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Après le Brexit, Londres fait-elle toujours rêver les jeunes juristes français ?

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Après le Brexit, Londres fait-elle toujours rêver les jeunes juristes français ?

Visas, démarches administratives et coûts supplémentaires pour les employeurs : depuis le Brexit, les jeunes juristes français qui souhaitent travailler au Royaume-Uni doivent surmonter de nouveaux obstacles. Pourtant, Londres reste une destination attractive pour ceux qui envisagent une carrière internationale. Avocat franco-britannique installé dans la capitale britannique, Jean-François Le Gal connaît bien les deux systèmes juridiques. Membre du conseil d’administration de l’Association des Juristes Franco-Britanniques et délégué au Royaume-Uni d’InitiaDROIT, il accompagne aussi bien les étudiants en droit que les élèves des établissements français de Londres. Pour Lesfrançais.press, il revient sur son parcours, les conséquences du Brexit et l’importance de transmettre son expérience aux nouvelles générations.

Du détachement à l’installation au Royaume-Uni : les parcours juridiques français après le Brexit

Lorsqu’il arrive à Londres en 2009, Jean-François Le Gal n’imagine pas encore qu’il y poursuivra sa carrière. Il travaille alors à Paris chez Lovells, un cabinet anglais devenu depuis Hogan Lovells. Souhaitant acquérir une expérience internationale, il négocie un détachement de six mois dans la capitale britannique et en profite pour passer l’examen de solicitor. De retour à Paris, il reçoit une proposition inattendue : rejoindre le bureau londonien d’un cabinet français. « J’ai quitté mon cabinet anglais à Paris pour rejoindre un cabinet français à Londres. C’était déjà le côté franco-britannique », raconte-t-il. Un parcours qu’il décrit comme « un mélange de chance et de travail personnel ».

« C’est objectivement plus difficile de venir travailler au Royaume-Uni, puisqu’il y a maintenant des questions de visa qui se posent, qui n’existaient pas avant »

Jean-François Le Gal, Membre du conseil d’administration de l’Association des Juristes Franco-Britanniques et délégué au Royaume-Uni d’InitiaDROIT

À l’époque, la libre circulation permet aux ressortissants français de venir travailler au Royaume-Uni sans visa de travail. Depuis le Brexit, les conditions d’installation ont changé pour les nouveaux arrivants. Les juristes français qui ne disposent pas déjà d’un droit au travail doivent désormais, selon leur situation, obtenir un visa et parfois trouver un cabinet disposé à les parrainer. Lesfrançais.press avait déjà recueilli des témoignages sur ces nouvelles démarches dans son article  « Deux ans après le Brexit, où en sont les Français ? ». « C’est objectivement plus difficile de venir travailler au Royaume-Uni, puisqu’il y a maintenant des questions de visa qui se posent, qui n’existaient pas avant », explique Jean-François Le Gal.

Pour les cabinets d’avocats, ces démarches représentent aussi un coût supplémentaire. « Il faut que le cabinet accepte de sponsoriser, ce qui est un coût supplémentaire pour le cabinet. Ce sont des choses évidemment plus administratives et plus coûteuses », précise-t-il. La situation est différente pour de nombreux professionnels français installés depuis plusieurs années. Parmi les juristes qu’il fréquente, beaucoup ont bénéficié du settled status, leur permettant de poursuivre leur activité au Royaume-Uni. Les nouvelles générations, en revanche, doivent davantage anticiper les conditions de leur installation.

La question des parcours franco-britanniques s’inscrit dans une relation que Lesfrançais.press a également explorée lors de l’intervention de Michel Barnier à Londres et de la visite d’Éléonore Caroit consacrée à la francophonie.

Londres reste-t-elle accessible aux jeunes juristes français ?

Malgré les difficultés liées au Brexit, Jean-François Le Gal refuse de considérer Londres comme une destination devenue inaccessible. Pour lui, tout dépend du projet professionnel et du domaine juridique envisagé. Un étudiant souhaitant exercer exclusivement le droit du travail devant les conseils de prud’hommes français n’aura pas les mêmes raisons de s’installer au Royaume-Uni qu’un futur avocat attiré par le droit financier ou les affaires internationales.

Portrait de Jean-François Le Gal
Jean-François Le Gal
Portrait de Jean-François Le Gal
Jean-François Le Gal, avocat franco-britannique installé à Londres et membre du conseil d’administration de l’Association des Juristes Franco-Britanniques.

L’avocat échange régulièrement avec des étudiants de formations franco-britanniques. Il cite notamment les programmes associant l’université Paris-Panthéon-Assas à King’s College London et l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne à Queen Mary University of London.

Ces doubles cursus permettent aux étudiants de passer deux années à Londres et deux années à Paris. Ils acquièrent ainsi une formation dans les deux systèmes juridiques tout en développant des contacts professionnels et personnels de part et d’autre de la Manche.

« Vous avez une solide formation dans les deux droits, vous construisez un réseau, puisque vous êtes en petits comités avec d’autres étudiants, certains britanniques, certains français », souligne-t-il.

« Ne vous fixez pas vous-même de barrières. Il y a plus de barrières qu’avant, certes, mais ça ne veut pas dire que c’est impossible. »

Jean-François Le Gal, Membre du conseil d’administration de l’Association des Juristes Franco-Britanniques et délégué au Royaume-Uni d’InitiaDROIT

Pour Jean-François Le Gal, ces programmes constituent une voie intéressante vers les professions juridiques internationales. Mais ils ne suppriment pas les difficultés administratives. Certains étudiants possèdent la nationalité britannique, tandis que d’autres doivent examiner les possibilités de visa pour travailler après leurs études.

L’avocat rappelle néanmoins que les obstacles ne doivent pas devenir une raison de renoncer à un projet avant même de l’avoir tenté. Lui-même avait déjà cinq années d’expérience professionnelle à Paris lorsqu’il a choisi de s’installer à Londres. Il reconnaît qu’un tel changement demande une part de chance, mais aussi la volonté de saisir les occasions qui se présentent.

Pourquoi le dialogue entre juristes français et britanniques est-il devenu plus important depuis le Brexit ?

Si le Brexit a compliqué les parcours professionnels, il a également renforcé, selon Jean-François Le Gal, l’importance des échanges entre les juristes des deux pays. Une évolution qui fait écho aux propos de Michel Barnier recueillis à Londres par Lesfrançais.press :  « Nigel Farage n’a pas pu me donner la preuve de la valeur ajoutée du Brexit ».

Membre du conseil d’administration de l’Association des Juristes Franco-Britanniques (AJFB), dont il est également délégué au Royaume-Uni, il estime que son rôle est aujourd’hui plus important qu’avant la sortie britannique de l’Union européenne. « Son rôle est finalement encore plus important qu’avant du fait du Brexit, puisque la relation bilatérale est finalement encore plus importante, et le dialogue est encore plus important », affirme-t-il.

Jean-François Le Gal lors d'une intervention auprès des élèves de l'École Jeannine Manuel
Jean-François Le Gal lors d’une intervention auprès des élèves de l’École Jeannine Manuel, à Londres, pour les sensibiliser au droit et à la citoyenneté.

L’association rassemble des professionnels issus de différents métiers du droit : avocats, solicitors, barristers, magistrats, enseignants et étudiants. Son objectif est de favoriser les échanges entre les systèmes juridiques français et britanniques, en tenant compte notamment des spécificités du droit anglais et du droit écossais.

Mais l’association cherche aussi à accompagner les jeunes qui envisagent une carrière juridique internationale. L’avocat constate que leurs préoccupations ont évolué depuis le Brexit. « Ce que je perçois effectivement depuis le Brexit, c’est que les étudiants, ou les jeunes en général, sont plus inquiets quant à la possibilité de s’installer à Londres, alors qu’avant c’était beaucoup plus facile », observe-t-il.

Pour répondre à ces interrogations, l’association organise des rencontres entre étudiants et professionnels. Le mardi 20 octobre, elle a ainsi organisé un forum consacré aux carrières juridiques franco-britanniques à l’University of Law, dans le quartier de Bloomsbury, à Londres. Selon le programme publié par les organisateurs, cette rencontre s’adressait aux étudiants en droit, aux futurs avocats et aux professionnels récemment qualifiés. Les présentations étaient prévues en anglais, avec la possibilité de poser des questions en français.

Le panel annoncé réunissait notamment Simon Horsington, barrister et vice-président d’honneur de l’association, Lise Jaulin, magistrate de liaison française au Royaume-Uni et en Irlande, ainsi que Jean-François Le Gal, avocat spécialisé dans l’arbitrage international et les procédures impliquant plusieurs juridictions.

« Les étudiants sont plus inquiets quant à la possibilité de s’installer à Londres, alors qu’avant c’était beaucoup plus facile. »

 Jean-François Le Gal, Membre du conseil d’administration de l’Association des Juristes Franco-Britanniques et délégué au Royaume-Uni d’InitiaDROIT

Parmi les autres intervenants annoncés figuraient Catherine Pedamon, enseignante à l’université de Westminster, Leonardo Carpentieri, avocat exerçant en France et en Angleterre, Alexandra Heneine, avocate au sein de l’équipe d’arbitrage international du cabinet Gide à Londres, et Melanie Fung, chargée des questions internationales à la Law Society of England and Wales.

Cette diversité de parcours illustre les possibilités offertes par les métiers du droit, au-delà des seuls cabinets d’avocats. Elle permet aussi aux étudiants de découvrir des professions dont ils ne connaissent pas toujours les particularités, notamment la distinction britannique entre solicitors et barristers.

Pour Jean-François Le Gal, l’intérêt de ces rencontres réside avant tout dans la possibilité de répondre aux questions concrètes des étudiants. « Quand vous êtes étudiant, vous ne savez pas forcément trop ce que ça veut dire, en fait, d’être barrister », remarque-t-il.

L’objectif est donc de permettre aux professionnels de présenter leurs parcours, de donner des conseils sur les réseaux à développer et d’échanger sur les obstacles rencontrés. « L’idée, c’est vraiment de se mettre à la disposition des étudiants pour présenter nos parcours respectifs, surtout répondre à leurs questions et puis effectivement parfois à leurs angoisses », explique-t-il.

Pourquoi des avocats français retournent-ils dans les écoles de Londres ?

L’engagement de Jean-François Le Gal ne se limite pas aux étudiants en droit. Depuis 2017, il est également délégué au Royaume-Uni d’InitiaDROIT, une association française reconnue d’utilité publique, dirigée par Lucile Rambert et soutenue notamment par le Barreau de Paris, le ministère de la Justice et le ministère de l’Éducation nationale.

À l'École Jeannine Manuel de Londres, Jean-François Le Gal échange avec les élèves
À l’École Jeannine Manuel de Londres, Jean-François Le Gal échange avec les élèves sur des questions juridiques et leur application dans la vie quotidienne.

Son objectif est de sensibiliser les collégiens et les lycéens au droit et à la citoyenneté, à travers des interventions d’avocats bénévoles dans les établissements scolaires. À la demande des enseignants, les avocats rencontrent les élèves pendant une ou deux heures, à partir de cas pratiques adaptés à leur niveau, de la sixième à la terminale. Les sujets abordés touchent directement à leur quotidien : liberté d’expression, réseaux sociaux, racisme, discriminations, harcèlement, passage à la majorité ou encore respect des droits de la défense.

Comment concilier la liberté d’expression avec le respect des autres ? Quelles peuvent être les conséquences de propos injurieux ou discriminatoires publiés sur les réseaux sociaux ? Que signifie devenir majeur à 18 ans ? Autant de questions qui permettent aux élèves de réfléchir aux règles qui organisent la vie en société. « L’idée, vraiment, c’est d’éveiller les collégiens et les lycéens à la citoyenneté et au droit pour leur faire prendre conscience que le droit, ce n’est pas juste quelque chose de théorique, mais qu’en fait ça irrigue toute la vie en société », explique Jean-François Le Gal.

À Londres, les interventions d’InitiaDROIT se déroulent principalement au Lycée français Charles-de-Gaulle et au Lycée International Winston Churchill. D’autres rencontres ont également eu lieu, plus ponctuellement, au Collège Français Bilingue de Londres et à l’École Jeannine Manuel. Les enjeux de la scolarité française à Londres ont également été abordés lors de  la visite d’Éléonore Caroit dans les établissements français, relatée par Lesfrançais.press.

Jean-François Le Gal précise que les interventions organisées à l’étranger sous le nom d’InitiaDROIT ont vocation à se dérouler dans les établissements membres du réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Il assure la coordination des avocats bénévoles afin de faciliter leurs rencontres avec les élèves et les enseignants.

L’association ne cherche pas à remplacer l’enseignement dispensé par les professeurs. Elle souhaite plutôt apporter une expérience pratique du droit, en montrant aux élèves comment les principes juridiques s’appliquent à des situations qu’ils peuvent eux-mêmes rencontrer. Lorsqu’il a commencé à intervenir dans les établissements français de Londres, Jean-François Le Gal redoutait pourtant de se retrouver face à une classe silencieuse. Sa première expérience lui a réservé une surprise.

« Je me rappellerai toujours, la première fois où j’y suis allé, je suis rentré chez moi, j’avais mal à la tête. Pourquoi ? Parce qu’ils m’avaient bombardé de questions », raconte-t-il avec amusement. Loin de se désintéresser du droit, les élèves se sont montrés particulièrement curieux. Cette réaction l’a convaincu que les sujets juridiques pouvaient intéresser les adolescents, à condition de les présenter de manière accessible. « Si on présente les choses de façon un peu ludique, ça éveille beaucoup leur curiosité », souligne-t-il.

« Je suis rentré chez moi, j’avais mal à la tête. Pourquoi ? Parce qu’ils m’avaient bombardé de questions. »

Jean-François Le Gal, Membre du conseil d’administration de l’Association des Juristes Franco-Britanniques et délégué au Royaume-Uni d’InitiaDROIT

Au-delà de la sensibilisation au droit, cet engagement bénévole répond à une conviction personnelle. Jean-François Le Gal reconnaît avoir bénéficié de nombreuses possibilités au cours de ses études et de sa carrière. Il souhaite aujourd’hui aider les jeunes qui commencent leur parcours. « Je suis très conscient de la chance que j’ai eue. J’ai fait des études quasiment gratuites et je trouve normal d’essayer de rendre un peu à la communauté », confie-t-il.

Pour lui, transmettre son expérience ne consiste pas seulement à donner des conseils professionnels. Il s’agit aussi d’encourager les jeunes à prendre des initiatives, à développer leur réseau et à s’engager dans des activités qui leur permettront de découvrir d’autres horizons. « Il faut avoir de la chance, ça, c’est évident. Mais après, il faut aussi créer sa chance », insiste-t-il.

InitiaDROIT, une association reconnue d'utilité publique
InitiaDROIT, une association reconnue d’utilité publique qui fait intervenir des avocats bénévoles dans les établissements scolaires pour sensibiliser les jeunes au droit et à la citoyenneté.

Participer à des concours de plaidoirie, s’impliquer dans des associations ou multiplier les expériences constituent, selon lui, autant de façons de construire progressivement son avenir. « Ça veut dire se bouger, ça veut dire faire des choses qui sont un peu différentes », ajoute-t-il.

Un message qui résume finalement son propre parcours entre Paris et Londres. Si le Brexit a ajouté de nouvelles contraintes pour les jeunes Français souhaitant travailler au Royaume-Uni, Jean-François Le Gal reste convaincu qu’il ne faut pas renoncer à ses ambitions avant d’avoir exploré les possibilités.

Pour les familles françaises installées outre-Manche, son engagement rappelle également le rôle que peuvent jouer les professionnels expatriés auprès des nouvelles générations, qu’il s’agisse de transmettre les principes du droit et de la citoyenneté ou d’aider les jeunes à envisager leur avenir des deux côtés de la Manche.

Auteur/Autrice

  • Alexander Seale

    Alexander Seale est franco-britannique. Né et habitant au Royaume-Uni, il est correspondant pour lesfrancais.press, LCI (France) et LN24 (Belgique) à Londres.

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