Royaume-uni : une interminable attente pour les expatriés et leurs familles

Royaume-uni : une interminable attente pour les expatriés et leurs familles

Depuis le 29 mars, le gouvernement britannique a demandé à la population de “rester au Royaume-Uni”. Et, le mois suivant, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, dévoilait de nouvelles règles pour les déplacements internationaux. C’est la goutte de trop pour les expatriés au Royaume-Uni !

Les expatriés comme les Britanniques, longtemps astreints à domicile, se sont insurgés devant ces nouvelles mesures.

En effet, très désireux de partir rejoindre leur famille qui demeure à l’étranger, des résidents au Royaume-Uni ont obtenu plus de 104,000 signatures sur une pétition exigeant la libéralisation des voyages (au 25 mai – 12h). Et, ce lundi 24 mai 2021, le Parlement britannique a débattu sur ce sujet. L’espoir : permettre aux personnes vivant au Royaume-Uni de rendre visite à leur famille, conjoint…etc dans un autre pays. Dont la plupart d’entre eux sont en orange comme la France.

Pour le gouvernement il est crucial de limiter la circulation du coronavirus à un moment où la prévalence au Royaume-Uni diminue, mais où une grande partie de la population n’est pas encore protégée par le vaccin. Or, à ce jour, les taux d’infection sont considérablement plus élevés dans de nombreux autres pays.

De ce fait, pour restreindre les voyages internationaux, il fallait assigner les britanniques à résidence. Ces règles ont permis de réduire ainsi le risque d’importation ou d’exportation de variants dangereux et préoccupants..

À l’heure actuelle, le gouvernement reconnaît que les restrictions du Covid ont rendu les visites des proches plus difficiles pour les familles qui vivent dans d’autres pays.

Et, le Premier ministre Britannique, Boris Johnson a été contraint mercredi dernier de défendre les restrictions fixées par son gouvernement, accusé par l’opposition de donner des instructions contradictoires en ouvrant les frontières tout en déconseillant à la population de partir en vacances à l’étranger, à l’exception de quelques rares destinations.

C’est pourquoi nous avons voulu donner la parole à quelques Français à Londres qui ont signé cette pétition.

Le Brexit et le Covid isolent les expats au Royaume-Uni

Charlotte a signé la pétition et elle vit dans la capitale britannique. Elle estime que “c’est une pétition qui arrive un an trop tard ». Pour elle, Les expats sont traités comme des citoyens de deuxième classe. Que ce soit par la France ou le Royaume-Uni.

« Nous sommes à un épuisement psychologique. Soit ; tu ne respectes pas la loi. Soit ; tu es dans un isolement total.”

Charlotte, Française de Londres

Isolement total

En sus, en Angleterre les restrictions ont été plus sévères qu’ailleurs en Europe et les expats ont, déjà, payé un pour tribut pour le Brexit. En plus des mesures britanniques, il faut rappeler que la France avait, elle aussi, fermé les frontières pour les expats hors d’Europe.

« Même si on nous autorise à rentrer en France, maintenant le nouvel obstacle sera le vaccin. J’espère en tout cas que la pétition sera écoutée, mais je ne pense pas. Ça restera dans l’oreille d’un sourd. Il y a un moment, où nous méritons de récupérer nos droits. Nous enlever le droit de rentrer, de voir nos familles alors que la vaccination est en place, et que nous pouvons nous confiner en rentrant.”

Charlotte, Française de Londres

La France doit réagir

Pour les expatriés sur place, la pétition au Royaume-Uni est une première étape. Pour eux c’est à la France de réagir et de protéger ses expats.

 » le gouvernement ne peut pas nous empêcher de rentrer en France si les frontières sont ouvertes. Ça fait six mois que je n’ai pas vu ma famille.« 

Charlotte, Française de Londres

Peu d’espoir pour l’issue du débat

Manon, qui habite à Luton, à côté de Londres est arrivée dans le pays en octobre 2020. Elle n’avait pas connaissance de cette pétition auparavant et pense qu’elle est intéressante.

“J’aimerais qu’une réponse positive en ressorte pour nous expatrier. Mais j’imagine que les règles sanitaires liées au Covid ne peuvent pas permettre ce genre d’exceptions. Donc je n’ai que peu d’espoir pour l’issue de ce débat. Je suis rentrée en France début février 2021 pour un impératif, et j’ai donc vu ma famille. Quand je suis partie de Londres, seul le test PCR en partant et en revenant était obligatoire. Pendant que j’étais en France (trois semaines), la règle des deux tests Covid à faire à l’arrivée sur le sol anglais est tombée. J’ai donc dû payer le pack à £210 pour rentrer chez moi, ce qui n’était évidemment pas prévu. Depuis les règles se sont durcies encore. Je prévoyais de rentrer au mois de juin et, ou, le mois de juillet. Mais plus le temps passe, plus je me dis que c’est impossible. Trop de restrictions qui deviennent des complications. Et surtout énormément de frais avec les tests Covid. Le billet d’avion aller et retour devient deux à trois fois moins cher que le coût total des tests Covid à faire pour sortir et entrer dans le pays. Donc je suis malheureusement comme beaucoup de monde, dans l’incapacité́ financière de rentrer voir ma famille. Pour ceux qui ont de l’argent, ces restrictions sont peu importantes, mais pour la plupart de la classe moyenne on ne peut tout simplement pas se le permettre. Sans parler de la quarantaine de dix jours au retour qui nous empêche de retourner au travail pour peu que le télétravail ne soit pas autorisé.”

Manon, une Française de Luton

“Il est temps de retrouver une vie normale”

Ryma, qui habite également à Londres souhaite “la levée des restrictions des voyages après avoir reçu le vaccin et la réussite de la vaccination ici au Royaume-Uni. Je trouve que c’est le moment de retrouver une vie normale avec nos proches et conjoints donc espérons que cette pétition sera favorable pour nous tous.”

Les expats au Royaume-Uni suivront sans doute cette pétition avec grand intérêt et attendent le jour où ils seront autorisés à aller voir leurs proches et compagnons en France.

Lors du débat, les députés ont évoqué avant le Covid, des couples qui avaient une relation de longue distance, se voyaient régulièrement et payaient £200 A/R. Maintenant que la France est orange, des couples sont forcés de se voir rarement et doivent débourser à peu près £600. Si l’Hexagone devait être placée en rouge, des couples franco-britanniques devraient débourser £2,400. 

Quelques autres parlementaires ont évoqué que la séparation des couples a fait que certains d’entre eux avaient du mal à se concentrer au travail et des familles n’ont pas pu rendre visite à leurs proches qui sont proches de la mort. 

A l’issue du débat, le gouvernement estime qu’il faut de la prudence et faut attendre la dernière étape du déconfinement le 21 juin 2021 malgré la difficulté. 

Autre information qui confirme que le Royaume-Uni sera bien isolé, la déclaration de la ministre britannique de l’Intérieur Priti Patel qui a annoncé que toute personne venant au Royaume-Uni sans visa ou statut d’immigration devra remplir obligatoirement une autorisation de voyage à faire en ligne (ETA), sur le modèle américain de l’ESTA. La démarche sera payante.

Le Bureau de l’Intérieur, chargé de la sécurité et de l’immigration dans le pays, s’attend à environ 30 millions de demandes ETA chaque année. La frontière numérique, qui devrait être entièrement effective d’ici 2025, doit opérer une entière mise à jour des données relatives à l’immigration, jugées obsolètes ou erronées par les autorités.

Durcir les conditions d’immigration constituait l’un des objectifs des partisans du Brexit, désormais réalisé, qui a mis fin à la libre circulation entre le Royaume-Uni et les pays de l’Union européenne. La géographie particulière du Royaume-Uni, entouré par la mer (hormis entre l’Irlande du Nord et l’Irlande), lui permet un contrôle plus facile de l’accès à son territoire que les pays continentaux, dont les frontières terrestres rendent nettement plus simples les entrées illégales.

Le ministère souligne que le nombre exact d’immigrés au Royaume-Uni est mal estimé, citant à titre d’exemple les données du « settlement scheme« , un programme qui permet aux citoyens de l’UE qui vivaient dans le pays avant le 31 décembre 2020 de s’enregistrer pour conserver les mêmes droits de vivre, travailler et accéder à la sécurité sociale au Royaume-Uni après le Brexit.

À la fin du mois d’avril, il y a eu plus de 5,4 millions de demandes et 4,9 millions de statuts octroyés, indique le ministère, alors que le nombre de citoyens de l’UE vivant au Royaume-Uni était auparavant estimé à 3 millions.

Ce projet s’inscrit dans une réforme de la politique d’immigration, désormais basée sur un système « à points » favorisant les brillants cerveaux au détriment des travailleurs peu qualifiés. Pour obtenir un visa, les compétences, la connaissance de l’anglais ou encore les ressources financières sont prises en compte.

Ce mercredi 26 mai, face à la diffusion du variant indien outre-Manche, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a annoncé que la France « va mettre en place un isolement obligatoire pour les voyageurs en provenance du Royaume-Uni ». Le dispositif sera précisé dans les prochaines heures, a-t-il indiqué.

« L’Allemagne a annoncé il y a quelques jours des mesures supplémentaires (…) pour les personnes qui proviennent du Royaume-Uni et la France va prendre des mesures semblables », a souligné le porte-parole du gouvernement, en référence aux deux semaines de quarantaine incompressible imposées par Berlin depuis dimanche.

Les expats au Royaume-Uni se sentent désormais seuls. Ils attendent une chose. C’est de rendre visite à leurs familles et conjoints dans quelques temps.

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