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  • La dette publique en Europe explose

    La dette publique en Europe explose

    Explosion du déficit budgétaire

    Le déficit budgétaire est passé en quelques mois de -0,5 à -9 % du PIB au sein de la zone euro. Lors de la crise des subprimes, le déficit s’était élevé en 2009 et 2010 à -6 % du PIB. La dette publique pour la zone euro devrait atteindre 105 % du PIB à la fin de l’année contre 85 % fin 2019, soit une hausse de 20 points de PIB.

    Entre 2007 et 2015, elle avait progressé de près de 30 points. Le risque avec des niveaux élevés d’endettement est l’effet boule de neige, les déficits s’ajoutant aux tombées de capital à financer. La solvabilité des États dépend du solde budgétaire primaire (avant paiement des intérêts) du poids de la dette, du taux d’intérêt et de la croissance. Plus l’endettement est élevé, plus l’excédent budgétaire primaire doit l’être aussi.

    En 2019, la zone euro dégageait un excédent budgétaire primaire positif de 1 point de PIB. La France faisait exception en ayant toujours un déficit primaire. Echaudés par la crise de 2008, les gouvernements ne se hasarderont pas à dégager rapidement des excédents primaires. Ils craignent, en partie à raison, qu’en diminuant la croissance, une politique d’austérité avec une baisse des dépenses publiques et une hausse des impôts, provoque également une crise des dettes publiques.

    Un financement compliqué

    En refusant d’assainir les comptes publics, les gouvernements risquent d’alimenter les rumeurs de défauts de paiement, conduisant les investisseurs à augmenter les taux d’intérêt. Cette hausse pourrait entraîner une crise des dettes publiques. La seule voie de sortie positive est un rebond fort et durable de la croissance permettant d’atténuer le niveau de l’endettement. Elle suppose que les plans de soutien puissent générer un cycle d’expansion.

    À défaut de croissance, la Banque centrale européenne est obligée de maintenir ses taux bas et de réaliser de rachats d’obligation sur une longue période.

    Depuis 2015, la part de la dette publique de la zone euro détenue par la BCE est passée de 2 à 30 % du PIB. Ce processus est amené à se poursuivre. En 2020, la hausse de la dette publique non détenue par la BCE en pourcentage du PIB provient seulement de la baisse du PIB. Avec les rachats de titres publics, la BCE réduit la proportion de titres sans risque sur le marché, conduisant ainsi à la baisse des taux, d’autant plus que l’aversion aux risques des investisseurs reste élevée. Il en résulte que la hausse de l’endettement public n’aura pas d’effet sur les taux d’intérêt à long terme, en particulier sur ceux des pays du cœur de la zone euro.

    La Zone euro en tension

    La contrepartie des rachats massifs d’obligations par la banque centrale est l’augmentation de la détention de monnaie par les autres agents. En vendant les obligations, les banques enregistrent, en effet, depuis 2015 une forte hausse de leurs réserves à la BCE, réserves sur lesquelles elles perdent 0,5% par an. Leurs réserves sont passées de 300 à 2400 milliards d’euros de 2015 à 2020. Les autres agents économiques, entreprises et ménages, par ricochet disposent également d’encaisses monétaires croissantes. Les dépôts à vue des ménages français sont passés de 200 à 430 milliards d’euros de 2008 à 2020. Comme la demande de monnaie n’augmente pas à due concurrence de l’offre, les agents économiques l’utilisent pour l’acquisition d’actifs, immobiliers ou mobiliers (actions).

    Au sein de la zone euro, le prix des logements a augmenté de plus de 65 % en vingt ans. Dans certains États, comme la France, les prix ont plus que doublé. La valorisation des actions est également en hausse, les investisseurs à la recherche de rendement n’ayant pas d’autres options.

  • Le Feux d’artifice du 14 juillet 2020 à  Paris – Podcast Video

    Le Feux d’artifice du 14 juillet 2020 à Paris – Podcast Video

    Ce mardi 14 juillet 2020 était tiré depuis la tour Eiffel le célèbre feu d’artifice de la fête nationale. Rassemblant d’ordinaire plus de 500 000 personnes au pied de la tour Eiffel, il n’était pas possible cette année de l’observer au pied ou à proximité du monument emblématique à cause de la crise sanitaire du coronavirus. La préfecture de police avait mis en place dès 16 heures hier une large zone d’exclusion autour de la Dame de Fer, sur le Champ-de-Mars, le Trocadéro et le pont d’Iéna, invitant les Parisiens à suivre le spectacle depuis leurs balcons ou leurs fenêtres pour les plus chanceux, ou à la télévision pour les autres.

    Au cours de la soirée, avant 23 heures, des milliers de personnes ont commencé à se rassembler sur l’esplanade des Invalides et un peu partout le long de la Seine, afin d’observer le feu d’artifice. Dans le lot, beaucoup de touristes ou de jeunes franciliens comme Kenza, Léa et Johanna, trois étudiantes parisiennes de 19 ans juchées sur le haut d’un pilier de la rambarde du pont Alexandre III, « venues car c’est la tradition ». Interrogées par l’AFP, elles disent ne pas « pas avoir entendu parler » de l’appel de la préfecture à rester chez soi. Si dans la foule beaucoup ne portaient pas de masque, Léa affirme respecter la distanciation. « On est venues moins nombreux que d’habitude », plaide-t-elle auprès de l’AFP.

    Si Paris a eu la chance d’avoir un feu d’artifice, ce n’était pas le cas de toutes les villes de France. Nombreuses sont celles à avoir dû annuler leurs spectacles pyrotechniques. En effet, les rassemblements de plus de 5 000 personnes restaient interdits, et les municipalités n’avaient pas les moyens d’effectuer des retransmissions télévisées. Les feux d’artifice ont donc été annulés à Marseille, Lyon, Toulouse, Strasbourg, Nice, Rennes, Bordeaux, Nantes ou encore Lille. À l’inverse, plusieurs villes telles que Nancy, Béziers, Agde ou encore Frontignan en région de Montpellier ont maintenu leurs feux d’artifice.

  • Conversation avec Sabrina, ex-expatriée aux multiples cultures

    Conversation avec Sabrina, ex-expatriée aux multiples cultures

    Un pont entre cultures orientales et occidentales

    Adeline, fondatrice de The Musettes nous invite à écouter sur notre site, lesfrançais.press, un nouvel échange entre expats-preneurs
    Aujourd’hui c’est l’ histoire de Sabrina, l’ histoire de sa famille, que nous découvrons à travers l’entreprise Scènes de Lin.

    Scènes de lin

    Alliance de l’art de vivre occidental et du savoir-faire marocain.

    Scène de Lin se sont des intérieurs, ameublements et accessoires pour la maison créés et fabriqués dans les ateliers de Marrakech. Sabrina qui a rejoint la société familiale lors de son expatriation à Amsterdam, s’efforce depuis de la développer à l’International.

     

    L’ Impatriation , un cap à passer.

    Connaitre l’entrepreneuriat à l’étranger et continuer une fois rentrer en France. C’est ce juste équilibre personnel, professionnel et familial que Sabrina et sa famille ont essayer de retrouver une fois l’expérience de l’expatriation hollandaise passée.

     

    Bonne écoute!

     

    http://www.themusettes.com

    The Musettes

    Scenes de Lin 

     

     

  • Petit tour des plans de relance

    Petit tour des plans de relance

    Face à la crise économique, tous les gouvernements adoptent des plans de relance. Tous distribuent aux entreprises et aux ménages, soit par des prêts, soit par des aides directes. Certains pays espèrent amplifier la reprise par des baisses d’impôts, comme l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas ou les Etats-Unis.

    En France aussi, Bruno Le Maire s’est prononcé pour des baisses d’impôts dits de « production », qui atteignent en France plus de 100 milliards d’euros, un record. On verra de combien sera la diminution. Emmanuel Macron a annoncé un plan de relance d’un montant de 100 milliards, en plus des 460 milliards de coûts dus à la crise. Des montants difficilement imaginables et mesurables.

    Chaque pays a donc décidé de son plan de relance. Chacun avec ses moyens et spécificités.

     

    Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale a acheté des centaines de milliards de Bons du Trésor et maintenu les taux d’intérêt au plancher. Un plan de relance budgétaire de 2200 milliards de dollars a été voté. Des dizaines de millions de foyers vont recevoir 1200 dollars plus 500 dollars par enfant. Pour l’instant, la reprise fonctionne, malgré le maintien de la crise sanitaire, puisque le chômage s’est réduit de 14.7% à 13.3% en un mois, l’économie américaine ayant créé 2.5 millions d’emplois.


    En Australie, le budget de relance, qui intègre pour moitié des baisses d’impôts représente 13,3 % du PIB annuel. Les bénéficiaires de diverses allocations recevront un supplément de 550 dollars. L’accès aux aides sociales est facilité. Des aides sont accordées aux entreprises sous forme de crédits. 6,7 milliards de dollars de baisses d’impôts aux entreprises ont été décidés pour soutenir l’investissement.

     

    Au Brésil, le gouvernement a annoncé un plan de 26 milliards d’euros pour soutenir les petites et moyennes entreprises et les familles à bas revenus.

     

    Au Japon, le plan de secours représente 1000 milliards de dollars. Soit 20% du PIB selon d’autres calculs. Paiements directs, prêts, reports de paiement d’impôts. La Banque du Japon a annoncé qu’elle doublait ses achats annuels d’actions et d’obligations pour atteindre 100 milliards de dollars.

     

    Aides directes, prêts et baisses d’impôts

    Au Royaume-Uni, le gouvernement versera 80% des salaires pendant plusieurs mois pour éviter les licenciements. La Banque d’Angleterre a abaissé son taux d’intérêt à 0,5%. Elle a accepté de financer directement les dépenses du gouvernement pendant la crise. L’ensemble des mesures représenterait plus de 400 milliards de livres, soit environ 15 % du PIB.

     

    L’Allemagne a renoncé à l’équilibre budgétaire. Elle peut se le permettre, puisque son endettement public est passé de 80% du PIB à 60% en moins de dix ans. Son plan de relance représente 10% du PIB, soit 350 milliards d’euros. Il s’agit d’un « mix » entre aides, prêts, prises de participation, et baisses d’impôts. La mesure la plus spectaculaire est la baisse de la TVA de 3%.  Le déficit public allemand est attendu à -6% du PIB, moins qu’en France (-9%, avec une dette prévue représentant 120% du PIB).

     

    En Italie, le gouvernement a prévu une baisse des impôts sur les entreprises de 4 milliards, et une prime de vacances de 500 euros par famille. Le montant total du plan de relance serait de 55 milliards d’euros.

     

    Aux Pays-Bas, le plan de soutien à l’emploi représente 20 milliards d’euros. Le report des charges sociales et des impôts représente lui 36 milliards d’euros. Plus une diminution des impôts de 4 milliards. Le total des dépenses approcherait 5% du PIB. Le PIB n’a reculé que de -1,7% en Hollande, qui a mené un confinement « souple».

     

    L’Autriche avait autorisé la réouverture de certains commerces dès la mi-avril. Le gouvernement prévoit des dépenses d’un montant de 38 milliards d’euros.

     

    A ces décisions nationales, en Europe, la Commission européenne, sur proposition de la France et de l’Allemagne,  a ajouté un plan de relance de 500 milliards d’euros, avec la création d’un Fonds de relance, et une mutualisation partielle de la dette. La Commission a proposé d’emprunter 750 milliards d’euros. Une première.

     

    Vers un impôt européen

    Pour rembourser, la Commission propose de créer de nouvelles taxes afin de ne pas augmenter les contributions nationales au budget européen : une taxe carbone aux frontières de l’UE, un impôt sur les revenus des grandes entreprises, une taxe spécifique pour les sociétés numériques. Sur les 750 milliards d’euros, 500 milliards seraient redistribués sous forme de subventions, le reste sous forme de prêts aux États.

    Les pays du Sud comme l’Italie et l’Espagne en seraient les principaux bénéficiaires avec respectivement 172 milliards d’euros et 140 milliards, puis la Pologne avec 64 milliards, et la France avec 39 milliards. Les pays bénéficiaires devraient présenter un plan d’investissements et de réformes.

    Enfin la Banque centrale européenne (BCE) a prolongé son programme d’urgence et maintenu ses taux d’intérêt à 0%. Son programme de rachat de dette publique et privée, déjà de 750 milliards d’euros, a augmenté de 600 milliards supplémentaires.

    Les riches à la relance

    Si l’on compare les plans de relance, on s’aperçoit d’une part que ce sont les plus riches qui sont les plus audacieux. Ils en ont les marges de manœuvre : Etats-Unis, Japon, Allemagne, Australie. Inutile de dire que les pays les moins riches n’ont pas les capacités des pays européen.

    Le plan de relance russe, par exemple, est annoncé à 65 milliards d’euros, soit un peu plus que celui des Pays-Bas, et à peine ce que recevra la Pologne de l’Union européenne.

    D’autre part, le « mix » de mesures qui va des allocations directes aux baisses d’impôts, associe relance par la demande et relance par l’offre. Enfin, le chiffrage de ces  plans de relance reste incertain, tant ils dépendent de la vigueur de l’activité économique, du montant des prêts demandés puis accordés, et de la permanence de la crise sanitaire. Il est peu probable que l’ensemble des aides annoncées soient effectivement consommées.

     

    Des mesures massives

    Les mesures prises anticipent les reconfigurations industrielles et économiques. Chacun voulant renforcer son économie locale, les règles de la concurrence, notamment dans l’Union européenne,  sont suspendues, ce qui risque de conforter les entreprises des pays qui aideront le plus leurs entreprises, comme l’Allemagne…

    Dernière originalité, outre les prêts directs des banques centrales aux gouvernements, comme au Royaume-Uni, le plan de relance européen est une première. Il est massif. Et il promet ce qui a toujours été évité jusqu’à présent : un impôt européen.

  • Coronavirus: cri d’alarme des élus d’Amérique du sud

    Coronavirus: cri d’alarme des élus d’Amérique du sud

    DesAvec 144.758 morts déclarés officiellement le 13 juillet, la région Amérique latine et Caraïbes est devenue, après l’Europe, la zone la plus attaquée au monde par la pandémie. Victime plus tardivement que l’Asie et l’Europe, l’Amérique du sud a cependant été elle aussi très touchée. Avec des conséquences immédiates. La Compagnie Brésilo-Chilienne LATAM s’est placée aux Etats-Unis sous le chapitre des faillites. Les Français sur place, dont beaucoup travaillent dans l’industrie du tourisme, ont été impactés directement. Beaucoup ont décidé de rentrer en France, faute de revenus et de protection.

    Des résultats variables selon les pays, des inquiétudes partout

    Dans les faits, les pays subissent de manière plus ou moins forte les turbulences liées à la Covid-19. Avec 72 100 décès (pour 1 864 681 cas), le Brésil est frappé le plus fort. Après le Brésil, ce sont le Mexique (35 006), le Pérou (11 870) et le Chili (6 979) qui sont les plus touchés.

    « Seuls 2700 compatriotes dans le monde ont pu bénéficier de l’aide d’urgence totalisant à peine 390 000 €, soit moins d’1% de l’enveloppe » indiquent les élus consulaires d’Amérique du sud et Caraïbes

    Jean Castex
    Jean Castex

    Dans ce contexte, 31 conseillers consulaires s’alarment de la situation sociale de nombreux Français sur place. Ils ont interpellé à cet égard le nouveau premier ministre Jean Castex. Rappelant la création d’un dispositif de 50 millions d’euros destinés à aider les Françaises et Français touchés financièrement par la crise, les élus ont souligné que celui-ci n’a que très peu été utilisé.

    « seuls 2700 compatriotes dans le monde ont pu bénéficier de l’aide d’urgence totalisant à peine 390 000 €, soit moins d’1% de l’enveloppe » indiquent-ils.

    Les élus signataires couvrent un large spectre politique allant de proches des Républicains à des représentants de la France Insoumise. Ils prient le Premier Ministre « par cette lettre de prendre la mesure de la dramatique situation dans laquelle se trouvent nos compatriotes sur le continent en flexibilisant les critères d’attribution de l’aide d’urgence, en lui permettant d’être attribuée plusieurs fois si la situation l’exige et engageant une campagne de diffusion bilingue pour s’assurer que tous nos compatriotes sont au fait de leurs droits ».

    Des aides faibles, pas à la hauteur pour les élus

    Les signataires appellent le Premier Ministre à prendre conscience de la situation pour les Français d’Amérique du sud. « Quelques centaines d’euros versées une unique fois ne viendra pas résoudre la dramatique situation dans laquelle ils se trouvent. D’autre part, le soutien au tissu entrepreneurial français à l’étranger est depuis le début le grand absent du plan de soutien jusqu’à présent » mettent-ils en avant.

    « En matière de distribution de fonds public, tout est dans l’exécution » Olivier Cadic

    Olivier Cadic
    Olivier Cadic

    Parmi les premières réactions, celle du Sénateur Olivier Cadic que nous avons pu consulter. « En matière de distribution de fonds public, tout est dans l’exécution » indique le Sénateur qui salue par ailleurs la référence faite par le Premier Ministre aux corps intermédiaires et qui rappelle le vote au Sénat pour la mise en place d’un fonds d’urgence pour les Français de l’étranger.

    Parmi les non-signataires, Joel Doglioni, élu consulaire en Colombie. Il a cependant auprès des  Francais.press tenu à saluer la mobilisation de ses collègues et aussi à continuer les efforts. Des efforts notamment pour rapatrier les Français sur place sans ressources.

    Un consensus semble donc se dégager. La distribution des aides est trop faible. Il n’y a pas assez d’information les concernant. Reste à voir si le Premier Ministre entendra l’appel des élus sur place.

  • 14-Juillet : ce qu’il faut retenir de l’interview d’Emmanuel Macron

    14-Juillet : ce qu’il faut retenir de l’interview d’Emmanuel Macron

    Le président de la République Emmanuel Macron a donné mardi midi une longue interview, la première de son quinquennat à l’occasion du 14-Juillet. Coronavirus, chômage, relance, remaniement… De nombreux sujets ont été abordés. Europe 1 vous résume ses principales annonces et déclarations.

    « Ce 14-Juillet est un peu particulier », a démarré Emmanuel Macron, pour justifier son interview donnée à Léa Salamé et Gilles Bouleau, mardi, depuis l’Élysée. Il avait annoncé qu’il ne se livrerait pas à ce type d’exercice… Et il l’a répété ce mardi : il n’y aura peut-être pas de nouvelle interview du 14-Juillet. Mais cette année, la période justifie l’exception. « Le pays a été profondément bouleversé et traumatisé. Et je crois que ce 14 juillet avait un tour particulier qui justifie cet échange », a expliqué le président de la République. « C’est un 14-Juillet qui consacre la fierté d’être Français, lors duquel nous célébrons nos armées. Mais aujourd’hui, nos armées ont accepté d’offrir un peu la vedette aux soignants, à ces hommes et ces femmes qui nous ont protégés, qui se sont battus pour nous », a martelé le chef de l’Etat, en préambule d’une interview riche en déclarations et annonces. On vous en résume les principales.

    Le port du masque sera bientôt obligatoire dans les lieux publics clos

    « Je recommande à tous nos concitoyens de porter le masque au maximum quand ils sont dehors. Et a fortiori quand ils sont dans un lieu clos. Nous allons nous mettre en situation de pouvoir, par exemple à partir du 1er août, le rendre totalement obligatoire » dans les lieux publics clos, a annoncé Emmanuel Macron lors de cette interview. « Nous serons prêts », en cas de nouvelles vagues de l’épidémie de Covid-19, a-t-il par ailleurs assuré. « Nous avons à la fois les stocks et les approvisionnements qui sont sécurisés et nous avons l’organisation au plus près du terrain, qui permettrait de faire face à une recrudescence, si elle était là », a-t-il enchaîné.

    Le chef de l’Etat assure également qu’il « ne veut pas » de nouveau confinement généralisé, « mesure la plus radicale ». Emmanuel Macron veut privilégier une « approche différenciée ». « La clé, c’est d’être en vigilance partout dans le pays », martèle-t-il.

    Une rentrée « quasi normale » à l’école

    Emmanuel Macron a également assuré que la rentrée de septembre serait « quasi normale » pour les écoliers, les collégiens et les lycéens. « S’il y avait une accélération (du virus) pendant le mois d’août, on sera amené à revoir cette rentrée. Ça n’est pas ce que je souhaite, si on fait bien les choses nous aurons une rentrée des classes un peu différente, encore plus exigeante », a-t-il poursuivi.

    Le président de la République a aussi été interrogé sur la chloroquine et Didier Raoult. Prendrait-il de l’hydrochloroquine s’il était malade du coronavirus ? « Non », a-t-il répondu, arguant du peu de connaissance scientifique entourant ce traitement prôné par le professeur marseillais. « Ce n’est pas au président de la République ou à un politique de trancher un débat scientifique », a-t-il martelé, voyant tout de même en Didier Raoult un « grand scientifique ».

    Ses réponses à « l’augmentation du chômage massive » qu’il attend

    « Nous allons avoir une augmentation du chômage massive », a prévenu le chef de l’Etat. « Tous les instituts qui font référence écrivent qu’il y aura entre 800.000 et un million de chômeurs de plus à l’horizon du printemps 2021 », a-t-il renchéri, avant de chiffrer le plan de relance à « au moins 100 milliards d’euros », en plus des 460 milliards déjà engagés depuis le début de l’épidémie. « On met avec ce plan de relance, en plus de cet argent déjà mis, au moins 100 milliards pour faire la relance industrielle, écologique, locale, culturelle et éducative. Je suis convaincu qu’on peut bâtir un pays différent d’ici à dix ans », a affirmé le président de la République.

    Du côté des mesures concrètes, Emmanuel Macron a d’abord défendu le « dispositif inédit d’activité partielle de longue durée » issu des négociations avec les partenaires sociaux. « On va mettre sur ce dispositif 30 milliards d’euros pour compléter les salaires, financer des formations […] dans les secteurs d’activité où il y a des opportunités », a-t-il détaillé.

    Le président de la République s’est également dit ouvert à une politique de « modération salariale » de la part des entreprises. Emmanuel Macron « préfère » des baisses de salaires « momentanées » à des licenciements. Mais cette politique devra alors s’accompagner d’un « dispositif d’intéressement, de participation […] et d’une modération des dividendes ».

    Un « dispositif exceptionnel d’exonération des charges » sera également mis en place pour l’embauche de jeunes. Ce dispositif sera lancé « en particulier pour les faibles qualifications ou les emplois jusqu’à 1,6 Smic. On va l’évaluer, mais il faut qu’il y ai cet élément d’accélération », a-t-il enchaîné. « On va créer un formidable accélérateur sur le service civique, qui fonctionne, dont nous avons vu la qualité. Nous allons en créer 100.000 dans les six mois qui viennent », a-t-il également annoncé.

    « On ne résout pas une crise comme celle-ci en augmentant les impôts », a également précisé le chef de l’Etat. « Il y a une trajectoire fiscale qui a été décidée, votée par la représentation nationale, c’est celle qui sera tenue », a-t-il affirmé.

    Pourquoi avoir changé de Premier ministre ?

    Le président de la République est revenu sur le remplacement d’Edouard Philippe par Jean Castex à la tête du gouvernement. « C’est une page politique de la vie du pays qui se tourne. On ne peut pas dire : ‘On en prend un nouveau chemin, une nouvelle méthode, un nouveau temps du quinquennat’ et dire qu’on le fait avec la même équipe », a-t-il justifié. Le chef de l’Etat a tout de même salué « le courage, la loyauté et la détermination » d’Edouard Philippe et loué la « culture du dialogue social » de son successeur.

    Avec ce changement de gouvernement, peut-on parler de virage à droite entamé par Emmanuel Macron ? « Je suis radicalement en désaccord. D’abord parce que je crois au dépassement politique », a-t-il rétorqué. « Ensuite parce que quatorze personnalités (du nouveau gouvernement) ont eu des mandats politiques à gauche ou des engagements en soutien à la gauche », a-t-il enchaîné, vantant également la présence de ministres ou secrétaires d’Etat émanant de la société civile. « C’est ça, la France », a-t-il conclu.

    Sa réponses aux critiques sur la nomination de Darmanin

    Emmanuel Macron a ensuite répondu aux critiques concernant la nomination de Gérald Darmanin. Le ministre de l’Intérieur fait l’objet d’une enquête pour viol, harcèlement sexuel et abus de confiance, et ce depuis trois ans. « Je me place comme le garant de cette présomption d’innocence », a déclaré le chef de l’Etat. Il assure avoir eu une longue discussion avec son ministre avant de le nommer, signe selon lui d’une « relation de confiance, d’homme à homme ».

    « Je respecte toujours l’émoi et la colère des causes justes. Et donc, la cause féministe, je la partage », a également affirmé le président de la République. « Mais aussi vrai que je crois à la force des causes justes, je pense qu’aucune cause n’est défendue, justement, si on le fait en bafouant les principes fondamentaux de notre démocratie. Je le dis pour un ministre, comme je le dirai pour qui que ce soit. Je suis aussi là où je me place, comme le garant de cette présomption d’innocence », a-t-il insisté.

    « Nous ne ferons pas l’économie d’une réforme de notre système de retraites »

    Emmanuel Macron a par ailleurs estimé mardi que la France ne pourrait pas faire « l’économie d’une réforme » de son système de retraites, tout en reconnaissant que le projet du gouvernement ne pourrait pas être maintenu tel qu’il était prévu avant la crise sanitaire. « Nous ne ferons pas l’économie d’une réforme de notre système de retraite, pour qu’il soit viable », a assuré le chef de l’État lors d’un entretien télévisé à l’occasion du 14 juillet. Néanmoins, cette réforme « ne peut pas se faire comme elle était emmanchée avant la crise du Covid », a-t-il concédé.

    « Notre pays au fond a peur et a une crise de confiance »

    « Nous sommes loin d’être les pires, mais nous avons en quelque sorte un doute permanent sur nous mêmes en tant que pays. Notre pays, au fond, a peur et a une crise de confiance, de confiance à l’égard de lui-même », a répondu Emmanuel Macron, interrogé sur les critiques entourant sa gestion de la crise du coronavirus ou encore celles des gilets jaunes et de la réforme des retraites. « Nous avons en notre sein ce que j’ai parfois appelé ses ‘passions tristes’, c’est-à-dire des forces de division – on lisait ce matin un texte du général de Gaulle qui en parlait lui-même – qui parfois nous conduisent à ne plus avancer parce qu’on ne pense que ces divisions-là », a martelé le président de la République.

    « J’ai sans doute laissé paraître quelque chose que je ne crois pas être, profondément, mais que les gens se sont mis à détester : un président qui voudrait tout réformer, pour que ce ne soit que les meilleurs qui puissent réussir, pour que notre pays, finalement, s’adapte à la mondialisation. Ça n’est pas mon projet, mais le jeu des maladresses, parfois des phrases sorties de leur contexte d’autrefois », a-t-il également déclaré, interrogé sur sa réaction aux critiques le concernant personnellement.

    La lutte contre le réchauffement climatique dans la Constitution « le plus vite possible »

    Emmanuel Macron a souhaité mardi inscrire « le plus vite possible » la lutte contre le réchauffement climatique dans la Constitution, demande formulée par la Convention citoyenne sur le climat. Le chef de l’État a redit être « favorable » à un référendum sur la question et a souhaité inscrire « le plus vite possible » dans la Constitution « l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et aussi le respect de la biodiversité ». Mais, a-t-il précisé, « il faut d’abord qu’il y ait un vote par l’Assemblée puis le Sénat dans des termes conformes (…). A ce moment-là, il peut y avoir ou un congrès ou un référendum ».

    Bientôt un « grand programme de rénovation » des écoles et des Ehpad

    Le président de la République a affirmé mardi vouloir lancer « un grand programme de rénovation » énergétique, à destination des écoles et des Ehpad dans un premier temps, dans le cadre de son plan de relance économique. « On doit rentrer, et ce plan de relance en est l’opportunité, dans la construction d’un modèle qui est à la fois écologique, industriel et environnemental », a déclaré Emmanuel Macron.

    Emmanuel Macron veut « redévelopper massivement » fret ferrovaire, trains de nuit et petites lignes

    La France entend « redévelopper massivement » le fret ferroviaire, les petites lignes de train et les trains de nuit dans le cadre de sa politique de transition écologique, a encore affirmé mardi Emmanuel Macron. « Parce que tout ça permet de faire des économies, permet de réduire nos émissions » d’émissions polluantes, a-t-il déclaré sans plus de détails.

    Vers une généralisation des caméras-piétons « avant la fin du quinquennat »

    Emmanuel Macron a enfin annoncé mardi la généralisation des caméras-piétons « avant la fin du quinquennat » pour les forces de l’ordre, afin notamment de lutter contre les contrôles au faciès. « Cela fait trop longtemps qu’on parle de cela », a commenté le président de la République à propos des accusations de contrôles au faciès par les forces de l’ordre, estimant qu’ils pouvaient être une source de discrimination alimentant une « défiance démocratique ». Selon le chef de l’Etat, les caméras-piétons doivent permettre de « retracer la vérité des faits qui permettent de protéger, de rétablir (la) confiance ».

  • Revivez le défilé d’une « Nation engagée, unie et solidaire »

    Revivez le défilé d’une « Nation engagée, unie et solidaire »

    Que serait un 14 juillet sans ses feux d’artifice et son défilé militaire ?

    Cette année, la fête nationale française a une teneur particulière. La France a en effet payé un lourd tribut à l’épidémie de nouveau coronavirus, avec plus de 30 000 morts. Mais l’épidémie n’a pas sonné le glas de la grande parade organisée depuis 1880 à Paris. Un hommage appuyé a été rendu ce mardi aux victimes et aux « combattants » mobilisés pour lutter contre la Covid-19.

    Crise sanitaire oblige, le traditionnel défilé du 14 juillet a adopté cette année un format particulier, sans public. Le cortège militaire n’a ainsi pas descendu, comme c’est la coutume, l’avenue des Champs-Elysée. Les troupes ont défilé en rond place de la Concorde.

    Vidéo de la chaine Youtube Elysée 

  • L’économie de marché a-t-elle vécu ?

    L’économie de marché a-t-elle vécu ?

    Le Président de la République travaille à la réanimation du Commissariat général au Plan qui avait connu son heure de gloire après la Seconde Guerre mondiale et jusque dans les années 60. Après la défaite de 1940, les destructions liées à la guerre, la planification s’était imposée comme outil de reconstruction. L’amalgame réalisé entre le virus et la guerre aboutit donc à renouer avec cette vieille idée qui trouve ses origines dans feu l’URSS.

    Au-delà de cette remise au goût du jour de la planification à la Française, l’époque est à l’interventionnisme. Les grands principes de l’économie de marché et plus globalement du libéralisme sont remis en cause au nom de la priorité affichée en faveur de l’emploi et des entreprises. Comme dans de nombreux domaines, la crise sanitaire accélère le retour du dirigisme qui était déjà bien présent depuis plusieurs années.

    Cet abandon des canons du libéralisme prend plusieurs formes en concernant tout à la fois la politique monétaire, les échanges, la fixation des revenus et les finances publiques.

    Une politique monétaire de moins en moins indépendante

    L’indépendance des banques centrales vis-à-vis de l’exécutif s’est imposée à partir des années 70. Elle était censée protéger la monnaie des gouvernements et s’inscrivait dans le cadre des politiques de désinflation. Le principe était que les États ne pouvaient pas demander à leur banque centrale de financer les dépenses publiques à travers des mécanismes de création monétaire. Si l’indépendance formelle demeure, depuis la crise de 2008, elle est devenue une illusion. Les banques centrales sont amenées à prendre en charge une part croissante des déficits publics. Par leur politique de taux bas, elles améliorent la solvabilité des États et facilitent le financement des dépenses. Elles sont devenues des acteurs clefs de l’économie en sortant de la sphère purement monétaire. Leurs marges de manœuvre se sont réduites. En 2019, la FED a été contrainte de baisser ses taux directeurs sous pression du pouvoir politique. Par ailleurs, dans le contexte actuel, elles ne peuvent plus remonter librement leurs taux au risque de provoquer la banqueroute des États.

    L’indépendance s’est transformée en dépendance. La création monétaire obéit à des considérations économiques mais aussi et surtout budgétaires. La BCE doit tenir compte de la situation des pays les plus faibles pour déterminer sa politique monétaire et non exclusivement de celle de l’ensemble de la zone euro. Si elle oubliait ce principe, les écarts de taux augmenteraient entre les États du Nord et ceux du Sud au point de provoquer un risque d’éclatement.

    La crise de la Covid-19 amplifie cette tendance avec une monétisation croissante des dettes publiques. L’interventionnisme monétaire contribue à fausser la valeur de certains actifs, immobiliers ou actions. Le prix de ces actifs n’obéit plus à des considérations de rentabilité intrinsèque. Il est lié à des phénomènes de report artificiel au niveau de l’allocation des actifs. Les taux d’intérêts très bas modifient en profondeur les rapports économiques. Ils ralentissent la diffusion du progrès technique en permettant à des entreprises logiquement condamnées de se maintenir. Ils ont certainement des conséquences sur le niveau général des prix et sur les modalités de fixation des salaires.

    Une socialisation croissante des revenus

    La crise du covid-19 s’est traduite par une augmentation, en Europe, du chômage partiel. En France, du mois de mars au mois de juin, plus de 13 millions de salariés ont été à un moment ou un autre concernés. Ces salariés ont été payés par l’État durant leur période de chômage partiel. L’État est également venu en aide aux entrepreneurs indépendants. Cette socialisation a abouti à une augmentation des dépenses publiques qui ont ainsi dépassé 60 % du PIB. Cet accroissement est également imputable à la contraction du PIB du fait de la récession. La socialisation des revenus est un processus qui s’amplifie depuis une trentaine d’années. La création du RMI, remplacé par le RSA, l’instauration de la couverture maladie universelle, etc. sont autant de facteurs qui jouent en faveur de cette socialisation.

    Des libéraux comme des socialistes poussent à créer un revenu universel pour tous. Le lien revenu, travail, couverture sociale s’estompent progressivement mais sûrement.

    En France, les dépenses sociales représentent plus du tiers du PIB. Les prestations versées aux ménages constituent pour ceux qui se situent dans le premier décile (les 10 % les plus modestes) plus de 60 % de leurs revenus. Cette socialisation est également la conséquence de l’augmentation du nombre de retraités. Ces derniers qui étaient moins de 5 millions en 1981 sont aujourd’hui 16 millions en France. En 2060, ce nombre dépassera 25 millions.

    Le retour de l’État

    Si des années 80 aux années 2000, l’air du temps était libéral – en France, un peu moins qu’ailleurs – depuis la crise de 2008, l’interventionnisme est de retour. Les gouvernements ayant été appelés au secours après la faillite de Lehman Brothers sont de plus en plus présents sur le terrain économique. La répétition des crises, le chômage de masse, la montée des inégalités sociales et géographiques sont autant de facteurs qui incitent les dirigeants publics à intervenir de plus en plus fortement.

    Avec la mondialisation, le marché est, à tort et à raison, accusé de tous les maux. « L’État nounou » est devenu un leitmotiv. Face aux États-Unis, face à la Chine, face aux multinationales de l’information et de la communication, la demande d’État protecteur augmente. La crise sanitaire avec la crainte de multiples faillites conduit à un abandon des grands principes économiques de ces dernières années. Le droit de la concurrence est mis entre parenthèse, en France comme en Europe, dans le cadre des plans de soutien sectoriel.

    Le temps des oligopoles

    Les États ne sont pas les seuls responsables du déclin du libéralisme. L’avènement d’oligopoles dans le secteur de l’information et de la communication symbolise la réduction de la concurrence et la création de nombreuses positions dominantes. Les GAFAM sont devenus des acteurs incontournables pour de nombreux secteurs d’activité (médias, automobile, finance, services, etc.). Du fait de leur taille, ils bénéficient d’effet de rentes qui ne sont peu ou pas redistribués, ce qui freine d’autant la croissance économique.

    À la différence des années 1920 ou 1960/1970, les autorités américaines n’ont pas pu – ou n’ont pas voulu – appliquer les lois antitrust. Il en est de même en Europe. La concentration ne concerne pas que le monde du digital. Tous les grands secteurs sont concernés, l’automobile, l’aéronautique, la chimie, le médicament. Les indices qui la mesurent sont au plus haut.

    Il en résulte des bénéfices accrus, symbole non pas d’une bonne santé économique mais d’un dysfonctionnement.

    Pour les libéraux, le bénéfice, le profit est une récompense temporaire qui a vocation à disparaître avec l’arrivée de nouveaux concurrents. La concentration économique est également encouragée par les pouvoirs publics qui souhaitent la constitution de champions nationaux pour lutter contre des concurrents d’origine étrangère. Les plans d’aide attribués dans le cadre de la crise sanitaire accentuent cette tendance de fond.

    Le retour du protectionnisme

    Depuis quelques années, le libre-échange était contesté que ce soit en Europe ou aux États-Unis. Les manifestations contre l’accord commercial avec le Canada, la sortie des États-Unis de l’accord Pacifique, la guerre commerciale de ces derniers avec la Chine, étaient autant de signes du retour du protectionnisme. Le Brexit était également une manifestation de ce nouveau protectionnisme teinté de relents de populistes.

    Le nationalisme économique semble s’imposer sur fond de pénuries de masques, de respirateurs artificiels ou de doliprane. La méfiance à l’encontre de la Chine s’est accrue avec une demande de protection des intérêts dits stratégiques. Le souhait de relocaliser certaines activités est avancé par de nombreux gouvernements. Ce processus risque de s’avérer complexe et générer des hausses de prix.

    La transition énergétique en mode antilibérale

    Pour certains, la transition écologique est synonyme de nécessaire décroissance ; pour d’autres, certaines activités comme l’aviation, doivent être limitées au maximum et l’économie être administrativement réorientée. Dans tous les cas, les tenants d’une transition rapide souhaitent tout à la fois un dirigisme et une remise en cause de l’initiative privée.

    Pour réduire les émissions de CO2 de 50 % en 2030 par rapport au niveau de 1990 et de 100 % en 2050, ils estiment qu’un signal-prix et des mécanismes de marché ne suffiront pas. Le passage à une économie décarbonée implique des règlementations strictes (émissions de CO2 pour les véhicules, les usines, etc.) et des obligations (rénovation de l’habitat, interdiction ou limitation de circulation).

    L’économie de marché est jugée incapable de réduire les émissions de CO2 en raison de sa myopie supposée même si des progrès notoires ont été réalisés ces trente dernières années. Les émissions de CO2 ont ainsi diminué de 20 % en Europe. Pour des raisons climatiques et sociales, les gouvernements interfèrent de plus en plus souvent sur les modalités de fixation des prix en particulier dans le secteur énergétique.

    Plus d’État, plus de social, moins de liberté d’initiative, les fondamentaux de l’économie libérale sont mis à mal depuis de nombreuses années. Ils le sont d’autant plus qu’un processus de concentration modifie en profondeur le capitalisme. Avec la raréfaction des entreprises cotées et la diminution du nombre d’actionnaires (rachats d’actions facilités par la politique des taux bas), l’économie de marché change de visage.

    Une concurrence frontale entre le modèle chinois et occidental

    Entrée en concurrence frontale avec le modèle d’économie mixte et dirigiste chinois, les pays occidentaux semblent hésiter sur la voie à suivre. La compétition avec le système soviétique avait donné lieu à des inflexions de la part des pays d’économie de marché qui avaient comme en France mis en œuvre la planification. La réponse à la crainte marxiste avait été surtout donnée par le déploiement du fordisme et du keynésianisme.

    Depuis une dizaine d’années, l’économie de marché est de plus en plus critiquée en  son sein comme en témoigne le dernier ouvrage de l’économiste de Natixis, Patrick Artus consacrée à l’austérité salariale. La mondialisation et la digitalisation sur fond de ralentissement de l’ascension sociale mettent en tension le système capitaliste actuel. La contrainte écologique accentue cette tendance et oblige les entreprises à se réinventer tout en conservant leur rôle. L’entreprise permet là une mise en commun de moyens, travail et capital ainsi que de compétences, de savoir-faire, d’innovations, en vue de produire un bien ou un service. Elle peut prendre diverses formes, capitaliste, mutualiste, paritaire, associative, etc. Cette mise en commun s’est longtemps effectuée avec comme au théâtre une unité de temps et de lieu.

    Le libéralisme avait pour vocation d’assurer une auto-régulation du système à travers le mécanisme des prix. Depuis le XXe siècle, la présence croissante de l’administration publique a fortement changé les rapports de force surtout au sein des pays européens et en premier lieu en France. Les pouvoirs publics à travers les budgets de l’État et de la Sécurité sociale influencent la conjoncture économique. Si jusque dans les années 80, le dirigisme étant direct à travers le contrôle des prix, les nationalisations, la politique du crédit, il a pris d’autres habits depuis, avec le recours croissant à la norme qu’elle soit sociale, technique, ou sanitaire. Que ce soit au niveau des télécommunications, de la finance ou de l’agriculture, le repli de l’État avait été tout relatif. Les crises en cours le remettent simplement en tête de gondole.

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