L’idée selon laquelle l’Espagne serait systématiquement un eldorado fiscal pour les grandes fortunes doit être nuancée. En 2023, la fiscalité patrimoniale a d’ailleurs rapporté près de 2 milliards d’euros au fisc espagnol, touchant plus de 190 000 contribuables. Décryptage des règles en vigueur cette année pour les résidents français outre-Pyrénées.
La spécificité espagnole : un double prélèvement sur la richesse
Entre douceur de vivre et dynamisme économique, la péninsule ibérique attire chaque année de nombreux Français. Toutefois, s’installer en Espagne implique de se confronter à une réalité fiscale complexe, souvent sous-estimée. Entre l’IFI français, le « Patrimonio » local et le redouté « Modelo 720 », l’année 2026 apporte son lot de subtilités qu’il est impératif de maîtriser pour optimiser son imposition. Car, contrairement à la France, le système fiscal ibérique s’articule autour de deux impôts cumulatifs frappant le patrimoine de ses résidents fiscaux (évalué au 31 décembre).
L’Impôt sur le Patrimoine (Impuesto sobre el Patrimonio)
Ce prélèvement historique s’applique sur l’ensemble de votre patrimoine mondial. S’il prévoit une base d’exonération de 700 000 euros par individu (majorée de 300 000 euros pour la résidence principale), son coût final dépend avant tout de votre code postal. Les communautés autonomes ont en effet la main sur le barème.
L’Impôt de Solidarité sur les Grandes Fortunes (ITSGF)
Instauré pour contrer les cadeaux fiscaux de certaines régions (comme Madrid), ce dispositif cible les patrimoines nets mondiaux dépassant les 3 millions d’euros. Pensé initialement comme une mesure provisoire, cet impôt s’est pérennisé en l’attente d’une refonte globale du financement des régions espagnoles, toujours au point mort en 2026. Ainsi, même en choisissant une région à la fiscalité douce, les gros patrimoines ne peuvent plus échapper à l’impôt national. Le fisc espagnol est par ailleurs très vigilant sur la réalité matérielle de la résidence fiscale choisie : une simple domiciliation de complaisance ne suffira pas en cas de contrôle.

Loi de finances française 2026 : un statu quo rassurant
La rumeur enflait, mais les craintes des expatriés ne se sont finalement pas matérialisées. Le budget 2026 de l’État français n’a pas touché à l’Exit Tax (la période de suivi reste inchangée et ne passe pas à 15 ans) et n’a pas créé de nouvel impôt ciblant spécifiquement les non-résidents.
Il faut cependant noter l’entrée en vigueur, depuis le 1er janvier 2026, d’un nouveau système de retenue à la source concernant les revenus mobiliers et les dividendes. De plus, le législateur a apporté des clarifications techniques sur les procédures de transfert de résidence fiscale.
Le « Modelo 720 » : l’erreur classique des primo-arrivants
C’est sans doute le piège le plus redoutable pour un Français fraîchement installé en Espagne. Le Modelo 720 est une déclaration purement informative (qui ne génère pas d’impôt direct) mais dont l’oubli peut coûter cher.
L’urgence d’une stratégie transfrontalière
L’analyse de ces dispositifs démontre qu’une installation en Espagne ne s’improvise pas. Un même dossier patrimonial peut générer un peu plus de 42 000 euros d’imposition s’il est domicilié à Madrid, et bondir à plus de 81 000 euros si le contribuable réside à Barcelone !
Gérer un patrimoine franco-espagnol requiert aujourd’hui l’expertise croisée de plusieurs professionnels : un conseiller fiscal français d’un côté, et des experts locaux (avocats, gestorías) de l’autre. En 2026, avant même de faire vos cartons, une simulation chiffrée et un audit complet de la structuration de vos actifs s’imposent comme un préalable absolu pour une expatriation réussie.







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