Dans le cadre de notre série d’interviews consacrées aux élections consulaires organisées pour les Français de l’étranger partout dans le monde, Lesfrancais.press vous emmène aujourd’hui au Vietnam. Nous avons rencontré Nicolas Leymonerie, tête de liste « Vivre au Vietnam – Solidarité française et francophonie », qui défend une voix indépendante pour les Français établis hors de France.
À quoi servent les élections consulaires ?
Lesfrancais.press : « Que représentent pour vous les élections consulaires et qu’est-ce qui vous distingue des autres candidatures ? »
Nicolas Leymonerie : « Permettez-moi tout d’abord de vous saluer ainsi que vos lecteurs, et en particulier les Françaises et les Français du Vietnam qui sont directement concernés par les mots qui vont suivre. Ces élections consulaires représentent pour moi une opportunité unique pour les Français d’élire leurs représentants auprès des institutions françaises à l’étranger. Nous vivons dans une période charnière de l’histoire où il n’est plus possible de détourner le regard des difficultés et des défis qui se présentent à nous. Chacun doit prendre ses responsabilités envers lui-même, sa famille et ses compatriotes. C’est tout le sens de mon engagement.
« Nous vivons dans une période charnière de l’histoire où il n’est plus possible de détourner le regard des difficultés et des défis qui se présentent à nous. »
Nicolas Leymonerie, tête de liste « Vivre au Vietnam – Solidarité française et francophonie »
Quatre listes sont en lice au Vietnam pour trois sièges de conseillers des Français de l’étranger. Ce qui me distingue des autres candidats est très clair :
- Je suis le seul à ne faire partie d’aucune association des Français de l’étranger, à être réellement apartisan et donc à être véritablement indépendant de toute influence issue d’organisations politiques. Notre liste se présente d’ailleurs sans étiquette ni soutien.
- Je suis le seul candidat à parler couramment le vietnamien, étant un enseignant certifié de cette langue, ainsi que celui qui connaît le plus profondément la culture locale (20 ans au Vietnam, résident permanent et auteur du guide interculturel Comprendre les Vietnamiens). Je serai ainsi un interlocuteur fiable pour les 20% de nos compatriotes au Vietnam qui sont d’origine vietnamienne.
- Enfin, bien que volontaire du réseau de sécurité consulaire sur les Hauts plateaux du Centre du Vietnam, je suis la seule tête de liste qui ne soit pas déjà un participant régulier et ancien des conseils consulaires. J’incarne donc de manière évidente le renouveau et une voix libre dont nos compatriotes ont pu ressentir l’importance lors de la crise pandémique et dont ils auront la nécessité certaine dans les temps à venir. »
Lesfrancais.press : « Certains critiquent l’utilité même des conseillers des Français de l’étranger, jugés peu visibles et peu influents. Que répondez-vous à ceux qui estiment que ce mandat est inefficace ? »
Nicolas Leymonerie : « Ce mandat apparaît selon moi comme inefficace et peu utile pour la majorité d’entre nous car il est insuffisamment mis à profit au service de tous par ceux qui l’ont occupé jusqu’à présent. S’il s’était agi de faire la même chose que les trois conseillers actuels, je n’aurais pas été intéressé par une participation à cette élection. Être élu au suffrage universel direct par une part importante d’une communauté française de l’étranger implique d’avoir un rôle de représentant démocratique lors des conseils consulaires et au-delà.

Ce rôle se manifeste particulièrement par le fait que les conseillers sont des « grands électeurs » qui votent aux élections sénatoriales, leur permettant d’influer sur la politique menée par la France vis-à-vis des Français de l’étranger. Je réponds donc que les conseillers peuvent être tout à fait efficaces et jouer pleinement leur rôle, ce que je compte démontrer à l’issue de cette élection. Il est en tout cas certain que le mandat de conseiller des Français de l’étranger doit être renforcé pour être davantage significatif. »
Quelles propositions pour les expatriés ?
Lesfrancais.press : « Quelles sont alors vos deux ou trois priorités principales pour les Françaises et Français de votre circonscription ? »
Nicolas Leymonerie : « Nos trois priorités sont inscrites dans le nom de notre liste :
1) VIVRE AU VIETNAM : Les aides sociales diminuent tandis que les charges augmentent pour les Français de l’étranger. On ne peut promettre aux électeurs que l’on va pouvoir les assister au-delà de ce qu’il sera possible de faire. Pour ma part, je veux les aider à construire sereinement leur vie au Vietnam par leur intégration locale, l’aide à l’emploi et aux familles en s’appuyant sur l’expérience et des connaissances de chacun. Leurs propres compétences, leur créativité et les liens de solidarité au sein de la communauté française seront des atouts essentiels à la réussite de leur vie au Vietnam dans une période qui s’annonce difficile.
« La langue et la culture françaises font indéniablement partie du Vietnam contemporain. »
Nicolas Leymonerie, tête de liste « Vivre au Vietnam – Solidarité française et francophonie »
2) SOLIDARITÉ FRANÇAISE : Rassembler les Françaises et les Français du Vietnam autour de leurs intérêts communs, de l’amour de leur patrie et de leur pays d’adoption. Les clivages exacerbés par la politique française et les crises ont contribué à diviser les Français durant ces vingt dernières années. Certains finissent par se mettre à l’écart et à rompre le lien social (non-inscription au registre et abstention en sont des exemples). À ceux-là en particulier, je veux redonner espoir : notre liste est une liste de rassemblement et d’entraide.
3) FRANCOPHONIE : La langue française est le trésor commun que tous les Français et les francophones ont en partage et il convient de la défendre et de la promouvoir. Le Vietnam est un pays phare de la Francophonie en Asie (présence des représentations de l’OIF et de l’AUF pour l’Asie et la région Asie-Pacifique). La langue et la culture françaises font indéniablement partie du Vietnam contemporain : 2000 mots d’origine française, des expressions, de nombreux échanges universitaires et une diaspora vietnamienne importante en France.

Des membres de notre liste se sont dévoués depuis une dizaine, voire une vingtaine d’années, pour la francophonie au Vietnam, souvent de façon discrète et bénévole, mais toujours efficace. À l’approche du Sommet de la Francophonie au Cambodge en cette fin d’année, nous voulons donner davantage de visibilité aux francophones du Vietnam. L’enseignement du français est par ailleurs une source d’emploi fréquente pour nos compatriotes, c’est donc également un enjeu économique concret pour beaucoup, permettant notamment d’accéder à une installation plus durable. »
Lesfrancais.press : « La France, ses institutions et son administration vous semblent-elles bien appréhender la réalité vécue aujourd’hui par les Français de l’étranger ? »
Nicolas Leymonerie : « Je pense que cette réalité peut être vécue différemment selon les pays et les priorités de la politique étrangère de la France. Ainsi, je m’exprimerai ici par rapport à ce que vingt années de vie au Vietnam m’ont permis d’observer, mais cela est sans doute vrai pour beaucoup de Français de l’étranger. La France, après 2007, a progressivement perdu de son rayonnement à l’étranger, perdant à la fois en moyens (crise financière mondiale avec renflouement des banques par l’État) et en souveraineté (transfert croissant de certaines compétences à l’échelle européenne).
« La France, après 2007, a progressivement perdu de son rayonnement à l’étranger. »
Nicolas Leymonerie, tête de liste « Vivre au Vietnam – Solidarité française et francophonie »
Un ancien Ambassadeur de France au Vietnam, qui avait connu la période précédente, ironisait ainsi sur le fait que sa fonction était devenue comparable à celle d’un maître d’hôtel, cantonné à organiser des réceptions. La ville de Dalat, où je réside, se situe à la lisière des intérêts français au Vietnam, c’est pour moi un bon baromètre du recul de la France dans le pays. Le problème n’est donc pas tant au niveau de la qualité de nos institutions et de nos représentants mais sur les moyens et le temps dont ils disposent. En tant que conseiller, je ferai mon possible pour que l’Ambassade et le Consulat général obtiennent davantage de ressources pour défendre les intérêts de la France au Vietnam. Cela passe par exemple par la promotion de l’inscription au registre consulaire, de cela dépend l’énergie que la France peut développer en faveur des Français du Vietnam. Cela peut également se faire par une meilleure identification des priorités et des besoins, et donc par une consultation régulière de nos compatriotes. »
Comment éviter une forte abstention ?
Lesfrancais.press : « Malgré la possibilité de voter par internet pour les élections consulaires, l’abstention reste très élevée. Est-ce selon vous un problème d’information, de confiance… Ou un désintérêt pour ces élections ? Quelles actions concrètes envisagez-vous pour changer cette situation dans votre circonscription ? »
Nicolas Leymonerie : « Effectivement, au Vietnam, l’abstention aux élections consulaires est passée de 77% en 2014 à 82% en 2021, il y a donc un réel problème et nous voulons montrer que la tendance peut s’inverser lors de cette élection. En effet, la raison d’être de Vivre au Vietnam est de combler un vide, une attente de nos compatriotes. S’il y a un problème d’information, c’est sans doute en amont, au moment de la création des listes. En informant de la tenue des élections seulement quelques jours avant la date limite de dépôt des candidatures, la création d’une liste véritablement indépendante et citoyenne est quasiment impossible.
« Je crois donc que les Français sont effectivement déçus et méfiants à l’égard de tout ce qui pourrait ressembler à des manœuvres politiciennes déguisées en action sociale. »
Nicolas Leymonerie, tête de liste « Vivre au Vietnam – Solidarité française et francophonie »
Si fin 2023, on ne m’avait pas proposé de tenter d’unir sur mon nom une liste capable de rassembler le plus de Françaises et Français possibles, je n’aurais clairement pas eu le temps de constituer une liste et un projet capable de relever ce défi. Je crois donc que les Français sont effectivement déçus et méfiants à l’égard de tout ce qui pourrait ressembler à des manœuvres politiciennes déguisées en action sociale. Ils en ont assez d’être courtisés pour leurs voix et d’avoir l’impression ensuite d’avoir été dupés, de constater que ce sont toujours les mêmes cénacles qui décident pour eux. Il ne faut donc pas que les élections consulaires soient simplement un jeu de chaises musicales entre des responsables associatifs qui occupent les rôles de conseillers à tour de rôle : changer pour ne rien changer. Sinon, quel intérêt de voter s’il n’y a pas de suspense, pas de véritable enjeu ?

Des actions pour tenter d’y remédier, j’en ai appliqué dès le début de mon projet de candidature : informer et parler avec mes compatriotes via les réseaux sociaux ou lors de réunions, les encourager à s’inscrire sur une liste électorale consulaire, tenir un langage de vérité et insister sur le fait que les conseillers sont aussi et avant tout leurs représentants officiels au sens démocratique.
Durant mon mandat, je ferai en sorte d’être en complémentarité avec les deux autres conseillers et non une copie conforme, ou conformiste, qui n’offrirait aucun intérêt en termes de pluralisme. Je communiquerai régulièrement afin que les Français constatent que je ne me soucie pas d’eux seulement le temps d’une campagne pour ensuite disparaître une fois élu. Bien au contraire, je les consulterai notamment au sujet des élections sénatoriales, mon vote sera en adéquation avec notre électorat. Aussi, je militerai pour qu’il soit donné davantage de prérogatives aux conseillers afin qu’ils puissent avoir une influence plus déterminante qu’un simple rôle consultatif et ainsi apparaître plus essentiels aux yeux des Français. C’est ainsi que je compte redonner confiance aux Français du Vietnam vis-à-vis des institutions et du rôle de conseiller des Français de l’étranger. »
Pour en savoir plus sur la liste « Vivre au Vietnam – Solidarité française et francophonie » menée par Nicolas Leymonerie, visiter le site internet en cliquant sur le bouton ci-dessous.
Les listes présentées aux élections consulaires – Vietnam
Pour les élections consulaires concernant les Français de la circonscription Vietnam 3 Conseillers des Français de l’étranger sont à élire. Le scrutin se tiendra du 22 au 27 mai (12h heure de Paris) par Internet et le 31 mai à l’urne.
4 listes ont été déposées, par ordre du tirage au sort
- ASFE – Pour une solidarité de proximité / Vincent Le Cannelier
- Vivre au Vietnam – Solidarité française et francophonie / Nicolas Leymonerie
- Engagés au Vietnam – Pour les Français.es du Vietnam – Proches – Utiles – Solidaires / Jaime Peypoch
- Solidaires en action et à votre écoute / Laurent Fischer
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