Petit tour des plans de relance

Petit tour des plans de relance

Face à la crise économique, tous les gouvernements adoptent des plans de relance. Tous distribuent aux entreprises et aux ménages, soit par des prêts, soit par des aides directes. Certains pays espèrent amplifier la reprise par des baisses d’impôts, comme l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas ou les Etats-Unis.

En France aussi, Bruno Le Maire s’est prononcé pour des baisses d’impôts dits de « production », qui atteignent en France plus de 100 milliards d’euros, un record. On verra de combien sera la diminution. Emmanuel Macron a annoncé un plan de relance d’un montant de 100 milliards, en plus des 460 milliards de coûts dus à la crise. Des montants difficilement imaginables et mesurables.

Chaque pays a donc décidé de son plan de relance. Chacun avec ses moyens et spécificités.

 

Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale a acheté des centaines de milliards de Bons du Trésor et maintenu les taux d’intérêt au plancher. Un plan de relance budgétaire de 2200 milliards de dollars a été voté. Des dizaines de millions de foyers vont recevoir 1200 dollars plus 500 dollars par enfant. Pour l’instant, la reprise fonctionne, malgré le maintien de la crise sanitaire, puisque le chômage s’est réduit de 14.7% à 13.3% en un mois, l’économie américaine ayant créé 2.5 millions d’emplois.


En Australie, le budget de relance, qui intègre pour moitié des baisses d’impôts représente 13,3 % du PIB annuel. Les bénéficiaires de diverses allocations recevront un supplément de 550 dollars. L’accès aux aides sociales est facilité. Des aides sont accordées aux entreprises sous forme de crédits. 6,7 milliards de dollars de baisses d’impôts aux entreprises ont été décidés pour soutenir l’investissement.

 

Au Brésil, le gouvernement a annoncé un plan de 26 milliards d’euros pour soutenir les petites et moyennes entreprises et les familles à bas revenus.

 

Au Japon, le plan de secours représente 1000 milliards de dollars. Soit 20% du PIB selon d’autres calculs. Paiements directs, prêts, reports de paiement d’impôts. La Banque du Japon a annoncé qu’elle doublait ses achats annuels d’actions et d’obligations pour atteindre 100 milliards de dollars.

 

Aides directes, prêts et baisses d’impôts

Au Royaume-Uni, le gouvernement versera 80% des salaires pendant plusieurs mois pour éviter les licenciements. La Banque d’Angleterre a abaissé son taux d’intérêt à 0,5%. Elle a accepté de financer directement les dépenses du gouvernement pendant la crise. L’ensemble des mesures représenterait plus de 400 milliards de livres, soit environ 15 % du PIB.

 

L’Allemagne a renoncé à l’équilibre budgétaire. Elle peut se le permettre, puisque son endettement public est passé de 80% du PIB à 60% en moins de dix ans. Son plan de relance représente 10% du PIB, soit 350 milliards d’euros. Il s’agit d’un « mix » entre aides, prêts, prises de participation, et baisses d’impôts. La mesure la plus spectaculaire est la baisse de la TVA de 3%.  Le déficit public allemand est attendu à -6% du PIB, moins qu’en France (-9%, avec une dette prévue représentant 120% du PIB).

 

En Italie, le gouvernement a prévu une baisse des impôts sur les entreprises de 4 milliards, et une prime de vacances de 500 euros par famille. Le montant total du plan de relance serait de 55 milliards d’euros.

 

Aux Pays-Bas, le plan de soutien à l’emploi représente 20 milliards d’euros. Le report des charges sociales et des impôts représente lui 36 milliards d’euros. Plus une diminution des impôts de 4 milliards. Le total des dépenses approcherait 5% du PIB. Le PIB n’a reculé que de -1,7% en Hollande, qui a mené un confinement « souple».

 

L’Autriche avait autorisé la réouverture de certains commerces dès la mi-avril. Le gouvernement prévoit des dépenses d’un montant de 38 milliards d’euros.

 

A ces décisions nationales, en Europe, la Commission européenne, sur proposition de la France et de l’Allemagne,  a ajouté un plan de relance de 500 milliards d’euros, avec la création d’un Fonds de relance, et une mutualisation partielle de la dette. La Commission a proposé d’emprunter 750 milliards d’euros. Une première.

 

Vers un impôt européen

Pour rembourser, la Commission propose de créer de nouvelles taxes afin de ne pas augmenter les contributions nationales au budget européen : une taxe carbone aux frontières de l’UE, un impôt sur les revenus des grandes entreprises, une taxe spécifique pour les sociétés numériques. Sur les 750 milliards d’euros, 500 milliards seraient redistribués sous forme de subventions, le reste sous forme de prêts aux États.

Les pays du Sud comme l’Italie et l’Espagne en seraient les principaux bénéficiaires avec respectivement 172 milliards d’euros et 140 milliards, puis la Pologne avec 64 milliards, et la France avec 39 milliards. Les pays bénéficiaires devraient présenter un plan d’investissements et de réformes.

Enfin la Banque centrale européenne (BCE) a prolongé son programme d’urgence et maintenu ses taux d’intérêt à 0%. Son programme de rachat de dette publique et privée, déjà de 750 milliards d’euros, a augmenté de 600 milliards supplémentaires.

Les riches à la relance

Si l’on compare les plans de relance, on s’aperçoit d’une part que ce sont les plus riches qui sont les plus audacieux. Ils en ont les marges de manœuvre : Etats-Unis, Japon, Allemagne, Australie. Inutile de dire que les pays les moins riches n’ont pas les capacités des pays européen.

Le plan de relance russe, par exemple, est annoncé à 65 milliards d’euros, soit un peu plus que celui des Pays-Bas, et à peine ce que recevra la Pologne de l’Union européenne.

D’autre part, le « mix » de mesures qui va des allocations directes aux baisses d’impôts, associe relance par la demande et relance par l’offre. Enfin, le chiffrage de ces  plans de relance reste incertain, tant ils dépendent de la vigueur de l’activité économique, du montant des prêts demandés puis accordés, et de la permanence de la crise sanitaire. Il est peu probable que l’ensemble des aides annoncées soient effectivement consommées.

 

Des mesures massives

Les mesures prises anticipent les reconfigurations industrielles et économiques. Chacun voulant renforcer son économie locale, les règles de la concurrence, notamment dans l’Union européenne,  sont suspendues, ce qui risque de conforter les entreprises des pays qui aideront le plus leurs entreprises, comme l’Allemagne…

Dernière originalité, outre les prêts directs des banques centrales aux gouvernements, comme au Royaume-Uni, le plan de relance européen est une première. Il est massif. Et il promet ce qui a toujours été évité jusqu’à présent : un impôt européen.

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