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Alzheimer : le pari d’un Franco-Américain pour préserver le lien quand la mémoire s’efface

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Alzheimer : le pari d’un Franco-Américain pour préserver le lien quand la mémoire s’efface

Comment préserver le lien avec un proche lorsque la maladie d’Alzheimer efface peu à peu les repères ? Producteur, réalisateur et consul honoraire de France dans le Maine, Alban Maino explore cette question depuis douze ans avec Memory Lane TV, une plateforme audiovisuelle destinée aux personnes malades et à leurs proches. En octobre 2026, sa fondation franchit une étape décisive dans l’État de New York, où 425 000 personnes doivent pouvoir accéder gratuitement au service. Son ambition est désormais d’étendre ce modèle à l’ensemble des États-Unis, grâce au soutien de donateurs et de partenaires philanthropiques.

De Rosette à Memory Lane TV, une autre façon de regarder la télévision

Au fil de l’évolution de la maladie d’Alzheimer de sa grand-mère Rosette, Alban Maino constate que la télévision, censée lui tenir compagnie, contribue au contraire à accentuer son anxiété. Producteur et réalisateur depuis près de trente ans, il connaît le pouvoir des images, le rôle du montage et l’influence du son sur les émotions. Pour elle, il commence à filmer autrement, en privilégiant les paysages, les mouvements lents et les scènes accompagnées de musique. Rosette se détend et sourit devant ces premières réalisations. Une expérience familiale ouvre alors un chantier qui mobilise douze années de travail et plus d’un million de dollars déja investis dans la création des contenus.

La télévision traditionnelle demande de suivre une intrigue, de reconnaître des personnages et de conserver le fil d’une histoire. Memory Lane TV privilégie les images, les ambiances sonores et les stimulations sensorielles, avec des séquences adaptées aux différents moments de la journée et manifestations de la maladie. La plateforme rassemble plus de 1 200 films, pour 1 500 heures de contenus répartis en quatorze collections. Certaines séquences accompagnent l’endormissement, d’autres encouragent le mouvement, stimulent l’appétit ou invitent à chanter. Une collection de plus de 200 films est aussi consacrée à la formation des aidants.

« Nous avons 95 % d’impact positif en tests multisites depuis 12 ans aux États-Unis, et 75 % des participants ont vu leur anxiété baisser, le stress diminuer. »

Alban Maino, président de Memory Lane Foundation

Alban Maino situe son travail à la rencontre du cinéma et de la recherche médicale. Le projet prend forme en France, en Touraine, avec un médecin gériatre du CHU de Tours, avant de se développer aux États-Unis, notamment dans l’environnement scientifique de Boston avec comme partenaires, le Massachusetts General Hospital et le Brigham and Women’s Hospital. Depuis, la plateforme fait l’objet d’évaluations menées avec des établissements de soins et des équipes de recherche, notamment au Canada avec Baycrest.

Les résultats présentés par Alban Maino sont encourageants. « Nous avons 95 % d’impact positif en tests multisites depuis 12 ans aux États-Unis, et 75 % des participants ont vu leur anxiété baisser, le stress diminuer », affirme-t-il. La plateforme se situe dans le champ des interventions non médicamenteuses qui cherchent à améliorer le quotidien des personnes atteintes de démence, sans agir sur la progression biologique de la maladie.

Alban Maino insiste sur cette distinction : « Notre rôle est d’apporter un soutien entre deux visites, le soir ou la nuit, lorsque l’aidant se retrouve seul. C’est une autre façon de communiquer, qui s’adapte à chaque fois au stade de la maladie et à la personne. »

Les proches occupent une place centrale dans cette approche. Le poids de l’accompagnement s’étend bien au-delà des gestes nécessaires au quotidien, entre vigilance permanente, fatigue émotionnelle et difficulté à maintenir une relation familière lorsque les repères s’effacent. « Pour moi, les aidants sont au cœur de cette maladie », souligne Alban Maino. La collection qui leur est destinée propose des ressources de formation et des techniques simples pour rediriger l’attention, mieux comprendre les réactions de la personne malade et trouver des moments de répit.

Dans l’État de New York, 425 000 bénéficiaires

En octobre 2026, Memory Lane Foundation fait de l’État de New York la première étape d’une stratégie destinée à rendre la plateforme accessible gratuitement à grande échelle. Créée un peu plus de huit mois auparavant, la fondation veut inscrire son financement dans les budgets publics, État par État, en commençant par les territoires où Memory Lane TV a déjà été expérimentée.

Alban Maino
Alban Maino © Memory Lane Foundation

New York figure parmi ces premiers partenaires. Un projet pilote conduit l’année précédente avec l’Office for the Aging de l’État a impliqué 101 participants répartis sur huit sites. Alban Maino reprend alors contact avec Greg Olson, directeur exécutif de cette administration, pour proposer une nouvelle étape. L’objectif annoncé sur 425 000 personnes dans l’État était d’ailleurs célébré au Consulat général de France à New York le 15 octobre dernier. « Je remercie sincèrement Cédrik Fouriscot, pour son soutien et son accueil, » insiste Alban Maino.

« Plutôt que de chercher à générer des profits, nous faisons le choix inverse, parce que notre mission sociale prime sur les considérations économiques. »

Alban Maino, président de Memory Lane Foundation

« Notre premier objectif était de mettre gratuitement la plateforme à la disposition de 425 000 personnes dans l’État de New York, au prix coûtant », explique-t-il. Le modèle repose sur une idée simple : financer collectivement l’accès à un outil conçu pour accompagner les personnes atteintes d’Alzheimer et leurs proches, plutôt que faire reposer son coût sur chaque famille.

Rosette, la grand-mère d'Alban Maino
Rosette, la grand-mère d’Alban Maino

« Plutôt que de chercher à générer des profits, nous faisons le choix inverse, parce que notre mission sociale prime sur les considérations économiques », affirme Alban Maino. La fondation veut ainsi dépasser le modèle d’un service réservé aux établissements partenaires ou aux familles capables de payer un abonnement. L’ambition s’inscrit dans un contexte où l’accompagnement repose largement sur les familles.

Selon le rapport 2026 de l’Alzheimer’s Association, environ 7,4 millions d’Américains âgés de 65 ans et plus vivent avec la maladie d’Alzheimer. En 2025, quelque 12,7 millions de proches et d’autres aidants non rémunérés ont assuré 19,6 milliards d’heures d’aide auprès de personnes atteintes d’Alzheimer ou d’autres formes de démence. La valeur économique de ce travail est estimée à 446,3 milliards de dollars.

La philanthropie pour financer l’accès gratuity

Memory Lane Foundation vise maintenant un million de dollars pour soutenir l’accès gratuit à l’échelle nationale. « Aussi, nous faisons appel aux dons et à la philanthropie », résume Alban Maino. Les contributions doivent compléter les financements publics et permettre à la fondation d’étendre progressivement son dispositif. La fondation s’appuie sur le Social Impact Fund, basé à Los Angeles, pour son cadre philanthropique.

« Il faut que les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer vivent mieux, il faut qu’ils puissent vivre, il faut qu’ils puissent rêver, il faut qu’ils puissent écouter de la musique, il faut qu’ils aient une qualité de vie qui soit liée à tout ça pour aller mieux.»

Alban Maino président de Memory Lane Foundation

Le producteur défend une vision qui associe recherche, création audiovisuelle et action publique, dans un seul objectif : « Il faut que les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer vivent mieux, il faut qu’ils puissent vivre, il faut qu’ils puissent rêver, il faut qu’ils puissent écouter de la musique, il faut qu’ils aient une qualité de vie qui soit liée à tout ça pour aller mieux.»

Memory Lane TV est née en France avant de se développer aux États-Unis. Alban Maino espère désormais que le projet pourra retrouver un ancrage dans son pays d’origine. Pour l’heure, le défi consiste à transformer une expérience développée pendant douze ans en une ressource accessible au plus grand nombre de malades ainsi qu’à leur famille.

Auteur/Autrice

  • Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.

    Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.

    Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.

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