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PEQ : le Programme de l’expérience québécoise à nouveau accessible pour les Français

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PEQ : le Programme de l’expérience québécoise à nouveau accessible pour les Français

Suspendu en novembre 2025, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) revient au cœur de l’actualité migratoire. Destiné notamment aux travailleurs et étudiants étrangers, déjà installés dans la province, ce dispositif reste un passage privilégié vers la résidence permanente pour de nombreux Français établis au Québec. Sa reprise est annoncée pour le 2 juillet, soulagement ou inquiétude préservée ?

Qu’est-ce que le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) ?

Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est un dispositif d’immigration mis en place par le gouvernement du Québec afin de faciliter notamment l’accès à la résidence permanente pour les personnes ayant déjà une expérience significative dans la province.

« Pour les Français de l’étranger, particulièrement nombreux au Québec, cette suspension du PEQ avait créé une incertitude importante. » 

Il s’adresse principalement à deux profils. D’une part aux travailleurs étrangers temporaires ayant occupé un emploi rémunéré au Québec au cours des deux dernières années, et, d’autre part, aux étudiants étrangers diplômés. La maîtrise suffisante de la langue française est aussi requise. L’objectif du PEQ était assez clair, celui de retenir des talents déjà intégrés à la société québécoise, maîtrisant le français et disposant d’une expérience locale.

Le PEQ et sa suspension controversée

Crée en février 2010, le PEQ a connu plusieurs modifications ces dernières années, avant d’être arrêté en novembre 2025 dans un contexte de révision des politiques d’immigration du Québec. Cette interruption s’inscrivait dans une volonté du gouvernement de mieux encadrer les flux migratoires et d’adapter les critères aux besoins du marché du travail.

Françaises et Français sur la question du PEQ, photo d'illustration
Françaises et Français sur la question du PEQ, photo d’illustration

Cette décision a ainsi suscité de nombreuses critiques, notamment parmi les étudiants étrangers et les travailleurs déjà installés, qui voyaient leur parcours vers la résidence permanente brusquement remis en question. Pour les Français de l’étranger, particulièrement nombreux au Québec, cette suspension avait créé une incertitude importante, voire dramatique, quant à leur avenir dans la province.

Une réouverture progressive et encadrée

Face aux tensions et sans doute également aux besoins locaux, le gouvernement québécois a annoncé une réouverture temporaire et partielle du PEQ. Celle-ci a été confirmée pour deux ans et les dossiers seront à nouveau traités à partir du 2 juillet.

« Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) sera donc ouvert pour deux ans, du 2 juillet 2026 au 2 juillet 2028. » 

Elle concernerait certains profils jugés prioritaires, avec des ajustements dans les conditions d’admissibilité et un nombre de places limité. Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) sera donc ouvert pour deux ans, du 2 juillet 2026 au 2 juillet 2028. Ce programme s’adresse ainsi aux étudiantes et étudiants étrangers diplômés du Québec et aux travailleuses et travailleurs étrangers temporaires.

Des critères de sélection pour le PEQ resserrés

Comme l’indique le site internet du Gouvernement du Québec « pour favoriser le respect des cibles d’immigration du Québec pour la période 2026-2029, la réception des demandes se fera par période. »Mais, « il n’y a pas de plafond quant au nombre de demandes à recevoir durant la période de réception des demandes du 2 juillet au 31 octobre 2026. »

Les conditions d’accès au PEQ ont été revues, parmi les principaux critères figurent :

  • Pour le volet Diplômés du Québec : Avoir obtenu, au Québec, un baccalauréat, une maîtrise ou un doctorat, un diplôme d’études collégiales techniques, un diplôme d’études professionnelles, seul ou suivi d’une attestation de spécialisation professionnelle, d’au moins 1800 heures, en date du 19 novembre 2025.
  • Pour le volet Travailleurs étrangers temporaires : avoir une expérience de travail au Québec de catégorie « Formation, études, expérience, responsabilités » 0, 1, 2 ou 3 au sens de la CNP d’une durée d’au moins deux ans, en date du 19 novembre 2025.

Ainsi, pour le volet Diplômés du Québec, il faudra respecter les données suivantes :

  • Séjourner au Québec au moment de la présentation de la demande ;
  • Avoir séjourné temporairement au Québec dans le but principal d’y étudier et pendant au moins la moitié de la durée de son programme d’études ;
  • Avoir obtenu un diplôme admissible au cours des trois années précédant la présentation de la demande ;
  • Avoir une connaissance du français à l’écrit de niveau 5 et une connaissance du français à l’oral de niveau 7 ;
  • Ne pas avoir été titulaire d’une bourse comportant une condition de retour dans le pays d’origine à la fin des études.

Pour le volet Travailleurs étrangers temporaires :

  • Occuper un emploi admissible au moment de la présentation de la demande ;
  • Avoir une connaissance du français à l’oral de niveau 7.

Pour les deux volets du programme :

  • Avoir l’intention de s’établir au Québec pour y occuper un emploi ;
  • Démontrer l’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises ;
  • S’engager à subvenir à ses besoins essentiels et, le cas échéant, à ceux de la personne conjointe de fait et des enfants à charge inclus dans la demande de sélection permanente.

Un enjeu majeur pour les Français du Québec

Le PEQ reste un outil central pour les Français expatriés souhaitant s’installer durablement au Québec. Très présents dans les secteurs de la restauration, des technologies ou encore de l’ingénierie, ils sont directement concernés par les évolutions du programme. La relance du PEQ, bien que plus restrictive, constitue une opportunité pour ceux qui répondent aux nouveaux critères. Elle témoigne également de la volonté du Québec de continuer à attirer une immigration francophone qualifiée.

Nous avons également interrogé plusieurs Françaises et Français, élus, membres d’associations, installés au Québec afin de recueillir leurs témoignages sur la suspension puis la réouverture du PEQ, ainsi que sur leurs perspectives d’avenir dans la province.

Une décision du gouvernement du Québec encore discutable ?

Pour Christopher Weissberg, député de la 1ère circonscription des Français de l’étranger (États-Unis et Canada), celui-ci se « réjouit de l’annonce par le ministre Bonnardel de la réouverture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) ». Le parlementaire, membre du parti Renaissance, souligne que « pour de nombreux Français qui vivaient dans l’incertitude depuis plusieurs mois, cette annonce apporte enfin une perspective concrète et reconnaît la situation particulière de celles et ceux qui avaient engagé leur parcours en s’appuyant sur les règles alors en vigueur. »

« Si la décision du gouvernement du Québec va dans le bon sens. Elle n’est pas aussi aboutie que la clause des droits acquis « grand-père » que nous appelions de nos vœux. »

Christopher Weissberg, député de la 1ère circonscription des Français de l’étranger, comprenant les États-Unis et le Canada

Toutefois, nuance le membre de l’Assemblée nationale, si « la décision du gouvernement du Québec va dans le bon sens. Elle n’est pas aussi aboutie que la clause des droits acquis « grand-père » que nous appelions de nos vœux. Cette réouverture ne répond toutefois pas à la situation de tous les Français concernés, notamment ceux qui ont déjà quitté le Québec depuis la fermeture du programme. » Il restera donc « attentif aux critères d’admissibilité retenus pour les différentes périodes de réception des demandes. »

Le retour du PEQ : une erreur réparée ?

Pour Arthur Silve, conseiller des Français de l’étranger (ASFE) dans la circonscription de Québec et professeur d’économie à l’Université Laval à Québec, « la suppression du PEQ était une erreur sur tous les plans : économique dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, culturel parce qu’elle a durablement érodé l’attractivité du Québec en France, et humain parce que des drames auraient pu être évités avec une simple clause grand-père. Le consensus politique contre cette décision était total ».

Français qui échangent sur le PEQ, photo d'illustration
Français qui échangent sur le PEQ, photo d’illustration

L’élu consulaire poursuit en affirmant que « quand une décision politique fait l’unanimité contre elle, la question n’est pas de savoir si on reviendra en arrière, mais quand et comment. » Il précise néanmoins que « ce qui a été annoncé, ce n’est pas la réactivation du PEQ : c’est une ouverture, sur la base du premier arrivé premier servi, destinée principalement à ceux qui sont déjà présents au Québec ».

« La suppression du PEQ était une erreur sur tous les plans (…) quand une décision politique fait l’unanimité contre elle, la question n’est pas de savoir si on reviendra en arrière, mais quand et comment. »

Arthur Silve, conseiller des Français de l’étranger ASFE de la circonscription de Québec et professeur d’économie à l’Université Laval à Québec

Pour lui, il s’agit malgré tout « une excellente nouvelle pour les familles concernées : autant de drames humains évités. Mais le programme lui-même a vocation à se refermer. C’est moins brutal qu’annoncé, mais cela n’efface pas l’incertitude structurelle. » Il insiste également sur un point clé : « la clause grand-père en particulier : les gens ont fait des choix de vie (emploi, famille, logement) sur la base de règles existantes. Leur garantir la continuité n’est pas une faveur, c’est une exigence élémentaire de sécurité juridique. Sur ce point, la réponse reste insatisfaisante. »

Au regard de la situation, Arthur Silve confie qu’il « n’encourage personne à venir, et n’encourage personne à ne pas venir. Ceux qui feront ce choix trouveront une société formidable, un marché du travail dynamique, et une proximité culturelle réelle avec la France. Mais il ne faut jamais sous-estimer le coût de l’expatriation », rappelant que son « rôle de conseiller des Français de l’étranger n’est pas de faire la promotion d’une destination, c’est d’accompagner ceux qui ont fait leur choix et d’être honnête sur les conditions dans lesquelles ils l’exercent. »

Le nouveau PEQ : entre reconnaissance et inquiétude

Autre opinion, celle de Geoffroy Guillon-Lemoine, nouvellement élu conseiller des Français de l’étranger pour la circonscription de Québec, avec le soutien du Rassemblement national. « Concernant le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) », il tient « tout d’abord à rappeler qu’il s’agit d’une décision relevant des autorités québécoises, auxquelles il appartient de définir leur politique d’immigration en fonction des réalités économiques, démographiques et sociales propres à la province ». Il précise également qu’ « en tant que conseiller consulaire élu des Français de l’étranger, mon rôle n’est pas de me prononcer sur ces choix politiques, mais d’en observer les conséquences concrètes pour nos compatriotes et de relayer les préoccupations qui me sont exprimées sur le terrain ».

« La réactivation du PEQ a été accueillie favorablement par de nombreux Français établis au Québec (…) pour autant certaines interrogations demeurent. Elles portent principalement sur la pérennité du dispositif. »

Geoffroy Guillon-Lemoine, Conseiller RN des Français de l’étranger pour Circonscription de Québec

Ainsi, pour l’élu consulaire RN, « la réactivation du PEQ a été accueillie favorablement par de nombreux Français établis au Québec ou engagés dans un projet d’installation. Beaucoup y voient un signal de stabilité après plusieurs années marquées par des évolutions réglementaires successives. Cette décision est souvent perçue comme une reconnaissance du parcours de personnes déjà intégrées à la société québécoise et souhaitant y construire durablement leur avenir ».

Il tempère toutefois en déclarant que « certaines interrogations demeurent. Elles portent principalement sur la pérennité du dispositif et sur la visibilité offerte à celles et ceux qui envisagent un projet de vie à moyen ou long terme. Au-delà des démarches administratives, les familles recherchent avant tout la capacité de se projeter sereinement dans l’avenir ». Pour conclure, « Si la réactivation du PEQ apporte une réponse positive à certaines préoccupations administratives, elle ne met pas fin à l’ensemble des réflexions qui accompagnent aujourd’hui un projet d’expatriation »

Des Français engagés contre la suppression du PEQ

Florent Pigeyre, conseiller des Français de l’étranger Renaissance pour la circonscription de Montréal, Moncton et Halifax, installé à Montréal depuis 2011, estime de son côté que « la réouverture du PEQ est une bonne nouvelle, mais elle reste incomplète ». Selon lui, « certains, ayant respecté les règles, pourraient encore être exclus en raison de critères stricts sur les dates ou des quotas ».

« La réouverture du PEQ est une bonne nouvelle, mais elle reste incomplète »

Florent Pigeyre, conseiller des Français de l’étranger Renaissance pour la circonscription de Montréal, Moncton et Halifax au Canada

Il « salue donc cette avancée tout en restant attentif à ces limites » et ajoute : « Et dans tous les cas, l’action judiciaire auprès de la cour supérieure du Québec continue. » En effet, avec d’autres personnes, il a créé une structure appelée « Justice pour les orphelins du PEQ », qui s’est « engagée dans la défense des personnes injustement impactées par la suppression brutale du Programme d’Expérience Québécoise. »

Action juridique PEQ
Action juridique PEQ

Invitée d’Initiatives Expats pour partager les activités l’association des Bretons du Québec, Morgane Filleau, la présidente est devenue « citoyenne canadienne » elle n’a donc pas « été impactée personnellement par la situation », mais elle a « vu nombre de (ses) concitoyens français être affectés par cette situation dramatique. » Face à cette situation, elle souligne « la capacité de travailler ensemble des Français, de s’organiser en mouvement pour se battre pour faire valoir leurs droits». Pour elle, « c’est peut-être cela qui a fini par faire pression sur le gouvernement local. Des milliers de gens concernés et des représentants politiques français sont allés se défendre, cela a sûrement payé ».

« Il y a un soulagement pour ceux qui vont pouvoir ensuite obtenir la résidence permanente et ne seront probablement plus ennuyés, mais pour l’avenir, le soulagement reste temporaire. »

Morgane Filleau, présidente de l’association des Bretons du Québec

Et comme pour résumer l’ensemble des positions de nos interlocuteurs, Morgane Filleau confie « certains sont soulagés, ils ont obtenu victoire après des mois d’incertitude voire de lutte pour les plus engagés, et pour d’autres, le mal est fait. Même chez certains Français maintenant devenus citoyens, le traitement de leurs concitoyens par le gouvernement québécois les a fortement refroidis et a mis à mal l’image du Québec comme terre d’accueil voire d’Eldorado .»

Pour la présidente des Bretons du Québec, « la réalité est que le Québec se présente encore aujourd’hui comme une terre d’accueil, vient débaucher des Français dans des salons à l’emploi entre autres, mais les derniers mois ont prouvé que la réalité sur place pouvait être bien plus difficile. Des gens en poste ont du tout quitter, des familles binationales se sont retrouvées dans des situations sans solution facile, bref, je ne pense pas que toutes les inquiétudes ont pu être balayées. Il y a un soulagement pour ceux qui vont pouvoir ensuite obtenir la résidence permanente et ne seront probablement plus ennuyés, mais pour l’avenir, le soulagement reste temporaire ».

Auteur/Autrice

  • Jérémy Michel est rédacteur en chef adjoint du média Lesfrancais.press. Il est également coach en développement personnel et formateur en communication. Jérémy a auparavant travaillé au sein de diverses institutions politiques françaises et européennes. Il a aussi été en charge des affaires publiques d’un grand groupe spécialisé dans la santé.

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