A la recherche de l’Homme révolté

A la recherche de l’Homme révolté

L’économie européenne est de plus en plus soumise à un régime de douche écossaise au gré des va et vient de l’épidémie. Après l’arrêt sur image du début de l’année, la crainte d’un monde vivant au ralenti pour de nombreux mois se fait prégnante. La nécessité de réduire la voilure, le temps nécessaire à l’épidémie de passer ou de trouver un remède ou un vaccin, s’impose progressivement dans les esprits. Entre la peur de contracter la maladie et celle de la perte de revenus, les démocraties semblent désarmées, impuissantes à juguler le virus tout en maintenant l’activité économique à un niveau acceptable. 

Le pouvoir politique n’est plus maître des horloges. Devant la nécessité de s’adapter en permanence en fonction des informations communiquées quotidiennement, le temps se raccourcit. L’urgence prend le pas sur le long terme mais, les confinements, les couvre-feux, les contraintes de circulation l’allongent. Les projets d’investissement sont retardés ou reportés.

Tout décideur est contraint de faire acte de contrition 

Cette crise sanitaire impromptue révèle certaines caractéristiques des pays avancés. Au fil des décennies, les démocraties ont conçu des systèmes complexes de pouvoirs et de contrepouvoirs. La conciliation des principes de liberté, d’égalité réelle, de protection des minorités et de précaution, combinée à l’affirmation de droits individuels et collectifs multiples et variés ne facilite pas la prise rapide de décisions. Celles-ci sont suspectes par nature. Tout décideur est tenu de s’auto-analyser, de faire acte de contrition ou de repentance y compris pour les erreurs qu’il n’a pas commises. 

La mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur la crise sanitaire avant que celle-ci ne soit achevée symbolise cette évolution. Autrefois, la confession suffisait pour obtenir l’absolution, aujourd’hui, elle est permanente devant les chaines d’information et sur les réseaux sociaux. Le déballage psychanalytique s’accompagne d’une défiance sans précédent envers les gouvernements au sein des pays occidentaux. 

La machine à consensus en panne

En Chine, pays du contrôle social et à l’origine de l’épidémie, le pouvoir bénéficie d’un soutien très large de l’opinion publique. L’Occident est malade de sa fragmentation, la machine à consensus étant tombée en panne. La juxtaposition des communautés souligne avec acuité que la somme des intérêts particuliers ne débouche pas toujours sur l’intérêt général. 

Promettre un monde plus dur

Ce manque de consensus vaut à l’intérieur comme à l’extérieur. L’Europe orpheline de son allié américain, enfermé dans ses contradictions, peine à surmonter ses divisions et à prendre les rênes de la lutte contre l’épidémie. En 1918 et en 1945, les pays occidentaux étaient mus d’idéaux. Ils voulaient ne pas revivre les horreurs de la guerre. Ils aspiraient à un monde plus juste, plus harmonieux, plus libre. Face à l’épidémie de coronavirus, les gouvernements semblent promettre « du sang et des larmes » avec comme ligne d’horizon un monde plus dur, soumis au problème du réchauffement climatique et à la violence des extrémismes en tout genre. 

La décadence commence souvent par la démission intellectuelle et par la soumission. Les défis qu’ils soient sanitaires, économiques ou politique supposent un esprit critique, un esprit d’innovation voire un esprit de révolte. 

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