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Éléonore Caroit : « La réforme de l’AEFE est un choix politique assumé » 

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Éléonore Caroit : « La réforme de l'AEFE est un choix politique assumé »

Face aux tensions budgétaires, à la hausse des frais de scolarité et à une gouvernance jugée inadaptée, la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, détaille pour Lesfrancais.press sa stratégie de réforme de l’AEFE. « Un choix politique assumé » avec comme objectif de moderniser le premier réseau éducatif mondial, de renforcer son pilotage géopolitique et de préserver son excellence au service des Français de l’étranger, des familles et du rayonnement de la France. Le pari sera-t-il tenu ?

Lesfrancais.press : « Malgré un taux de réussite élevé au baccalauréat ainsi qu’une augmentation du nombre d’établissements et d’élèves, l’AEFE traverse une crise qui appelle à une réforme. Quelles en sont les raisons ? »

Éléonore Caroit : « La réforme de l’AEFE est un choix politique assumé. Elle est nécessaire pour de nombreuses raisons et j’aimerais les rappeler. Tout d’abord, ce réseau est unique au monde. Il compte 612 établissements dans 138 pays réunis au sein de l’AEFE. Aucun réseau d’autres pays ne combine cette taille et ce niveau d’intégration. Il nous est envié. Il grandit et sa qualité ne se dégrade pas : quasiment 100% de réussite au bac et plus de 55% de mentions Bien et Très Bien. Il est une promesse d’excellence, de continuité et d’appartenance pour des centaines de milliers de familles à travers le monde. C’est un outil stratégique de rayonnement : 30% des élèves sont français, plus de la moitié des bacheliers poursuivent leurs études en France et la communauté des anciens élèves compte de nombreux dirigeants dans le monde entier.

Ensuite, il a encore un potentiel inexploité. Il y a plus de demande pour l’enseignement français que de places disponibles. Le pilotage géopolitique du réseau, c’est-à-dire décider où on grandit, où on investit, où on se renforce, reste à construire.

« La réforme de l’AEFE est un choix politique assumé. Elle est nécessaire pour de nombreuses raisons. »

Eléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

Il y a aussi les réseaux d’anciens élèves, pourtant très riches en personnalités influentes, qui restent balbutiants. Plus structurés, ces réseaux pourraient, comme dans d’autres pays, lever des fonds et renforcer l’image de l’enseignement français à l’étranger dans leurs communautés. On parle là de construire une vraie stratégie de croissance et d’influence à long terme.

Enfin, il fait face à des défis réels qu’il faut regarder en face. Sa trajectoire financière est sous tension, pour l’État comme pour les familles qui paient une part du coût de la scolarité et voient les frais augmenter. La masse salariale représente l’essentiel des dépenses et le fonctionnement économique est inadapté à la réalité du réseau. C’est un constat documenté. Nous héritons de décennies d’exceptions et d’exemptions. Elles ont eu leur légitimité étant donné la diversité des contextes et des histoires de chaque établissement.

Eléonore Caroit dans un des lycées français du réseau AEFE avec la députée Caroline Yadan
Eléonore Caroit dans un des lycées français du réseau AEFE avec la députée Caroline Yadan @MEAE

Mais elles ont rendu son modèle difficile à manœuvrer. Le réseau s’est construit de manière empirique et organique, grâce à des femmes et des hommes de bonne volonté très engagés sur le terrain. Cela n’empêche pas une dose de rigidité et des lourdeurs aujourd’hui. Il faut avoir le courage de regarder tout ça en face, de remettre certaines choses à plat pour pouvoir renforcer, faire grandir, et piloter le réseau avec de vraies priorités. »

Réforme de l’AEFE : que souhaite Éléonore Caroit ?

Lesfrancais.press : « Vous évoquez le besoin d’une réforme structurelle. Pourriez-vous nous indiquer ce que vous souhaitez réellement pour nos écoles françaises à l’étranger ? Quels changements concrets ? Quelle vision allez-vous porter dans le projet de loi dédié aux Français de l’étranger que vous avez annoncé lors de précédentes rencontres ? »

Éléonore Caroit : « Ce que j’aimerais, c’est simple à dire et exigeant à faire : piloter l’AEFE comme l’outil stratégique qu’elle est, pas comme une administration passive et qui subit. Le statu quo n’est pas une option pour un réseau de cette valeur.

Concrètement, il faut plusieurs transformations majeures. La première, c’est la gouvernance, avec le souhait de créer des pôles distincts au sein de l’Agence, pour la gestion des établissements et de leurs personnels, et pour l’animation et le développement du réseau. Il faut aussi renforcer l’intégration avec le Ministère de l’Éducation pour assurer la disponibilité des professeurs et mieux gérer leur carrière internationale.

« Simple à dire et exigeant à faire : piloter l’AEFE comme l’outil stratégique qu’elle est, pas comme une administration passive et qui subit. Le statu quo n’est pas une option pour un réseau de cette valeur. »

Eléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

La deuxième, c’est le modèle contractuel : remplacer les exceptions et les situations héritées par des règles du jeu claires et équitables entre tous les statuts. La troisième, c’est un pilotage politique assumé du réseau selon des intérêts géopolitiques, avec à la fois plus de liberté et plus de responsabilité au niveau local.

Sur votre question sur le projet de loi Français de l’étranger :  je souhaite que nous portions notamment la réinternalisation de la gestion des bourses, pour une attribution plus proche des familles, plus rapide, pluriannuelle par cycle scolaire ».

Frais de scolarité : quels messages aux familles ?

Lesfrancais.press : « Pour les parents d’élèves, la priorité, c’est le volet financier avant la gouvernance. Certaines mesures récentes ont entraîné une hausse des frais de scolarité. Les familles doivent-elles s’attendre à une nouvelle augmentation dans les mois à venir ? D’ailleurs, a-t-on aujourd’hui une estimation du coût moyen de la scolarité par élève et par an payé par les parents ? »

Éléonore Caroit : « Je vais être directe : les familles n’ont pas à absorber de coût supplémentaire. Une hausse moyenne de 7% des frais de scolarité a été observée cette année dans le réseau. Les mécontentements sont légitimes. C’est aussi pour cela que notre enveloppe des bourses augmente en parallèle, jusqu’à 110 millions d’euros en 2027, et que 7 millions ont été ajoutés par le Parlement.

Eléonore Caroit, lycée français AEFE, avec des élèves du réseau
Eléonore Caroit, lycée français AEFE, avec des élèves du réseau @MEAE

Plus généralement, chacun doit voir les fruits des efforts de l’État et des familles. C’est ce que vise une réforme structurelle : dégager des marges pour ne plus reporter les coûts sur les écolages, et permettre, lorsque l’environnement local l’autorise, le recours à vraie différenciation tarifaire en faveur des familles françaises.

« Les familles n’ont pas à absorber de coût supplémentaire. »

Eléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

Le coût moyen par élève varie considérablement selon les pays et les statuts, c’est pourquoi nous devons mettre en place une comptabilité analytique sérieuse pour mieux piloter le réseau, et corréler les contributions au service réellement rendu. Les familles méritent cette transparence, et elles l’auront. »

Budget de l’AEFE : quels sont les chiffres ?

Lesfrancais.press : « La question du budget global de l’AEFE reste, donc, au cœur des évolutions souhaitées. Est-ce le résultat de difficultés de gestion passées ? Et comment expliquer les écarts entre les chiffres qui circulent : on annonce au CA de décembre 2025 un déficit évoqué à plus de 50 millions d’euros, puis c’est un résultat positif de plus de 3 millions qui est présenté en mars 2026 ? D’ailleurs plusieurs missions ont été confiées à des parlementaires, n’est-ce pas également un risque quant à la clarté du débat ? »

Éléonore Caroit : « Il y a eu des difficultés de gestion, des années d’accumulation, un modèle qui n’était plus adapté aux réalités d’aujourd’hui. Il faut avoir le courage de le dire aussi. Sur les chiffres que vous mentionnez, ces deux données ne se contredisent pas : elles mesurent des choses différentes.

Eléonore Caroit dans un des lycées français du réseau AEFE échangeant avec les élèves
Eléonore Caroit dans un des lycées français du réseau AEFE échangeant avec les élèves @MEAE

En décembre 2025, le conseil d’administration a agi pour faire face à une projection de trésorerie qui mettait l’Agence sous le seuil prudentiel, c’est-à-dire une menace réelle de crise de liquidité. Le résultat présenté en mars reflète une apparence de rétablissement comptable à court terme, en raison de remontées ponctuelles, mais pas la résolution des problèmes structurels. Ce sont deux niveaux de lecture que l’on ne peut pas confondre. Pas plus que l’on ne peut confondre rétablissement ponctuel de trésorerie et fragilité structurelle d’ailleurs.

« La nécessité d’une réforme en profondeur ne fait plus débat. C’est un premier pas fondamental. »

Eléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

Les missions parlementaires ne brouillent pas le débat, elles le structurent et le nourrissent. Elles ont le mérite d’entendre toutes les parties prenantes sans posture de principe. C’est une méthode dont je me félicite. Le Parlement joue son rôle. Ce qui compte, c’est que tous ces travaux convergent sur un point essentiel : la nécessité d’une réforme en profondeur ne fait plus débat. C’est un premier pas fondamental. »

Lesfrancais.press : « Pour résumer et pour être concret, qu’est-ce que vous souhaitez changer dans le réseau de l’AEFE ? Quels bénéfices cela apportera aux élèves ? Aux parents ? Aux enseignants du réseau ? »

Éléonore Caroit : « Ce que je veux, au fond, c’est que tout ce qui est investi dans ce réseau, le moindre euro de l’État comme des familles, et toute l’énergie et la compétence des personnels enseignants, serve les élèves, les familles et le rayonnement de la France, pas des rigidités héritées. C’est un réseau d’excellence unique au monde et il mérite qu’on lui donne les moyens de fonctionner comme tel. Pour les familles, cela signifie plus de transparence sur les frais, une politique de bourses améliorée pour en finir avec l’angoisse de la reconduction chaque année. Pour les élèves, cela signifie préserver ce qui fait la force du réseau : la continuité pédagogique d’un pays à l’autre, cette promesse d’excellence et d’accessibilité qu’aucun autre système au monde peut tenir.

« Préserver ce qui fait la force du réseau : la continuité pédagogique d’un pays à l’autre, cette promesse d’excellence et d’accessibilité qu’aucun autre système au monde peut tenir. »

Eléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

Pour les enseignants dont je salue le travail, cela signifie un système de recrutement modernisé, équitable, avec des parcours plus lisibles. Les évolutions se feront graduellement, sans coup de volant du jour au lendemain. Ce que je ne veux surtout pas changer, c’est l’exigence pédagogique d’excellence commune parce qu’elle est le socle de tout le reste. Ce que je veux construire, c’est une relation de confiance renouvelée avec tous les acteurs du réseau, fondée sur la clarté des règles et l’équité des contributions. »

Alexandre Morois, nouveau DG de l’AEFE, le bon choix ?

Lesfrancais.press : « Pour tenir votre cap, un nouveau directeur général a été nommé, Alexandre Morois, ancien directeur financier du Quai d’Orsay, le profil de ce fonctionnaire inquiéterait déjà tant les syndicats, qu’il doit rencontrer le 17 juin, que les parents d’élèves, quelle est sa feuille de route ? Et quel est le calendrier prévu pour cette réforme ? »

Éléonore Caroit : « Je pense que son profil a au contraire tout pour rassurer. C’est un homme de dialogue, d’écoute, qui maîtrise parfaitement ces sujets. J’ai voulu quelqu’un qui allie compétence financière, capacités de gestion et capacité à conduire une transformation complexe, parce que c’est ce dont l’AEFE a besoin. C’est quelqu’un qui pourra incarner la dynamique de convergence du ministère de tutelle mais aussi des autres ministères concernés, l’Éducation nationale en premier lieu, qui œuvreront de concert à la réforme.

« Le conseil d’administration du 26 juin actera le lancement concret de la réforme. »

Eléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

Sa feuille de route est avant tout stratégique et humaine. Il va incarner la nouvelle étape, dialoguer sincèrement avec toutes les parties prenantes syndicats inclus, et je me réjouis que cette rencontre ait lieu dès le 17 juin, bien en amont de la rentrée prochaine, et conduire la réforme structurelle sur un triennal budgétaire qui donnera enfin de la visibilité à tout le monde.

Eléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger
Eléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger @MEAE

Sur le calendrier : les conclusions des missions arriveront prochainement, les premiers arbitrages politiques seront rendus dans un esprit de consultation avant le conseil d’administration du 26 juin qui actera le lancement concret de la réforme, et avec des textes préparés à l’automne pour des effets budgétaires concrets dès 2027. Nous allons avancer, avec méthode et avec conviction, pour nos lycées. Nous le devons aux familles qui leur font confiance, aux enseignants qui les font vivre, et aux élèves dont ils façonnent l’avenir. »

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  • La Rédaction vous propose quelques articles où l’ensemble des collaborateurs ont participé à leur rédaction.

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