Dix ans bientôt, la Tunisie attend toujours le printemps

Dix ans bientôt, la Tunisie attend toujours le printemps

Le Printemps arabe est né il y a dix ans, en Tunisie. Un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi s’était immolé par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, de désespoir. Sa mort avait déclenché un soulèvement populaire d’abord en Tunisie, puis dans la plupart des pays arabes. Le premier effet de cette révolte fut la chute de Ben Ali et une effervescence politique qui n’a quasiment pas cessé depuis. La Tunisie est sans doute le seul pays « arabe » où la révolution politique a été suivie d’effets démocratiques

Pour autant, une certaine nostalgie de l’ancien régime se fait entendre, d’une part à cause d’une situation économique qui n’en finit pas d’empirer, d’autre part à cause du rejet grandissant de la principale force politique tunisienne, le parti islamiste Ennahda. Dans un premier temps, ce parti islamiste avait profité de l’effondrement du régime autoritaire. S’il n’a pas réussi à prendre le pouvoir, il a empêché ce la Tunisie d’évoluer vers une société moderne.

L’impasse économique

Depuis le printemps arabe tunisien, le revenu moyen a baissé et le chômage n’est jamais descendu en dessous de 15%. L’émigration, représente l’espérance de la moitié de la jeunesse tunisienne, notamment des plus diplômés qui ne trouvent pas de travail à la mesure de leurs capacités.

Si la Tunisie était déjà en crise économique avant le Coronavirus, celui-ci a empiré la situation. L’émigration a été stoppée. Le gouvernement a décidé du confinement du pays de mars à mai dernier. Le tourisme, qui commençait à reprendre des couleurs, s’est effondré. L’économie devrait se contracter de 6.5% et le déficit budgétaire plonger à 7% du PIB.

Rien ne permet  aux Tunisiens de fêter les dix ans du déclenchement de la révolution, et rien d’ailleurs n’est prévu pour cela. 

Le Président Saïed aimerait de nouvelles élections en 2020 

Pourtant la démocratie fonctionne. Ennhada qui avait gagné les premières élections et qui a placé son chef historique Rachid Ghanouchi à la Présidence du Parlement, n’a pas pu prendre le contrôle du pays. Aujourd’hui le Président Kaïs Saïed, élu triomphalement sur un discours d’austérité de morale et de justice, a constitué un gouvernement de technocrates sans vraie majorité à l’Assemblée, mais sans qu’Ennadha ne cherche à le renverser, craignant que de nouvelles élections ne diminue son influence. 

La démocratie fonctionne, avec des élections régulières, et a évité guerre civile et répression. C’est un cas assez rare pour être souligné. Pourtant la situation économique de la Tunisie reste désespérante. C’est pourquoi personne ne cite la Tunisie en exemple. 

La visite de Le Drian

La France suit ce qui s’y passe de près. Jean Yves Le Drian s’est rendu à Tunis le 22 octobre. A cette occasion, un prêt de l’AFD de 350 millions d’euros a été confirmé. Il fait suite à l’engagement d’Emmanuel Macron lors de la réception à Paris du Président tunisien. 100 M seront disponibles dés cette année, le reste échelonné en fonction des besoins et des réformes entreprises jusqu’en 2022. Un autre prêt de 38 M a été signé pour financer l’approvisionnement en eau du grand Tunis.

Jean Yves Le Drian a aussi débloqué une aide médicale d’urgence de 500.000 € pour aider la Tunisie à faire face à l’épidémie de Coronavirus. La France serait disposée aussi à financer un hôpital à Gafsa.

Les discussions avec le Président Saïed ont porté évidemment sur la lutte contre le terrorisme, sur la prochaine rencontre du dialogue inter-libyen, au début du mois de novembre à Tunis, enfin sur le prochain sommet de la francophonie qui aura lieu à Djerba en novembre 2021.

L’appui de la France et des Européens est stratégique, non seulement pour le terrorisme, l’immigration ou la Libye, mais pour la réussite de la démocratie en Tunisie. Le printemps s’y fait toujours attendre. Si la démocratie réussit à s’implanter -déjà dix ans- et que l’économie se relève, alors la Tunisie sera un exemple pour l’Afrique et le Moyen-Orient. C’est pourquoi la France entraine avec elle la Banque Mondiale, le FMI, la coopération allemande et européenne. C’est un enjeu aussi important que l’était l’aide européenne aux ex-pays de l’est devenus des démocraties après l’implosion du bloc soviétique. Une Tunisie démocratique et florissante changerait la donne en Méditerranée.

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