Trouble et turbulences dans l'école française de Bujumbura

Trouble et turbulences dans l'école française de Bujumbura

Une semaine après les révélations inquiétantes de Mediapart concernant les accusations de harcèlement qui visent le proviseur de l’école française de Bujumbura au Burundi, une vague de soutien s’est positionnée en sa faveur.

Le nuage d’incompréhension qui plane au-dessus de l’école française de Bujumbura s’épaissit. Le 3 juillet dernier, une enquête de Mediapart a chamboulé la tranquillité dite de l’établissement tapie au cœur de la capitale burundaise. Pour cause, le proviseur est accusé de harcèlement moral, sexuel, de racisme et d’encouragement à la prostitution, selon neuf témoignages consultés par nos confrères. Après avoir relayé l’information, notre rédaction a reçu une vague de messages en soutien au proviseur, Didier T. Interrogé par Lesfrancais.press, Gilbert Nibigirwe, le président du Conseil exécutif (CE) de l’établissement n’a pas caché sa stupeur et son incompréhension.

Une affaire portée devant les mauvais gestionnaires

L’école française de Bujumbura est un établissement partenaire de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). La gestion du personnel est donc uniquement chapeautée par le CE de l’école. L’AEFE, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’Éducation nationale, à qui ont été adressés les témoignages, n’ont par conséquent aucun pouvoir décisionnaire. Gilbert Nibigirwe a donc été surpris de prendre connaissance de l’affaire par voie de presse alors que son Conseil n’a pas été saisi par les accusateurs.

« C’est une affaire qui devait d’abord être portée devant le CE, et être réglée en interne. »

Gilbert Nibigirwe, président du Conseil exécutif de l’école française de Bujumbura au Burundi

Selon ses dires, il a cherché à rencontrer les auteurs des témoignages afin de comprendre la situation. Or, il explique que sur neuf plaignants, il n’a réussi à obtenir que trois noms. Parmi eux, une personne a refusé de répondre à ses questions et les deux autres lui ont dit n’avoir rien à dénoncer… Le trouble persiste.

Face à cette situation des plus anodines, le président déclare « ne soutenir personne dans cette histoire », mais être là « pour défendre les intérêts de l’école. Cependant, si ces propos peuvent venir en aide au Proviseur alors tant mieux ! ». Le discours est clair : le Comité exécutif soutient le directeur de l’établissement !

École française de Bujumbura au Burundi © site internet de l’école

Soutien avec le Proviseur

Bujumbura, Burundi
Gilbert Nibigirwe, le président du CE de l’école française de Bujumbura

Didier T. est connu pour ses coups de colères et ses esclandres dans les couloirs de l’école française, « mais jamais [Gilbert Nibigirwe ne l’a] vu ou entendu avoir un comportement déplacé envers qui que ce soit. » A ses yeux, ces histoires de harcèlement sont « des raccourcis initiés par la rancœur de quelques personnes ». Avant d’ajouter qu’il est prêt à recevoir toutes accusations faites à l’encontre de la Direction, et de les traiter avec le plus grand sérieux. Seulement, comme il le rappelle, le CE n’a jamais été saisi cette année.

De plus, lorsque l’affaire a été rendue publique, la majorité des parents d’élèves s’est levée pour défendre son proviseur « qui a révolutionné l’école depuis son arrivée, il y a deux ans ».

Un dossier présenté à la Procureure de Paris

Le 8 juin dernier, la sénatrice des Français de l’étranger Mélanie Vogel a saisi la Procureure de Paris après avoir eu vent de l’affaire. De cette manière, une enquête a été ouverte. Mais pour l’heure, le dossier n’a pas avancé.

Dans le cas où Didier T. serait reconnu coupable de ces agissements dénoncés, Gilbert Nibigirwe a assuré qu’il prendrait les mesures nécessaires afin de le révoquer de ses fonctions. Mais pour l’instant, il ne souhaite pas prendre une décision « seulement basée sur des témoignages anonymes ». Il demande à ce que la justice fasse son travail et rende son verdict ; mais également que les accusateurs viennent à sa rencontre afin d’éclaircir la situation. Finalement, il semble manquer de nombreux éléments à la compréhension de cette inquiétante affaire.

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