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Zohran Mamdani et Emmanuel Grégoire : un rapprochement qui concerne aussi les Français de New York

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Zohran Mamdani et Emmanuel Grégoire : un rapprochement

À New York, Emmanuel Grégoire a rencontré Zohran Mamdani, mais aussi la communauté française, venue l’interpeller sur le logement, la précarité et les difficultés du retour en France. Jean-Philippe Berteau et Annie Michel, conseillers des Français de l’étranger « La Gauche Unie », reviennent sur cette séquence transatlantique, les perspectives de coopération entre Paris et New York et la place que les Français installés aux États-Unis peuvent prendre dans ce dialogue entre les deux villes.

Ce que Paris et New York peuvent apprendre l’une de l’autre

Lesfrancais.press : « Zohran Mamdani et Emmanuel Grégoire viennent de se rencontrer autour de sujets très concrets comme le logement, les transports ou le climat. Qu’est-ce que leur rapprochement vous dit de la manière dont les grandes villes peuvent aujourd’hui s’inspirer les unes des autres ? »

Jean-Philippe Berteau : « Ce qui m’intéresse dans cette rencontre, c’est son caractère très concret. Paris et New York sont deux villes très différentes, mais elles sont confrontées à des questions comparables : comment continuer à loger les classes moyennes et populaires, comment adapter les transports, comment transformer la ville face au changement climatique sans accroître les inégalités. On voit d’ailleurs que cette circulation des idées existe déjà : New York s’intéresse à l’expérience parisienne des rues aux écoles, tandis que Paris peut observer ici d’autres manières de construire du logement ou de conduire des politiques à l’échelle d’une aire urbaine de près de 20 millions d’habitants. Pour nous, Française et Français installés ici, nous pouvons voir ce qui fonctionne, mais aussi ce qui fonctionne moins bien, de chaque côté de l’Atlantique. »

Annie Michel : « Leur rencontre s’inscrit dans un mouvement plus large : lors de l’Urban 20, plus de 30 maires se sont réunis à New York pour confronter leurs réponses aux crises du logement, du climat et des migrations. Les villes sont donc en train de constituer une forme de réseau mondial d’apprentissage mutuel, avec une idée simple : face à des problèmes qui dépassent les frontières, logement cher, canicules, congestion, transition écologique, l’innovation peut circuler beaucoup plus vite entre métropoles qu’entre États. »

Lesfrancais.press : « Zohran Mamdani regarde ouvertement vers Paris pour certaines politiques urbaines. Qu’est-ce que Paris peut, en retour, apprendre de New York et de la manière dont Mamdani entend transformer la ville ? »

Jean-Philippe Berteau : « New York a cette capacité assez particulière à expérimenter à très grande échelle et à faire coexister initiatives publiques, associatives, communautaires et privées. C’est quelque chose que Paris peut regarder. Il y a aussi ici une manière très directe de ramener le débat politique vers le coût de la vie quotidienne : le loyer, le prix des transports, la garde des enfants, le temps passé dans les déplacements. C’est d’ailleurs une réalité que nous connaissons très bien comme Française et Français vivant ici : derrière des niveaux de salaire qui peuvent sembler élevés depuis la France, le coût du logement, de la santé ou de l’éducation modifie le niveau de vie.

« Nous ne sommes pas seulement des Français vivant hors de France, nous pouvons être des passerelles entre la France et les sociétés dans lesquelles nous vivons. »

Jean-Philippe Berteau, conseiller des Français de l’étranger

L’intérêt du dialogue Paris-New York est donc moins de copier un modèle que de confronter des solutions et de voir ce qui est transposable. »

Annie Michel : « Au fond, l’échange est intéressant parce qu’il n’est pas à sens unique. Paris apporte vingt-cinq ans d’expérience sur la réduction de la place de la voiture, le vélo, les rues scolaires ou la piétonnisation. New York apporte une autre culture de l’expérimentation, des outils fiscaux et une réflexion très concrète sur l’adaptation climatique. Les deux villes peuvent donc se servir mutuellement de « bancs d’essai » plutôt que de modèles à copier. »

Paris-New York: les villes, nouveaux acteurs de la diplomatie internationale

Lesfrancais.press : « On parle ici de deux maires, mais derrière eux se dessine une autre forme de diplomatie. Est-ce que les villes sont aujourd’hui capables de construire des relations internationales qui dépassent les États ? » 

Jean-Philippe Berteau : « Oui, et le sommet U20 auquel Emmanuel Grégoire participait à New York en est une illustration. Bien que les villes ne remplacent pas les États, elles n’ont ni les mêmes compétences ni les mêmes responsabilités, elles sont le socle de la République. Si la structure de la France, centralisée, jacobine, est très différente de celle des États-Unis, fédérale, elles sont toutes deux dirigées par des femmes et des hommes élus qui, s’ils savent s’entendre et dépasser les clivages politiques ou idéologiques, peuvent construire des coopérations très concrètes sur des sujets où les villes sont en première ligne : logement, transports, climat, intelligence artificielle ou lutte contre les inégalités.

Jean-Philippe Berteau et Emmanuel Grégoire
Jean-Philippe Berteau et Emmanuel Grégoire © La Gauche Unie

Ici, nous sommes dans un cas unique, car New York est une ville où se croisent en permanence diplomatie traditionnelle, acteurs économiques, universités, associations et collectivités du monde entier. Ainsi, je crois que les Françaises et les Français de l’étranger ont un rôle de diaspora qui peut faire partie de ce qu’on appelle parfois la diplomatie du quotidien. Nous ne sommes pas seulement des Français vivant hors de France, nous pouvons être des passerelles entre la France et les sociétés dans lesquelles nous vivons. »

Lesfrancais.press : « Après cette rencontre avec Emmanuel Grégoire, qu’est-ce que vous retenez des échanges avec la communauté française ? Qu’est-ce qu’on lui a demandé, qu’a-t-il répondu et avec quelle vision de Paris est-il venu à New York ? »

Jean-Philippe Berteau : « Ce que je retiens d’abord, c’est que la discussion ne s’est pas limitée à Paris ou à la politique nationale, même si nous avons parlé de la primaire de la gauche, qui est notre actualité partisane brûlante. Nous avons abordé les sujets du logement, de la pauvreté et des inégalités, car nous étions accueillis par l’association ATD Quart Monde, dont l’intervention et les témoignages des bénéficiaires et activistes ont permis d’ancrer la présence d’Emmanuel Grégoire dans la réalité la plus abrupte de notre vie locale.

« Emmanuel Gregoire a répondu aux questions de l’audience sur le climat, l’intelligence artificielle et  la légalisation du cannabis, qui sont des sujets qui dépassent les clivages politiques et doivent être envisagées avec pragmatisme. »

Jean-Philippe Berteau, conseiller des Français de l’étranger

En effet, certains ressortissants français vivent, ou ont vécu, dans des situations de grande précarité, loin de l’image que l’on peut avoir des expatriés. Emmanuel Grégoire a répondu aux questions de l’audience sur le climat, l’intelligence artificielle et  la légalisation du cannabis, qui sont des sujets qui dépassent les clivages politiques et doivent être envisagées avec pragmatisme, une vision que nous partageons. Nous avons aussi parlé de sujets très spécifiques aux Français de l’étranger, comme les difficultés que certains rencontrent lorsqu’ils souhaitent revenir vivre en France.

Emmanuel Grégoire à la rencontre des Français de New York
Emmanuel Grégoire à la rencontre des Français de New York © La Gauche Unie

C’est important parce que ce retour en France peut parfois devenir un véritable parcours administratif et professionnel. Nous avons eu l’assurance d’aborder ce problème directement avec la mairie de Paris et les associations d’accueil locales, comme nous l’avions évoqué dans notre programme lors de la campagne des élections consulaires. C’est l’un des objectifs prioritaires de notre mandat, favoriser le retour en France. Nous rencontrons des concitoyens qui, après dix ou vingt ans aux États-Unis, découvrent que revenir peut-être compliqué. Si le rapprochement entre Paris et New York permet aussi de mieux penser ces parcours transatlantiques, alors il aura une utilité très concrète. »

Français de New York, les enjeux du rapprochement avec Paris

Lesfrancais.press : « Pour les Français installés à New York, ce rapprochement entre Paris et New York peut-il avoir des conséquences concrètes, ou reste-t-il pour l’instant essentiellement politique et symbolique ? »

Jean-Philippe Berteau : « L’intérêt de cette relation est de passer de la rencontre au travail commun. Le retour en France en est un exemple, mais Paris et New York ont aussi des expériences à confronter sur le logement, le climat, l’intelligence artificielle, la recherche, la culture, les mobilités ou les politiques sociales. Ce sont deux villes qui font face à des défis comparables, avec des réponses qui peuvent s’enrichir les unes des autres.

Les Français de New York ont leur place dans cette relation. Beaucoup travaillent dans la recherche, la culture, l’entreprise, les associations ou les institutions de la ville. Ils connaissent les deux sociétés et peuvent mettre en relation des acteurs qui, sans eux, ne se rencontreraient pas. C’est aussi notre rôle d’élus des Français de l’étranger : faire de notre communauté une ressource pour la France et pour le territoire dans lequel elle vit. »

Lesfrancais.press : « Vous êtes vous-même engagé dans la vie politique française et élu conseiller des Français de l’étranger. Qu’est-ce que l’expérience américaine change dans votre regard sur la politique française et, inversement, qu’est-ce que votre regard français vous permet de voir ici que les New-Yorkais ne voient pas forcément ? »

Annie Michel : «  L’expérience américaine m’a d’abord appris à regarder la politique française avec davantage de distance. Vivre dans la région de New York, c’est être confrontée chaque jour à une culture politique très différente, dans laquelle l’initiative individuelle, le pragmatisme, le rôle du secteur privé, de la philanthropie et des acteurs locaux occupent une place considérable. Cela m’a rendue plus attentive, en France, à notre tendance à attendre beaucoup de l’État et à penser parfois les solutions d’abord à travers le prisme institutionnel.

« En vivant aux États-Unis, on mesure peut-être mieux ce que l’on tient pour acquis en France : notre système de protection sociale, les services publics, l’accès aux soins, mais aussi une certaine conception de la solidarité et de l’égalité. »

Annie Michel, conseillère des Français de l’étranger

Mais cette expérience américaine m’a aussi, paradoxalement, fait redécouvrir les forces du modèle français. Je viens de passer quelque temps cet été dans la Nièvre, ma terre natale, et on a souvent abordé la question de la protection sociale concernant les deux pays. En vivant aux États-Unis, on mesure peut-être mieux ce que l’on tient pour acquis en France : notre système de protection sociale, les services publics, l’accès aux soins, mais aussi une certaine conception de la solidarité et de l’égalité. Inversement, mon regard français me permet de voir à New York des choses qui deviennent parfois invisibles lorsqu’on y vit au quotidien. Je suis particulièrement sensible aux inégalités très concrètes que produit une société où l’accès à certains services dépend davantage des moyens dont on dispose. »

Jean-Philippe Berteau : « Vivre aux États-Unis oblige à regarder la France avec un peu de distance. On voit mieux certaines de ses forces, comme ses services publics et son système de protection sociale, mais aussi certaines de ses rigidités. Ici, j’ai appris à regarder davantage l’expérimentation, le pragmatisme et la capacité à changer d’échelle lorsqu’une idée fonctionne. Inversement, mon regard français me conduit parfois à poser des questions différentes à New York.

Rencontre d'Emmanuel Grégoire avec des Françaises et Français de New York
Rencontre d’Emmanuel Grégoire avec des Françaises et Français de New York © La Gauche Unie

Sur le logement, la santé, les transports ou les inégalités, nous avons en France une culture plus forte de l’intervention publique et de l’universalité des services. Comme élu des Français de l’étranger, je trouve cette position utile. Notre rôle n’est pas que de gérer des dossiers administratifs. Nous représentons des Français qui vivent entre plusieurs systèmes et qui peuvent apporter à la France cette expérience comparative. C’est une richesse encore trop peu utilisée. »

Auteur/Autrice

  • Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.

    Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.

    Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.

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