Quels débats économiques pour les prochaines élections en France ?

Quels débats économiques pour les prochaines élections en France ?

Dans un an, la France aura un nouveau ou une nouvelle président(e) et devrait s’engager, sauf si une dissolution intervenait d’ici là, vers de nouvelles élections législatives pour tenter de dégager une majorité. Est-ce que les campagnes à venir s’articuleront autour des thèmes économiques et budgétaires ? Malgré les importants défis à relever, déficit public, vieillissement démographique, mutation technologique, transition écologique, rien n’est moins sûr. Le débat risque de se focaliser sur la sécurité, l’immigration, en négligeant les aspects économiques.

La question des retraites

Le gouvernement constitué après les prochaines élections législatives devra traiter la question des retraites et notamment le devenir de la réforme de 2023 qui est suspendue jusqu’à l’automne 2027.

Le constat est clair. Le système de retraite est en déficit et celui-ci ne peut qu’augmenter sans réforme durant les prochaines années. Les solutions sont simples :

  • Augmentation du volume de travail ;
  • Hausse des cotisations ;
  • Baisse des pensions.

La France est handicapée par rapport à ses voisins par la faiblesse de son taux d’emploi. Il s’élevait à 69 % en 2025, contre 78 % en Allemagne. Si la France avait le même taux que son voisin d’outre-Rhin, toutes choses étant égales par ailleurs, elle n’aurait pas de problème de finances publiques. Le problème du volume de travail concerne essentiellement les jeunes et les personnes de plus de 60 ans. Le taux de chômage des 16-25 ans est de 21 %, soit le double de celui du reste de la zone euro. La proportion des jeunes de moins de 25 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation atteint 12 % contre 8,8 % en Allemagne et 4,8 % aux Pays-Bas. Le niveau de formation et une mauvaise intégration des jeunes au sein des entreprises contribuent à ce mauvais résultat. Le système de formation est perfectible mais, en outre, les employeurs demandent souvent aux jeunes d’être immédiatement compétitifs.

Le taux d’emploi des 60-64 ans s’élève à 45 % en France, contre plus de 70 % en Allemagne et aux Pays-Bas. Ce faible taux s’explique essentiellement par les règles du système de retraite (âge légal de départ à la retraite de 62 ans et 9 mois en France, contre 65 ans en Espagne, 66 ans et 2 mois en Allemagne, 67 ans en Italie et aux Pays-Bas). Un âge de départ à la retraite plus précoce que dans les autres pays européens génère un déficit de travail et de recettes publiques avec, en parallèle, une augmentation du montant des pensions à distribuer.

Un report de l’âge de départ à la retraite ne résoudrait pas en soi le problème. Une amélioration de l’employabilité des seniors serait nécessaire, ce qui suppose un effort de formation en faveur des plus de 55 ans. Actuellement, seulement 24 % des personnes de 55 à 64 ans ont accès à une formation à but professionnel en France contre 47 % des personnes de 18 à 69 ans. Ce déficit de formation professionnelle est particulièrement important pour les chômeurs et pour les personnes peu diplômées.

Taux d'emplois vacants en France, 2003-2025
Taux d'emplois vacants en France, 2003-2025

Le choix de la hausse des cotisations pour régler le problème des retraites jouerait contre la compétitivité des entreprises et constituerait une charge directe sur le pouvoir d’achat des actifs (en cas d’augmentation des cotisations salariales). La baisse des pensions par désindexation par rapport à l’inflation aurait des incidences sur la consommation et sur la croissance. Les Français sont, jusqu’à maintenant, opposés à une telle mesure.

La question de la fiscalité des entreprises

Depuis 2024, la hausse des impôts sur les entreprises revient dans le débat public afin de réduire le déficit public. La loi de finances pour 2025 a créé de nouvelles taxes supposées temporaires mais qui ont été reconduites pour 2026. La suppression des impôts de production, qui a été évoquée à plusieurs reprises, est pour le moment reportée. Les impôts de production des entreprises s’élèvent encore, en France, à 3,0 % du PIB en 2024, contre 3,7 % du PIB en 2020, mais ils restent plus élevés qu’au sein des autres pays européens (1,7 % du PIB pour l’ensemble de l’Union européenne, 0,7 % du PIB en Allemagne). Ce poids élevé des impôts de production (impôts sur les salaires, versement mobilité, cotisation foncière des entreprises, contribution sociale de solidarité…) dégrade la compétitivité des entreprises françaises par rapport aux entreprises des autres pays européens.

Le taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés en France est de 25 % pour les sociétés dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1 milliard d’euros, de 30,1 % pour celles dont le chiffre d’affaires est compris entre 1 et 3 milliards d’euros et de 35,3 % pour celles dont le chiffre d’affaires dépasse 3 milliards d’euros. Le poids de l’imposition des sociétés est plus lourd en France que dans les autres pays de l’Union. Le taux moyen d’imposition des bénéfices est de 17,5 % dans l’Union européenne et de 22,2 % dans la zone euro. Le poids des cotisations sociales des entreprises est aussi plus important en France que dans les autres pays européens, malgré les allègements de charges sociales. Elles représentaient, en 2025, 8,9 % du PIB en France, contre 6,5 % dans l’Union européenne. La part des cotisations sociales payée par les employeurs est aussi plus élevée en France (67 %) que dans l’Union européenne (57 %).

Les prélèvements supportés par les entreprises atteignent 14,5 % du PIB en France contre 11 % au sein de l’Union européenne. A contrario, les entreprises françaises reçoivent davantage d’aides, ce qui rend le système peu transparent. Ces aides pourraient atteindre 200 milliards d’euros. Leur allocation obéit à des logiques de rente. Leur efficacité fait débat. Il serait plus sain d’en supprimer une partie et de réduire les taux de prélèvement pour obtenir un système de prélèvements plus transparent.

La France se caractérise par la faiblesse de son industrie. En 2025, la valeur ajoutée manufacturière représente, en effet, 9 % du PIB en France, contre 14 % au sein de l’Union européenne et 18 % en Allemagne. Cette sous-représentation de l’industrie est ancienne. Elle a comme conséquence des salaires plus faibles, ce qui pèse sur le montant des recettes publiques. La France s’est spécialisée dans les services domestiques (tourisme, services à la personne, logistique). À juste titre, les actifs se plaignent de la faiblesse des salaires mais leur revalorisation bute sur les faibles gains de productivité que génèrent les services.

La question européenne

De nombreux Français accusent l’Europe d’être technocratique et de jouer contre les intérêts de l’économie française. Les politiques mises en place au niveau européen (règles budgétaires, politiques de la concurrence, politique monétaire, normes industrielles et environnementales) et, de manière plus générale, la coordination des politiques entre les pays européens, sont critiquées. Or, ces normes sont obligatoires pour le fonctionnement du marché unique dont profitent les entreprises et les agriculteurs. Tout échange commercial nécessite des normes. Contrairement à ce que pensent certains, l’Union européenne n’est pas allée suffisamment loin dans la normalisation. Le FMI estime que les barrières commerciales entre les pays européens sont équivalentes à des droits de douane de 44 % pour les produits manufacturés et de 110 % pour les services.

Certification européenne
Certification européenne

Avec un marché de 450 millions d’habitants, l’Union européenne constitue aujourd’hui une des principales forces économiques mondiales. Si elle parvient à coordonner les politiques industrielles des États membres, en particulier les politiques de production du matériel militaire, à émettre une dette commune qui pourra concurrencer la dette du Trésor des États-Unis et à instituer un grand marché unifié des capitaux, l’Union et, indirectement, la France pourront concurrencer les États-Unis et la Chine.

Le retour à des politiques nationales dans les domaines industriels, réglementaires et budgétaires impliquerait que les États n’auraient aucun poids face aux États-Unis, à la Chine ou à l’Inde. Ce serait un contresens total.

La question de l’immigration

Comme aux Etats-Unis, le débat sur l’immigration est entaché de nombreux clichés Il est abordé le plus souvent de manière irrationnelle et non scientifique. De nombreux travaux concluent à l’apport positif de l’immigration en France.

Premièrement, il n’y a pas de substitution des immigrés aux non-immigrés sur le marché du travail. L’immigration génère donc un supplément d’emploi et d’activité qui profite aux nationaux et, en particulier, fait monter leurs salaires en élevant le revenu perçu par la classe moyenne. Contrairement à certaines idées répandues, les immigrés (personnes nées à l’étranger et résidant en France) sont, en moyenne, plus qualifiés que les Français d’origine. En effet, 52 % des immigrés entrés en France en 2023 ont, selon l’INSEE un diplôme de l’enseignement supérieur contre 44 % pour la population de 16 à 64 ans. L’effet de l’immigration sur le déficit public est nul, voire légèrement favorable. Le supplément d’activité dû à l’immigration compense la consommation de protection sociale des immigrés. L’immigration clandestine peut être estimée à 370 000 personnes, si l’on utilise les sources de l’aide médicale d’État, soit seulement 5 % des 7,7 millions de personnes nées à l’étranger et résidant en France.

En raison de la chute du taux de fécondité, 1,56 naissance par femme en 2025, et de l’apparition d’un solde naturel négatif, sans l’apport de l’immigration, les pénuries de main-d’œuvre se multiplieront et la croissance diminuera.

La politique énergétique

Dans les prochaines années, la France devra augmenter sa production d’électricité tout en renouvelant son parc nucléaire. Elle ne pourra pas se passer de l’apport des énergies renouvelables. Un effort d’investissement devra être engagé, ce qui suppose que les gouvernements en place maintiennent une politique stable en la matière. Les volte-face de ces dernières années ont coûté cher.

Les campagnes électorales à venir devraient permettre de trancher ces différentes questions. Le risque est évidemment que la démagogie l’emporte sur la raison et l’analyse précise des avantages et des inconvénients des réponses à leur apporter…

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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