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  • Deux commissaires européens mettent la pression sur l’Allemagne pour les « coronabonds »

    Deux commissaires européens mettent la pression sur l’Allemagne pour les « coronabonds »

    Deux commissaires européens plaident ce lundi pour un recours à un emprunt européen pour faire face à la crise du coronavirus dans une tribune publiée dans la presse, où le gouvernement allemand est critiqué pour son opposition aux « coronabonds ».

    Sans en appeler directement à l’Allemagne, les commissaires européens au Marché intérieur Thierry Breton et à l’Économie, Paolo Gentiloni, demandent aux 27 États membres de l’UE de faire preuve de « solidarité » en créant un fonds européen financé par l’impôt et capable d’émettre des obligations à long terme, dans une tribune publiée en Allemagne par la Frankfurter Allgemeine Zeitung et Le Monde en France.

    Selon les commissaires, ce fonds ne devrait toutefois servir qu’à financer le développement économique après la crise.

    Certains États européens, dont la France et l’Italie, ont dernièrement demandé à l’Allemagne et certains pays du nord de l’Europe la mutualisation de certaines dettes face aux conséquences économiques de la pandémie.

    Cette mutualisation, sous la forme de « coronabonds », est fortement rejetée par l’Allemagne, les Pays-Bas et d’autres pays du nord, plus vertueux sur un plan budgétaire.

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a promis vendredi un « Plan Marshall » européen, via le budget de l’UE pour la période 2021 à 2027, afin de relancer l’économie après la crise.

    Thierry Breton et Paolo Gentiloni voient du reste leur concept servir de « complément » à celui lancé par Ursula von der Leyen. Selon eux, les sommes en jeu sont telles que l’UE a besoin d’un « quatrième pilier » en plus des trois autres constitués par le fonds de secours MES (Mécanisme européen de stabilité), la Banque européenne d’investissement et l’initiative à court terme de l’UE pour garantir les plans de chômage partiel des États membres.

    Une chose est sûre, « le temps presse » et « nous devons être créatifs », préviennent les deux signataires de cette tribune à la veille d’une réunion des ministres des Finances de l’UE qui veulent discuter des moyens financiers de lutter contre la pandémie lors d’une vidéoconférence.

    Le président de l’Assemblée nationale française, Richard Ferrand, et son homologue allemand Wolfgang Schäuble plaident eux pour « plus de solidarité et d’intégration financière » en Europe face à la crise du coronavirus, dans une tribune également publiée lundi dans les quotidiens Le Figaro et Frankfurter Allgemeine Zeitung.

  • Les premières réponses économiques au coronavirus

    Les premières réponses économiques au coronavirus

    À la veille de la crise sanitaire, le taux de chômage était à un niveau inférieur à celui d’avant la crise de 2008. De nombreux États étaient en situation de plein emploi. En France, avec retard, le marché de l’emploi connaissait une réelle amélioration grâce au dynamisme des créations d’emploi. Aux États-Unis, le taux de chômage était de 3,5 %.

    La généralisation du chômage partiel

    Avec la généralisation des confinements et l’arrêt de nombreuses activités depuis la mi-mars, les gouvernements ont opté pour le système de chômage partiel, l’objectif poursuivi étant tout à la fois social et économique. Ce système garantit une part significative des revenus des salariés et offre l’avantage de permettre un redémarrage rapide de l’économie en sortie de confinement.

    Des effets encore difficiles à apprécier sur le chômage

    Se fondant sur différents scénarios économiques, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) estime que la crise du covid-19 pourrait entraîner entre 5,3 millions et 24,7 millions de chômeurs supplémentaires par rapport au chiffre de base de 188 millions en 2019, dont la moitié dans les pays les plus développés. Pour rappel, la crise financière internationale de 2008-09 avait provoqué une hausse de 22 millions du nombre de chômeurs dans le monde. L’OIT évalue les pertes de revenus pour les travailleurs d’ici la fin 2020 se situant entre 860 milliards de dollars à 3 400 milliards de dollars, avec la perspective d’une chute de la consommation des biens et des services se répercutant sur les entreprises.

    L’ampleur des fourchettes annoncées incite à la prudence. Les écarts s’expliquent par les incertitudes qui existent sur la durée et l’ampleur de l’épidémie et sur les modalités de sortie. En Allemagne dont le taux de chômage avant crise était de 3,2 %, l’Institut de recherche sur l’emploi (IAB) a retenu, pour établir ses prévisions, une mise en sommeil de six semaines de certains secteurs de l’économie et une phase de retour à la normale de six semaines également. La baisse du PIB allemand pourrait atteindre cette année entre 2 et 5 %, avec une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi se situant entre 100 000 et 700 000. En Italie, la Confindustria, principale organisation patronale italienne, prévoit un recul de 6 % du PIB en 2020 et une hausse du chômage à 11,2 % de la population active contre 9,7 % au mois de février. En Espagne, dont le taux de chômage était toujours en février de 13,6 %, l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi pourrait s’élever à 300 000 si le confinement dure plus d’un mois. Le pays est fortement dépendant de l’activité touristique qui représente 13 % des emplois. Or ce secteur est totalement à l’arrêt depuis le début du mois de mars. En Autriche, le nombre d’inscrits auprès de l’Arbeitsmarktservice (AMS) a augmenté de 40 % en dix jours, soit 163 000 demandeurs d’emplois supplémentaires, dont un tiers travaillent dans le secteur du tourisme. Même tendance en Suède où près de 8 600 emplois ont été supprimés dans l’hôtellerie et la restauration. En Norvège, le taux de chômage est passé de 2,3 % de la population active à 10,4 % en un mois. En Belgique, selon le Gouvernement, 20 % de la main-d’œuvre pourraient être contraints de recourir au chômage temporaire.

    La généralisation du modèle allemand

    Pendant la crise économique et financière de 2008-2009, l’Allemagne avait réussi à contenir la progression du chômage à 7,5 % (soit +0,2 points) en mettant en œuvre le chômage partiel (Kurzarbeit) pour près d’1,5 million de salariés. Concrètement, aujourd’hui, en cas de chômage partiel, le salarié perçoit 60 % de son salaire net (67 % en cas d’enfants à charge). Pour faire face à la crise du covid-19, le Gouvernement allemand a décidé d’alléger les règles de passage au travail partiel avec effet rétroactif dès le 1er mars. Elle autorise la Bundesagentur für Arbeit (BA), l’agence nationale de l’emploi, a remboursé 100 % des cotisations de sécurité sociale des employeurs lors de la mise au chômage partiel (contre 60 % précédemment), dès que 10 % des effectifs sont touchés (contre 30 % auparavant).

    Le parti pris immédiat du chômage partiel en France

    La France a fait rapidement le choix du chômage partiel. Ses modalités ont été précisées par le décret du 25 mars 2020 relatif à l’activité partielle et par l’ordonnance du 27 mars 2020 portant mesures d’urgence en matière d’activité partielle. Concrètement, le salarié reçoit 84 % de son salaire net et l’employeur est indemnisé à 100 % dans la limite de 4,5 smic. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé mardi une exonération de charges sociales, salariales et patronales sur les 16 % restant de rémunération (en nette) complétée par les entreprises volontaires, avec application rétroactive au 1er mars. Au 1er avril, selon la Direction statistique du Ministère du Travail, 3,9 millions de salariés sont ainsi concernés par des demandes d’activité partielle. Les entreprises ont déposé 425 000 demandes d’activité partielle. Le nombre de dossiers a ainsi été multiplié par trois par rapport au 25 mars. En une semaine, 2,4 millions de salariés supplémentaires sont entrés dans le dispositif. Au total, 1,6 milliard d’heures sont ainsi chômées en France (+1,0 milliard en une semaine). Cela représente en moyenne 419 heures chômées demandées par salarié (soit près de 12 semaines à 35 heures hebdomadaires). 42 % des salariés faisant l’objet d’une demande d’activité partielle travaillent dans des établissements de moins de 20 salariés, ces établissements représentant 34 % de l’emploi salarié privé. À l’inverse, ceux qui travaillent dans des établissements de plus de 250 salariés représentent 13 % des salariés en activité partielle, quand ces établissements recouvrent 20 % de l’emploi salarié privé.

    En termes de secteur d’activité, l’activité partielle est principalement demandée par des établissements du commerce et de la réparation des automobiles (21,4 %), de l’hébergement et de la restauration (15,7 %), de la construction (14,3 %), et des activités de services spécialisés, scientifiques et techniques (12,9 %). Ces quatre secteurs concentrent près des deux tiers des demandes, 58 % des effectifs concernés et 60 % des heures chômées demandées depuis le 1er mars. Les deux régions ayant reçu le plus de demandes d’activité partielle sont l’Île-de-France (20,0 %) et Auvergne-Rhône-Alpes (13,2 %). Elles cumulent à elles seules environ un tiers des dossiers déposés, des effectifs et des heures demandées depuis le 1er mars, une proportion proche de leur part dans l’emploi salarié privé (37 %).

    Dans les autres pays, si le principe est le même, les modalités de calcul varient :

    • en Italie, afin d’assurer la couverture de tous les salariés contraints au chômage partiel, la Cassa Integrazione Garantita doit verser au salarié 80% de son salaire pendant au moins les neuf prochaines semaines (quelle que soit la taille de l’entreprise et le montant du salaires), et les licenciements sont interdits au cours des soixante prochains jours. Les travailleurs autonomes, saisonniers et les ouvriers agricoles vont percevoir une indemnité de 600 euros au mois de mars ;
    • en Espagne, la mise en œuvre du plan de suspension temporaire d’emploi pour cas de force majeur (ERTE) permet une couverture chômage pour tous les salariés, mêmes s’ils n’ont pas cotisé suffisamment pour en bénéficier. L’entreprise paie la partie de salaire correspondante au temps travaillé, et le service public de l’emploi prend en charge la part restante à hauteur de 70 % du salaire brut (avec un plafond variable selon le nombre d’enfants). Les cotisations sociales patronales sont prises en charge à 100 % par les caisses publiques pour les travailleurs indépendants avec employés ou les PME, et à 75 % dans le cas d’entreprises de 50 salariés et plus ;
    • en Suède, l’État s’est engagé à prendre en charge jusqu’à 75 % du coût induit (contre 50 % avant), les salariés conservant plus de 90 % de leur salaire, même en cas d’un temps de travail diminué de 40 % ;
    • au Royaume-Uni, le gouvernement a annoncé qu’il paierait 80 % du salaire brut (plafonné à 2800 €/mois) si les entreprises touchées par la pandémie acceptent de ne pas licencier leurs employés ;
    • aux Pays-Bas, l’État garantira 90 % du salaire ;
    • en Belgique, la couverture sera assurée à 70 %, augmentée d’une indemnité de 6 euros par jour ;
    • au Danemark, 75 %, le salaire sera couvert dans une limite de 23 000 couronnes (3 000 euros) ;
    • en Autriche, entre 80 % et 90 % du salaire seront couverts, avec paiement dès le premier jour.

    La priorité au maintien en activité des entreprises

    Au 1er avril 2020, plus de 337 000 entreprises françaises ont fait appel au dispositif de chômage partiel, soit 4 millions de salariés dont 1 million supplémentaire depuis le 27 mars. Un salarié français sur cinq est au chômage partiel. La même tendance semble se confirmer ailleurs en Europe. Fin mars, en Espagne, plus de 200 000 entreprises y avaient eu recours, représentant environ 1,5 million de travailleurs mis au chômage partiel. Le constat est le même en Allemagne.

    Le recours au chômage partiel ne peut être que transitoire compte tenu de son coût pour les finances publiques. Sous réserve de l’évolution de la situation sanitaire et de la durée de la période de confinement, le coût du chômage partiel en France a été estimé au 1er avril 2020 à plus de 11 milliards d’euros quand la loi de finances rectificative votée fin mars prévoyait la somme de 8,5 milliards. En Allemagne, le coût estimé du dispositif, à ce stade, serait de 10 milliards d’euros pour 2 millions de personnes. Entre 2008 et 2009, l’État allemand avait consacré plus de 20 milliards d’euros lors de la crise de 2008-2009 au chômage partiel.

    L’économie n’est pas totalement arrêtée

    Si de nombreux secteurs sont à l’arrêt ou en en activité limitée, d’autres connaissent des surtensions. Ainsi, au Royaume-Uni, par exemple, la grande distribution embauche en nombre des CDD, de même que la filière logistique. Après avoir mis à l’arrêt leurs chaînes de production, certaines entreprises ont décidé de se lancer dans de nouvelles activités. Ainsi, Air Liquide, PSA, Valéo et Schneider Electric ont décidé d’unir leurs efforts pour construire des respirateurs artificiels. En Suède, le constructeur de poids lourd, d’autocars, et de moteurs industriels et marins Scania s’est rapproché du groupe Getinge, leader mondial de fabrication d’équipements médicaux, pour produire des masques.

    L’industrie française qui représente 12 % du PIB marchand et emploie 7,6 millions de personnes a tourné à 50 % de sa capacité lors de la première semaine de confinement, puis à 52 % la semaine du 23 au 29 mars et, selon France Industrie. Elle devrait être en situation d’assurer 56 % de la production durant les deux premières semaines d’avril. Si les secteurs métallurgie/mines, électronique/électricité, aéronautique/ferroviaire/naval, automobile et mécanique/machines sont les plus durement touchés, d’autres secteurs, eux, continuent à produire tels l’agroalimentaire, l’énergie, la chimie, le secteur de l’eau et déchets, et la santé.

    De la monnaie jetée d’un hélicoptère

    La moitié de l’humanité est en confinement entraînant la mise en cape d’une grande partie de l’économie mondiale. Cette situation sans précédent impose aux États de mettre en œuvre des solutions pour éviter un effondrement de l’économie comme un château de carte. Tirant les leçons de la crise de 2008, les gouvernements ont opté pour d’importantes mesures de soutien en direction des entreprises et des salariés.

    Aux États-Unis, pour la première fois, une opération assimilable à de l’hélicoptère monétaire (helicopter money) est engagée. Le recours à l’hélicoptère monétaire comme outil de politique économique a été évoquée par l’économiste Milton Friedman en 1969 dans un article comme une solution pour lutter contre la déflation. Il avait alors précisé, sur un ton certes un peu ironique, qu’un hélicoptère volant au-dessus des villes pourrait distribuer à chaque ménage 1 000 dollars. Son objectif était de relancer la consommation et donc la demande finale à travers l’amélioration du pouvoir d’achat des agents économiques afin de favoriser l’inflation. Cette idée de la distribution monétaire directe déjà suggérée par certains économistes lors de la crise financière de 2008 revient au goût du jour. Afin de compenser les pertes de pouvoirs d’achat que subissent les ménages ne pouvant plus exercer leur métier, l’attribution automatique sous forme de création monétaire d’un pécule apparaît comme une solution. Une telle pratique serait censée lutter contre le développement de la pauvreté et faciliter le redémarrage de l’économie. Elle séduit car son effet serait bien plus rapide qu’une baisse des impôts qui serait en outre difficile à réaliser en raison du niveau atteint par l’endettement public. Son recours ouvrirait une nouvelle voie pour la politique monétaire qui aurait atteint ses limites avec la baisse des taux et les opérations de rachat d’obligations.

    L’utilisation de l’hélicoptère monétaire pourrait cependant avoir de lourdes conséquences. Elle priverait, en partie, les banques commerciales de leur rôle, les banques centrales devenant un acteur direct auprès des agents économiques. Ces dernières entreraient en concurrence directe avec les administrations publiques et les régimes sociaux qui sont aujourd’hui les seuls à réaliser des opérations de redistribution. Les banques centrales s’engageraient en outre sur le terrain d’un revenu universel.

    Les effets d’un héliportage d’argent ne sont pas garantis.

    Les ménages, estimant que cet argent tombé du ciel serait la conséquence d’un grave dysfonctionnement de l’économie, pourraient l’épargner au lieu de le dépenser rendant ainsi l’opération peu efficace pour relancer l’économie. Même si le plan de Donald Trump n’est pas assimilable à un héliportage monétaire, il en reprend quelques principes. Ce plan prévoit en effet que les ménages américains en dessous d’un certain plafond de revenus touchent un chèque sans contrepartie de l’État fédéral. Ainsi, un adulte seul va ainsi recevoir 1 200 dollars, un couple 2 400 dollars, auxquels il faut ajouter 500 dollars par enfant. L’argent n’est pas distribué par la FED mais par le Trésor américain.

    Pour le moment, en Europe, aucun projet de distribution monétaire n’est prévu. L’ancien Président de la BCE Mario Draghi s’était montré intéressé par cette solution tout en soulignant qu’elle ne devait répondre qu’à « un événement exceptionnel qui ne se répétera pas » comme le soulignait Milton Friedman en 1969. Elle ne pourrait être menée en dehors de toute pression en provenance des États.

  • 8078 morts du Covid-19 en France, dont au moins 2189 dans les Ehpad

    8078 morts du Covid-19 en France, dont au moins 2189 dans les Ehpad

    28.891 personnes ont été hospitalisées pour infection à COVID-19 en France, soit 748 personnes de plus que samedi, « en tenant compte des sorties qui sont de plus en plus nombreuses », précise également le ministère de la Santé dimanche.

  • Oser le déconfinement

    Oser le déconfinement

    Le monde est à l’arrêt. Les églises ont désertes. La Reine d’Angleterre parle. Du jamais vu. Tous les soirs les statistiques effrayantes assomment l’humanité confinée. Inutile de chercher les pays qui ont adopté les meilleures stratégies, le décompte ne se fera qu’à la fin. Personne ne sait quand viendra la fin, ni les résurgences de l’épidémie. En plus des morts et des malades, les conséquences sociales sont déjà là.

    Les Etats-Unis ont engagé un plan de 2000 milliards de dollars. Dans tous les foyers gagnant moins de 75.000 dollars chaque adulte recevra 1200$, chaque enfant 500. 10 millions de chômeurs en quelques jours, il le fallait bien. La Réserve fédérale américaine a mis à disposition des banques des liquidités à l’infini. La Banque centrale européenne n’en est pas loin : 750 milliards, sans compter les plans de relance propres à chaque pays. Une abondance de liquidités s’abat sur un appareil de production amorphe. Normalement, l’inflation devrait suivre. Il n’en est rien. Les prix baissent avec la perte de valeur des actifs. En France, l’Etat, quoique déjà surendetté, va augmenter ses dépenses. Elles vont atteindre 60% du PIB. Jusqu’où peut-on aller ? Personne ne sait.

    Tout cela peut durer tant que les monnaies -dollar et euros- tiennent. Pour les autres, les pauvres pays aux pauvres monnaies, le crédit sera vite restreint. Non seulement ils vont affronter une épidémie avec des capacités sanitaires fragiles, mais ils auront en plus une crise financière, économique et sociale d’ampleur inédite. De même que dans les pays riches, les petits souffriront plus que les gros, de même les pays les plus pauvres seront les principales victimes. Une crise ne venant jamais seule, il faut s’attendre à des crises sociales et politiques, des conflits violents.

    Aucun gouvernement, quelle que soit son action, n’en sortira indemne. Déjà, Trump voit ses chances de réélection s’amoindrir. En Russie, Poutine, quoique profitant de la crise pour se succéder à lui-même, affronte un mécontentement grandissant. A force de privilégier son rayonnement extérieur au détriment de son développement intérieur, la cohésion de la Russie s’étiole avec sa pauvreté croissante. En Chine, l’Etat accroit son contrôle sur les citoyens et colmate comme il peut ses brèches financières. Au contraire de la Russie, la Chine a un appareil productif impressionnant, notamment dans la nouvelle économie. Les Etats-Unis ont à la fois une capacité d’adaptation remarquable, et se réaffirment comme le centre de la finance mondiale.

    Le monde va donc se concentrer sur ses bases les plus solides. Perdants donc, les pays les plus fragiles, la Russie, les pays arabes, l’Iran, tous ceux qui sont liés au pétrole.

    Et l’Europe ? Elle est mieux armée que les autres. Si elle tient. C’est-à-dire si l’Allemagne la conforte. Comme d’habitude, elle est accusée de n’être pas solidaire. Paradoxe classique : ce sont les plus antieuropéens qui lui reprochent de n’être pas plus forte. C’est oublier qu’elle n’a aucune compétence dans le domaine sanitaire. Dans le domaine économique, en revanche, si l’Italie peut survivre à crédit, comme l’Espagne, la Belgique, la France et bien d’autres, c’est parce que les taux d’intérêt sont bas : ce sont ceux de l’Euro, heureusement ! Il serait bon de rappeler à l’unité les Européens. Et à leurs réalités.

    La Reine d’Angleterre, elle, a appelé à l’unité des Britanniques. Le Brexit sera dur. Elle a annoncé que « les beaux jours reviendront ». Sans doute. A cette condition : que les liens se renouent. Après le temps du chacun pour soi, cet axiome : on ne peut pas rester riche et bien portant tout seul. Valable pour l’Allemagne et l’Europe, pour l’Europe et le reste du monde. En Israël, le gouvernement agit avec l’Autorité Palestinienne, une première depuis longtemps.

    Car à la description des crises possibles, des pays riches qui pourront faire face, des pays pauvres qui ne le pourront pas, il faut rappeler cette évidence : les virus comme les crises se propagent quelles que soient les frontières. A-t-on entendu les Mexicains demander de finir « le mur » pour les protéger du « virus de Louisiane » ? Si on trouve un vaccin, sera-t-il national ou mondial ?

    Qui sait : peut-être que face à la règle de la plus grande pente: démagogie, populisme, étatisme, nationalisme, peurs engendrant les conflits et conflits multipliant les peurs, viendra la règle du meilleur rebond: le recours, en politique aussi, à moins de postures, plus d’humilité et de sérieux. Disons de prudence, vieille vertu des philosophes comme de l’Eglise, vertu politique par excellence, qui s’oppose à la force brute, à la panique, à l’excès.

    La prudence n’est pas le principe de précaution qui paralyse, elle consiste à adapter les bons choix aux bons objectifs, à distinguer ce qui est vraiment utile, à faire « le bon calcul ». Les citoyens, effrayés par l’obscénité des annonces mortifères, sachant que ce qui a été perdu se reconstruira pas à pas, choisiront peut-être les dirigeants les plus solides, pas les matamores. Et si, en politique, revenait l’expérience ?

    Bientôt, chaque gouvernement va sortir son plan de relance. Tant mieux. Tout dépend où ces investissements seront dirigés. Plus de recherche ou plus de contrôle ? Plus de barrières ou plus de coopération ? Des primes ou des investissements ? Il faudra bien oser le déconfinement. Pour l’oser, le préparer dés maintenant. Sinon il sera, lui aussi, violent. Après l’urgence, le long terme. Les dirigeants qui ne traceront pas de perspectives disparaitront.

  • Pénurie de masques dans votre pays ! Voilà le tuto pour réaliser les vôtres facilement

    Pénurie de masques dans votre pays ! Voilà le tuto pour réaliser les vôtres facilement

    Vous devez faire votre masque de protection ?

    L’Académie nationale de médecine en France recommande désormais le port du masque dit « aternatif » et elle demande à ce qu’il soit rendu obligatoire pour les sorties en période de confinement. Face à la pénurie de masques qui risque encore de durer quelques semaines, l’Association française de normalisation (Afnor) met à disposition un modèle de masque barrière et l’Académie de médecine valide un tuto de masque grand public.

    LE TUTO DU MASQUE ALTERNATIF

    Le tuto de ce masque est présenté dans une vidéo du Pr Daniel Garin, ci-dessous, ancien chef du département de virologie du Centre de Recherche du Service de Santé des Armées. Il explique comment réaliser un masque de protection respiratoire avec une serviette en papier, quelques élastiques, une agrafeuse et du gel hydroalcoolique. « En France, l’habitude n’a pas été prise de constituer un petit stock de masques anti-projection dans chaque foyer. La pénurie de masques risquant de durer encore quelques semaines, force est de recourir, actuellement et en vue de la sortie du confinement, à l’utilisation d’un masque « grand public » souligne l’Académie.

    LE MODÈLE DE MASQUE BARRIÈRE DE L’AFNOR

    Les masques barrière répondent à un niveau d’exigence moins ambitieux que les masques chirurgicaux ou FFP2 utilisés par les professionnels de santé. Ils ont pour ambition d’apporter une protection supplémentaire à toute personne saine, en complément des gestes barrière et de la mesure de distanciation. Ce modèle de masque barrière a été validé par 150 experts de l’Afnor et pensé à la fois pour les particuliers mais aussi pour les néofabricants de masques. Il peut être téléchargé ici. Mais comme le souligne l’Afnor, un peu de patience et de persévérance sera nécessaire car, en raison de la pénurie de masques, vous êtes nombreux à vouloir télécharge ce document.

    Comment laver le masque : A noter que ce masque a été conçu pour être réutilisable. Il est conçu pour résister à 5 cycles de lavage au minimum. Le cycle complet de lavage (mouillage, lavage, rinçage) doit être de 30 minutes minimum avec une température de lavage de 60°C.

    COMMENT METTRE ET ENLEVER UN MASQUE (MÊME EN TISSU)

    • Avant de mettre le masque,lavez-vous les mains avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon.
    • Appliquez le masque de façon à recouvrir le nez et la bouche et veillez à l’ajuster au mieux sur votre visage.
    • Une fois sur la visage, évitez de le toucher. Et à chaque fois que vous le touchez, lave-vous les mains ou utilisez un gel hydroalcoolique.
    • Pour retirer le masque, enlevez-le par derrière (ne pas toucher le devant du masque) et jetez-le immédiatement. Si c’est un masque maison en tissu, mettez-le à laver (à 30° avec de la lessive). Puis lavez-vous les mains avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon.

     

     

  • Chloroquine : «Ne perdons plus de temps!», l’appel de personnalités médicales

    Chloroquine : «Ne perdons plus de temps!», l’appel de personnalités médicales

    Le journal Le Parisien a publié un manifeste, initié par l’ex-ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy et signé par plusieurs personnalités médicales, dont le Pr François Bricaire et le Patrick Pelloux, qui demande au Premier ministre Edouard Philippe que les médecins puissent prescrire plus facilement aux patients de l’hydroxychloroquine face à l’épidémie de Covid-19.

    Voici le texte de leur appel :

    « #NePerdonsPlusDeTemps », Collectif du 3 avril 2020.

    « Nous vivons une crise sanitaire mondiale d’une grande ampleur et notre pays est fortement frappé par la vague épidémique de Covid-19.

    Chaque jour, nous déplorons de nombreux décès. Contre cette maladie, nous ne disposons ni de vaccins, ni de traitement antiviral même si les données scientifiques actuelles sont parcellaires et discordantes.

    Des données chinoises récentes ont suggéré l’efficacité de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine au laboratoire et chez les malades. Une étude publiée par Chen et coll. (Efficacy of hydroxychloroquine in patients with Covid-19 : results of a randomized clinical trial) montre l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez les malades atteints par le Covid-19 souffrant de pneumonie moyennement sévère ; les quelques patients qui se sont aggravés ne recevaient pas le traitement.

    Des cartes publiées par Santé Publique France montrent un taux de mortalité chez les personnes hospitalisées beaucoup plus faible à Marseille que dans le reste du territoire.

    Au vu des données scientifiques internationales ainsi que des expériences de terrain remontant de médecins au contact direct de l’infection et en l’attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, les autorités italiennes, puis américaines ont pris, dans ce domaine, des décisions thérapeutiques hardies.

    Le 17 mars 2020, l’agence de médicament italienne considérant l’urgence sanitaire a autorisé la prescription de l’hydroxychloroquine par tous médecins, y compris les médecins des villes.

    Pour éviter tous risques ou dérives, ce médicament doit être délivré en pharmacie hospitalière avec obligation d’assurer une traçabilité des prescriptions et un retour des données médicales.

    Le 29 mars, après avis favorable de la FDA (agence américaine du médicament), le ministère de la Santé des Etats-Unis d’Amérique (US Department of HHS) a décidé de mettre de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine à la disposition des pharmacies hospitalières sur l’ensemble du territoire fédéral.

    Le gouvernement américain utilisera sa réserve stratégique faite de millions de traitements constitués depuis plusieurs semaines.

    Dès maintenant, la FDA autorise tous les médecins hospitaliers américains à prescrire ces deux médicaments, y compris en dehors d’essais thérapeutiques. Elle demande, comme en Italie, que toutes les données médicales des malades traités soient collectées afin de les analyser.

    Le Portugal vient de recommander ces traitements pour les cas de Covid-19 avec pneumonie.

    La tolérance de ces médicaments prescrits à des millions d’individus depuis des décennies est bonne, à condition expresse de respecter le dosage et les contre-indications, de vérifier la compatibilité avec d’autres médicaments pris simultanément, de contrôler le taux de potassium dans le sang et de réaliser préalablement un électrocardiogramme, surtout en cas de prescription associée d’azithromycine.

    Il faut éviter à tout prix l’automédication.

    En attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, dans la situation aiguë que nous connaissons, de plus en plus de médecins pensent que cette stratégie s’impose, conforme à leur serment d’Hippocrate, de traiter leurs malades en leur âme et conscience.

    Or le décret en vigueur en France n° 2020/337 du 26 mars 2020 ne permet l’utilisation de l’hydroxychloroquine qu’après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut-Conseil de la santé publique et, en particulier de l’indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d’une défaillance d’organe.

    A ce stade trop tardif de la maladie, ce traitement risque d’être inefficace. Si l’efficacité de l’hydroxychloroquine se confirme, il faudra rapidement ouvrir le protocole aux médecins libéraux pour éviter la saturation des hôpitaux.

    Nous demandons donc au Premier ministre et à son ministre de la Santé de modifier d’urgence ce décret et de mettre à disposition immédiate dans toutes les pharmacies hospitalières de l’hydroxychloroquine ou, à défaut, de la chloroquine pour que chaque médecin hospitalier puisse en prescrire à tous les malades atteints de forme symptomatiques de l’affection à Covid-19, particulièrement à ceux atteints de troubles pulmonaires si leur état le requiert.

    Nous appelons l’Etat à effectuer des réserves ou des commandes d’hydroxychloroquine afin que, si l’efficacité se confirmait dans les prochains jours, nous ne soyons pas en manque de traitement. »

    Les signataires : Pr. Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la Santé, Professeur de santé publique et d’épidémiologie; Pr. Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches; Dr. Michèle Barzach, ancienne ministre de la Santé; Pr. Isabelle Bourgault Villada, professeur de dermatologie à l’hôpital Ambroise-Paré; Pr. François Bricaire, ancien chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, membre de l’Académie de médecine; Pr. Marc Gentilini, professeur de parasitologie, de santé publique et de clinique des maladies infectieuses, membre de l’Académie de médecine; Pr. Olivier Goulet, professeur de pédiatrie de l’hôpital Necker; Pr. Jacques Marescaux, président fondateur de l’IRCAD, Membre de l’Académie de Médecine; Pr. Catherine Neuwirth, professeur de microbiologie au CHU de Dijon; Dr. Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France; Pr Paul Trouillas, professeur de neurologie au CHU de Lyon; Dr. Martine Wonner, psychiatre, députée LREM du Bas-Rhin.

     

  • Pas d’épreuves pour le Bac 2020 – Contrôle continu pour tous

    Pas d’épreuves pour le Bac 2020 – Contrôle continu pour tous

    A l’étranger comme en Métropole, les lycéens en fin de cursus auront leur diplôme sans examen !

    C’est donc le contrôle continu qui s’est imposé.

    Sauf pour le BAC de Français

    En première, l’épreuve écrite du baccalauréat correspondra à la moyenne obtenue par l’élève tout au long de l’année, en dehors de la période de confinement, a précisé le ministre de l’Education nationale.

    « L’épreuve orale de Français est maintenue à la fin du mois de juin, ou début juillet, sauf si les conditions sanitaires ne le permettent pas dans l’intervalle », a-t-il indiqué.

    L’histoire-géo, les langues vivantes et les mathématiques pour les filières technologiques ne donneront pas lieu à une évaluation telle qu’elle était prévue. « La moyenne retenue sera l’addition de la note obtenue aux épreuves communes passées cette année, qu’on appelle E3C1, et celles qui seront passées en terminale, E3C3 ».(notes hors confinement)

    Le Bac et le Brevet en notation continu à l’exclusion des notes acquises pendant le confinement !

    Les incertitudes liées à la crise du coronavirus sont nombreuses. Le retour en classe dépend de la stabilisation de la situation sanitaire, a rappelé Jean-Michel Blanquer lors d’une conférence de prisse. Le retour en classe en début du mois de mai n’est qu’une hypothèse, “et même si c’était le cas, élèves auraient été privés de 5 semaines normales de cours. Les conditions d’apprentissage ne sont pas aussi bonnes qu’en temps normal”. Les examens du brevet et du bac, qui concernent 2,1 millions de candidats, ne pourraient donc pas se dérouler dans les mêmes conditions que les autres années. C’est pourquoi des aménagements sont nécessaires “pour garantir la réussite future des élèves” en tenant compte de l’ensemble des incertitudes .

    L’assiduité validera le diplôme !

    « L’assiduité des candidats en Terminale sera vérifiée ». « Suivre les cours jusqu’au 4 juillet sera une condition sine qua non » pour avoir le bac, déclare le ministre. En effet que ce soit via le système « Ma classe à la maison » ou que ce soit en cours en cas de réouverture de l’établissement où l’élève est inscrit, les cours devront être suivis tout au long du mois de juin. Les consignes seront fermes. Le Ministre désire reconquérir avec les professeurs le mois de Juin. C’est aussi l’assurance de garder du sens aux semaines qui arrivent alors que les notes prises en compte pour le bas sont déjà connus ! Les élèves ont tous sortis leur calculette, certains sont déjà théoriquement bacheliers, pour éviter de grandes longues vacances, le conditionnement de la remise du diplôme à l’assiduité en ligne ou en classe si cela est possible.

    Comment garantir que ce bac ne sera pas un bac au rabais ?

    « Nous aurons un jury d’harmonisation, les professeurs auront pu porter une appréciation sur le comportement des élèves au cours du troisième trimestre », répond Jean-Michel Blanquer.

  • La dépendance suicidaire de l’Europe aux médicaments « made in China »

    La dépendance suicidaire de l’Europe aux médicaments « made in China »

    Alors que l’épidémie de Covid-19 ravive les craintes de pénuries graves de médicaments, les appels à relocaliser la fabrication des ingrédients pharmaceutiques se multiplient. Un article de notre partenaire European Data Journalism Network et traduit de l’anglais au français par Euractiv.

    Il aura suffi d’un battement d’ailes de papillon dans un village en Asie ; ou de fièvre et d’une toux sèche chez un ouvrier le long d’une ligne d’assemblage dans la province du Zhejiang, en Chine de l’Est, pour compromettre la vaste logistique du commerce mondial, au risque de priver des millions d’Européens de smartphones, de tablettes et d’écrans plats ; de mocassins, de chaussettes et de peluches fourrées – et, plus préoccupant : de médicaments.

    Accroc à « l’usine du monde », la sécurité de la chaîne d’approvisionnement du médicament vers l’Europe est en effet en danger.

    Curieusement, ce ne sont pas les nouveaux médicaments, souvent plus coûteux et qu’on substitue aux « anciens », qui sont vulnérables (« ceux-là sont rarement en rupture de stock », note Jean-Pierre Vernant, hématologue à la Pitié-Salpêtrière à Paris), mais les génériques – les équivalents moins chers des produits de marque -, qui jouent pourtant un rôle crucial dans l’accès à des soins de qualité partout en Europe.

    Les facteurs sont multiples, mais le choix fait par le Big Pharma européen, dans une course effrénée au profit ces trente dernières années, de renoncer à produire localement pour se fournir massivement en Chine en ingrédients pharmaceutiques actifs (IPA) – la partie du médicament qui produit ses effets thérapeutiques –, fut déterminant.

    Aujourd’hui, des antibiotiques très utilisés comme l’amoxicillin, des antidouleurs comme l’aspirine et le paracétamol, les vaccins contre l’hépatite B, ou encore des anticancéreux vitaux comme le busultan et l’acide zolédronique, sont régulièrement touchés.

    En France, 538 médicaments d’« intérêt thérapeutique majeur » ont connu une pénurie en 2017, selon l’agence nationale de sécurité du médicament. Douze fois plus qu’il y a dix ans.

    Aux Pays-Bas, on rapporte 2 044 produits en pénurie ou sous tension au cours de la première moitié de l’année 2019 (contre 1390 l’année précédente), contraignant des patients à se priver de prescription, ou à se rabattre sur des produits moins efficaces.

    Tout miser sur la Chine, c’est s’exposer périodiquement à des aléas qui nous échappent. Scandale de l’héparine en 2008 ; fermeture forcée de 150 sites de production pour mise aux normes environnementales entre 2016 et 2018 ; ou encore – dernière histoire d’horreur en date -, le cas du valsartan, composant de médicaments contre l’hypertension, et retrouvé contaminé à la nitrosamine en juillet 2018 (un produit cancérigène servant de carburant liquide à la propulsion des fusées), déclenchant un rappel mondial.

    Dans ce contexte, le Covid-19 – dont l’épidémie vient perturber la production d’IPA en Chine de l’Est, causant des pénuries de matière première en Inde, qui s’est spécialisée à son tour dans l’exportation des formules finies –, n’est au fond que la dernière frayeur d’une longue litanie de désastres.

    Reste que, pour le ministre de l’Économie, Bruno Lemaire, cet épisode « change (enfin) la donne ».

    En réponse à la crise, il appelle désormais à repenser la mondialisation, qualifiant l’hyper- dépendance de l’Europe à la Chine d’ « irresponsable et de déraisonnable » – une déclaration iconoclaste, de la part d’un ancien défenseur acharné du dogme de la compétition libre et non faussée.

    Puisque les demi-mesures n’y suffisent plus (renforcement des contrôles sur site par l’EMA ; diversification des sources d’approvisionnement – ce qui s’avère parfois impossible, certains ingrédients provenant d’une seule source chinoise certifiée), il serait donc grand temps de s’attaquer à la racine – un avis que partage Christoph Stoller, le président de Medicines for Europe, une association d’industriels du générique. Il est grand temps de rapatrier la production d’IPA essentiels vers l’Europe.

    Paradoxalement, cette dynamique est déjà à l’œuvre depuis environ 2013, du moins partiellement. Échaudés par une certaine instabilité politique en Asie, et des scandales sanitaires à répétition, les grands labos se retournent peu à peu vers l’Europe, en quête de fournisseurs fiables et de qualité.

    Mais cela concerne avant tout les IPA à haute puissance (HPAPIs), entre autres principes lucratifs, utilisés dans une nouvelle génération de médicaments efficaces à plus faible dose, et dont les principes actifs ne représentent qu’environ 10 % du coût de fabrication (contre 40 % pour les génériques), selon une étude du ministère français de l’Économie et des Finances.

    À titre d’exemple, Sanofi vient d’annoncer un plan de montée en puissance de sa production d’IPA en Europe, à travers le regroupement, en une entité indépendante, de ses sites en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni, en France et en Hongrie, avec l’ambition de devenir le second acteur mondial du secteur d’ici à 2022, mais rien n’indique que les ingrédients à haut-volume et faible rentabilité, indispensables à la fabrication des génériques, seront de la partie.

    À noter que l’Europe n’est pas seule à s’être ainsi enlisée. Aux États-Unis, 80 % des antibiotiques viennent de Chine, selon le département du commerce – soit 95 % de l’ibuprofen, 91 % de l’hydrocortisone et 45 % de la pénicilline. En dépit des menaces du président Trump de frapper de tarifs les importations chinoises, les produits médicaux restent jusqu’à présent épargnés, laissant les IPA hors du champ de la guerre commerciale entre les deux pays.

    Quant à l’Inde, surnommée « la pharmacie du monde », en raison de sa position de leader dans les exportations de produits finis – et qui, de même que l’Europe, s’auto-suffisait en IPA avant de rejoindre l’OMC en 1995 –, elle dépend aujourd’hui à 70 % des ingrédients et intermédiaires chinois, selon le directoire général de l’intelligence commerciale et des statistiques. D’importants efforts, ces cinq dernières années, d’investissements publics et d’accords d’achat garanti par l’état, n’y auront rien changé.

    C’est que, à coût du travail comparable, le différentiel du prix des IPA indiens subsiste face à la Chine, dont le grand atout, ici comme ailleurs, tient à sa démesure. Elle lui autorise des économies d’échelle inégalées.

    Au cours des vingt dernières années, l’empire du Milieu s’est en effet constitué un formidable arsenal de production d’IPA. Tournant à 70 % de ses capacités (contre 30-40 % en Inde), elle permet à ses entreprises de pratiquer des prix 30 à 40 % inférieurs à la moyenne mondiale – ce, en dépit d’une augmentation des salaires et de la mise en œuvre de normes environnementales plus contraignantes.

    Outre des climats variés, propices à la production d’une large gamme d’IPA (entre 1 500 et 2 000), les fabricants chinois bénéficient par ailleurs des largesses de l’Etat, ainsi que du soutien des banques publiques, sous forme de prêts à taux dérisoires.

    Ainsi, Zhejiang Huahai Pharmaceutical (ZHP), leader incontournable des ingrédients de médicaments contre l’hypertension et Alzheimer, s’est vu octroyé $44,4 million de subventions en 2018, selon un rapport financier publié par la compagnie.

    En 2019, la production chinoise, intermédiaires inclus, atteignait 9,5 millions de tonnes (2,5 tonnes d’IPA), dont 1,9 million écoulées en Europe. Ses exportations ont crû au rythme annuel de 3,8 % en moyenne ces dernières années, et s’élèvent aujourd’hui à environ 30 milliards de dollars.

    Une dynamique appelée à se poursuivre : des médicaments brevetés d’une valeur estimée à 160 milliards d’euros sont en effet sur le point de passer dans le domaine public, entre 2020 et 2024.

    Quant à l’Europe, telle semble être la question :

    Comment, face au dumping salarial et social asiatique – handicapée par ailleurs, disent certains, par une structuration des prix du médicament faisant obstacle à une production rentable sur le continent -, relocaliser la fabrication d’IPA génériques, sans causer une hausse des prix, ou assécher les moyens affectés à la recherche et développement ?

    Faux problème, rétorque le Roosevelt Institute, un groupe de réflexion étasunien basé à New York, pour qui c’est l’usage fait des profits au détriment des patients qui interpelle.

    En ces temps de grande prospérité pour les labos pharmaceutiques, les montants colossaux engrangés sont en effet confisqués par les actionnaires et les dirigeants, au préjudice de l’investissement productif. Selon son étude, 7 des 10 principaux acteurs américains choisissent d’allouer plus de 100 % des profits à cet effet ; dont AbbVie (318 %), Eli Lilly (202 %), Merck (232 %) et Pfizer (182 %).

    Quoi qu’il en soit, sans une approche de long terme au niveau Européen – ce que préconise l’EFCG, un lobby basé à Bruxelles représentant les fabricants européens d’IPA –, consistant à stimuler les investissements, émuler la R&D et accélérer l’homologation des principes essentiels, il est peu probable que l’Europe parvienne à recouvrer son indépendance.

    Un travail de longue haleine. Il faut deux ans pour transférer un seul produit vers un site de production existant, selon les experts du secteur. Cela inclut la mise aux normes, la mise en œuvre des protocoles de stabilité, le passage à grande échelle etc., et cela nécessite une armée de techniciens. Cinq ans pour concevoir, bâtir et qualifier une usine en partant de rien.

    Pour autant, la situation n’est pas désespérée.

    Aux États-Unis, exaspérés par les pénuries et les prix exorbitants des médicaments, 900 hôpitaux se sont résolus à combiner leurs forces en 2018 pour lancer Civica RX, un fabricant de génériques à but non-lucratif.

    Ses débuts sont encourageants. Après un premier lot de vancomycin hydrochloride, un antibiotique injectable, livré fin 2019, le fabricant vient de s’associer au Danois Xellia et à l’Anglais Hikima pour produire 14 autres médicaments essentiels.

    Une initiative qui pourrait bien faire tache d’huile, y compris en Europe.

    « On a clairement rendu pas mal d’acteurs nerveux dans le secteur », constate Martin Van Trieste, le patron de Civica.

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