Coronavirus : plus de 40 millions de personnes menacées par la faim en Afrique de l’Ouest

Coronavirus : plus de 40 millions de personnes menacées par la faim en Afrique de l’Ouest

mai 8, 2020 0 Par Alain Stephane

Selon le PAM, Programme Alimentaire Mondial, une organisation des Nations-Unies, 43 millions de personnes sont menacées de famine en Afrique de l’Ouest dans les six prochains mois.

Ce serait un terrible et tragique recul puisque la famine avait disparu d’Afrique depuis des dizaines d’années (hors zone de guerre, où elle est parfois utilisée comme une arme). La cause : la crise du coronavirus a interrompu les échanges internationaux, notamment les livraisons alimentaires.

Près de 20 millions de personnes sont déjà considérées par le PAM comme en état d’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, principalement en raison des conflits.  20 millions de personnes  supplémentaires auront du mal à se nourrir dans cette région entre juin et août, dont 12 millions d’enfants de 6 mois à 5 ans. Sont concernés : le Sahel central, la République centrafricaine, le Nigeria et le Cameroun.

Avec le coronavirus, les personnes en état de faiblesse, due à la malnutrition, courent un risque plus élevé, y compris les enfants et les femmes enceintes. L’ONU a déjà alerté depuis plusieurs semaines sur les effets redoutables du Coronavirus en Afrique, si celui-ci s’y développait. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Les gouvernements ont pris des mesures préventives.

Déjà, la fermeture des écoles en Afrique Occidentale et en Afrique centrale a touché 18 millions d’enfants qui avaient accès aux programmes nationaux d’alimentation gouvernementaux.

Dans les villes, les populations les plus pauvres sont aussi les plus menacées. Elles dépendent des marchés pour leur alimentation et vivent au jour le jour, sans disposer de réserves monétaires ou alimentaires. Conséquence du confinement dans les villes, de la fermeture des frontières, de l’insécurité, elles ont de moins en moins accès aux marchés alimentaires, et de moins en moins de possibilités de travailler.

Dans les campagnes, les restrictions de circulation peuvent perturber la saison de semailles, ajoute le PAM. Ce qui signifie que le risque alimentaire ne concerne pas que la période de soudure juin-août.

Dans la région du Sahel, conflits armés, attaques contre les villages, ont provoqué des déplacements de près de trois millions de personnes, dont 1 million depuis janvier 2019. Selon une autre Agence de l’ONU, le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR),  l’Afrique centrale et occidentale compte 5.6 millions de déplacés « internes », en plus de 1.3 millions de réfugiés. 1.4 millions ont été rapatriés mais ont encore besoin d’aide.

Le PAM réclame une aide d’urgence de 574 millions de dollars pour les six prochains mois. Besoins qui pourraient augmenter dans les semaines à venir, en fonction de l’évolution du Covid 19 et de ses effets possibles en Afrique.

Les effets économiques, eux, sont déjà là. L’instabilité et la désorganisation des échanges et des marchés ont fragilisé la situation alimentaire. Elle aggrave la situation économique pour des millions de personnes dans les villes. Et risque d’accroître encore les violences et les guerres civiles plus ou moins larvées.

Des études essaient d’évaluer combien de vies ont été sauvées par les mesures de confinement et de fermetures des frontières. Elles devront peut-être prendre en compte combien de vies auront été perdues par les désorganisations des échanges et l’effondrement des économies.

On peut aussi se demander, alors que les gouvernements débloquent des milliers de milliards de dollars, s’il est si difficile que cela de trouver 574 millions de dollars pour le PAM.

Le Budget annuel du PAM est d’environ 5.7 milliards de dollars, essentiellement financé par Les Etats-Unis (35%) et les Pays Européens (40%), dont 1.2 Milliard pour l’Afrique centrale et de l’Ouest. Les Chinois, qui aiment tant l’Afrique, sont ils prêts à imiter la France, qui vient d’abandonner 1.5 milliards de dettes ? Sur cinq ans, ils ne sont que les vingtièmes contributeurs au PAM, derrière la Russie mais devant le Malawi et … la France. Mais la France contribue déjà par le biais de l’Union Européenne (plus de 20% de 3 milliards sur 5 ans). 574 millions de dollars pour 20 millions de personnes, cela ne fait même pas 30$ par personne. Quelques masques.