Selon l’enquête mensuelle de la Banque de France publiée le 15 septembre et réalisée auprès d’environ 8 500 entreprises ou établissements, l’activité a progressé en août dans l’industrie, les services et le bâtiment. Cette amélioration reste toutefois inférieure aux anticipations dans plusieurs secteurs. Pour le troisième trimestre, la Banque de France ne table ainsi que sur une hausse du PIB de 0,1 %, après une croissance finalement ramenée à 0,0 % au deuxième trimestre. Cette quasi-stagnation masque néanmoins des évolutions sectorielles assez contrastées. L’économie française ne décroche pas réellement, mais elle peine toujours à retrouver un rythme de croissance suffisamment solide pour effacer les fragilités accumulées depuis plusieurs trimestres.
L’industrie en mode résilient
Après le ralentissement constaté en juillet, la production industrielle s’est renforcée en août, à un rythme supérieur à sa tendance de long terme, mais moins fortement que ne l’espéraient les chefs d’entreprise. Le solde d’opinion sur l’activité industrielle atteint +5 points en août et les entreprises anticipent +6 points en septembre. La reprise est principalement alimentée par les biens d’équipement et les matériels de transport. Les secteurs des produits informatiques, électroniques et optiques ainsi que les équipements électriques bénéficient notamment de la vigueur de l’aéronautique, de la défense et de la construction de centres de données. L’automobile et l’aéronautique ont également rebondi après un mois de juillet difficile, même si cette dernière branche reste confrontée à des problèmes d’approvisionnement.
La situation reste en revanche moins favorable dans la chimie, le bois-papier-imprimerie et certaines autres activités manufacturières. La succession des épisodes de canicule, des orages et, dans certains cas, des restrictions d’eau a compliqué la production durant l’été. L’agroalimentaire a mieux résisté, porté notamment par la demande de produits adaptés aux fortes chaleurs.
Le taux d’utilisation des capacités de production s’établit à 76,4 % en août, contre 76,6 % en juillet. Les stocks demeurent par ailleurs supérieurs à leur niveau jugé normal. Ces chiffres témoignent d’une amélioration de l’activité sans véritable tension sur l’appareil productif.
Les services en hausse, le bâtiment toujours à la peine
Les services marchands restent le principal point d’appui de l’économie française. Leur activité continue de progresser, même si le rythme demeure modéré et très variable selon les branches. L’édition est bien orientée, en particulier celle des logiciels. Les activités de conseil en gestion ainsi que les professions juridiques et comptables bénéficient pour leur part des travaux liés à l’entrée en vigueur de la facturation électronique. À l’inverse, l’hébergement-restauration a été affecté par les fortes chaleurs et par une fréquentation étrangère moins dynamique qu’espéré. L’intérim est stable tandis que les services à la personne et la réparation automobile reculent.
La situation demeure plus préoccupante dans le bâtiment. L’activité a encore augmenté en août, mais très en deçà des attentes, notamment dans le gros œuvre. Le second œuvre résiste mieux grâce aux travaux de climatisation et de protection contre la chaleur, en particulier dans les bâtiments publics. Pour septembre, la Banque de France anticipe tout juste une stabilité de l’activité dans la construction. Les carnets de commandes restent dégarnis et apparaissent particulièrement dégradés dans le gros œuvre.
Un léger rebond attendu en septembre
Les chefs d’entreprise interrogés se montrent un peu plus confiants pour septembre. Dans l’industrie, une accélération sensible de la production est envisagée. Le textile-habillement, le bois-papier-imprimerie, la chimie et plusieurs activités manufacturières devraient bénéficier d’un effet de rattrapage après les perturbations estivales. L’activité aéronautique resterait également dynamique.
La prudence reste néanmoins de mise. La Banque de France souligne que les entreprises ont actuellement davantage de difficultés qu’à l’accoutumée à anticiper leur niveau d’activité, y compris à très court terme. Les carnets de commandes industriels se sont certes légèrement améliorés, mais ils demeurent sensiblement inférieurs à leur moyenne de longue période. L’aéronautique, l’électronique et les équipements électriques tirent leur épingle du jeu, notamment grâce aux commandes liées à la défense et aux centres de données.
Du côté des services, une accélération est également attendue dans presque toutes les branches. Fait révélateur du climat économique, le travail temporaire pourrait progresser, certaines entreprises préférant recourir à l’intérim plutôt que de s’engager dans des embauches en contrat à durée indéterminée.
Trésoreries fragiles et attentisme des entreprises
Malgré l’amélioration ponctuelle de l’activité, la situation financière des entreprises reste tendue. Dans l’industrie, les trésoreries continuent de se détériorer, notamment dans l’automobile et l’agroalimentaire. Elles sont également jugées dégradées dans la chimie, la métallurgie, les produits minéraux non métalliques et le bois-papier-imprimerie.
Dans les services, la situation se rapproche davantage de la normale, mais avec d’importantes disparités. Les transports et l’entreposage parviennent notamment à répercuter rapidement les variations du prix des carburants. En revanche, les trésoreries se détériorent dans l’hébergement-restauration, l’intérim et les services à la personne.
Après avoir reculé depuis le printemps, l’indicateur d’incertitude construit par la Banque de France remonte légèrement dans les services et le bâtiment. Les dirigeants interrogés évoquent en particulier le contexte politique, qui favoriserait l’attentisme, ainsi que les difficultés opérationnelles potentielles liées à la réforme de la facturation électronique.

Les tensions sur les prix restent contenues
Les entreprises continuent de subir des pressions sur le coût de leurs intrants, mais celles-ci ne semblent pas provoquer, à ce stade, de nouvelle poussée généralisée des prix de vente.
Dans l’industrie, 11 % des entreprises déclarent avoir augmenté leurs prix en août, contre 6 % en moyenne sur longue période. La même proportion prévoit une hausse en septembre, soit un niveau proche de la moyenne historique du mois, de 9 %. La Banque de France estime ainsi qu’aucune nouvelle vague généralisée de répercussion de la hausse des matières premières n’est pour l’heure anticipée.
Dans le bâtiment, seulement 4 % des entreprises ont augmenté leurs devis en août. Elles seraient 7 % à envisager de le faire en septembre, contre 9 % habituellement à cette période. La faiblesse de la demande et l’intensité de la concurrence limitent les possibilités de répercuter les hausses de coûts.
Dans les services, les tensions sont légèrement plus marquées, notamment dans les transports et l’entreposage du fait du prix des carburants. Au total, 36 % des entreprises des trois grands secteurs ont relevé leurs prix au moins une fois entre mars et août, contre seulement 20 % habituellement sur la même période.
Autre signe du ralentissement des tensions économiques, les problèmes de recrutement poursuivent leur décrue. En août, ils ne concernent plus que 17 % des entreprises, en légère baisse par rapport à juillet. La proportion atteint 15 % dans l’industrie, 17 % dans les services et 23 % dans le bâtiment.
0,1 % de croissance au troisième trimestre
Pour le troisième trimestre, les services marchands enregistreraient une hausse de leur valeur ajoutée de 0,2 %, tandis que les services non marchands progresseraient de 0,1 %. L’énergie gagnerait 0,5 %, sous l’effet notamment de l’augmentation de la consommation d’électricité durant les vagues de chaleur. À l’inverse, la valeur ajoutée diminuerait de 1,6 % dans l’agriculture, de 1,0 % dans la construction et de 0,3 % dans l’industrie manufacturière.
La canicule aurait retiré environ un demi-dixième de point de PIB au troisième trimestre hors agriculture et coûterait environ 0,1 point de croissance sur l’ensemble de l’année 2026, principalement en raison de ses conséquences sur la production agricole. Pour le troisième trimestre, la Banque de France parie sur un taux de croissance de 0,1 %.
L’économie française devrait éviter la récession d’ici la fin de l’année, mais la croissance demeure réduite à sa plus simple expression. Les services continuent d’amortir les difficultés de la construction et d’une partie de l’industrie. La défense, l’aéronautique, le numérique et les centres de données constituent des poches de dynamisme, tandis que le bâtiment et plusieurs industries traditionnelles restent fragiles. Dans un environnement marqué par des trésoreries tendues, des carnets de commandes encore faibles et une incertitude persistante, le véritable enjeu des prochains mois sera moins d’éviter la récession que de parvenir à enclencher une croissance durablement supérieure à quelques dixièmes de point par trimestre.







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