Depuis cinq ans, l’économie française a connu une succession d’épreuves : pandémie de Covid-19, flambée des prix de l’énergie consécutive à la guerre en Ukraine, retour de l’inflation à des niveaux inconnus depuis les années 1980, tensions géopolitiques croissantes et instabilité politique intérieure, guerre au Moyen-Orient. L’économie fait preuve d’une étonnante résilience voire étonne surtout au vu des dernières révisions des comptes nationaux établis par l’INSEE.
2023-2024, mieux que prévu !
La croissance de 2023, initialement évaluée à 0,9 %, a été revue à 1,6 % en données non corrigées des jours ouvrés. Après une première correction portant le taux à 1,4 %, l’institut statistique a procédé à une nouvelle réévaluation à la hausse. L’année 2024 bénéficie également d’une correction significative, la progression du produit intérieur brut étant portée à 1,5 %, soit 0,3 point de plus que les estimations antérieures.
Les révisions à la hausse sont imputables à une réévaluation de la performance de l’industrie manufacturière. Longtemps considérée comme le maillon faible de l’économie française, celle-ci apparaît aujourd’hui comme l’un des moteurs de la croissance récente. Alors que les premières estimations laissaient penser que la valeur ajoutée manufacturière peinait à retrouver son niveau d’avant-crise, les nouvelles données montrent qu’elle dépasse désormais de près de 8 % celui de 2019. Cette révision change sensiblement la perception du poids industriel de la France. Selon les nouvelles évaluations, l’industrie manufacturière représente désormais un peu plus de 10 % du produit intérieur brut, contre moins de 9,6 % dans les précédentes estimations. Certes, ce niveau demeure inférieur à celui observé en Allemagne ou dans plusieurs pays d’Europe centrale, mais il témoigne d’un recul de la désindustrialisation qui semblait pourtant inexorable il y a encore quelques années. Le secteur des matériels de transport concentre l’essentiel de cette amélioration. Sa production dépasse désormais de plus de 28 % son niveau de 2019. Cette progression repose sur les performances remarquables de l’aéronautique, stimulée par la reprise du trafic aérien mondial, mais également sur le dynamisme des industries spatiales, navales et ferroviaires. Ces secteurs bénéficient à la fois de la reprise des échanges internationaux, des besoins de souveraineté industrielle et des investissements engagés dans les infrastructures de transport.

Les entreprises ont suivi !
L’investissement des entreprises constitue un second motif de surprise. Au début de l’année 2026, l’investissement productif des sociétés dépassait de près de 10 % son niveau d’avant la crise sanitaire, contre une progression estimée auparavant à seulement 5 %. Les dispositifs de soutien mis en place durant la pandémie, combinés aux politiques, d’allègement de la fiscalité de production et du coût du travail, engagées depuis le milieu des années 2010, ont contribué à préserver les marges des entreprises. Dans de nombreux secteurs, ces marges ont permis de financer la modernisation des équipements, la transition numérique et les investissements liés à la décarbonation.
Les créations d’emplois observées en 2023 apparaissent ainsi davantage en phase avec l’évolution de l’activité économique. À l’époque, de nombreux observateurs s’inquiétaient d’une apparente déconnexion entre la faiblesse supposée de la croissance et la vigueur des recrutements. Les nouvelles données montrent que ces embauches répondaient à une demande réelle de hausse de la production. Elles expliquent également pourquoi le recul de la productivité du travail, abondamment commenté après la crise sanitaire, semble aujourd’hui moins marqué qu’annoncé, notamment dans l’industrie.
La tornade Trump
En 2026, en revanche, l’environnement international s’est brutalement dégradé avec l’embrasement du Moyen-Orient, les tensions autour du détroit d’Ormuz et la forte remontée des cours du pétrole. Pour une économie importatrice nette d’énergie comme la France, une hausse durable des prix énergétiques constitue un risque majeur. Les premiers signaux de ralentissement sont déjà visibles. Le PIB a légèrement reculé au premier trimestre 2026 et les enquêtes de conjoncture menées auprès des entreprises et des ménages témoignent d’un climat d’incertitude croissante.
L’industrie française s’est révélée plus robuste, les entreprises ont investi plus que prévu et l’évolution du marché du travail est en cohérence avec la réalité de la croissance. Cette révision statistique intervient au moment même où de nouveaux risques se profilent.







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