La 7ème édition des Trophées des Savoyards du Monde aura encore été un moment de rassemblement et de fête : réunis à Publier, en Haute-Savoie, plus d’une centaine de Savoyards venus de toute la France et de l’étranger ont participé au rassemblement annuel de la fédération le 1er août. Ce temps fort, marqué par la remise des trophées 2026, a récompensé des parcours d’exception illustrant le rayonnement de la Savoie à travers le monde. Les prix sont soutenus par de nombreux partenaires et mécènes : la Fiduciaire Pissettaz, l’Union des producteurs de Beaufort, Jean Perrier, Francis Feugnet-2F Immo, Allianz-Clément André et la Banque de Savoie. Ils ont distingué des personnalités engagées dans des domaines aussi variés que la recherche, l’industrie, la gastronomie, la culture ou l’aéronautique. Et c’est Christine Fantin qui a remporté le Grand Prix des Savoyards du Monde 2026.
Le palmarès complet des Trophées des Savoyards du Monde 2026
Les lauréats représentent une grande diversité de parcours qui ne se dément pas d’une édition à l’autre :
- 1er prix : Christine Fantin – installée à Shanghai, elle crée des passerelles entre sa région d’origine et Savoie et Chine
- 2e Prix : Michel Meunier – Ingénieur installé à Dubaï, spécialiste de l’ingénierie agroalimentaire, il conduit depuis plus de quarante ans des projets industriels majeurs à travers le monde.
- 3e Prix : Michel Personnaz – Chef cuisinier en Floride, il promeut la gastronomie savoyarde aux États-Unis tout en menant de nombreuses actions caritatives.
- Prix Jeune Espoir Savoyard : Pauline Loferon – Installée au Vietnam, elle développe des coopérations internationales dans le secteur du cinéma d’animation et contribue au rayonnement culturel de la Savoie en Asie.
- Prix du Rayonnement des Pays de Savoie : Yannick Angelloz-Nicoud – Ancien dirigeant de grandes maisons du luxe, il porte aujourd’hui un ambitieux projet patrimonial en Sicile après une carrière internationale.
- Prix Coup de cœur du jury : Mike Parent – Ancien sapeur-pompier devenu pilote d’hélicoptère au Québec, il est récompensé pour un parcours de reconversion exemplaire et inspirant.
Pour la 7ème édition des Trophées des Savoyards du Monde les lauréats ont été sélectionnés parmi des dizaines de candidatures illustrant la richesse, la diversité et le dynamisme de la diaspora savoyarde à travers le monde.
« Les talents, les engagements et les réussites de notre diaspora témoignent de la vitalité et du rayonnement des Savoyards à l’international »
Laurent Rigaud, Président des Savoyards du Monde
Les trophées ont été remis lors du Rassemblement des Savoyards du Monde, le 1er août, en présence des lauréats, des partenaires et des membres de la Fédération. De nombreuses personnalités politiques ont pu également participer à ce moment associatif dont le maire de Publier Jacques Grandchamp et le sénateur Loic Hervé. Laurent Rigaud, le président de l’association était satisfait d’une nouvelle édition réussie : « Nous nous réjouissons de la qualité des dossiers reçus cette année. Les talents, les engagements et les réussites de notre diaspora témoignent de la vitalité et du rayonnement des Savoyards à l’international ».
Il a noté également la singularité de cette édition : « deux éléments marquants ont retenu l’attention du jury. Il y a une forte augmentation des dossiers provenant d’Asie et des Amériques, tandis que l’Europe, pourtant région où la diaspora savoyarde est très présente a été peu représentée. On constate aussi l’émergence de profils de “Savoyards d’adoption”, arrivés très jeunes dans nos départements et se sentant aujourd’hui plus savoyards que liés à leur région ou pays d’origine »

Le Grand Prix a été attribué cette année à Christine Fantin : La savoyarde est installée à Shanghai depuis dix ans. Ancienne professeure de lettres, elle est devenue praticienne en médecine traditionnelle chinoise, chercheuse et instructrice de qigong. Formée en pratique clinique au sein de l’hôpital Yueyang, elle mène également un doctorat consacré aux savoirs de guérison des États de Savoie et œuvre à la préservation du francoprovençal. Par son parcours mêlant sciences humaines, médecine et patrimoine, elle crée des passerelles durables entre la Savoie et la Chine, incarnant pleinement l’esprit des Savoyards du Monde.
Rencontre Lesfrancais.press avec Christine Fantin, lauréate du Grand Prix des Savoyards du Monde 2026
Lesfrancais.press : « Quelle a été votre première réaction à la réception de ce prix ? »
Christine Fantin : « Au vu des remarquables parcours des autres candidats, je ne m’attendais pas à recevoir ce premier prix. J’ai été très émue. Peut-être est-ce mon engagement en faveur de la culture et de la langue savoyardes qui a été déterminant.
Vu de France, où l’on privilégie la linéarité, mon parcours, à la croisée des sciences du langage, de la politique linguistique, de l’ethnopharmacologie et des médecines traditionnelles, peut sembler atypique. Mais en Savoie, la polyvalence est une tradition ancienne, façonnée par la montagne. On peut y être à la fois paysan et artisan, musicien, écrivain… lorsque la neige impose un certain isolement, sans compter la mobilité cyclique de la transhumance.
« J’aime à penser que le jury des Savoyards du Monde, héritier de cette vision souple des savoirs, a reconnu cette manière de faire dialoguer les disciplines et les cultures »
Interview de Christine Fantin, Grand Prix 2026 des Savoyards du Monde
J’aime à penser que le jury des Savoyards du Monde, héritier de cette vision souple des savoirs, a reconnu cette manière de faire dialoguer les disciplines et les cultures. Je lui en suis profondément reconnaissante.
Je remercie également les partenaires des Trophées, la Fiduciaire Pissettaz, dont le prix sera consacré à la préservation du patrimoine savoisien, les vins Jean Perrier pour l’exceptionnelle Roussette de Savoie qui m’a été offerte, ainsi que la Fontaine de Siloé et à la Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie pour leurs ouvrages qui nourriront mes recherches ».
Lesfrancais.press : « Votre parcours témoigne d’une immersion culturelle forte puisqu’après un parcours d’enseignante en Lettres vous avez découvert la médecine chinoise dont vous êtes diplômée et vous êtes désormais une praticienne qui développe une pratique originale en mariant les apports médicaux et culturels chinois et savoyards. Pouvez vous expliquer pour nos lecteurs votre démarche ? »
Christine Fantin : « Professeur certifiée de Lettres, envoyée en Chine en 2016 comme chargée de mission, j’y ai découvert le qigong à la suite de problèmes de santé. Cette épreuve m’a conduite à entreprendre cinq années d’études à l’Université de médecine traditionnelle chinoise de Shanghai, où j’ai obtenu la licence d’État de MTC et un diplôme d’instructrice de qigong. J’ai complété cette formation, qui comprend également un enseignement de médecine conventionnelle, par le Diplôme numérique des maladies infectieuses de l’Institut Pasteur, afin de créer des liens entre médecines traditionnelle et de pointe.
Cette expérience m’a fait découvrir un système médical indissociable d’une langue et d’une philosophie, et prendre conscience que les savoirs médicinaux savoisiens reposent eux aussi sur une connaissance fine de la nature, de la pharmacopée, et de techniques spécifiques.

C’est cette conviction qui guide ma thèse, menée au sein du laboratoire Dynamique du Langage (Université Lyon 2 – CNRS) et de l’Institut Gardette (Université Catholique de Lyon), consacrée au lexique francoprovençal et aux pratiques de la médecine traditionnelle des États de Savoie. Car une médecine traditionnelle ne se réduit pas à un ensemble de remèdes : elle est aussi porteuse d’une langue, d’une vision du monde, de l’identité et de la mémoire d’un peuple. Or, le francoprovençal, dont je suis locutrice native, est une langue transfrontalière en danger, parlée en France, en Suisse et en Italie autour du massif du Mont-Blanc.
En parallèle, je poursuis ma formation clinique à Shanghai, où j’enseigne toujours le français. Je développe aujourd’hui une pratique fondée sur la MTC, intégrant les ressources et les traditions médicinales alpines. Ma démarche consiste à faire dialoguer deux héritages pour réfléchir à la manière dont les médecines traditionnelles peuvent compléter la médecine conventionnelle, au bénéfice des patients ».
Lesfrancais.press : « La relation franco – chinoise, parfois présentée comme concurrentielle, peut-elle s’épanouir dans des coopérations concrètes comme celle que vous portez ? »
Christine Fantin : « Héraclite disait que « le combat est le père de toutes choses ». Sans tensions, pas d’évolution, pas de création. La pensée chinoise l’exprime à travers le yin et le yang, où des réalités en apparence opposées se complètent.
« J’aime l’expression tóng zhōu gòng jì (同舟共济), « traverser la rivière dans le même bateau » : face aux défis communs, nous gagnerions à mieux nous connaître et à coopérer »
Christine Fantin, Grand Prix 2026 des Savoyards du Monde
En Chine, j’ai rencontré des médecins, enseignants et artisans avec lesquels je mène des projets dans les domaines de la santé, de la culture et de l’enseignement. La préservation de la médecine traditionnelle chinoise nourrit également mon engagement en faveur des savoirs médicinaux des États de Savoie. J’aime l’expression tóng zhōu gòng jì (同舟共济), « traverser la rivière dans le même bateau » : face aux défis communs, nous gagnerions à mieux nous connaître et à coopérer.
Mais cela suppose de dépasser la méconnaissance réciproque, d’apprendre la langue et de comprendre la réalité de l’autre. La rencontre authentique transforme ; elle exige un profond enracinement dans sa propre culture, de l’humilité, de la curiosité et du respect à l’égard de l’autre. C’est ainsi que peuvent naître des coopérations durables, au service du bien commun, dans l’esprit du saint savoyard François de Sales : « Il faut tout faire par amour, et rien par force. »







Laisser un commentaire