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  • Cartographie du nouveau monde

    Cartographie du nouveau monde

    Venus du soleil levant, bardés de costumes en métal, chevauchant des monstres effrayants, maîtres des éclairs et du tonnerre, cruels, avides, laids, des extraterrestres barbus sur peau morbide abattirent l’empire. Tout empire, au Mexique, au Pérou, en Asie et en Afrique, périra. La carte du monde changea à jamais. Celle des terres, plus encore celle des richesses,  de la puissance. Selon le PIB, l’Afrique est toute petite, l’Europe écrase la Russie. Ces dernières années, la Chine gonfle, bulle sur le point d’éclater, qui n’éclate jamais. Parce que ce monde industriel, qui évolue si vite, n’existe déjà plus. De nouveaux conquistadors ont débarqué, avec des métaux en silicium, des peaux en hologrammes, une avidité sans limite. Quelle humanité dessine la cartographie de ce nouveau monde ?

    Le bitcoin remplacera les monnaies des vieux États endettés

    En France, le créateur de Ledger, une licorne française, lance « The Bitcoin Society », persuadé que le bitcoin remplacera les monnaies des vieux États endettés, ceux des vieilles sociétés industrielles, avec leur vieille fiscalité qui financent de vieilles machines de guerre. « The Bitcoin Society », cotée en Bourse, s’adjoint une Network Society, réseau de réseaux au service des créateurs-entrepreneurs, liés par une charte de valeurs fondée sur la liberté. Leur conviction : les révolutions en cours changeront le monde, pour tous, plus vite qu’on ne le croit, par les entreprises et non par les États. Et ce mouvement, ouvert à tous, sera plus efficace que l’État providence. Soit, Musk s’est fourvoyé avec Trump, mais ses actionnaires ont validé son bonus de 1000 milliards, mais la Silicon Valley déborde Musk, Trump et ses successeurs. Elle va plus vite, plus loin, plus fort.

    L’entrepreneur Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, a officiellement lancé The Bitcoin Society, le 25 novembre 2025. Un projet hybride mêlant trésorerie en Bitcoin, réseau d’entrepreneurs et club premium. ©AFP
    L’entrepreneur Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, a officiellement lancé The Bitcoin Society, le 25 novembre 2025. Un projet hybride mêlant trésorerie en Bitcoin, réseau d’entrepreneurs et club premium. ©AFP

    Voilà un basculement qui change la conception même de l’État

    Que les entreprises changent le monde, on le savait avant le moulin à vent. Qu’ils influent sur les pouvoirs, aussi. Qu’ils deviennent des concurrents des États, comme le firent les banquiers d’Amsterdam et de Gènes en créant les leurs, voilà un basculement qui change la conception même de l’État. Partout, surtout chez ceux qui n’ont pas de licornes (start-up de plus d’un milliard), puisqu’ils en seront plus dépendants encore.

    Les États-Unis comptent plus de 1600 licornes, la Chine 400, le Royaume-Uni 170, l’Europe 150 (dont la France, 54). 110 licornes en Israël comme en Inde. Sur cette carte, si la Palestine n’existe pas, l’Égypte, non plus. L’Arabie l’a compris. Israël investit 6% de son PIB dans la recherche, l’Inde, 0,6%. 10 millions d’habitants d’un côté; 1,4 milliard de l’autre. La démographie compte peu dans la puissance, sinon le Grand Moghol aurait été vice-roi d’Angleterre. L’Indonésie, le Bengladesh, le Nigeria, existent-ils sur cette carte des puissances, celle des inégalités futures ?

    Le pouvoir chinois craint toute entreprise qui pourrait le concurrencer : Huawei, Tencent, Alibaba restent sous surveillance du PCC. Les grandes entreprises chinoises émigreraient si elles le pouvaient. Les cerveaux le font. Les patrons de la tech sont des immigrés, comme Jensen Huang, chinois de Taïwan, patron de Nvidia.

    Photo illustration ©Stockadobe
    Photo illustration ©Stockadobe

    La Russie, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine, disparaissent.

    Première entreprise mondiale, NVIDIA, valorisé 5000 milliards de dollars, n’existait pas il y a trente ans. Les entreprises de la tech américaines pèsent trois fois celles de la Chine. L’Europe court derrière, elle court quand les autres décollent, mais elle existe. La Russie, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine, disparaissent. Certes, ils pourront toujours faire la guerre, entre eux.

    Le nouveau monde a besoin d’énergie. La Chine a mis la main sur les panneaux solaires et les batteries. Les dix premiers fabricants mondiaux sont en Asie, six sont chinois. BYD, le constructeur chinois de voitures électrique construit plus de voitures que toute l’industrie allemande. Mais l’industrie automobile chinoise, dopée par les subventions, comme l’immobilier est au bord de l’implosion. C’est la finance qui fabrique l’acier, le béton et le silicium. Que devient le PCC, le monde, avec une crise financière chinoise ?

    Photo illustration ©Stockadobe
    Photo illustration ©Stockadobe

    C’est la finance qui fabrique l’acier, le béton et le silicium.

    Derrière la Chine et les États-Unis, l’Europe. Elle reste un pôle d’innovation et de recherche. Elle reste surtout un pôle de stabilité et de sécurité. L’Inde peut imploser, Israël s’autodétruire. Ce pôle de stabilité est attaqué, de l’extérieur, mais surtout de l’intérieur, notamment par la Russie, qui est devenu le proxy de la Chine.

    Le modèle chinois est aux antipodes de celui des États-Unis. Le basculement géopolitique se fera par le poids de l’Europe. Si elle éclate, le poids, ou contrepoids, disparaît. Les percées des technologies, des start-up, de l’intelligence artificielle, dépendent (comme à Amsterdam et Gênes au 16eme siècle) des nouvelles ingénieries financières. L’Europe a besoin d’une bourse, d’un marché des capitaux, de systèmes financiers innovants de fonds de pension. Ce sont eux qui mutualisent les risques, ce qui permet l’innovation.

    Les percées technologiques dépendent des nouvelles ingénieries financières.

    Le système chinois est bancal. Le contrôle du parti empêche le développement autonome des entreprises, vues, à juste titre, comme des centres de pouvoir qui pourraient devenir indépendants.

    La transformation interne du monde des entreprises n’en est qu’à ses débuts. Les entreprises de la tech appartiennent en grande partie à leurs employés, pas seulement à leurs fondateurs. Dans les startups américaines, les plans d’actions attribués aux employés peuvent représenter 20 % à 25 % du capital (21 % pour Microsoft, 31 % pour Apple.) 18% des employés américains possèdent une participation au capital de leur entreprise. En Europe, seulement 3%. En Chine, zéro. 30 millions de salariés actionnaires aux États-Unis, environ 9 millions en Europe.

    Les entreprises de la tech appartiennent en grande partie à leurs employés.

    Le salariat, symbole du monde de l’usine, ne permet plus de véritable ascension sociale. Si l’économie n’est pas inclusive, elle se développe peu. Elle l’était par la consommation, alimentée par la dette des États-Providence, elle le sera par le partage de la création de valeur.

    La révolution digitale change la consommation, le travail, l’enseignement, la production, la communication, la guerre. Elle change aussi la monnaie, l’identité civile, les modes de décisions et les centres de décisions, les modes de pensée.  Elle bouleversera vite les centres de gravité internes et externes, des États ; les champs magnétiques qui aimantent les populations. La cartographie du monde s’anime en nouveaux reliefs. Sa carte mentale en premier.

    « Si la culture a un sens, c’est très simplement la noblesse du monde. »

    Pour résister aux conquistadors, ne pas les prendre pour des dieux, ni pour des imbéciles, s’équiper de silicium, comme eux. « Ou bien l’ensemble des usines de rêve (cinéma, radio, littérature, etc.) rendra l’humanité asservie aux puissances qui sont derrière ces rêves, ou bien l’humanité choisira dans ce qui a survécu sa part la plus haute, parce que, si la culture a un sens, c’est très simplement la noblesse du monde. » Malraux, Québec, 1963. Comme quoi, la question du pouvoir est toujours celle de la tête, casquée, de fer rouillé ou de silicium.

    Laurent Dominati

    a Ambassadeur de France

    a Député de Paris

    a Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de l’app de paiement dédiée aux Français de l’étranger France Pay

    Laurent Dominati

  • FC Expat avec Fred Hermel : un retour en France après 29 ans d’exil espagnol

    FC Expat avec Fred Hermel : un retour en France après 29 ans d’exil espagnol

    Dans ce nouvel épisode de FC Expat, Lesfrancais.press accueille une voix bien connue des amateurs de football et des auditeurs de RMC, Fred Hermel, journaliste, auteur et observateur privilégié du football espagnol et notamment du Real Madrid, un de ses clubs d’amour avec lequel il a vécu quotidiennement pendant 29 ans. À l’occasion de la parution de son nouveau livre « C’est ça la foi ! » aux éditions Fayard, il revient sur ses trois décennies passées en Espagne, son retour en France et son regard d’« exilé » sur le sport et la culture française.

    Écouter le podcast avec Fred Hermel

    Le retour en France : entre sanglots et besoin de renouer avec son pays

    Au cours de ce podcast du FC Expat notre invité, Fred Hermel confie d’emblée combien l’Espagne a marqué sa vie, et le ressenti de son retour en France. Il raconte notamment un épisode bouleversant : « L’un des souvenirs les plus forts, c’est quand j’ai pris l’avion pour rentrer, j’ai éclaté en sanglots dans l’avion (…) quand il a commencé à décoller. 29 ans de ma vie, je tourne la page. Ça a été un moment d’une grande puissance émotionnelle ».

    « J’ai commencé ma nouvelle vie en France.
    Ça a été dingue, parce qu’en fait au moment où je quitte l’Espagne,
    j’ai vécu plus de temps en Espagne qu’en France »

    Fred Hermel, journaliste, auteur de « C’est ça la foi ! »

    Fred Hermel devant les éditions Fayard où il publie "C'est ça la foi !"
    Fred Hermel devant les éditions Fayard où il publie « C’est ça la foi ! »

    Arrivé à 22 ans en Espagne, le natif du Nord de la France en est reparti à 51. Il remarque d’ailleurs qu’au moment où il « quitte l’Espagne » pour commencer sa « nouvelle vie en France », il trouve « dingue » d’avoir « vécu plus de temps en Espagne qu’en France ». Une situation que beaucoup d’auditeurs expatriés connaissent également.

    Après trois décennies de vie madrilène, Fred Hermel éprouvait le besoin de renouer avec son pays : « J’avais envie de vivre dans ma culture en tant qu’adulte ». Il évoque aussi la nécessité de se rapprocher des siens, et remarque également que « loin des studios parisiens, certaines opportunités (lui) ont échappé ». La période du Covid a aussi été un élément déclencheur de ce retour à Paris. 

    Un lien toujours vivant avec l’Espagne et avec Zidane ?

    Spécialiste du Real Madrid, journaliste incontournable de l’antenne de RMC et aussi auteur d’une biographie de référence sur Zinedine Zidane, (« Zidane », ed Flammarion), Fred Hermel nous informe que depuis la France, il continue à écrire deux chroniques par semaine dans le journal AS, l’équivalent espagnol de L’Équipe.

    « Je ne vois pas comment (…) Zidane ne serait pas
    le prochain sélectionneur de l’équipe de France. »

    Fred Hermel, journaliste, auteur de « C’est ça la foi ! »

    Mais professionnellement, il a tourné la page du journalisme sportif » pour revenir « à (ses) premiers amours » avec notamment ce programme sur RMC, « Bonjour, c’est Fred », une matinale programmée le week-end qui met en avant la France qui travaille, ainsi qu’un podcast littéraire. Toutefois il continue à suivre le football pour le plaisir, mais uniquement ses deux clubs de cœur : le RC Lens, et le Real Madrid.

    Fred Hermel, auteur d'une biographie de référence sur "Zidane" (Ed Flammarion)
    Fred Hermel, auteur d’une biographie de référence sur « Zidane » (Ed Flammarion)

    Spécialiste incontesté de Zinedine Zidane, Fred Hermel évoque la possibilité de voir l’ancien numéro 5 du Real Madrid à la tête des Bleus : « Je ne vois pas comment (…) Zidane ne serait pas le prochain sélectionneur de l’équipe de France. ». Son livre sur l’ancien numéro 10 tricolore, déjà traduit en plusieurs langues, vient récemment de paraître en arabe et sortira bientôt en grec : preuve que la légende Zizou touche bien au-delà de la France.

    Vivre à l’étranger : une expérience qui transforme

    Pour Fred Hermel, l’expatriation n’est pas seulement un choix de carrière : « Je préfère le mot “exilé” au mot “expatrié » confie-t-il. Partir vivre ailleurs permet de mieux comprendre son propre pays. On entre dans ce côté exil qui permet alors de regarder la France « d’une manière différente » selon lui. Même installé dorénavant à Paris, notre invité revendique cette identité particulière : « Je serai un exilé toute ma vie. (…) Je serai toujours un Français de l’étranger. » Un statut qu’il assume dans ses prises de parole, y compris lorsqu’il défend nos compatriotes établis hors de France dans les débats hexagonaux.

    « Les voyages rendent surtout moins con.
    On est plus ouvert au monde quand on a vécu à l’étranger »

    Fred Hermel, journaliste, auteur de « C’est ça la foi ! »

    Loin du seul cliché romantique, il explique que l’expérience à l’étranger façonne l’individu : « Les voyages rendent surtout moins con. On est plus ouvert au monde quand on a vécu à l’étranger », exprime-t-il. Comme pour les footballeurs français évoluant à l’étranger, notre invité encourage les journalistes à tenter cette aventure hors de France : « Au moins une expérience d’un an, deux ans, trois ans, ça fait de vous un être totalement différent et un être meilleur. »

    « C’est ça la foi ! : un livre ancré dans la culture française

    Livre « C’est ça la foi ! » , auteur Fred Hermel
    Livre « C’est ça la foi ! » , auteur Fred Hermel

    Son dernier livre, « C’est ça la foi ! » vient de paraître aux éditions Fayard. Il s’agit moins d’un ouvrage théologique que d’un essai sur la culture française façonnée par des siècles de traditions catholiques : « Ce n’est pas un livre de théologie. C’est un livre sur la culture française religieuse », explique-t-il, avec toujours une vision d’exilé, d’expatrié…

    Fred Hermel annonce vouloir aller à la rencontre des lecteurs expatriés dès début 2026 : « Si Dieu le veut, je serai à Jérusalem au mois de janvier. (…) Je pense que je vais refaire des signatures en Belgique aussi. ».


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    Enfin, dans les arrêts de jeu de ce FC Expat, impossible de ne pas évoquer les interventions régulières de notre invité dans l’« After Foot » aux côtés de Daniel Riolo, connu pour son tempérament affirmé et son besoin d’avoir toujours raison. Nous avons donc demandé à Fred Hermel si, au fond, il n’était pas plus simple de dialoguer avec Dieu qu’avec son ancien collègue d’antenne, avec lequel les joutes verbales ont souvent été musclées. Sa réponse, pleine de nuances et de sincérité, vaut absolument l’écoute : parfois, les personnalités les plus bruyantes ne sont pas celles que l’on croit…

    Avec sa franchise habituelle, Fred Hermel offre aux auditeurs Lesfrancais.press un témoignage profond, sincère et souvent émouvant sur sa passion du football, l’exil, l’identité et la fidélité à ses racines. Dans ce podcast, notre invité raconte ses 29 ans en Espagne, son Real Madrid, son retour en France et son livre « C’est ça la foi ! ». Une conversation inspirante à retrouver en intégralité dans ce nouvel épisode du FC Expat.


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  • « (R) EXISTIR : chronique de la fin de règne de Bolsonaro par un Français de São Paulo »

    « (R) EXISTIR : chronique de la fin de règne de Bolsonaro par un Français de São Paulo »

    S’il n’était question que d’une chronique politique de plus, il suffirait de lire (R) EXISTIR pour son seul sous-titre « Chronique de Sao Paulo et du Brésil sous l’extrême-droite » (Alterpublishingbooks) qui le résumerait pleinement : le livre évoque en effet les deux dernières années (2021-2023) du règne suffocant de Jair Bolsonaro, jusqu’à la réélection « libératrice » de Lula. Entre explosion des morts du Covid, manipulations permanentes et propagande multiforme, entre violence de rue et violence des puissants, le pouvoir politique brésilien semble pris dans la pleine ivresse de sa démesure.

    Mais (R) EXISTIR est le journal de combat ordinaire d’un citoyen armé de son seul téléphone portable. Comme si faire des photos, des captures d’écran, des montages, était autant de moyens de documenter l’époque, de la disséquer et d’en faire le commentaire hybride : entre texte et contre images. Un manuel de résistance pour tout un chacun et la chronique poétique de la fin de règne de Bolsonaro par un Français de São Paulo.

    Xavier Baert : un auteur engagé

    Livre (R)Existir
    Livre (R)Existir, Xavier Baert

    Xavier Baert s’est fait le devoir de commenter le règne de ce président populiste symbole d’une époque hélas prolifique qui semble en accoucher de nouveaux régulièrement. Mais il est aussi l’écrivain des petites et grandes choses du quotidien brésilien, nourri des lectures d’Annie Ernaux comme de Marguerite Duras. Avec la Nobel normande il partage le sens du dépouillement  stylistique. Avec la grande Duras et son langage propre, il pratique le collage littéraire : son roman-photo engagé invente une forme nouvelle où la copie des posts Instagram et leur plastique figée se mêlent aux photos de rues chargées de vie. 

    Partout un univers de béton omniprésent, une ville où l’on ne se déplace qu’en voiture, un univers qui grouille où l’autre est partout et nulle part mais où les distances sociales et parfois raciales créent des frontières hermétiques. Et une épaisse couche de misère qui se déploie dans un pays qui n’a pas vaincu sa pauvreté endémique.

    Nulle sanctification de la souffrance ou de la détresse ici, mais un regard humain à la bonne distance. Comme si Raymond Depardon avait décidé de traîner dans les rues de l’immense métropole économique brésilienne pour y rencontrer ses habitants dans un moment critique de leur histoire politique et sanitaire.

    « Un pays face à une stratégie de tension, voire d’hystérie,
    une veine d’énervement collectif ».

    Xavier Baert, auteur de (R)EXISTIR

    Aussi, la propagande politique sature l’espace urbain, signe peut-être d’une extrême droite qui se déploie partout, un règne des images auquel on n’échappe pas. Une version totalitaire de la communication politique. Combien de Une de journaux d’un Bolsonaro sûr de sa puissance ? Combien de photos de ses supporters souriants ? Combien d’imprimés de tee-shirt à la gloire de l’un ou de l’autre des leaders d’un Brésil polarisé ?

    Bolsonaro – Lula : entre coup d’État et élections

    Jusqu’aux ultimes photos du livre qui en forment la conclusion visuelle : Un palais présidentiel envahi après la victoire de Lula. Une tentative de coup d’État d’un Bolsonaro mauvais joueur. Grandeur et fragilité du pouvoir. Et toujours ce jaune et ce vert d’un drapeau brésilien qui perd de son éclat joyeux et devient un symbole d’incertitudes vides.

    manifestant à Sao Paulo contre la politique sanitaire de Bolsonaro
    Manifestants à Sao Paulo contre la politique sanitaire de Bolsonaro

    J’ai aimé la force d’aspiration d’un journal de plus de 500 pages faits de vignettes, de captures d’écrans, de photos du « peuple pauliste ». On est loin du cliché de la Saudade et de la Samba. Même si le livre est plus Saudade que Samba. Ces pages critiquent vertement le régime de Bolsonaro mais ne sombrent pas dans le manichéisme qui ferait de Lula un nouvel archange libérateur. Le ton est engagé mais ce Français plus artiste que militant ne parle que pour lui-même empruntant la subjectivité de l’auteur plutôt que l’objectivité du journaliste ou la distance documentée du diplomate. La forme poétique et minimaliste de nombreux passages renvoie aux Haïkus qui ont nourri l’auteur. Un apaisement pour les cœurs de démocrates en peine face au spectacle de politiques brûlés au fer rouge des passions mauvaises.

    Manifestants
    manifestant à Sao Paulo contre la politique sanitaire de Bolsonaro avec le drapeau du Brésil

    Cette chronique politique est celle d’un pays placé face à une « stratégie de tension, voire d’hystérie, une veine d’énervement collectif qui ne cesse de battre ». Un pays où la propagande de Bolsonaro fait de l’avènement de la dictature en 1964 « un jalon pour la démocratie brésilienne ». Un pays où une députée du camp présidentiel peut poursuivre l’arme au poing un manifestant et passer pour une héroïne. Un pays où la réélection de Lula ne se fera pas au premier tour mais sera au final plus serrée qu’attendue. Un pays où l’installation de l’ancien prisonnier redevenu président débouchera sur une tentative de coup d’État de celui qu’il a délogé de la présidence.

    Fragilité des institutions, alternance douloureuse, corruption souterraine. En quoi croire vraiment ? Peut-être en ces moments poétiques entraperçus sous l’objectif d’un téléphone. Croire en la dignité du petit peuple. Entrapercevoir des moments de fraternité à travers le béton brut d’une ville industrieuse et inégalitaire.

    « Luiz est mort. Retrouvé sur son lit (…). Son visage n’était pas crispé. 
    Il serait mort soudainement et sans douleur »

    Xavier Baert, auteur de (R)EXISTIR

    Ce livre c’est aussi la chronique sanitaire d’une épidémie qui explose et apporte une touche de morbidité supplémentaire à la morbidité politique. Les chiffres tombent et égrènent l’intensité des ravages « 400 000 morts, 100 000 morts en 37 jours » avant le virage de la vaccination, qui arrive trop tard pour beaucoup.

    Xavier Baert perd des proches.

    « Luiz est mort. Retrouvé sur son lit. Il semble s’y être assis, peut-être pris d’un malaise, avant que le haut de son corps ne tombe sur le matelas. Son visage n’était pas crispé. Il serait mort soudainement et sans douleur ». Si le regard de Baert est celui d’un photographe, qui l’oblige à mettre à distance certaines émotions pour objectiver la chronique de l’époque, sa plume révèle son humanité fraternelle pour le genre humain. Luiz devient un de nos proches. Un de ceux perdus pendant l’épidémie mondiale du Covid.

    (R) EXISTIR : résister est-ce exister ?

    Humanité encore. Dans l’utilisation de « points fixes » dans ses photographies, comme celles de ce viaduc où il aperçoit chaque jour un pauvre homme couché à même le sol. L’homme du Viaduc devient un des symboles du livre, résistant parmi les chiens qui sont devenus ses doubles et ses protecteurs, image d’un Brésil pauvre et obstiné qui ne croit plus en ses politiques et qui cherche juste à survivre.

    Pont du Viaduc
    Pont du Viaduc

    Dans l’avalanche des unes de journaux criardes, dans l’indécence de ces joueurs de football qui, tels Neymar deviennent des icônes vides de sens, dans un Brésil loin du chromo de carte postale, on a aimé (R) EXISTIR. Car il y a une issue même face au pouvoir le plus laid dans sa propagande, et même quand le peuple paraît perdu, déboussolé et digne : Les urnes pour sanctionner les dérives. Les urnes pour tourner la page Bolsonaro. Et un président déchu qui s’accroche au pouvoir, ses partisans envahissant les bâtiments des trois pouvoirs le 6 janvier 2023 dans une tentative de coup d’État. Les urnes qui ne sont rien sans la force. Terrible époque. La page que noircit l’écrivain Xavier Baert depuis son téléphone est tragique et belle à la fois. Pour écrire la lutte politique et son âpreté, photographier l’instant en documentant l’époque, tout en disant la dignité des brésiliens au passage. (R) EXISTIR. Comme résister. Exister. Seuls ceux qui résistent existent. Seuls ceux qui existent résistent. Dazibao ou Haïku. Le livre n’oblige pas à choisir.

    Questions, Lesfrancais.press à Xavier Baert, auteur de (R)EXISTIR

    (R)EXISTIR : un live en temps réel

    Xavier Baert, auteur de (R)EXISTIR
    Xavier Baert, auteur de (R)EXISTIR

    Lesfrancais.press : « Qu’est-ce qui vous a amené au Brésil ? »

    Xavier Baert : « Des raisons familiales. Mon mari est brésilien. On a donc décidé d’aller au Brésil en 2015. Puis on a fait des allers-retours sur São Paulo. C’est une ville qui est très sous-estimée en France. Qui pâtit de la bonne fortune de Rio. Et pourtant on ne peut comprendre le Brésil si on ne voit pas São Paulo ou Brasília. On ne doit surtout pas réduire le Brésil à Rio. »

    Lesfrancais.press : Quel a été le moteur de ce travail d’écriture ?

    Xavier Baert : « Un jour je me promène dans la rue et je tombe par hasard sur un graffiti en brésilien qui peut se traduire par « tu me rappelles le printemps ». J’ai eu envie d’écrire là-dessus. C’était comme une étincelle. Je sentais qu’il était nécessaire d’écrire sur cette période. Une période tragique de l’histoire.

    « C’était comme une étincelle. Je sentais qu’il était nécessaire
    d’écrire sur cette période »

    Xavier Baert, auteur de (R)EXISTIR

    Quand je commence l’écriture du livre le nombre de morts s’accumule car Bolsonaro refuse l’accès au vaccin. J’étais déjà en train d’écrire un autre livre sur le Brésil. Mais je sentais qu’il fallait écrire en temps réel, documenter la période, écrire au ras du bitume. Ce relevé des évènements de l’époque a une valeur historique. On n’a pas encore mesuré toutes les répliques de ce moment pour l’histoire du Brésil ou à l’échelle mondiale. »

    Bolsonaro : le président d’une époque

    Lesfrancais.press : « On a l’impression que les populistes se copient les uns les autres et cherchent toujours à faire pire en matière d’outrance, de manipulation de l’opinion, de violence politique, non ? »

    Xavier Baert : « Bolsonaro est le produit d’une époque et d’une méthode : Sa méthode est de manipuler le langage. Si on voulait faire de l’histoire contemporaine on aurait besoin d’écrire un livre de rhétorique qui analyse le langage. Je pourrais aussi parler de Poutine et Netanyahou. Le grand sujet politique de l’époque c’est le langage. L’inadéquation entre le langage et la réalité. Les Américains l’ont vécu et on l’a vécu au Brésil. »

    Pont du Viaduc
    Pont du Viaduc

    Lesfrancais.press : « Dans le livre il y a de très nombreuses images. Images de propagande politique d’abord. Mais aussi de nombreuses histoires de résistance, politique ou plus symbolique. J’ai été frappé par ce « point fixe » constitué par l’image d’un pauvre homme sous un viaduc. Vous le croisez à plusieurs reprises. Sans lui parler. C’est une Image forte de résistance ? »

    Xavier Baert : « La première résistance est vitale. Comment on survit dans la rue. C’est ce qui frappe à São Paulo. Il y a plusieurs manières de faire sentir le temps qui passe dans le récit. Et parler de cette figure qui est là parfois sous le viaduc et qui parfois n’est pas là en est une. Je photographiais les graffitis côtés Est et Ouest et progressivement ils étaient recouverts par d’autres. Là aussi c’était une illustration du temps qui s’écoulait. 

    « Il avait encore la force de lire malgré la misère autour »

    Xavier Baert, auteur de (R)EXISTIR

    Ce qui m’intéressait dans la figure de cet homme pauvre c’est qu’il lisait. Je me suis longtemps demandé : « Mais qu’est-ce qu’il lit ? » Je ne le saurais jamais. Cet homme utilisait la lumière blanche des néons sous le viaduc et il avait encore la force de lire malgré la misère autour. La dimension terrible de tout cela c’est que je ne sais pas ce qu’il est devenu et que j’ai arrêté de le chercher dans la rue. »

    Les influences de (R)EXISTIR

    Lesfrancais.press : Il y a des références littéraires et musicales dans le livre, des passages poétiques, comme si vous ressentiez un besoin d’oxygénation face à la déferlante politique et à la propagande électorale.

    Xavier Baert : « Le livre s’est appelé longtemps « contrechants atlas », comme une deuxième mélodie. L’idée était de montrer que malgré cette présence puissante de la vie politique, sur les réseaux sociaux, dans les signes que les gens utilisent dans la rue (notamment le maillot de l’équipe du Brésil devenu un symbole de ralliement à Bolsonaro) malgré tout cela la vie continue. La vie politique devient plus importante dans la fin du livre avec la tentative de coup d’État de Juin 2023. Mais il était important pour moi de conserver cet entrelacement entre la vie quotidienne et la vie politique.

    Manifestant masqué avec pancarte
    Manifestant à Sao Paulo contre la politique sanitaire de Bolsonaro

    Ce qu’on voit à la fin du livre c’est l’entrée par effraction des supporters de Bolsonaro sur la place des trois pouvoirs, la place où siègent les pouvoirs de la République. C’est la réplique brésilienne de l’invasion du Capitole de Washington. »

    Lesfrancais.press : Quelles ont été vos références littéraires ?

    Xavier Baert : « Le Poète japonais Bashō et ses poèmes minimalistes, des haïkus qui concentrent en peu de mots toute la vie et tout le temps qui passe. Mais aussi Carlos Drummond de Andrade qui a écrit des chroniques magnifiques de simplicité et de profondeur. Il est très sous-estimé en France. Ce poète brésilien est la source de réflexion la plus importante pour moi. Je reproduis à la toute fin du livre la photo d’un de mes amis qui se fait tatouer une phrase de Drummond sur la peau. Le livre se situe dans cet arc narratif. »

    Lesfrancais.press : « Sur quoi travaillez-vous maintenant ? »

    Xavier Baert : « Je travaille sur les élections brésiliennes de 2018, sur ce qui s’est passé cette année-là. Je travaille encore sur le Brésil. »


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  • La jeunesse française, « prête à se lever pour la patrie » ?

    La jeunesse française, « prête à se lever pour la patrie » ?

    C’est officiel, dès l’année prochaine, les jeunes adultes pourront faire, s’ils le souhaitent, leur « service national ». C’est le nom choisi pour le nouveau service militaire dont le président de la République, Emmanuel Macron, a révélé les contours jeudi à Varces, près de Grenoble. On fait le point pour les Français de l’étranger !

    Les inscriptions ouvriront le 12 janvier 2026

    Selon le site officiel de l’armée de terre, les inscriptions pour le service national débuteront le 12 janvier 2026. Les candidats retenus percevront une rémunération mensuelle d’environ 800 euros brut, hors primes, et bénéficieront d’une réduction de 75% sur les trajets SNCF. Il est également indiqué que l’hébergement et les repas des volontaires seront pris en charge par l’armée.

    Le site développe également les conditions requises pour participer à ce service national :

    • être volontaire,
    • de nationalité française,
    • apte médicalement et âgé de 18 à 25 ans.
    • avoir effectué sa journée défense et citoyenneté

    Ce dernier point peut apparaître comme rédhibitoire pour les Français de l’étranger, puisque les consulats n’arrivent pas à organiser les fameuses Journée Défense et Citoyenneté. Les bulletins d’exception, que nos jeunes expatriés présentent pour s’inscrire à l’université en France, pourront-ils débloquer la situation ? Les modalités ne sont pas encore connues à ce jour.

    Emmanuel Macron le 27 novembre 2025
    Emmanuel Macron le 27 novembre 2025 ©AFP

    800 euros par mois

    En marge du discours d’Emmanuel Macron en Isère, l’Élysée a annoncé que les volontaires au service national seront rémunérés 800 euros par mois minimum, hébergés, nourris et équipés.

    Ce Service national pourrait donc être aussi une opportunité pour les jeunes Français nés à l’étranger de découvrir, à moindre frais, leur pays et renouer ainsi des attaches fortes avec nos familles restées au pays. Seul, le voyage resterait aux frais du jeune et de ses parents.

    Mais pour accueillir les volontaires, il faudra préparer les infrastructures et former les cadres. Cet effort de défense sera financé par la loi de programmation militaire 2026-2030, avec un budget supplémentaire de plus de deux milliards d’euros dédié au service national.

    « C’est un effort important. Il est indispensable. »

    Emmanuel Macron à Varces ce 27 novembre 2025

    Le nouveau modèle de nos forces militaires reposera sur un noyau dur, l’Armée que nous connaissons depuis la fin des années 90, renforcée par des professionnels de la réserve dont les effectifs passeront de 45.000 à 80.000 en 2030. Mais il sera aussi complété par une force issue de la jeunesse, présente au cœur de la Nation, « cette nouvelle force issue du service national ».

    Un atout pour le futur

    Emmanuel Macron a, aussi, expliqué le rôle des jeunes après leur service national : ils pourront poursuivre leurs études ou entrer dans la vie professionnelle civile, tout en intégrant la réserve opérationnelle de second niveau.

    « Ils seront accompagnés par les armées s’ils recherchent un emploi.
    Pour ceux qui le souhaitent, ils pourront rejoindre l’armée active en s’engageant et leur expérience acquise sera valorisée. (…)
    Ainsi, nos armées bénéficieront dans la Nation de jeunes Françaises et de jeunes Français dont les motivations auront été repérées, l’engagement éprouvé, les compétences exercées. C’est un atout majeur : militaire, moral, civique et républicain. C’est un acte de confiance dans notre jeunesse »

    Emmanuel Macron à Varces ce 27 novembre 2025

    Le président a insisté sur la valeur de cet engagement pour la Nation, un discours qu’on n’avait pas entendu depuis des décennies.  Maintenant, il reste à observer la réaction de cette génération que certains disent sans repère. Les jeunes Français vont-ils tordre le cou à ces préjugés ? Réponse en juillet 2026 !

  • « Réforme de l’AEFE : ça se précise »

    « Réforme de l’AEFE : ça se précise »

    Le conseil d’administration de l’AEFE, très attendu, s’est réuni ce jeudi 27 novembre. Cette séance devait être l’occasion d’annoncer les mesures clés de la réforme du réseau de l’enseignement français à l’étranger. Le ministère des affaires étrangères avait annoncé avoir procédé à « des centaines d’heure de concertation » depuis septembre. Si le détail n’est pas encore déposé sur la table, la réforme de l’AEFE se précise toutefois. Ce sont ainsi les grandes lignes de cette évolution mûrie et soupesée que les administrateurs du conseil d’administration (CA) de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) ont reçues ce jour, avant d’en valider le contenu lors du prochain CA prévu en décembre.

    Les parents inquiets d’une hausse des frais de scolarité

    Au cours de ce conseil d’administration de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) du 27 novembre, la directrice générale de la mondialisation, Anne Grillo, qui assure la tutelle politique de l’Agence, a rappelé les heures passées à échanger avec les familles, avec les syndicats et avec les autres ministères qui, tels Bercy, mettent la pression sur une structure endettée et qui doit revoir son mode de fonctionnement avec ses établissements.

    « Les grandes lignes ont été énoncées ce 27 novembre,
    mais, la réforme de l’AEFE ne sera réellement validée
    qu’au prochain conseil d’administration »

    Si ce 27 novembre, les grandes lignes ont été énoncées, la réforme ne sera réellement validée qu’au prochain conseil d’administration programmé le 18 décembre et qui scellera notamment la batterie de mesures budgétaires de nature à répondre à l’urgence du redressement financier. La directrice l’a rappelé, sans action déterminée, l’agence aurait moins d’un mois de trésorerie en janvier et donc une difficulté à payer les salaires de ses employés. C’est le poids des pensions des personnels qui, entre autres, creuse le déficit.

    La gravité de la situation n’a échappé à aucun des membres présents. Les familles et notamment la FAPEE, la FCPE et l’UNAPE ont pu rappeler que le fardeau financier porté par les familles était déjà lourd, les frais de scolarité étant en hausse depuis plusieurs années.

    l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger)
    Image d’illustration AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger)

    D’ailleurs, Brice Bultot, pour la FAPEE a regretté l’annulation d’une réunion de concertation à la dernière minute. Anne Grillo a quant à elle évoqué un agenda de fin d’année saturé, la situation des comptes de l’État et les difficultés financières impactant d’autres agences que la seule AEFE. La concertation escamotée laisse un goût amer à la FAPEE et son président qui réclamait dans nos colonnes plus de transparence au ministère. L’impression partagée par les parents est que la facture des frais de scolarité sera en hausse. Une certitude qui est en train de monter même si le ministère fait tout pour rassurer et étaler les mesures les plus douloureuses.

    L’enveloppe des bourses devrait être augmentée pour éviter les effets d’éviction chez les familles qui ne pourront payer les nouvelles hausses. Côté ministère on se veut rassurant, pariant sur « un jeu à somme nulle ».

    Une batterie de mesures budgétaires annoncées mais pas encore votées

    En réponse à ces critiques, le ministère des affaires étrangères a présenté un plan d’économie pour l’agence elle-même qui supprimera dès l’année prochaine 10 emplois et sera appelée à faire 3 millions d’euros d’économie. Personne ne sait encore si les économies réalisées à l’occasion du déménagement de Paris vers Saint-Ouen du siège de l’agence seront comptabilisées dans ce plan d’économie dont les détails ne sont pas encore connus.

    Toutefois, le ministère des affaires étrangères n’annonce pas de révolution en apparence. On ne touchera pas au statut des personnels et aucune coupe sombre dans les effectifs d’établissement n’a été évoquée. Le scénario du pire semblait avoir été écarté dès la réunion du 20 Octobre pendant laquelle les représentants du personnel avaient rencontré Anne Grillo pour un premier échange.

    « La batterie de mesures budgétaires dans les tuyaux
    pourrait produire des effets très négatifs dans le réseau »

    Ainsi, le syndicat majoritaire, la FSU, semblait à cet égard soulagé d’avoir évité une réforme en profondeur. Il semble en revanche que la batterie de mesures budgétaires dans les tuyaux puisse produire des effets très négatifs dans le réseau : une nouvelle contribution sera mise en place pour faire supporter le poids des pensions civiles des personnels détachés sur les établissements : En clair, si jusqu’à maintenant, c’était l’agence qui payait pour les cotisations retraites des enseignants détachés dans le réseau AEFE, désormais ce seront les établissements qui paieront la facture : 35 % des pensions leur seront refacturées la première année, 50 % la seconde.

    Une bombe à fragmentation amorcée ?

    De quoi faire dire aux syndicats qu’une bombe à fragmentation est déjà amorcée pour l’UNSA. Le risque d’alourdissement du coût des enseignants détachés dans le réseau pourrait aboutir à des retours en France ou à des transformations en emploi en droit local. De quoi déstabiliser les établissements les plus fragiles.

    Cependant, à ce stade, l’idée d’un alourdissement de la taxe sur l’activité ou PFC (participation forfaitaire complémentaire) assise sur les frais de scolarité a été écartée. Si le soulagement était visible parmi les organisations syndicales, personne ne sait si une mesure concentrée sur les pensions des détachés sera suffisante au redressement de l’agence.

    AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger)
    Image d’illustration AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger)

    Selon les informations relayées à la sortie de ce conseil d’administration du 27 novembre, les établissements partenaires, favorisés par le Cap 2030 qui faisait de leur développement une priorité, devraient également être mis à contribution. Les nouveaux établissements partenaires seront taxés à hauteur de 4 % et ceux faisant déjà partie du réseau verront une augmentation de 0,5 % s’appliquer.

    La réforme traduit le sous financement du réseau AEFE aujourd’hui

    35 ans après sa création, l’agence a-t-elle réussi le pari d’unifier des établissements très divers derrière une bannière commune ? Les 400 000 élèves de ce réseau d’enseignement international sont la preuve que oui.

    Mais la distance se creuse entre le «club » des établissements à gestion directe (EGD), qui sont les établissements historiques d’un réseau qui s’est déployé pendant l’entre-deux-guerres et les nouveaux entrants, lycées partenaires qui n’ont souvent pas le même lien avec une agence dont ils utilisent les services de formation (leurs enseignants sont formés localement dans les EGD) tout en gardant un fonctionnement souple et parfois distant avec Paris.

    La dotation de fonctionnement versée par l’État à l’Agence, encore très probablement en baisse, traduit un désengagement relatif de notre pays et une action de diplomatie éducative qui en est ainsi altérée. La prochaine étape, le 18 décembre, scellera définitivement le sort financier des établissements pour l’année à venir, et aussi les prochaines étapes d’une évolution devenue plus que nécessaire du réseau des établissements scolaires français à l’étranger. Petit à petit, la réforme de l’AEFE se précise, reste à savoir si elle fera ou non consensus, rien n’est moins sûr.

  • Journée mondiale des banques et les expatriés ?

    Journée mondiale des banques et les expatriés ?

    Ouvrir un compte en arrivant dans le pays de résidence comme conserver un compte en France après son départ en expatriation sont deux actions du quotidien qui peuvent devenir un véritable parcours du combattant. À l’occasion de la journée mondiale de la banque, le 04 décembre, on fait le point pour les Français de l’étranger !

    Ouvrir un compte dans son nouveau pays de résidence

    Lors d’un court séjour à l’étranger, il n’est pas obligatoire d’ouvrir un compte bancaire en local mais lors d’une expatriation, il est préconisé de le faire avant que cela devienne une obligation. Car sans compte dans son nouveau pays de résidence, il sera impossible d’obtenir des moyens de paiements locaux, des références bancaires pour permettre le règlement des dépenses sur place (loyer, électricité, téléphone…), mais également pour y domicilier tout ou une partie de vos revenus.

    Mais quasiment chaque pays a ses propres règles et usages. Il est, donc, primordial de se renseigner sur la qualité des banques locales. Cette démarche peut vous être facilitée, si vous êtes client en France d’une banque disposant d’un réseau international, ou bien qui peut vous recommander auprès de l’un de ses partenaires locaux. Vous pouvez également vous rapprocher de l’Ambassade de France dans le pays d’accueil, elle saura vous renseigner sur les conditions à remplir.

    Dans tous les cas, la banque locale restera décisionnaire de l’ouverture de votre compte. Selon les banques, les documents qui pourront vous être demandés sont :

    • une carte d’identité/passeport en cours de validité.
    • un justificatif de domicile de votre pays d’accueil ou d’origine
    • un numéro d’identification fiscal (NIF)
    • voire une attestation de votre employeur.

    Il est, aussi, conseillé de présenter une lettre de recommandation en anglais de votre banque française.

    Conserver ou obtenir un compte en France

    Dans la plupart des cas, votre compte étranger ne sera ouvert et effectif qu’une fois que vous serez réellement installé. Il paraît donc nécessaire de conserver votre compte français et vos moyens de paiement actuels dans l’attente de ceux de votre banque locale. Vous pourrez ainsi subvenir aux besoins de première nécessité à votre arrivée. Mais rapidement, car vous êtes obligé de l’informer, les banques traditionnelles vont peu à peu vous imposer plus de contraintes voir vous demander de quitter son établissement. Depuis 2020, 500 000 comptes de non-résidents ont été fermés par les banques traditionnelles, en particulier ceux détenus par des non-résidents de l’UE.

    Longtemps, les banques en ligne ont servi de refuge mais désormais, elles, aussi, referment peu à peu les opportunités. Revolut reste l’une des meilleures banques en ligne pour ouvrir un compte bancaire en France pour un non-résident. Mais elle n’accepte la souscription que de résidents étrangers, résidents dans des pays de l’Espace économique européen (EEE), d’Australie, de Suisse et du Royaume-Uni. N26 comme Boursokank, proposent, désormais, leurs services bancaires qu’aux résidents de la majorité des pays de l’Union européenne (certains sont exclus).

    La BNP propose elle aussi un service pour les non-résidents, mais à destination des étrangers détenant des actifs en France, elle peut prendre en charge aussi des expatriés français à condition qu’ils conservent des attaches fortes en France comme un bien. Elle refuse cependant tous les résidents aux USA ou dans des pays au cadre bancaire flou comme le Liban ou les pays africains. Mais le groupe bancaire français propose aussi sa sous-marque « Nickel ». Cette néo-banque accepte tout le monde, mais il faudra se rendre dans un bureau de tabac en France pour ouvrir le compte et surtout il n’est possible de recharger son compte qu’avec une carte bancaire ou par virement SEPA. Pour certains clients, l’image de « Nickel », dédiée à l’origine aux interdits bancaires, peut être aussi un frein. La carte bancaire remise, qui est une prépayée, comme PCS ou Veritas, ce qui peut poser des problèmes à l’usage. Ces deux derniers opérateurs, d’ailleurs, acceptent tout le monde, mais l’IBAN est lié à la carte prépayée et n’est pas éligible à la réception des pensions de retraite, des allocations ou pour le paiement des impôts.

    Ouvrir un compte bancaire en ligne
    Image d’illustration ©Stockadobe

    Enfin, dernière arrivée sur le marché, France Pay, qui est, elle, dédiée à 100% aux non-résidents. Elle accepte tous les Français quel que soit son pays de résidence, il est possible de payer les frais d’ouverture avec une carte internationale émise localement (sans restriction de pays). Car oui, elle est payante avec des tarifs qui commencent à 15 euros par mois. L’avantage, c’est que les conseillers sont rodés aux modes de vie des expatriés, et sont de précieux alliés lors des contrôles diligentés par les autorités. Car les usages de vie des expatriés sont souvent éloignés des critères français. L’équipe de France Pay accompagne pleinement les Français de l’étranger afin de se conformer aux exigences réglementaires européennes afin de faciliter l’usage du compte.

    France Pay Black Friday
    France Pay Black Friday

    France Pay propose en plus une carte virtuelle, livrée immédiatement dans l’app, ce qui permet d’être immédiatement opérationnelle. Il est bien sûr possible de recevoir dans son pays de résidence ou en France une carte physique. En sus, à la différence des Révolut et des N26, les cartes Visa remisent sont émises en France, elles permettent donc de bénéficier des offres de paiement fractionné des commerçants français, d’accéder à Canal +, aux sites de jeux en ligne ou à Doctolib.

    Pour finir France Pay a noué des partenariats utiles pour les Français de l’étranger. Ainsi, grâce à Skiptax, les bénéficiaires de la détaxe sur les achats réalisés en France peuvent obtenir en 48h jusqu’à 90% de la TVA dépensée en France. Pour les affiliés à la Caisse des Français de l’étranger, en ouvrant un compte France Pay, vous bénéficiez d’une remise de 20% sur les frais de tenues de compte chaque année.

    Le comparatif

    Comparatif banques

  • La semaine des lycées français du monde 2025

    La semaine des lycées français du monde 2025

    Ce vendredi 28 novembre se referme la traditionnelle semaine des lycées français du monde du réseau AEFE. Cette année, le thème était l’IA à l’école. Un sujet qui tape dans le mille alors que les interrogations se multiplient sur ce nouvel outil qui bouscule les usages. 

    Soutenir l’humain

    Comprendre, expérimenter et permettre à toute la communauté éducative de s’approprier ces nouveaux outils, dans une démarche éthique et responsable était la ligne directrice de la Semaine des lycées français du monde. À travers des ateliers, les établissements ont pu offrir une occasion privilégiée de voir comment cette ambition peut prendre vie sur le terrain : formations, projets collaboratifs, innovations partagées… 

    Comme le rappelle le cadre d’usage de l’IA en éducation publié par le ministère de l’Éducation nationale en juin 2025, l’enjeu n’est pas de remplacer l’humain, mais de le soutenir. « L’IA n’est ni un interdit ni une baguette magique : c’est un outil au service des apprentissages, à utiliser avec vigilance, sobriété et transparence » 

    Une chose est certaine : l’aventure ne fait que commencer. Et chacun, élèves, enseignants, parents comme personnels, a un rôle clé à jouer dans cette transition qui redéfinit déjà l’école de demain.

    Une révolution pédagogique mondiale

    Inspirée du fonctionnement d’une ruche, la stratégie e-nov, que déploie l’AEFE, comme de nombreux réseaux internationaux, repose sur trois piliers : butiner, transformer, essaimer. Concrètement, cela signifie identifier les bonnes pratiques, les tester dans des laboratoires dédiés, puis les partager à grande échelle.

    Butiner 

    Grâce à un réseau d’observatoires et à des « salles innovantes » installées dans les 16 Instituts régionaux de formation, les équipes repèrent les initiatives les plus prometteuses en matière d’IA, que ce soit pour l’enseignement, la formation ou la gestion des établissements. 

    Transformer

    Dans les 16 laboratoires du réseau, ces idées seront adaptées, enrichies et testées. Par exemple, des enseignants expérimentent déjà des outils d’IA pour créer des exercices personnalisés ou accompagner les élèves en difficulté.

    Essaimer

    Une fois validées, ces innovations seront mises à disposition de tous sur « La Ressourcerie numérique », une plateforme collaborative où chaque acteur du réseau peut s’en inspirer et les adapter à son contexte.

    Cette année, plus de 50 formations dédiées à l’IA ont été proposées dans le monde entier. En Europe du Sud-Est, les enseignants travaillent sur l’enseignement des langues en complémentarité avec l’IA ; au Maroc, une formation sur la programmation IA est organisée ; dans l’Océan Indien, c’est l’IA et les sciences qui sont questionnées 

    Semaine des lycées Français du monde
    Semaine des lycées Français du monde ©AEFE

    Une grande consultation participative

    La Semaine des lycées français du monde fut aussi l’occasion de lancer une « grande consultation » auprès de tous les personnels, afin de recueillir leurs pratiques et leurs idées sur l’IA.

    « Nous voulons faire un état des lieux précis de ce qui se fait déjà,
    et imaginer ensemble les prochaines étapes ».

    l’AEFE dans son communiqué de presse

    En 2026, des conférences et un colloque international rassembleront chercheurs, enseignants et partenaires pour partager leurs expériences. Les élèves ne sont pas en reste : les Jeux internationaux de la jeunesse et le programme Ambassadeurs, ambassadrices en herbe intégreront des défis liés à l’IA, leur permettant de s’exprimer et de s’approprier ces enjeux. 

  • Quand l’État ne peut plus jouer le rôle de béquille

    Quand l’État ne peut plus jouer le rôle de béquille

    La France est confrontée à une crise de productivité. Entre le deuxième trimestre 2019 et le deuxième trimestre 2025, la productivité du travail par tête a reculé de 2,2 %. La légère amélioration enregistrée au troisième trimestre ne suffit pas à compenser cette baisse. Cette érosion est préjudiciable à la croissance comme aux finances publiques, d’autant que les ménages ont, jusqu’à présent, été relativement épargnés.

    Productivité en berne et stagnation

    Le recul de la productivité a commencé en France dès 2017 pour s’amplifier après l’épidémie de Covid-19. Avec l’Espagne, le pays fait partie des rares membres de l’OCDE à ne pas avoir retrouvé son niveau de productivité d’avant la crise sanitaire. En 2025, la productivité du travail par tête est supérieure de 1,5 % en Allemagne par rapport à son niveau de 2019 et de 3,2 % aux États-Unis.

    Malgré cette stagnation, le pouvoir d’achat global des ménages s’est amélioré de 7,5 % depuis 2019. Si les salaires réels ont reculé de 2,5 % sur la période 2019-2025, cette baisse a été compensée par la progression des prestations sociales (+3,4 % en valeur réelle) et par l’augmentation de l’emploi (+5,9 %).

    Malgré la baisse de productivité, les entreprises sont parvenues à maintenir leur taux de marge : celui-ci est passé de 36,1 % de la valeur ajoutée en 2019 à 36,7 % en 2025. Ce maintien tient à la hausse des subventions publiques (aides durant le Covid, aides à l’énergie, allégements de charges et réductions d’impôts).

    L’État a ainsi absorbé une large part des chocs successifs subis par l’économie.

    Indicateur budgétaire

    La hausse de 18 points de dette publique en six ans correspond à la compensation budgétaire du recul de la productivité et aux effets du vieillissement de la population sur les dépenses publiques.

    La progression de 2 points du déficit primaire (déficit avant paiement des intérêts de la dette) est directement liée à la baisse de la productivité qui réduit les recettes publiques et accroît les dépenses.

    Baisse de productivité
    Image d’illustration ©Stockadobe

    L’État soutient tout le monde

    En France, l’État joue le rôle de béquille permanente de l’économie : il soutient les ménages par des prestations en hausse et les entreprises par des aides toujours plus nombreuses. Cette compensation des pertes de productivité n’est toutefois pas tenable, moins encore avec des taux d’intérêt à dix ans (3,5 %) désormais supérieurs au taux de croissance nominale de long terme (2,5 %). Le coût de la dette dépasse donc la croissance, entraînant une hausse mécanique du ratio dette/PIB.

    Pour stabiliser la dette publique, le déficit primaire devrait passer de –3,2 % du PIB en 2025 à +1,2 %, soit un ajustement de 4,4 points en quelques années. En l’absence de redressement de la productivité, un tel effort impliquerait une forte réduction des prestations et des aides, ou une hausse des prélèvements pesant autant sur les ménages que sur les entreprises. Le pouvoir d’achat devrait alors se contracter dans les prochaines années, tout comme les bénéfices nets d’impôts des entreprises.

    Chaque point de productivité perdu réduit le potentiel de croissance d’environ 0,5 point par an et compromet la soutenabilité du modèle social. Entre 2019 et 2025, le recul cumulé de 2,2 % équivaut à une perte de 1,2 % de PIB, soit environ 35 milliards d’euros de richesse annuelle. La bataille de la productivité passe par la formation, l’innovation et l’investissement auxquels doit s’ajouter une baisse des dépenses publiques. Pour l’heure, une telle équation demeure impossible à résoudre.

  • Réforme de l’AEFE, avenir de la CFE, francophonie : Éléonore Caroit détaille ses chantiers prioritaires

    Réforme de l’AEFE, avenir de la CFE, francophonie : Éléonore Caroit détaille ses chantiers prioritaires

    Invitée sur lesfrancais.press, la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats stratégiques et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, détaille ses chantiers prioritaires. De l’AEFE à la CFE, en passant par la francophonie, elle assume un cap : rendre les dispositifs plus efficaces, plus lisibles et financièrement durables.

    Écouter le podcast avec Eléonore Caroit, ministre des Français de l’étranger

    Réforme de l’AEFE : « regarder de manière lucide la situation »

    Ayant effectué sa scolarité au sein du réseau des établissements français à l’étranger, Éléonore Caroit rappelle que cette réforme est l’un de ses engagements majeurs : « Je suis une ancienne élève du réseau AEFE […] et donc je vois bien la disparité qu’il existe entre les différents établissements. » Entre statuts différents, contraintes budgétaires et hétérogénéité des situations locales, la ministre hérite d’un paysage fragilisé : « J’hérite d’une situation qui est complexe, d’un réseau qui était déjà déficitaire », explique notre invitée.

    « Il faut surtout et avant tout s’attaquer aux dépenses (…)
    éviter les doublons avec l’autorité de tutelle »

    Éléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

    Deux conseils d’administration sont programmés fin novembre et mi-décembre. Ces derniers doivent à la fois permettre de combler l’urgence budgétaire et amorcer une remise à plat beaucoup plus large. À notre micro, la ministre annonce qu’elle portera cette réforme « co-construite avec les parlementaires, les élus de terrain, tout l’écosystème des lycées français de l’étranger ».

    Visite de Mme la ministre Eléonore Caroit au siège de l'AEFE à St Ouen le 25 novembre 2025
    Visite de Mme la ministre Eléonore Caroit au siège de l’AEFE à St Ouen le 25 novembre 2025 ©MAE

    Elle insiste également sur la nécessité de gains d’efficacité : « Il faut surtout et avant tout s’attaquer aux dépenses (…) éviter les doublons avec l’autorité de tutelle. » Parmi les pistes évoquées : négocier davantage avec les pays hôtes, mettre en place des tarifs différenciés favorables aux familles françaises lorsque c’est juridiquement possible, ou encore de préserver l’enveloppe des bourses, garante de la mixité sociale.

    La ministre souligne aussi le poids des créances non recouvrées : « On estime qu’il y a à peu près 20 millions qu’on pourrait récupérer à moyen terme. » Un levier essentiel pour rétablir la trajectoire financière de l’Agence.

    Enseignants détachés : une contribution revue et « plus juste »

    Interrogée sur le financement des pensions, Éléonore Caroit souhaite clarifier ce point et annonce que « la contribution des établissements à l’Agence (…) sera augmentée et corrélée au nombre d’agents détachés qu’ils ont. »

    Visite de Mme la ministre Eléonore Caroit au siège de l'AEFE à St Ouen le 25 novembre 2025
    Visite de Mme la ministre Eléonore Caroit au siège de l’AEFE à St Ouen le 25 novembre 2025 ©MAE

    Cette évolution vise à apporter de la lisibilité et un principe de proportionnalité : « Plus vous avez de personnel détaché, plus cette contribution sera élevée. » Elle précise toutefois que cette mesure ne suffira pas : « On ne peut pas se contenter d’une mesure qui (…) ne réglera pas les problèmes de l’Agence et surtout son fonctionnement. »

    Caisse des Français de l’Étranger : une réforme structurelle en préparation

    Deuxième grand dossier : la CFE, dont la situation financière inquiète. La ministre ne cache pas l’urgence : « Vous posez le doigt sur un autre sujet d’une importance brûlante. »

    «Il faut que cette Caisse des Français de l’étranger puisse générer aussi des bénéfices, qu’elle puisse avoir un fonctionnement rationalisé, optimisé»

    Éléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

    Elle rappelle la mission singulière de la CFE : « assurer les Français quelle que soit leur situation, quels que soient leurs antécédents médicaux, quel que soit leur âge.» Dans un contexte budgétaire contraint, elle défend l’idée d’un modèle pour la sécurité sociale des expatriés plus robuste: « Il faut que cette Caisse puisse générer aussi des bénéfices, qu’elle puisse avoir un fonctionnement rationalisé, optimisé. »

    Visite de Mme la ministre Eléonore Caroit au siège de l’AEFE à St Ouen le 25 novembre 2025 ©MAE

    Éléonore Caroit réfute toutefois toute baisse programmée de la subvention : « Ce n’est pas ce que j’ai dit. Moi, je n’ai pas l’intention de faire baisser la subvention. » Des pistes sont sur la table, notamment des taxes affectées, qu’elle a déjà proposées lorsqu’elle était parlementaire, mais aucun arbitrage n’est encore tranché.

    Un futur projet de loi pour les Français de l’étranger

    Au cours de ce podcast, la ministre en charge des Français de l’étranger confirme qu’un texte est bien en préparation : « Un texte est prévu. Nous sommes en discussion avec le Premier ministre pour voir à quel moment (…) nous pourrons le déposer. »

    « Un texte (de loi pour les Français de l’étranger) est prévu.
    Nous sommes en discussion avec le Premier ministre »

    Éléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

    Outre l’AEFE et la CFE, ce projet couvrira d’autres sujets structurants : les entrepreneurs français à l’étranger, d’éventuelles évolutions de l’attache consulaire, ou encore les droits spécifiques liés à l’expatriation. Éléonore Caroit explique travailler « de manière très approfondie » avec l’ensemble des parlementaires concernés.

    Francophonie : vigilance autour de TV5Monde et des financements

    La ministre revendique un engagement personnel fort : « Sur la francophonie, je suis évidemment très engagée. » De retour de Kigali, elle assure avoir rencontré les opérateurs, dont TV5Monde : « Ils sont très engagés à promouvoir l’usage de notre langue. »

    Sur la question sensible des financements, notamment de la part de la Suisse, elle reste prudente mais rassurante : « Je suis très attentive et en dialogue constant avec nos partenaires. »
    Quant à de possibles annonces sur ce point, elle conclut simplement : « Je vous dirai, en temps voulu. »

    Au micro Lesfrancais.press Éléonore Caroit la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats stratégiques et des Français de l’étranger, parle des réformes qu’elle souhaite mener pour les expatriés : AEFE, CFE, projet de loi, francophonie… Pour tout savoir, retrouver l’intégralité de cette interview en écoutant le podcast.

  • À Kyiv (Kiev), David Franck témoigne : “l’Ukraine est la digue de l’Europe, elle ne peut pas céder”

    À Kyiv (Kiev), David Franck témoigne : “l’Ukraine est la digue de l’Europe, elle ne peut pas céder”

    Plus de trois ans et demi après le début de l’invasion russe, David Franck, président du Conseil consulaire des Français d’Ukraine, continue de vivre à Kyiv (Kiev). Invité Lesfrancais.press, il décrit un quotidien difficile, nous sommes « habitués à souffrir », mais partage aussi une détermination intacte, la sienne comme celle des Ukrainiens et des Français sur place. Il livre son opinion sur le plan de paix de Trump et celui des Européens. Il demande également à nos compatriotes vivant sur le territoire national de continuer à se sentir concernés par cette guerre, en rappelant que « l’Ukraine est la digue de l’Europe, elle ne peut pas céder ».

    Écouter le podcast avec David Franck

    En Ukraine : où en est le moral ?

    La ville de Kyiv (Kiev) demeure sous la menace constante des frappes russes. Notre invité témoigne des coupures d’électricité qui atteignent désormais des niveaux extrêmes. David Franck nous informe notamment qu’il a « plus de 14 heures de coupure de courant par jour ». Malgré cela, la population locale reste unie derrière ses autorités.

    « Les Ukrainiens ne veulent pas céder
    à un quelconque plan de paix utopique »

    David Franck, président du Conseil consulaire des Français d’Ukraine

    Selon lui, même les bombardements massifs de ces derniers jours n’entament pas le moral : « Les Ukrainiens restent derrière leur gouvernement, leur président, et ne veulent pas céder à un quelconque plan de paix utopique » affirme-t-il à notre micro. Dans ce contexte, le président du conseil consulaire pour les Français d’Ukraine reste, quant à lui, « dans un esprit assez combatif, comme d’habitude ».

    Le plan de paix Trump perçu à Kyiv comme une proposition de Moscou

    Une réaction sans surprise

    Le 23 novembre dernier, Donald Trump a dévoilé une initiative de paix aussitôt jugée très proche des exigences du Kremlin pour de très nombreux observateurs. Vu d’Ukraine, il n’y a pas eu de stupeur ni de « surprise ». « On a très vite compris que le plan de Trump était le plan des Russes », explique David Franck.

    Donald Trump accueille le président ukrainien Volodymyr Zelensky devant l'aile ouest de la Maison Blanche, le 17 octobre 2025, à Washington
    Donald Trump accueille le président ukrainien Volodymyr Zelensky devant l’aile ouest de la Maison Blanche, le 17 octobre 2025, à Washington, DC. ©AFP

    D’ailleurs pour lui, un point ne trompe pas : « Pourquoi un plan venant des Américains voudrait limiter le nombre de soldats dans l’armée ukrainienne ? Ça ne peut donc venir que des Russes » argumente-t-il. Notre invité émet même l’hypothèse d’une opération de diversion médiatique du Président des États-Unis depuis la maison blanche : « Je vois plutôt la sortie du plan Trump pour oublier le dossier Epstein (…) qui commençait à devenir un peu brûlant » ajoute-t-il.

    Ukraine : la solution européenne

    Interrogé sur la situation et les acteurs capables de faire avancer un processus de paix crédible, David Franck n’hésite pas à partager sa position :« La solution, elle est européenne » 

    « Les Russes, de toute façon, n’ont aucune envie de signer la paix »

    David Franck, président du Conseil consulaire des Français d’Ukraine

    Il se montre bien plus réservé sur Washington : « Trump, ça dépend des jours. Les jours pairs, oui. Les jours impairs, non » glisse-t-il. Quant à Moscou, notre invité estime que « les Russes n’ont aucune envie de signer la paix » tant revenir en arrière représenterait « l’humiliation complète de Poutine ».

    Les Français face au conflit : l’indispensable intérêt

    En août dernier lors d’un entretien avec Lesfrancais.press sur la résilience de nos compatriotes expatriés en Ukraine, David Franck exprimait sa crainte d’un désintérêt croissant des Français métropolitains pour la guerre. Il explique au cours de ce podcast pourquoi cette position peut avoir des conséquences négatives, même si, dit-il, « les sondages sont encore bons en soutien à l’Ukraine ». Toutefois, notre invité alerte sur une « forte activité médiatique de la part de cette cinquième colonne » relayant le narratif du Kremlin.

    Guerre en Ukraine
    Guerre en Ukraine © AFP Sergey Bobok

    Il salue en revanche la mise au point du général Mandon, le Chef d’état-major des armées françaises, lors du congrès de l’Association des maires de France (AMF). Celui-ci a notamment souligné au cours de son intervention que les jeunes des armées accompliront d’autant mieux leurs missions si ils sentent que le pays tient avec eux. Ajoutant que notre nation devrait aussi être prête à « accepter de perdre ses enfants » dans des conflits. Pour David Franck, le CEMA « a remis l’Église au centre du village ». Notre invité estime qu’il était nécessaire de rappeler que « pendant une guerre, il y a des morts ». Selon lui, cette prise de parole et le message envoyé produisent déjà des effets : « le nombre de personnes qui veulent s’engager a augmenté ».

    La communauté française d’Ukraine : résilience et ancrage

    Malgré les difficultés, David Franck affirme que les Français installés en Ukraine restent déterminés : « On est habitués à souffrir. Donc, on ne lâchera pas ». Les Français d’Ukraine attendent aussi de Paris une fourniture en armes : « Les besoins sont clairs : Bien sûr cette militarisation » (…) mais aussi « la fermeture du ciel ukrainien » précise David Franck. « Fermer le ciel, ce n’est pas agressif, c’est défensif » explique-t-il. « C’est un minimum pour sauver 40 millions de personnes ».

    « Les Ukrainiens se battent aussi pour la liberté de l’Europe »

    David Franck, président du Conseil consulaire des Français d’Ukraine

    Pour lui, la guerre ne s’arrêtera pas demain, mais seulement lorsque l’Ukraine disposera donc des moyens nécessaires pour repousser les forces russes. Pour lui, l’enjeu dépasse largement les frontières ukrainiennes : « L’Ukraine est le rempart et la digue de l’Europe ». Et il appelle les Français à comprendre que les Ukrainiens « se battent aussi pour la liberté de l’Europe ».

    Écoutez le podcast avec David Franck ; élu consulaire. Un témoignage puissant, depuis Kyiv (Kiev), sur ce que vivent les Français d’Ukraine et sur la nécessité d’un engagement solide du camp européen. L’« Ukraine est la digue de l’Europe, elle ne peut pas céder ».

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