Les Britanniques entrent dans la guerre froide

Les Britanniques entrent dans la guerre froide

Boris a frappé fort.

En proposant aux 3.5 millions de Hongkongais (sur 7.5M d’habitants) détenteurs d’un passeport de British National Overseas (document attribué à ceux qui vivaient à Hong Kong avant la rétrocession de 1997) de les reconnaitre comme citoyens britanniques, le Premier ministre britannique a apporté une réponse musclée aux autorités chinoises et une protection réelle aux Hongkongais.

Le Royaume-Uni rétrocéda Hong Kong à la Chine en 1997, l’accord prévoyait que pendant 50 ans, Hong Kong bénéficierait d’un régime particulier, selon le principe : « un pays, deux système ». Ce régime garantit la liberté d’expression, l’indépendance de la justice, un gouvernement autonome, un système démocratique, la garantie des droits de propriété, etc…

Tensions chinoises

Après les tensions d’il y a quelques mois, dues aux velléités de Pékin de mieux contrôler Hong Kong, le gouvernement chinois a fait passer une loi dite de « sécurité nationale »  qui l’autorise à intervenir militairement dans l’île. Ce faisant, La Chine rompt, selon les Britanniques, l’accord de rétrocession.

« Il est temps pour la Chine de réfléchir, de s’éloigner du précipice et de respecter l’autonomie de Hong Kong, et ses obligations internationales », a déclaré Dominic Raab, Ministre des Affaires étrangères et n°2 du Gouvernement britannique. Auquel le ministère des Affaires étrangères chinois a aussitôt répliqué : « Nous conseillons à la partie britannique de cesser toute ingérence dans les affaires hongkongaises et les affaires intérieures de la Chine (…) d’abandonner sa mentalité de guerre froide, son état d’esprit colonial (…) Sinon elle ne fera rien d’autre que se tirer une balle dans le pied ».

Sauf que c’est apparemment la Chine qui se tire une balle dans le pied. D’une part, parce que toute menace sur Hong Kong affaiblit cette place financière qui est essentielle pour l’économie chinoise. Surtout en ce moment.  Le centre financier de Hong Kong est le meilleur allié du Parti communiste chinois. Mais aussi le meilleur défenseur des libertés… D’autre part, parce que les Britanniques sont soutenus par les Etats-Unis, voire sont les soutiens des Etats-Unis dans ce défi. On peut même ajouter, si l’on en croit les dernières déclarations d’Angela Merkel, que Hong Kong peut être le point de ralliement des démocratises occidentales face à ce qui peut être décrit comme la première offensive antidémocratique d’un régime qui ne cache pas ses ambitions internationales.

Commercialement, la Chine reste aussi dépendante de ses clients que ses clients dépendent d’elle. Les menaces de Donald Trump sur les échanges entre la Chine et les Etats-Unis remettent en cause les accords passés il ya peu, avant la coronacrise, qui a considérablement envenimé les relations entre la Chine et les Etats-Unis, mais aussi d’autres pays, comme la France. Le ralentissement de l’économie mondiale frappe aussi la Chine. Cette année, la croissance chinoise sera la plus faible jamais observée depuis 20 ans.

Les rivalités technologiques sont devenus stratégiques. Ainsi les Etats-Unis ont fait pression sur les Européens et le  Royaume-Uni pour les dissuader d’accepter que l’opérateur Huaweï participe à la mise en place des réseaux de communication de 5ème Génération. Les Etats-Unis considèrent que Huaweï, lié au gouvernement et à l’armée chinoises, est un danger pour les intérêts de la sécurité nationale. Les Américains, sont allés jusqu’à menacer les Britanniques de retirer leurs forces armées du Royaume-Uni si les Britanniques acceptaient Huaweï comme opérateur Les Américains ont expliqué qu’ils ne pourraient maintenir leurs F35, entre autres, sur le sol britannique.

Londres recherche désormais une autre solution technologique que celle proposée par Huaweï, en mettant sur pied sur pied une coalition de pays, avec la Corée, l’Australie, le Japon, les Etats-Unis, le Canada.

La prise de position britannique sur Hong Kong est donc une prise de distance globale. En choisissant d’affronter la Chine aux cotés des Etats-Unis, Le Royaume-Uni confirme l’alliance américaine et la « relation spéciale » entre Londres et Washington.

Il met aussi en demeure les Européens de prendre position. Car Boris Johnson négocie aussi avec l’UE le fameux accord de sortie du Brexit. Une façon de faire comprendre, ou de faire croire, que le Royaume-Uni a déjà en poche un accord commercial avec les Etats-Unis. Une alliance stratégique est aussi commerciale, espère Londres.

 

 

 

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