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La Chine : le nouveau parrain du marché pétrolier ?

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La Chine : le nouveau parrain du marché pétrolier ?

La guerre en Iran a provoqué un des plus importants chocs d’offre de l’histoire du pétrole qui n’a néanmoins pas permis au baril de pétrole de battre son niveau record qui demeure 147,50 dollars le baril, atteint en séance le 11 juillet 2008 à Londres. Ce sommet est intervenu avant la grande crise financière. Plusieurs facteurs avaient contribué alors à ce record : forte croissance de la demande mondiale, notamment chinoise, tensions sur les capacités de production, inquiétudes géopolitiques concernant l’Iran et le Nigeria et faiblesse du dollar. En 2026, malgré la guerre avec l’Iran et les perturbations du détroit d’Ormuz, le Brent a culminé autour de 126 dollars.

Producteurs VS consommateurs

Le cours du pétrole ne s’est pas emballé au cours de la guerre au Moyen Orient, malgré le blocage du détroit d’Ormuz en raison des décisions prises par les pétromonarchies d’Abou Dhabi et de Riyad qui ont acheminé 5 millions de barils supplémentaires par jour à travers des oléoducs. Les pays occidentaux ont en parallèle puisé dans leurs réserves stratégiques. Le 11 mars 2026, les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont décidé collectivement de mettre 400 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers sur le marché. C’est plus forte mobilisation de stocks d’urgence de l’histoire de l’AIE, devant celles de 2022 consécutives à l’invasion de l’Ukraine.  Les États-Unis ont fourni la contribution la plus importante (172 millions de barils, prélevés sur la Strategic Petroleum Reserve). Le Département américain de l’Énergie avait prévu d’étaler les livraisons sur environ 120 jours. Les 228 millions de barils restants proviennent des autres membres de l’AIE, notamment du Japon, de la Corée du Sud et des pays européens. L’effort est réparti entre les États en fonction notamment de leur poids dans la consommation pétrolière de l’AIE. Malgré cette décision, au 13 août 2026, l’AIE considère que ses membres disposent encore de stocks d’urgence importants. Après la mobilisation de mars, ils conservent notamment plus d’un milliard de barils sous contrôle gouvernemental. En outre, Pékin a réduit de moitié ses importations de pétrole brut entre février et juin, soit une diminution de 5,5 millions de barils par jour. Selon les experts, cette contraction aurait permis de réduire de 30 dollars ou davantage le prix du Brent, la référence mondiale. C’est plus de la moitié de la baisse de la demande mondiale enregistrée pendant les confinements liés au Covid-19, lorsque celle-ci avait chuté de 9 millions de barils par jour.

Le premier importateur mondial de pétrole a la capacité en fonction de l’évolution de sa demande et de ses besoins d’agir sur les prix. Son influence est désormais supérieur à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de ses alliés. Celle-ci ne dispose plus du pouvoir de faire le marché, la meilleure preuve en a été fournie par le départ des Emirats Arabes Unis de l’organisation. Depuis quatre décennies, l’OPEP s’efforce de maintenir les prix à un niveau élevé en imposant des quotas de production. Les pays importateurs ne peuvent, à l’inverse, maintenir les prix à un niveau bas en rationnant leur demande. Les acheteurs sont en effet beaucoup plus dispersés que les vendeurs et la consommation intérieure d’énergie résulte des décisions prises par une multitude d’agents économiques. Contrairement à l’OPEP+, dont les décisions nécessitent l’accord de 21 pays, la Chine peut agir unilatéralement sur ordre d’un seul homme ou presque, le président Xi Jinping. La Chine est devenue ainsi un acteur redoutable du marché du pétrole. Elle a su ces dernières années faire preuve d’opportunisme. Elle a constitué des stocks importants. En 2025, la Chine a profité des prix faibles du baril pour acheter 200 millions de barils, venant compléter des réserves évaluées à un milliard de barils. Selon les négociants, ces achats chinois auraient pu ajouter entre 10 et 20 dollars au prix mondial du baril avant le déclenchement de la guerre en Iran. Sur les 11,6 millions de barils par jour importés par la Chine en février, jusqu’à 1 million correspondaient à des achats excédentaires auxquels elle pouvait ensuite renoncer simplement en ralentissant la constitution de ses stocks. A partir du mois d’avril, la Chine a commencé à puiser dans ses réserves abondantes. En juillet, ses stocks avaient diminué de 70 millions de barils. Par ailleurs, la Chine aurait constitué des réserves non publiées. Le pays a multiplié ces dernières années les installations de stockage flottantes ou dans des cavités souterraines non déclarées. En les intégrant, la Chine aurait puisé environ 150 millions de barils en trois mois, soit quelque 1,5 million de barils par jour. En additionnant le million de barils par jour qui n’est plus destiné à accroître les stocks et les 1,5 million de barils quotidiennement prélevés dans les réserves, la gestion des stocks expliquerait environ 2,5 millions des 5,5 millions de barils par jour de baisse des importations chinoises. La Chine aurait la possibilité de poursuivre cette stratégie pendant encore quatre mois avant que les autorités de Pékin commencent à s’inquiéter du niveau des réserves. Le deuxième levier dont disposent les autorités chinoises réside dans le contrôle des exportations.  Deuxième raffineur mondial de pétrole, la Chine est habituellement un fournisseur important de carburants pour ses partenaires asiatiques. En mars, le gouvernement a cependant ordonné aux raffineurs nationaux de cesser de signer de nouveaux contrats d’exportation et d’annuler une partie importante des contrats déjà conclus.  Entre février et avril, les exportations chinoises de produits raffinés ont presque été divisées par deux, tombant à 430 000 barils par jour. Cette diminution comprenait notamment 180 000 barils par jour de carburéacteur hautement raffiné, ce qui aurait permis aux raffineries chinoises d’économiser entre 1,2 et 1,8 million de barils de brut par jour.  Limiter les ventes à l’étranger permet à la Chine de consacrer une plus grande partie de sa production raffinée à son marché intérieur. Cela permet également aux raffineurs d’utiliser une partie du pétrole brut normalement transformé en produits destinés à l’exportation pour fabriquer d’autres produits jugés essentiels, dont certains sont habituellement importés du Golfe. Le naphta et le gaz de pétrole liquéfié (GPL), deux matières premières utilisées par la pétrochimie, ainsi que du fioul, souvent traité à la place du brut par de petites raffineries disposant de peu de liquidités ont été ainsi privilégiés par le gouvernement chinois.  Les marges des raffineurs en souffrent puisqu’elles sont supérieures à l’exportation à celles réalisées sur le marché intérieur.

Une raffinerie de pétrole à Dalian en Chine.
Une raffinerie de pétrole à Dalian en Chine. ©/XINHUA-REA

La Chine tourne la page du pétrole ?

L’importance des stocks et les restrictions imposées aux exportations ne suffisent cependant pas à expliquer la diminution spectaculaire des importations chinoises. Le gouvernement chinois a donc actionné un troisième levier : la réduction de la demande intérieure. En juin, les raffineries chinoises ont traité 2,7 millions de barils de brut par jour de moins qu’un an auparavant. La production d’essence a diminué de 14 %, tandis que celles de gazole et de carburéacteur ont toutes deux reculé de 21 %. Les autorités ayant laissé augmenter les prix des carburants, de nombreux citadins ont cessé d’utiliser leur voiture pour se rendre au travail et se sont reportés sur le métro, le vélo ou les taxis  dont une grande partie fonctionne désormais à l’électricité. Au cours d’une semaine de vacances nationales en mai, la recharge des véhicules électriques le long des autoroutes a augmenté de près de 55 % sur un an. Les trains ont également pris le relais des vols intérieurs, dont le nombre a fortement diminué. Les autorités locales ont reporté certains travaux d’infrastructure, permettant ainsi d’économiser du gazole. La Chine aurait consommé 10 % de moins d’essence et de kérosène durant les deux premiers mois de la guerre qu’au cours de la même période de l’année précédente. L’industrie pétrochimique chinoise, la plus importante du monde, s’adapte à cette nouvelle situation. L’année dernière, elle transformait quotidiennement des millions de barils de naphta et de GPL, dont une grande partie provenait du Golfe, en polymères, PVC, caoutchouc synthétique, nylon ou encore polyester. Privées des matières premières provenant du Golfe et confrontées à une directive du gouvernement donnant la priorité aux carburants plutôt qu’aux matières premières pétrochimiques, les entreprises du secteur ont développé des solutions permettant de produire certains polymères à partir de charbon et d’éthane, ce dernier étant un sous-produit gazeux du raffinage du pétrole. Le système économique a plutôt bien résistés à la réduction des livraisons en provenance des pays du Golfe. Des années d’investissements soutenus par l’État dans les énergies renouvelables et les transports décarbonés l’ont rendu moins dépendant du pétrole et du gaz.

Même si le PIB chinois n’a progressé que de 4,3 % au deuxième trimestre, soit son rythme le plus faible depuis la fin de 2022, ce ralentissement s’explique davantage par la faiblesse de l’investissement et par les séquelles de la crise immobilière que par la pénurie de pétrole. En outre, le gouvernement peut encore puiser dans ses réserves stratégiques de pétrole, les stocks chinois de brut, de carburants et de polymères, bien que plus importants que ne l’imaginaient les observateurs étrangers, ne sont évidemment pas illimités. Contrairement à l’OPEP, qui peut théoriquement maintenir des réductions de production pendant plusieurs années, la Chine ne peut pas durablement importer 5,5 millions de barils par jour de moins qu’en temps normal mais si la guerre en Iran a démontré qu’en pratique, la Chine ne manquait pas de leviers pour faire face à un embargo provoqué par les Etats-Unis et l’Iran.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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