Il veut s’inscrire à l’école hôtelière de Guebwiller. Refus sec de l’établissement. Sa maman lui explique alors qu’il faut persister en téléphonant, expliquer sa situation, insister, re-téléphoner. Sa ténacité paie, il est accepté et effectue son BEP sans aucun apprentissage.  » Je me souviens de mon premier jour en cuisine à Guebwiller : on me demande de faire un potage «julienne Darblay », je n’en avais aucune idée « .

    Après son service militaire, Hervé fait un passage au Fer Rouge à Colmar, puis intègre la brigade du Rendez-vous de Chasse de l’hôtel Bristol à Colmar. « Tous les soirs, Mr Riehm dinait au restaurant et me demandait un petit défi en cuisine. Un jour, il me fait appeler : Vous êtes quoi en cuisine ? Commis. Combien gagnez-vous ? 2200 F. Faire à manger ainsi, pour 2200 F, bravo ! Le mois suivant mon salaire avait doublé « . A 22 ans, c’est l’Ancienne Forge qui lui offre l’opportunité de travailler dans d’excellentes conditions. 

    « Au fur et à mesure, on a ajouté des nappes et de l’argenterie. J’allais chez les autres par curiosité pour observer et découvrir. Un jour, je visite la Tonnelle à Riedisheim et c’est le déclic, c’était beau, c’était bon. Je faisais une cuisine sans queue ni tête, il fallait que je change ». Gilles Pudlowski l’encense dans les DNA et Le Point. La presse découvre Hervé. L’année suivante, Pudlo débarque sans prévenir avec Bernard Loiseau :  » On n’a pas le temps, fais nous quelque chose de rapide car il y a le match de football à la TV et on ne veut pas le louper « . En deux secondes, Hervé les installe avec un plateau TV et le menu dégustation devant Milan-Marseille.

    Hervé Paulus
    Hervé Paulus

    Soirée exceptionnelle et pleine de souvenirs. Un autre jour, un inspecteur commande le perdreau aux choux et foie gras. Il est stupéfait. Hervé l’emmène en cuisine et lui montre son secret d’alors : une chambre froide pour faire faisander les viandes. Quelques mois plus tard en 1994, il rencontre sa femme Stéphanie et obtient sa première étoile au Michelin. Puis coup de foudre pour une vieille bâtisse à Landser qu’ils rénovent pour ouvrir leur propre restaurant l’Hostellerie Paulus en juin 1996. Concept simple, peu de personnel, des produits frais, une jolie décoration et une nouvelle première étoile tombe en mars 1998. Entre temps, collaboration sur France 3 avec Joël Robuchon, deux filles Camille et Mathilde et toujours reconnaissance de la presse. 

    En 2013, l’interdiction de fumer, la baisse des ventes d’alcool, la récession poussent les Paulus au dépôt de bilan. Le couple rend alors leur étoile, paient leurs dettes et partent en vacances à Marrakech. Nouveau coup de foudre. Pendant 5 années, Hervé est Chef sur place. Le hasard fait qu’il rencontre Denis et Philippe natifs de Remiremont. Le courant passe, ils s’associent et décident l’ouverture en 2019 de la brasserie française  » l’Ô à la bouche ».

    On y déguste terrine de lapin à la pistache, os à moëlle rôti au four, tête de veau sauce gribiche, tomate à la chair d’araignée, baba au rhum, crème brulée… Une fois de plus, la recette des produits authentiques et simples réussit à notre autodidacte alsacien. Et c’est lors des escapades de fin de semaine à Essaouira ou encore Agadir avec le petit-fils Léo que le couple savoure un bonheur lui aussi simple et authentique. On les envie.

    Sa recette : Tomate à la chair d’araignée

    Ingrédients :

    • 200g de chair d’araignée, 5 belles tomates, 2 c à s. de mayonnaise, 5cl huile olive, ciboulette, le jus d’un citron, sel et fleur de sel, poivre, pousses de salade et piment d’Espelette

    Réalisation :

    • Monder les tomates et les couper coté pédoncule.
    • Les évider avec une cuillère à pomme parisienne.
    • Mélanger la chair avec le jus de citron, sel, poivre, mayonnaise et ciboulette hachée.
    • Farcir les tomates de la préparation. Lustrer les tomates avec huile d’olive et disposer au centre de l’assiette avec les pousses de salade. Parsemer de fleur de sel et de piment d’Espelette ;
  • Fragmentation française

    Fragmentation française

    La France a l’égalitarisme chevillé au corps, mâtiné d’individualisme, à moins que cela ne soit l’inverse. La fabrication du consensus relève de l’alchimie. Si l’intérêt général est une valeur cardinale encensée, il entre en compétition permanente avec la légion d’intérêts privés. Source de blocages et de tensions, la fragmentation de la société, thème popularisé en particulier par Jérôme Fourquet (L’Archipel français, 2019), n’est pas une nouveauté ; elle constitue un fil rouge de l’histoire du pays depuis plus de deux cents ans.

    L’évolution de la composition de l’Assemblée nationale au fil des décennies en est une illustration parlante. Depuis juillet dernier, l’Assemblée compte 11 groupes parlementaires, un niveau sans précédent depuis la fin de la IIIe République. Toutefois, à l’exception de la période 1958-2017, marquée par la présence de 4 à 6 groupes parlementaires, elle en comporte généralement entre 6 et 12. La présence d’un grand nombre de partis en France sous les IIIe et IVe Républiques n’était pas sans lien avec le retard économique du pays et l’acuité des inégalités. Elle était l’expression, pour reprendre Raymond Aron, de son hétérogénéité sociale, les partis ne représentant que des fractions ciblées de l’opinion. Le monde rural s’opposait aux villes, les bourgeois aux ouvriers, les catholiques aux républicains laïques. La réduction du nombre de groupes parlementaires est intervenue avec l’émergence d’une large classe moyenne au cœur des Trente Glorieuses.

    Un retour de la fragmentation de la vie politique française

    L’augmentation du pouvoir d’achat, l’amélioration des conditions de vie, l’urbanisation du territoire, l’élévation du niveau de formation et la réduction de la taille des familles ont favorisé une convergence des opinions. La vie politique a alors été dominée par deux grands blocs, la droite et la gauche qui, avec l’alternance de 1981, cessent de vouloir remettre en cause le régime politique. Valéry Giscard d’Estaing a théorisé et porté, dans ses livres « Démocratie française » et « Deux Français sur trois », l’idée d’un groupe central partageant un grand nombre de valeurs et d’objectifs.

    Un retour de la fragmentation de la vie politique française
    Un retour de la fragmentation de la vie politique française

    Le chômage de masse, la crainte du déclassement, la montée en puissance des grandes agglomérations, la désindustrialisation sont autant de facteurs ayant conduit, à partir de 2012, et surtout depuis 2017, à un retour de la fragmentation de la vie politique française. La succession de chocs – bonnets rouges, gilets jaunes, épidémie de Covid, guerre en Ukraine – a accéléré ce processus. La France est le pays d’Europe où la défiance est la plus généralisée.

    Selon le baromètre annuel de la confiance politique, réalisé par l’institut OpinionWay pour le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), 76 % des personnes interrogées déclarent ne pas faire confiance au gouvernement, 74 % pensent la même chose de l’Assemblée nationale et 72 % de l’institution présidentielle. Ce jugement sans appel est la conséquence d’un système bloqué. Non pas sur le plan institutionnel, mais en raison du vote des électeurs.

    La France est le pays d’Europe où la défiance est la plus généralisée.  

    Cette situation n’est pas nouvelle. En 1957, Raymond Aron déclarait : « Jamais un régime français, quel qu’il soit, depuis 1789, n’a été indiscuté, jamais il n’a été accepté par l’ensemble du pays ; chaque fois qu’une crise survient, quelle qu’en soit l’origine, le régime est remis en question. »

    La multiplication des groupes parlementaires, symbole de la fragmentation de la société, n’est pas spécifique à la France. L’Allemagne connaît une évolution comparable, bien que moins marquée, avec 6 groupes parlementaires au Bundestag. Leur nombre atteint 15 aux Pays-Bas et 12 en Belgique. La particularité française réside dans la faiblesse des partis politiques. Ils comptent peu de militants et leurs fondements idéologiques sont relativement fragiles, à l’exception des partis communistes et d’extrême gauche. Le débat ne se déroule pas en leur sein, mais entre eux.

    Aux États-Unis et au Royaume-Uni, les discussions et luttes d’influence ont lieu au sein des partis, ce qui limite les risques de désagrégation. Ces derniers survivent à leurs dirigeants, ce qui est rarement le cas en France.

    Le système politique français restera fragile tant que les fissures qui fragilisent les classes moyennes ne seront pas résorbées.  

    Le morcellement de la vie politique rend difficile la mise en place de réformes structurelles qui exigent du temps et de la stabilité. Certains plaident pour un changement de scrutin et l’introduction de la proportionnelle afin de favoriser la formation de coalitions. Par le passé, une telle solution n’a guère porté ses fruits. Les partis dits marginaux disposaient alors d’un pouvoir bien supérieur à leur poids réel. Les coalitions sont, en outre, d’un maniement délicat en période de turbulences…

    Le système politique français restera fragile tant que les fissures qui fragilisent les classes moyennes ne seront pas résorbées. La reconnaissance du travail en termes de revenus et de statuts est cruciale.

    Aujourd’hui, de nombreux jeunes estiment que leurs diplômes ne servent à rien, que l’ascenseur social est en panne. Les difficultés d’accès au logement minent la société. En premier lieu pour ceux dont les familles ne possèdent ni patrimoine ni soutien financier. Il est devenu quasiment impossible de se loger à Paris sans l’aide des parents en dehors des logements sociaux. Les grandes agglomérations accentuent le déclassement : les moins aisés sont contraints de rester en périphérie. L’accès à l’éducation et à la santé est à géométrie variable, selon les revenus et le lieu de résidence. L’insécurité, qui touche principalement les populations les plus vulnérables, est également un facteur de désagrégation sociale. La résolution de ces problèmes économiques et sociaux conditionne la survie du régime politique et l’avenir du pays.

  • L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN n’a jamais été garantie dans l’accord de paix, selon Mark Rutte

    L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN n’a jamais été garantie dans l’accord de paix, selon Mark Rutte

    Munich, Allemagne — L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN n’a jamais été promise dans le cadre d’un éventuel accord de paix, a déclaré Mark Rutte ce vendredi, semblant se ranger du côté de la volonté de la nouvelle administration américaine, au grand dam d’Ursula von der Leyen.

    Le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a déclaré que l’adhésion, et par conséquent les garanties de défense mutuelle pour l’Ukraine, n’ont jamais été liées par les membres de l’alliance aux négociations de paix.

    L’éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, promise pour la première fois dans la déclaration de Bucarest de 2008 et réitérée après l’invasion à grande échelle de la Russie en 2022, « ne concerne pas l’accord de paix », a déclaré Mark Rutte à son arrivée à la Conférence de Munich sur la sécurité.

    Les dernières 48 heures ont été mouvementées pour l’alliance militaire.

    Mercredi à Bruxelles, il est devenu clair que les négociations de paix en Ukraine seraient menées par les États-Unis, et que l’Europe et l’Ukraine n’y auraient qu’un rôle très réduit, malgré les protestation des responsables européens.

    Selon le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, en outre, l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN sera exclue des discussions que le président Donald Trump a annoncées plus tard dans la journée.

    Si les commentaires de Pete Hegseth avaient déjà rendu impossible l’adhésion de l’Ukraine à l’alliance dans le cadre d’un accord de paix, les remarques de Mark Rutte aujourd’hui — qui s’écartent du discours récent de l’OTAN, qui était bien plus ambigu à ce sujet — le confirment.

    « La garantie ultime de sécurité »

    Pour l’Ukraine, l’adhésion à l’OTAN représente la garantie ultime de sécurité. La seule protection crédible contre une nouvelle attaque de Moscou.

    En 2023, alors que l’Ukraine s’était une nouvelle fois vue promettre l’adhésion, les dirigeants de l’alliance avaient également déclaré que le pays devrait d’abord remplir certaines conditions. L’une des conditions essentielles était la fin de la guerre.

    Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, tient sa conférence de presse de clôture à l'issue des réunions des ministres de la Défense au siège de l'OTAN le 13 février 2025 à Bruxelles, en Belgique. ©Omar Havana/Getty Images
    Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, tient sa conférence de presse de clôture à l’issue des réunions des ministres de la Défense au siège de l’OTAN le 13 février 2025 à Bruxelles, en Belgique. ©Omar Havana/Getty Images

    Les délais et les modalités de l’adhésion de l’Ukraine sont délibérément restés flous. Les membres ayant des points de vue inconciliables. Les États-Unis et l’Allemagne, en particulier, ont refusé de s’engager sur un calendrier plus précis.

    Si certains au sein de l’OTAN peuvent considérer l’adhésion de l’Ukraine comme un sujet à aborder dans le cadre des pourparlers de paix, « cela ne fait pas partie du résultat », a ajouté Mark Rutte.

    « Nous devons procéder étape par étape, nous devons nous assurer que l’accord garantit que [Vladimir] Poutine n’essaiera pas [d’attaquer] à nouveau. »

    Outre la réunion États-Unis–Ukraine de vendredi à Munich, des pourparlers de paix sont prévus en Arabie saoudite. Bien que les États-Unis n’aient pas confirmé les détails, des informations suggèrent que Donald Trump tiendra deux réunions bilatérales distinctes. Une avec le président russe Vladimir Poutine et une avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

    John Coale, l’envoyé spécial adjoint de Donald Trump pour l’Ukraine, a déclaré jeudi que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN était « toujours d’actualité », selon Reuters. Bien que Pete Hegseth ait indiqué le contraire la veille.

    Le risque de la déroute de l’Ukraine

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a quant à elle lancé un avertissement sévère à Washington, affirmant que l’échec de la paix en Ukraine affecterait non seulement la sécurité européenne, mais aussi celle des États-Unis.

    « La déroute de l’Ukraine affaiblirait non seulement l’Europe, mais aussi les États-Unis », a averti Ursula von der Leyen dans un discours combatif à Munich.

    L’UE et les États-Unis veulent tous deux mettre fin aux effusions de sang en Ukraine et conviennent que Kiev aurait besoin de « solides garanties de sécurité ».

    « L’Ukraine a besoin de la paix par la force. L’Europe souhaite la paix par la force. Et comme l’a affirmé très clairement le président Trump, les États-Unis sont fermement décidés à obtenir la paix par la force », a poursuivi la présidente de la Commission, reprenant le mantra de l’entourage de Donald Trump.

    Elle a également souligné l’importance de l’aide financière et militaire apportée par les Européens à l’Ukraine par rapport à celle des États-Unis. Un commentaire visant à répondre aux accusations de Donald Trump selon lesquelles l’Europe ne fait pas sa part.

    « Sur le plan financier et militaire [l’aide européenne] se chiffre globalement à 134 milliards d’euros. Personne d’autre n’a autant contribué », a-t-elle souligné.

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