Commerce extérieur : La France à la traine en Europe

Commerce extérieur : La France à la traine en Europe

En 2020, le déficit du commerce extérieur de la France a atteint 82.5 milliards, selon Eurostat. Un double record : historique pour la France depuis 1982 ; européen aussi, jamais un pays n’a connu un déficit commercial aussi important. La pandémie y est pour beaucoup, mais pas pour l’essentiel. L’aéronautique, qui représente en moyenne 12% des exportations françaises a chuté et les importations de masques ont représenté 5.9 milliards d’euros en 2020.

Les exportations françaises ont retrouvé 95% de leur valeur d’avant la crise 

En 2021, cela devrait aller un peu mieux : au premier semestre, la France n’a importé que pour 500 millions de masques, l’aéronautique reprend peu à peu des couleurs, mais reste à la moitié des commandes antérieures. Selon les douanes, au mois de juin, les exportations françaises ont retrouvé 95% de leur valeur d’avant la crise. Il est temps : au premier trimestre, le déficit s’est encore creusé : -34.8 milliards, contre – 32.4 en 2020. La facture énergétique a suivi la hausse des cours (+4.8 milliards) tandis que les importations  de biens manufacturés augmentent avec la reprise de la demande.

Baisse de compétitivité française 

La France profite aussi de la reprise mondiale : agroalimentaire (+5%), chimie (+4%), pharmacie (+6%), armement (+34%) dépassent les chiffres de 2019 pour le premier semestre. En Chine,  les ventes françaises sont plus élevées de +10% d’avant la crise. C’est avec le reste de l’Union Européenne que le déficit s’aggrave : – 1.2 milliards. Ce qui montre que la baisse de compétitivité française est due aux caractéristiques de l’économie française et non à l’Euro ou à la mondialisation.

Depuis plus de quinze ans, le commerce extérieur français est déficitaire, les parts de marché de la France diminuent. Ce n’est pas le cas de la plupart des économies européennes, comme les Pays-Bas, l’Italie, l’Irlande, la Pologne, la Suède, ou la Belgique, dont les balances commerciales sont positives. L’Allemagne, surtout, malgré la crise sanitaire, accumule un excédent commercial de +180 milliards d’euros en 2020.

Europe, un excédent structurel avec les pays tiers

L’Union Européenne connait un excédent structurel avec les pays tiers. La balance commerciale européenne est régulièrement excédentaire de plus de 200 milliards d’euros. La Chine est devenue le premier partenaire commercial, devant les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse, puis la Russie, la Turquie, le Japon, la Corée du sud et l’Inde. 

Ce qui met à mal une idée reçue : l’ouverture du marché de l’Union européenne serait nuisible et les Européens seraient naïfs. Premier marché mondial (20% de l’économie mondial) l’Union européenne est l’économie la plus ouverte, celle qui a signé le plus d’accords commerciaux dans le monde. En tout 45 accords, sans parler de l’accord interne qu’est le marché unique.

Avoir l’économie la plus ouverte du monde n’est pas un handicap

Après l’UE, ce sont le Royaume-Uni (35), l’Islande, la Suisse la Norvège et le Chili avec 30 accords. Les Etats-Unis n’ont que 14 accords commerciaux (l’UE et les États-Unis ne sont pas liés par un accord commercial) et connaissent un déficit commercial avec l’Europe (-150 milliards) comme avec la Chine. Quand on dresse une carte des pays « ouverts » et « fermés », on s’aperçoit que les pays pauvres sont dans la deuxième catégorie. C’est en Afrique et au Moyen-Orient que les accords commerciaux sont les moins nombreux.

Ceux qui croient que l’économie européenne ou l’économie française est trop ouverte et rêvent d’un retour protectionniste devraient observer que les pays fermés souffrent plus que les autres. La différence des performances vis-à-vis de la compétitivité mondiale le montre clairement.    

Deux points positifs pour la France: d’une part, les entreprises exportatrices françaises sont plus nombreuses que jamais, 132.000. D’autre part, l’échange des services reprend des couleurs : +12 milliards contre +6 milliards en 2019. La France retrouve peu à peu son niveau d’avant crise (+16 Milliards)

Car la balance commerciale n’est qu’une des composantes de la balance des paiements courants, le vrai solde de « l’entreprise France » intègre les services et notamment le tourisme. La balance des paiements de la France est hélas très négative, de -53 milliards en 2020, les services ne compensent pas le déficit commercial. 

En regardant les performances de nos voisins, il est urgent de s’interroger sur les faiblesses de l’économie française. Et d’y remédier : industrie, formation, compétitivité coût, robotisation, positionnement sur les marchés extérieurs.

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