Les Suisses subissent la loi du plus fort avec le F-35

Les Suisses subissent la loi du plus fort avec le F-35

Ils ont plus que tenu face à l’équipe de France, ils n’ont pas résisté aux Etats-Unis. Les Suisses préfèrent l’Amérique. Avec beaucoup d’humour, au terme d’une compétition de quatre années, le Conseil fédéral recommande l’achat de 36 F35 américain, l’avion le plus cher du monde, qui a provoqué plusieurs scandales aux Etats-Unis compte tenu de ses piètres performances et de son coût prohibitif. Explication de la ministre suisse : il serait « le choix le plus économe ». A une condition, toutefois, celle de moins voler. Sans rire.

Les Suisses avaient le choix entre le Rafale, le F35, et le Typhoon d’Eurofighter. La ministre française avait assuré les Suisses que ceux-ci garderaient les données de leurs appareils (contrairement aux Américains). Mais rien n’y a fait. La neutralité suisse dépend des Etats-Unis.

F5 Tiger fighter jets of the Swiss Air Force fly before the Men’s Combined race at the FIS Alpine Skiing World Cup in Wengen on January 18, 2013. AFP PHOTO / OLIVIER MORIN (Photo by Olivier MORIN / AFP)

L’avion le moins cher s’il ne vole pas 

On se rappelle que la fin du secret bancaire suisse n’avait pas été obtenu par l’Union européenne, la France ou l’Allemagne, mais par les Etats-Unis qui avaient menacer de retirer aux banques suisses leurs licences aux Etats-Unis. 

Peut être faudrait-il que les Européens songent à rendre la monnaie de leur pièce. La rupture des négociations sur l’accord cadre avec l’UE apparait décidemment comme une faute. Les conditions risquent d’être plus dure à l’avenir. Mais y a-t-il des Européens ? Belges, Néerlandais, Polonais, Italiens ont déjà payé tribut au F35. Comme les Britanniques (mais qui y participent industriellement via BAE system), Israël, le Canada, l’Australie ou le Japon. 

La Turquie a été évincée du programme. Quelle chance ! Car le F35, proclamé publicitairement avion de 5ème génération, n’a pas encore démontré de performances remarquables. Un ancien ministre de la défense britannique l’a qualifié d’un des plus « grands éléphants blancs »  en matière d’armement. 

Le gouvernement suisse ne s’est pas arrêté au F35, il a également choisi un système de défense antimissile et a choisi … les Américains ! La France et l’Italie n’ont pas réussi à vendre leur système antimissile fabriqué par Thales et MBDA, en compétition avec le Patriot. Berne annonce une dépense de 1,97 milliard de francs suisses pour les 5 unités Patriot. 

Qui s’ajouteront aux 5 milliards pour les 36 F35. A vrai dire, le prix reste incertain, puisque le développement du F35 n’est pas terminé, et cela entrainera des coûts supplémentaires. Selon le Pentagone, il reste 871 défauts à régler. Raison pour laquelle le F35A n’a pas obtenu sa capacité opérationnelle pour l’US AirForce. Le chiffre de 5 milliards est lui-même surprenant puisque l’autorisation américaine avait été donnée à plus de 6 milliards. Il ya du avoir des échanges. Et puis, le coût final évoluera. Il s’agit surtout d’habiller la décision.

Un prix évolutif, voire furtif. 

Selon le Conseil fédéral, l’offre de Lookheed est certes moins intéressante du point de vue des compensations industrielles mais elle serait moins chère de 2 milliards par rapport à celle du Rafale sur trente ans. Le cout global du programme serait de 15.5 Milliards de francs suisses. (70 millions par an.) Mais en prenant en compte un critère surprenant : le F35 n’aurait pas besoin de voler autant que le Rafale : 20% de moins ! Le Président de la Commission de la défense à la Chambre des Représentants, Adam Smith,  a grondé il y a quelques jours « Il ne fait aucun doute que toutes les personnes impliquées – et certainement Lockheed-Martin – pourraient faire un meilleur travail pour réduire les coûts de maintien en condition opérationnelle » : les  coûts d’exploitation sont les plus élevés du monde  entre 36.000$/de l’heure, selon les Américains, mais pas selon la ministre suisse de la défense. Elle doit savoir. 

Acheter l’avion le plus cher du monde, surtout à l’entretien, parce qu’il serait moins cher en volant moins laisse perplexe.  De toute façon, il est prévu que le F-35 reste immobilisé durant 131 jours par an pour assurer sa maintenance.

L’appel d’offres exposait les missions de l’aviation suisse : police du ciel, éventuel appui au sol et reconnaissance. Des missions pour lesquelles le F35A n’est pas vraiment adapté : c’est un avion furtif, ce qui n’offre aucun avantage dans ces cas. Mais cela a un intérêt pour les Etats-Unis : les données recueillies par le F35 ne peuvent être traitées qu’aux Etats-Unis. 

La gauche avait prévenu qu’elle demanderait un référendum si l’avion américain était choisi. il est vrai qu’une question se pose : se défendre, mais contre qui ? Le  Liechtenstein ? L’Europe ? Acheter américain c’est le meilleur moyen de se défendre des Américains. La loi du plus fort. 

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