Lycées français à l’étranger, crises et polémiques

Lycées français à l’étranger, crises et polémiques

mars 14, 2019 0 Par Francois Lestanguet

Il y a quelques semaines, François Ralle Andreoli, conseiller consulaire et enseignant à Madrid, tirait sur lesfrancais.press la sonnette d’alarme concernant le Lycée Français de Madrid. L’Enseignement français à l’étranger est « un navire que l’on laisse sciemment dériver » selon M. Andreoli. Il ajoute que par exemple dans sa circonscription, « pour le Lycée français de Madrid, le plan d’économie 2017 a imposé de réduire drastiquement de plus de 30% les crédits pédagogiques ».

Comment, dès lors, maintenir un réseau d’excellence reconnu comme tel y compris par les acteurs locaux ? Les grèves des parents, au Lycée Français de Madrid, et des enseignants dans de nombreux Lycée Français, montrent un indéniable malaise. Le 8 mars, les syndicats du Lycée de Madrid et l’association de parents d’élèves ALI a publié un communiqué commun. Il demande la fin de la transformation des contrats français en contrats locaux. Il demande aussi le gel des coûts de scolarité pour les parents et la fin des coupes budgétaires.

Un réseau tentaculaire, mal répartie et aux coûts très inégaux

Tout comme sa diplomatie, l’éducation française compte un important réseau partout dans le monde. Le réseau de l’AEFE, l’agence pour l’enseignement du français à l’étranger, ce sont 500 établissements, 8 000 enseignants de l’éducation nationale (contrats français ou locaux) et 25 000 enseignants locaux, le tout avec des différences de rémunérations qui font polémiques. La Mission laïque française (MLF) ajoute à ce réseau une centaine d’établissements.

Plus important encore, ces réseaux comptent 350 à 400 000 élèves accueillis avec une ambition affichée par le Président Macron : doubler ce chiffre d’ici 2030. Ce réseau cache cependant de très importantes variations : le Lycée Français de New York, établissement de grand prestige dans la ville, compte parmi ceux fréquentés par l’élite financière, en raison de ses frais d’inscription. Au Maroc, les Lycées français sont présents en nombre, plus abordable mais également plutôt fréquentés par la bonne société, et ont aussi comme mission de pallier un enseignement public marocain parfois défaillants.

147 propositions dans le rapport Cazebonne

La phase actuelle est à la réflexion et à la consultation. Dans ce contexte, la députée des Français de l’étranger Samantha Cazebonne a remis un rapport contenant 147 propositions. Après 400 consultations et des propositions écrites remises par 20 000 acteurs du terrain, Mme Cazebonne a remis en février 2019 ce rapport très attendu.

L’ambition de Mme Cazebonne ? « Une redéfinition de notre conception stratégique de ce que doit être le réseau d’enseignement français à l’étranger, autour de l’AEFE, un décloisonnement et une meilleure coordination de l’ensemble des acteurs qui y participent, qu’il s’agisse de création ou d’intégration au réseau de nouveaux établissements partenaires ».

Parmi les propositions de Mme Cazebonne, une gestion plus participative, c’est-à-dire une meilleure intégration des associations de parents d’élèves, une gestion financière et immobilière optimisée, et la reconnaissance et considération du rôle de l’AEFE dans le rayonnement de la France.

Samantha Cazebonne organise à cet égard à l’Assemblée nationale ce 15 mars un colloque sur l’enseignement français à l’étranger. Un colloque auquel participera notamment l’organisation « Avenir des Lycées Français en danger », très active sur Facebook. Plusieurs thèmes seront développés: la qualité de l’enseignement, la coopération éducative, la gouvernance, et le développement du réseau.

Enseignement du Français : la piste locale

Le Gouvernement réfléchit à une réforme de l’enseignement français à l’étranger. Le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères l’a confirmé dans l’interview exclusive qu’il a donné à La French Radio et lesfrancais.press.

« Nous avons une ambition intacte » annonce d’emblée M. Lemoyne. Reprenant l’action des gouvernements précédents, M. Lemoyne les accuse d’être responsables de cette situation avec deux exemples précis. La mise à la charge de l’AEFE des charges patronales pendant la présidence Sarkozy et à la baisse significative de la subvention de l’AEFE par le gouvernement Hollande.

Comment résoudre des impératifs contradictoires ? Doubler le nombre d’élèves dans les établissements français d’ici 2030, comme l’a annoncé le Président de la République et diminuer les dotations ? Après le rapport Cazebonne, dont on a compris que l’avalanche de propositions masquait l’indigence de crédits, l’incertitude est toujours la même.

Une orientation se dégage : s’appuyer sur des institutions et écoles privées. Ce qui suppose : 1. Internationaliser les établissements (il s’agirait moins d’établissements d’enseignement français que d’enseignement international avec une dominante de langue française) 2. Nationaliser l’enseignement, en s’intégrant plus dans la culture et les exigences académiques locales. 3. Avoir recours de plus en plus au privé.

La piste la plus intéressante consisterait à développer des établissements nationaux avec une ouverture internationale, une gouvernance locale, une homologation et évaluation française dans le cadre d’accords de coopération et un enseignement international conjuguant la langue nationale, le Français et l’Anglais. C’est un peu l’exemple suivi au Maroc et en Angola. De toute façon, le développement de l’enseignement français à l’étranger ne sera possible qu’avec un fort soutien local, ce qui l’obligera peut-être à s’ouvrir de plus en plus aux souhaits des parents d’élèves et à s’intégrer dans le contexte de la concurrence locale.

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