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  • La France propose un fonds corona équivalent à 3 % du PIB de l’UE

    La France propose un fonds corona équivalent à 3 % du PIB de l’UE

    Dans un document confidentiel consulté par Euractiv, la France invite l’UE à créer un fonds d’émission de dette qui représenterait jusqu’à 3 % du PIB européen pour soutenir les États membres les plus touchés par la crise sanitaire.

    Les ministres européens des Finances se retrouvent le 7 avril pour évoquer une série de mesures qui pourraient s’élever à pratiquement 500 milliards d’euros. Elles incluraient des instruments et des garanties dépendants du Mécanisme européen de stabilité (MES), de la Commission européenne et de la Banque d’investissement européenne (BEI).

    Mais les institutions de l’UE et les États membres s’accordent à dire que l’Europe s’apprête à connaître une grave récession et que davantage de mesures devront être prises pour relancer l’économie une fois la pandémie enrayée.

    Alors que la Commission européenne place le cadre financier pluriannuel (CFP) au centre de son plan de relance, au moins neuf États membres, dont la France, souhaitent adopter une stratégie plus ambitieuse, comme l’émission d’une dette commune.

    À ce titre, dans une ébauche de document, le Ministère des Finances français propose un nouvel instrument d’émission de dette conjointe, une « entité ad hoc » semblable au Fonds européen de stabilité financière (FESF) créé au début de la crise financière de 2009. Le nouveau mécanisme ne mutualiserait pas la dette passée ou future des États membres.

    « Cet instrument témoignerait de l’unité et de la solidarité européennes, parce qu’il bénéficierait principalement aux pays ou aux régions les plus affectés de l’Union européenne », indique le document.

    Des détails fournis par le gouvernement français sur la proposition la semaine dernière ont aussi été ajoutés au document.

    Le mécanisme serait couvert par des garanties émises par les États membres, individuellement ou conjointement.

    Pour l’instant, Paris suggère de lever des fonds d’un montant équivalent à 2-3 % du PIB de l’UE sur cinq ans, soit environ 420 milliards d’euros — mais cette proposition sera évaluée par les autres leaders européens et pourrait être revue.

    Par ailleurs, la France a amendé la formule de remboursement qu’elle avait mise en place la semaine dernière. Alors que la première esquisse de document évoquait une « taxe de solidarité », la proposition actuelle parle de « scénario central », auquel les États membres devraient contribuer en fonction de leur Revenu national brut (RNB).

    Et pourtant, le document inclut encore la possibilité de mobiliser une « ressource européenne spécifique, exceptionnelle et temporaire » allouée au mécanisme tant qu’il est en vigueur.

    Ces ressources pourraient être redistribuées, puisqu’elles ne dépendront pas du RNB mais des conséquences socioéconomiques de la pandémie sur les pays et les régions de l’UE. En clair, l’Italie et l’Espagne pourraient bénéficier de fonds plus importants que leur poids économique.

    En ce qui concerne les objectifs post-coronavirus, la France appelle à financer les projets liés au « Green Deal » européen. Elle plaide aussi pour le financement de la stratégie industrielle, et en particulier la relocalisation des chaînes de valeur stratégiques en Europe.

    Le document invite également à se concentrer sur les programmes « destinés à atténuer les effets d’une crise symétrique externe et à répondre aux besoins financiers mieux couverts au niveau européen ».

    La France propose en outre d’établir une période de remboursement de la dette plus longue que celle fixée par le MES, sous certaines conditions qui font actuellement l’objet de discussions.

    Tandis que le MES assure maximum dix ans de délais de remboursement, Paris suggère de prolonger ceux-ci jusqu’à 20 ans, voire plus, pour alléger le fardeau des économies nationales.

    Le groupe des socialistes et des démocrates au Parlement européen, le S&D, plaide aussi pour une entité ad hoc similaire à la proposition française.

    Lors d’une vidéoconférence lundi 6 avril, Jonás Fernández (S&D), un porte-parole de la Commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen, a déclaré à la presse que « davantage de taxes » seraient nécessaires pour rembourser la dette commune émise au travers de ce mécanisme. Cela pourrait inclure un nouvel impôt sur les sociétés et la taxe sur les entreprises numériques.

  • À l’origine du projet de création d’un fonds de solidarité en faveur des Français de l’étranger, Joëlle Garriaud-Maylam répond aux questions des Français.press

    À l’origine du projet de création d’un fonds de solidarité en faveur des Français de l’étranger, Joëlle Garriaud-Maylam répond aux questions des Français.press

    Lesfrancais.press : Vous avez déposé une proposition de loi de création d’un Fonds de Solidarité en faveur des Français de l’étranger. Pourquoi une telle initiative ?

    Joëlle Garriaud-Maylam : C’est un projet ancien, qui remonte à bien des années, avant ma première élection au Sénat en 2004. Il me semblait alors qu’un fonds de solidarité européen dont pourraient bénéficier l’ensemble des Européens habitant dans un autre pays que le leur s’intégrerait parfaitement dans les dispositions du Traité d’Union Européenne relatives à la citoyenneté européenne et donneraient corps à ce concept qui était une coquille un peu vide. J’avais d’ailleurs présenté cette idée (avec celle d’une représentation spécifique des expatriés au Parlement européen) lors d’une audition par la commission des affaires institutionnelles du Parlement européen en 2001 .  L’accueil fait à ces deux idées avait été extrêmement favorable, mais hélas, rien n’avait bougé ensuite, malgré les promesses reçues…

    Après mon élection au Sénat en 2004, et dans la mesure où le projet de fonds de solidarité à l’échelle européenne semblait définitivement enlisé, je décidais de reprendre le dossier en limitant le champ d’application aux Français expatriés. Avec le soutien des élus de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) je déposais dès 2008 une proposition de loi, cosignée par tous mes collègues UMP représentant les Français de l’étranger, et visant à créer au niveau national ce « fonds de solidarité pour les Français établis à l’étranger et victimes de catastrophes naturelles ou de crises politiques graves »

    Malheureusement ma proposition de loi ne fut jamais inscrite à l’ordre du jour du Sénat, et l’on me dit qu’elle n’aurait aucune chance d’aboutir, sauf en cas de crise vraiment majeure, car on estimait que les expatriés français étaient déjà très gâtés avec leur représentation institutionnelle de 12 sénateurs, une Caisse des Français de l’étranger, un réseau de lycées très performants et qu’ils ne sauraient en demander davantage encore …  N’étant pas d’une nature à me décourager facilement, et convaincue du bien-fondé de ma démarche, je redéposais cette proposition de loi en 2016 mais là encore je me heurtais à un refus pour les mêmes raisons.

    Avec la crise sanitaire du coronavirus qui affecte et affectera gravement nos communautés françaises aux quatre coins du monde, il m’a semblé indispensable de la redéposer une nouvelle fois et de me battre pour qu’elle soit enfin débattue au Parlement et que mes collègues parlementaires reconnaissent la nécessité de création d’un tel fonds, afin de pouvoir en urgence aider nos compatriotes démunis face à une crise particulièrement grave.

    Joëlle Garriaud-Maylam au Sénat

    Lesfrancais.press : Comment ce fonds de solidarité, si le Parlement le vote, sera-t-il financé ?

    Joëlle Garriaud-Maylam :  C’est une excellente question car vous savez que les parlementaires ne sont pas censés demander de nouvelles dépenses à l’Etat sans avoir trouvé les moyens spécifiques de les financer… Il est tellement facile de vouloir faire œuvre de démagogie en proposant une idée généreuse en laissant à l’Etat la charge de trouver les moyens de la financer. Ce n’est évidemment pas sérieux, surtout à un moment où tous les économistes prévoient une récession pire que celle de 2008 !

    Dès 2008 nous avions travaillé à élaborer un mode de financement solide pour ce Fonds de Solidarité. J’avais eu l’idée d’utiliser, outre des dons et legs, une partie des contrats de succession en déshérence, ainsi qu’un pourcentage du prix des passeports. Nous avions en outre travaillé avec l’AFE et sa commission de sécurité à une possibilité d’assurance volontaire des expatriés dont le produit serait affecté à ce fonds. Mais nous nous sommes aperçus alors, après une étude approfondie, qu’aucune compagnie d’assurance n’accepterait de s’engager sur cette voie, la plupart des expatries consultés refusant le principe de s’assurer pour ce risque de catastrophe naturelle ou de crise politique grave à l’étranger… La proposition de loi de 2016 avait donc écarté tout recours à un financement par produit d’assurance.

    Lesfrancais.press :  Mais nous avons appris qu’il y avait deux autres propositions de loi visant le même sujet ?

    Joëlle Garriaud-Maylam : Effectivement, c’est une caractéristique assez peu glorieuse de la vie politique que de reprendre à son compte les idées et le travail des autres, notamment à l’occasion de campagnes électorales. On change un ou deux mots et on essaie alors de faire croire que son idée est originale, ce qui ne trompe évidemment que bien peu de monde. Dire par exemple que l’originalité d’une PPL est de proposer ce  «fonds d’urgence» alors qu’il est évident qu’un fonds de solidarité l’est déjà puisqu’il doit être créé pour justement  répondre aux urgences ou qu’une  PPL serait basée sur un système d’assurances alors que c’est totalement faux ne saurait grandir les auteurs de telles  accusations…

    Cela m’est souvent arrivé dans le passé que l’on me reprenne mes idées (on me dit souvent que je devrais en faire un livre !) Cela m’avait choqué la toute première fois où cela m’est arrivé. Il s’agissait d’une proposition de loi visant à faire passer l’âge du mariage des filles de 15 à 18  ans pour les protéger des mariages forcés.   Personne ne voulait auparavant de cette mesure qui avait été proposée en vain par des ONG pendant de très nombreuses années, mais à partir du moment  où l’actualité a fait qu’elle  avait une chance d’être acceptée (je l’avais alors transformée en un amendement pour gagner du temps) ont fleuri toute une série d’amendements quasi-similaires qu mien, chaque auteur prétendant que le sien était plus original… J’avoue que j’en avais été alors  assez stupéfaite… Aujourd’hui cela me fait sourire, je n’ai jamais eu de problème d’ego et je trouve que l’essentiel est d’arriver au résultat voulu….

    Je trouve cependant que les parlementaires s’honoreraient de davantage travailler ensemble… Je crois depuis toujours aux vertus du collectif et déplore toute « course à l’échalotte » (pour reprendre l’expression d’un élu des Français de l’étranger) qui ne peut que nuire à l’intérêt général.

    Plus que jamais en cette période de coronavirus, nous devons nous serrer les coudes, ne serait-ce que par respect pour nos compatriotes et toutes ces familles qui souffrent et qui attendent qu’on leur porte secours.

     

  • Rentrer en France ? Téléchargez votre attestation de déplacement international

    Rentrer en France ? Téléchargez votre attestation de déplacement international

    A partir du 6 avril à 18h, heure de Paris, toute personne française ou étrangère se rendant en France depuis l’étranger devra se munir d’une attestation de déplacement international à présenter aux compagnies aériennes avant l’embarquement.

    Cette attestation sera exigée pour une entrée ou un transit sur le territoire français.

    Elle sera à présenter aux compagnies de transport avec les pièces justificatives prouvant le statut indiqué sur l’attestation. Ce processus doit être effectué avant l’utilisation du titre de transport, par les passagers qui souhaitent voyager à destination du territoire français. Elle sera aussi présentée aux autorités en charge du contrôle frontières, cela pour tout type de frontière :

    - aux frontières extérieures de la France (liaisons aériennes, maritimes, terrestres, dont les liaisons ferroviaires) ;
    - aux frontières intérieures de la France.

    Les personnes voyageant à destination des collectivités d’outre-mer françaises y sont en outre informées qu’elles seront soumises, à leur arrivée dans la collectivité, à un contrôle sanitaire qui peut donner lieu à l’adoption d’un arrêté de placement en quarantaine dans une structure dédiée ou à domicile.

    TELECHARGEZ ICI VOTRE ATTESTATION POUR RENTRER EN FRANCE 

    TELECHARGEZ ICI VOTRE ATTESTATION POUR RENTRER DANS LES DOM-TOM

     

     

  • Faire du bruit à l’est et frapper à l’ouest : Taïwan aux avant-postes des stratégies chinoises

    Faire du bruit à l’est et frapper à l’ouest : Taïwan aux avant-postes des stratégies chinoises

    Comme le rappelait récemment le sinologue Stéphane Corcuff, la diplomatie tonitruante de Pékin en matière d’« assistance » aux pays touchés par le Covid-19 est une application claire du stratagème « faire du bruit à l’est et frapper à l’ouest », issu du recueil datant de la Chine classique des 36 Stratagèmes. En ce sens, Taïwan, gros caillou dans la chaussure de la politique étrangère de Pékin, pourrait faire l’objet d’une affirmation militaire de la RPC, qui pourrait ainsi se débarrasser de l’un des « cinq poisons » (Taïwan, les Ouïghours, les Tibétains, le Falungong et les militants pro-démocratie) définis par le régime communiste.

    Récurrence des incursions militaires chinoises à Taïwan

    Depuis 1949, une règle tacite interdit aux avions militaires et civils des deux pays de franchir la ligne médiane du détroit de Taïwan. Le développement de la RPC et son ascension se sont accompagnés d’une affirmation de souveraineté tout autour de sa géographie, particulièrement maritime en mer de Chine de l’est et du sud. Si la mer de Chine méridionale constitue un véritable laboratoire stratégique de la Chine en Asie, l’île de Taïwan représente le dernier espace politique et stratégique à conquérir. Rappelons que Taïwan, depuis 1987 et l’abolition de la loi martiale, bénéficie d’un véritable régime démocratique, se distinguant pleinement de son voisin chinois.

    Le 1er février, en pleine crise du Covid-19 en Asie orientale, un bombardier stratégique Xian H-6 (copie d’un appareil soviétique)et un nombre incertain d’autres appareils assurant son escorte ont effectué une nouvelle incursion dans l’espace aérien de Taïwan, en écho à celles de 2011 ou de mars 2019, où des chasseurs chinois avaient déjà procédé de la sorte. Une opération qui est venue s’ajouter à la liste des mouvements aériens (chasseur, bombardier stratégique et avion renifleur) et navals (porte-avions, frégates, etc) effectués par la RPC autour de l’île depuis deux décennies – manière pour Pékin de tester la puissance américaine, d’intimider Taïwan et d’éprouver ses propres capacités.

    En réponse, les forces aériennes de Taïwan ont fait décoller plusieurs F16 pour intercepter les aéronefs chinois. Durant l’été 2019, Washington avait approuvé la vente de 66 nouveaux chasseurs F-16V Block 70 de Lockheed Martin à Taïwan. Conformément au Taïwan Relations Act, en vigueur depuis 1979 – et que Donald Trump tient plus que jamais à honorer – l’île bénéficie du matériel et du savoir-faire technologique américains, mais a perdu la supériorité stratégique face à Pékin. Les efforts de modernisation des armées chinoises depuis plus de trente ans, très polarisés sur la question de Taïwan, en attestent (nombre d’appareils, marine modernisée, système balistique, bulle de déni d’accès).

    Le verrou stratégique de Taïwan

    Dans la stratégie chinoise, l’île de Taïwan, encore plus que la mer de Chine méridionale, constitue un verrou stratégique pour une sortie discrète de ses sous-marins nucléaires. La configuration hydrographique des grandes profondeurs ouvrant sur l’océan Pacifique permettrait une dilution de ses sous-marins. La mer de Chine méridionale n’est pas assez profonde et trop « fermée » par des détroits surveillés et étroits. Ainsi, la prise de Taïwan assurerait à Pékin à la fois la crédibilité de sa dissuasion à la mer, mais aussi sa supériorité stratégique. Par conséquent, la « prise » par la force de l’île n’est pas exclue. Dans son discours de début d’année en 2019, Xi Jinping le rappelait. La militarisation accruedes approches maritimes et continentales de la Chine contraste brutalement avec les discours officiels, centrés sur la connectivité et le commerce international. La montée en puissance de la marine chinoise, en particulier de ses sous-marins, tend à modifier les équilibres stratégiques en Asie-Pacifique.

    S’y ajoute un contexte crisogène entretenu par Pékin : velléités d’infiltrations chinoises dans le processus électoral taïwanais, escarmouches récurrentes entre gardes-côtes taïwanais et hors bords venant du continent, intimidations de l’Armée populaire de Libération (APL) contre le destroyer lance-missiles américain McCampbell naviguant dans les eaux territoriales des îles Paracels, le 10 mars, menaces enfin de la presse chinoise – Global Times – contre les autorités américaines dans la partie de bras de fer qui les oppose à Pékin au sujet de Huawei en brandissant le spectre d’une coupure de l’approvisionnement en matériel médical vers les États-Unis

    « Bastion de liberté dans l’Indo-Pacifique »

    La situation de Hongkong depuis mai-juin 2019 a galvanisé l’électorat taïwanais qui s’est rassemblé en janvier dernier autour de la présidente sortante Tsai Ing-wen. Plus encore : les ingérences répétées de Pékin redonnent un souffle nouveau à l’île, malgré un isolement diplomatique accru. En vingt ans de diplomatie très offensive de la part de la RPC, partout dans le monde, le nombre d’États reconnaissant Taïwan est passé de plus d’une trentaine à quinze.

    Le discours de la présidente réélue insiste sur la souveraineté et la démocratie de l’île, faisant de Taïwan un « bastion de liberté » dans l’Indo-Pacifique. L’élection du mois de janvier à Taïwan révèle aux Chinois et au reste du monde que le modèle « un pays, deux systèmes » proposé par Pékin ne séduit pas. Ce modèle a très largement montré ses limites dans la situation traversée par Hongkong, véritable repoussoir aux yeux d’une majorité de Taïwanais.

    Le modèle taïwanais dans la gestion de la crise du Covid-19

    Le 13 mars, le New York Times publiait un article intitulé : « Ils ont contenu le coronavirus. Voici comment ». L’analyse expliquait comment l’épidémie avait été contrôlée à Taïwan, Hongkong et Singapour, sans recourir aux mesures draconiennes chinoises de confinement généralisé : mise en œuvre, dès début janvier, de contrôles serrés aux frontières, y compris par des équipes montées à bord des avions venant de Wuhan ; fermeture des vols avec la Chine début février ; traçages détaillés des malades et de leurs contacts ; quarantaine stricte pour les malades et les contaminés.

    Dans l’île, quatre mois après la détection des premiers cas en Chine, la rigueur préventive semble avoir porté ses fruits. En dépit de la forte densité de population (649 hab/km2, soit cinq fois plus qu’en France), au 26 mars, le bilan était de 252 cas cumulés de Covid-19, et de seulement 2 décès. Ce qui, rapporté à la population, classe l’île parmi les régions de la planète les moins touchées, grâce à une gestion exemplaire de la crise. Le 21 mars, dans Asialyst, Jean‑Yves Heurtebise proposait une analyse de la réaction taïwanaise à l’épidémie qu’il comparait à celle, très laxiste, de la France, calquée sur les recommandations de l’OMS et de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Constatant que ces deux organisations se sont initialement montrées trop rassurantes, il les accuse d’avoir sciemment réduit leur niveau d’alerte pour ne pas indisposer Pékin.

    L’OMS et l’OACI : deux organisations sous influence ?

    La vérité, écrit Heurtebise, est que les autorités sanitaires françaises « se sont mises au diapason de l’OMS et de l’OACI, dont l’impartialité est douteuse ». Le Directeur général de l’OMS Tedros A. Ghebreyesus, originaire d’Éthiopie, « porte d’entrée des Nouvelles routes de la soie chinoises en Afrique », assurait le 3 février, dix jours après le durcissement des mesures chinoises, que « les restrictions de vols étaient inutiles ». Huit jours plus tard, la Chinoise Fang Liu, directrice de l’OACI, recommandait d’assouplir les restrictions de vol alors que les compagnies américaines venaient de suspendre leurs vols vers la Chine. Avec le recul, nous savons d’ores et déjà que la Chine s’est notoirement opposée à ce que l’Organisation mondiale de la santé proclame une urgence de santé publique de portée internationale.

    C’est dans le contexte de cette cécité à la fois collective et consentie que Taïwan a réussi à exfiltrer du continent, et plus particulièrement de la province du Hubei, foyer originel du Covid-19, plusieurs centaines de ses ressortissants – et ce, malgré les tensions et les suspicions réciproquement entretenues entre Pékin et Taipei. Le gouvernement taïwanais a pu s’appuyer sur son réseau d’industriels et d’hommes d’affaires, lesquels ont fait preuve d’une remarquable solidarité à l’égard de leurs concitoyens, dans des initiatives qui relèvent à la fois de la diplomatie informelle et d’une extraordinaire résilience.

    Hub inter-régional et économique non moins important, Taïwan est toutefois exclue de l’OMS comme de l’OACI. Pourtant, Taïwan est un acteur majeur et incontournable de la santé mondiale, comme vient de le prouver sa gestion de la crise. Signe des temps : l’île et ses représentants n’ont pas été conviés à participer à la prochaine session annuelle de l’OMS, qui devrait se tenir du 17 au 21 mai prochain à Genève. Loin est cette année 2009 lorsque Taïwan y avait été sollicitée en tant qu’observateur. L’absence de Taïwan au sein de ces organisations mondiales n’invite-t-elle pas à reconsidérer leur mode de fonctionnement et, aussi, à envisager un rééquilibrage des choix européens et français en matière de politique étrangère ?

    Pékin est en passe d’assumer un rôle hégémonique dans nombre d’organisations internationales. Parmi les grandes organisations dépendant de l’ONU, quatre (FAO, ONUDI, UIT, OACI) sur quinze ont à leur tête un directeur installé par la RPC.

    Taïwan : l’angle mort des diplomaties française et européenne

    La gouvernance autoritaire que la Chine érige en modèle pour endiguer l’épidémie n’est pas un exemple à suivre. Taïwan en apporte la preuve. Si la menace politique qui pesait initialement sur les dirigeants de la RPC – présentée par certains, à tort, comme un possible Tchernobyl chinois – se transforme pour le régime de Pékin en opportunité géopolitique, il n’en demeure pas moins que Taïwan, plus que jamais, se retrouve aux avant-postes de la ligne de front qui oppose désormais les démocraties aux régimes autoritaires.

    Face au Léviathan chinois, la vigueur avec laquelle Taïwan défend son modèle politique intéresse et interroge le reste du monde. Son besoin de sécurité et d’indépendance est en accord avec l’humanisme défendu par les nations démocratiques. Cette crise nous le rappelle avec force. Elle nous invite à questionner nos choix et maintenir au sein même du système politique international une diversité de choix quant à ses représentants. Ceci demeure pour nous, démocraties, absolument vital.

    UN ARTICLE PUBLIE SUR LE SITE

  • La Biélorussie serait un « foyer incontrôlé » du COVID-19, selon la Lituanie

    La Biélorussie serait un « foyer incontrôlé » du COVID-19, selon la Lituanie

    Situation « préoccupante ».

    Le président, le ministre des Affaires étrangères et le Premier ministre lituaniens critiquent la façon dont la Biélorussie voisine gère la pandémie. Celle-ci a annoncé recenser 254 cas confirmés et quatre décès, mais le président lituanien, Gitanas Nausėda, affirme que la réalité pourrait être bien pire que les chiffres officiels. Linas Linkevičius, le ministre lituanien des Affaires étrangères, qualifie la situation de « préoccupante ».

    Le Premier ministre lituanien, Saulius Skvernelis, a déclaré mercredi 1er avril que la Biélorussie pourrait être un « foyer incontrôlé » de la maladie. Afin d’éviter que le virus ne se propage davantage, il a annoncé que la Lituanie fermerait ses frontières si la Biélorussie ne formulait aucune réponse « adéquate » à la crise sanitaire. Les rapatriements par avion depuis Minsk, la capitale biélorusse, constituent en effet l’un des derniers moyens pour les Lituaniens à l’étranger de rentrer chez eux.

    Alexandre Loukachenko, le président biélorusse, a rétorqué au président lituanien de « s’occuper de [son] propre virus », tandis que le Ministère des Affaires étrangères de Biélorussie a appelé la Lituanie à ne pas alimenter « les spéculations et les rumeurs ». (Benas Gerdžiūnas | lrt.lt)

  • Boris Johnson en soins intensifs: le ministre des Affaires étrangères désigné pour assurer l’intérim

    Boris Johnson en soins intensifs: le ministre des Affaires étrangères désigné pour assurer l’intérim

    Le Premier ministre britannique a été transféré lundi soir en soins intensifs après une détérioration de son état dans l’après-midi. Le ministre des Affaires étrangères assurera l’intérim.

    Lundi à 14h20, un tweet de Boris Johnson avait été publié. Il y disait avoir un «bon moral» et être en «étroite relation avec son équipe gouvernementale» pendant qu’il subissait des «examens de routine» à l’hôpital. Et puis, vers 20h30, l’escalade et un début de panique. Un communiqué de Downing Street indiquait que le Premier ministre britannique avait été transféré vers 19 heures dans une unité de soins intensifs du St. Thomas Hospital. C’est là, dans cette énorme unité hospitalière située sur les rives de la Tamise juste en face du Parlement de Westminster, qu’il avait été admis la veille au soir, «par précaution». Ses médecins avaient recommandé une série de tests alors que, dix jours après avoir été testé positif au virus du Covid-19, Boris Johnson souffrait toujours de «symptômes persistants, notamment de la fièvre et une toux».

    L’état exact du Premier ministre n’était pas clair lundi soir. Selon Downing Street, il serait conscient et n’aurait pas été placé sous respirateur. Son transfert en soins intensifs aurait été dicté par «une détérioration de son état» dans l’après-midi et «par précaution au cas où il aurait besoin d’être assisté par un respirateur».

    Pas de pathologies antérieures

    «Le Premier ministre a demandé au ministre des Affaires étrangères, Dominic Raab, de le remplacer» à la tête du gouvernement, précisait le communiqué de Downing Street. A peine une heure avant son transfert en soins intensifs, Raab avait été incapable de donner des détails sur l’état de Boris Johnson pendant la conférence de presse quotidienne du gouvernement sur la crise du coronavirus. Il avait révélé lui avoir parlé pour la dernière fois samedi, ce qui avait semblé curieux dans la mesure où, toute la journée, Downing Street avait insisté sur le fait que le Premier ministre restait pleinement «en charge du gouvernement» et communiquait avec son équipe depuis son lit d’hôpital.

    A priori, Boris Johnson, 55 ans, ne souffre pas de pathologies antérieures et est plutôt en bonne santé. Il joue volontiers au tennis et son seul souci apparent, dont il a déjà parlé, est une tendance au surpoids. Sa compagne Carrie Symonds, 32 ans, est enceinte d’au moins six mois. Elle avait révélé samedi dans un tweet être restée alitée une semaine avec des symptômes du Covid-19, même si elle n’a pas été testée. Elle avait expliqué s’être bien remise et n’était pas confinée avec Boris Johnson à Downing Street.

    «Je sais sa force»

    Les réactions se sont multipliées dès l’annonce du placement de Boris Johnson en soins intensifs. Keir Starmer, le nouveau dirigeant du Labour élu samedi, a immédiatement réagi à cette «terriblement triste nouvelle»«Les pensées de tout le pays vont au Premier ministre et à sa famille pendant cette période incroyablement difficile», a-t-il tweeté. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est dit convaincu que Boris Johnson allait «surmonter cette épreuve»«Je sais sa force, je suis convaincu qu’il va puiser dans ses ressources, qui sont grandes, la capacité de surmonter cette épreuve, a-t-il dit sur BFM-TV. C’est aussi le symbole de la gravité de la crise, qui touche tout le monde.»

    Sur Twitter, Emmanuel Macron a également transmis «tout son soutien à Boris Johnson, à sa famille et au peuple britannique dans ce moment difficile. Je lui souhaite de surmonter cette épreuve rapidement». Boris Johnson est entré en fonction à Downing Street le 24 juillet 2019, il y a exactement huit mois et douze jours.

  • L’euro, l’atout majeur dans la crise

    L’euro, l’atout majeur dans la crise

    Avec la crise du covid-19, l’Union européenne est mise au banc des accusés. Des voix se font entendre pour déclarer qu’elle a signé son arrêt de mort en raison de l’incapacité des États membres à s’entendre au sujet de la crise sanitaire. Au-delà des jérémiades et des polémiques, force est de constater que la monnaie commune, l’euro, est un paratonnerre extrêmement efficace, un atout majeur pour les États membres. Pour atténuer les effets de la crise, les gouvernements ont décidé de dépenser sans compter et par ricochet d’accroître la dette. Celle-ci est, en partie, reprise par la Banque centrale européenne qui joue le rôle de sauveur en dernier ressort. Sans la monnaie commune, les États auraient dû faire face avec leur monnaie nationale. La conséquence aurait été une envolée des taux d’intérêt et une dépréciation des taux de change.

    Pour les pays fortement endettés qui, comme la France, accumulent depuis des années des déficits commerciaux, la curée aurait été de mise. La Banque de France aurait certainement procédé à une monétisation de la dette mais au prix d’une dépréciation violente de la monnaie. Il en aurait résulté une fonte des réserves des changes et une incapacité à importer les matières premières, l’énergie et les biens nécessaires au bon fonctionnement de l’économie. Face à la défiance généralisée des investisseurs étrangers, afin d’éviter la banqueroute, la France aurait été acculée à demander le soutien du FMI.

    Ce scénario s’appliquerait de la même façon à l’Italie et à l’Espagne. La zone euro, malgré ses manques, malgré ses faiblesses, offre aux États membres un minimum de mutualisation. Un espace monétaire de plus de 300 millions d’habitants comptant en son sein des États gérés avec sérieux, tels que l’Allemagne et les PaysBas, est moins aisé à déstabiliser. L’euro ne s’est que faiblement déprécié depuis le début de la crise. Les taux ont légèrement augmenté mais tout en restant historiquement bas. Les simples annonces de la Banque centrale européenne ont permis une baisse de 0,5 points pour les taux français et italiens. L’euro permet à ces deux États d’économiser des dizaines de milliards d’euros au niveau du service de la dette.

    L’Europe du Sud bénéficie de la rigueur du Nord. Les accusations d’égoïsme de l’Allemagne sont à relativiser. Il ne faut pas oublier que la politique des taux bas qui favorise le Sud de l’Europe pénalise surtout les épargnants allemands, expliquant la réticence de ces derniers vis-à-vis des eurobonds ou des coronabonds. Ils ne veulent pas être co-responsables des déficits du Sud sans disposer de pouvoir de contrôle. Pour être acceptables, les coronabonds supposeraient l’instauration d’une direction du Trésor européenne ayant un droit de supervision sur les directions du Trésor de chacun des États. Peu de ces derniers sont prêts à accepter une perte de souveraineté budgétaire aussi importante.

    Après la crise, l’euro et la Banque centrale européenne seront des acteurs clef du redémarrage. Avec la monnaie unique, les échanges au sein des 19 États membres pourront se remettre en place sans être gênés par des dévaluations. La BCE veillera à la solidité des établissements financiers, banques et assurances. Les États profiteront d’un délai pour absorber le choc et assainir leurs finances publiques. L’euro est sans contexte un des atouts les plus précieux de tous les Européens qui en bénéficient.

  • Deux commissaires européens mettent la pression sur l’Allemagne pour les « coronabonds »

    Deux commissaires européens mettent la pression sur l’Allemagne pour les « coronabonds »

    Deux commissaires européens plaident ce lundi pour un recours à un emprunt européen pour faire face à la crise du coronavirus dans une tribune publiée dans la presse, où le gouvernement allemand est critiqué pour son opposition aux « coronabonds ».

    Sans en appeler directement à l’Allemagne, les commissaires européens au Marché intérieur Thierry Breton et à l’Économie, Paolo Gentiloni, demandent aux 27 États membres de l’UE de faire preuve de « solidarité » en créant un fonds européen financé par l’impôt et capable d’émettre des obligations à long terme, dans une tribune publiée en Allemagne par la Frankfurter Allgemeine Zeitung et Le Monde en France.

    Selon les commissaires, ce fonds ne devrait toutefois servir qu’à financer le développement économique après la crise.

    Certains États européens, dont la France et l’Italie, ont dernièrement demandé à l’Allemagne et certains pays du nord de l’Europe la mutualisation de certaines dettes face aux conséquences économiques de la pandémie.

    Cette mutualisation, sous la forme de « coronabonds », est fortement rejetée par l’Allemagne, les Pays-Bas et d’autres pays du nord, plus vertueux sur un plan budgétaire.

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a promis vendredi un « Plan Marshall » européen, via le budget de l’UE pour la période 2021 à 2027, afin de relancer l’économie après la crise.

    Thierry Breton et Paolo Gentiloni voient du reste leur concept servir de « complément » à celui lancé par Ursula von der Leyen. Selon eux, les sommes en jeu sont telles que l’UE a besoin d’un « quatrième pilier » en plus des trois autres constitués par le fonds de secours MES (Mécanisme européen de stabilité), la Banque européenne d’investissement et l’initiative à court terme de l’UE pour garantir les plans de chômage partiel des États membres.

    Une chose est sûre, « le temps presse » et « nous devons être créatifs », préviennent les deux signataires de cette tribune à la veille d’une réunion des ministres des Finances de l’UE qui veulent discuter des moyens financiers de lutter contre la pandémie lors d’une vidéoconférence.

    Le président de l’Assemblée nationale française, Richard Ferrand, et son homologue allemand Wolfgang Schäuble plaident eux pour « plus de solidarité et d’intégration financière » en Europe face à la crise du coronavirus, dans une tribune également publiée lundi dans les quotidiens Le Figaro et Frankfurter Allgemeine Zeitung.

  • Les premières réponses économiques au coronavirus

    Les premières réponses économiques au coronavirus

    À la veille de la crise sanitaire, le taux de chômage était à un niveau inférieur à celui d’avant la crise de 2008. De nombreux États étaient en situation de plein emploi. En France, avec retard, le marché de l’emploi connaissait une réelle amélioration grâce au dynamisme des créations d’emploi. Aux États-Unis, le taux de chômage était de 3,5 %.

    La généralisation du chômage partiel

    Avec la généralisation des confinements et l’arrêt de nombreuses activités depuis la mi-mars, les gouvernements ont opté pour le système de chômage partiel, l’objectif poursuivi étant tout à la fois social et économique. Ce système garantit une part significative des revenus des salariés et offre l’avantage de permettre un redémarrage rapide de l’économie en sortie de confinement.

    Des effets encore difficiles à apprécier sur le chômage

    Se fondant sur différents scénarios économiques, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) estime que la crise du covid-19 pourrait entraîner entre 5,3 millions et 24,7 millions de chômeurs supplémentaires par rapport au chiffre de base de 188 millions en 2019, dont la moitié dans les pays les plus développés. Pour rappel, la crise financière internationale de 2008-09 avait provoqué une hausse de 22 millions du nombre de chômeurs dans le monde. L’OIT évalue les pertes de revenus pour les travailleurs d’ici la fin 2020 se situant entre 860 milliards de dollars à 3 400 milliards de dollars, avec la perspective d’une chute de la consommation des biens et des services se répercutant sur les entreprises.

    L’ampleur des fourchettes annoncées incite à la prudence. Les écarts s’expliquent par les incertitudes qui existent sur la durée et l’ampleur de l’épidémie et sur les modalités de sortie. En Allemagne dont le taux de chômage avant crise était de 3,2 %, l’Institut de recherche sur l’emploi (IAB) a retenu, pour établir ses prévisions, une mise en sommeil de six semaines de certains secteurs de l’économie et une phase de retour à la normale de six semaines également. La baisse du PIB allemand pourrait atteindre cette année entre 2 et 5 %, avec une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi se situant entre 100 000 et 700 000. En Italie, la Confindustria, principale organisation patronale italienne, prévoit un recul de 6 % du PIB en 2020 et une hausse du chômage à 11,2 % de la population active contre 9,7 % au mois de février. En Espagne, dont le taux de chômage était toujours en février de 13,6 %, l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi pourrait s’élever à 300 000 si le confinement dure plus d’un mois. Le pays est fortement dépendant de l’activité touristique qui représente 13 % des emplois. Or ce secteur est totalement à l’arrêt depuis le début du mois de mars. En Autriche, le nombre d’inscrits auprès de l’Arbeitsmarktservice (AMS) a augmenté de 40 % en dix jours, soit 163 000 demandeurs d’emplois supplémentaires, dont un tiers travaillent dans le secteur du tourisme. Même tendance en Suède où près de 8 600 emplois ont été supprimés dans l’hôtellerie et la restauration. En Norvège, le taux de chômage est passé de 2,3 % de la population active à 10,4 % en un mois. En Belgique, selon le Gouvernement, 20 % de la main-d’œuvre pourraient être contraints de recourir au chômage temporaire.

    La généralisation du modèle allemand

    Pendant la crise économique et financière de 2008-2009, l’Allemagne avait réussi à contenir la progression du chômage à 7,5 % (soit +0,2 points) en mettant en œuvre le chômage partiel (Kurzarbeit) pour près d’1,5 million de salariés. Concrètement, aujourd’hui, en cas de chômage partiel, le salarié perçoit 60 % de son salaire net (67 % en cas d’enfants à charge). Pour faire face à la crise du covid-19, le Gouvernement allemand a décidé d’alléger les règles de passage au travail partiel avec effet rétroactif dès le 1er mars. Elle autorise la Bundesagentur für Arbeit (BA), l’agence nationale de l’emploi, a remboursé 100 % des cotisations de sécurité sociale des employeurs lors de la mise au chômage partiel (contre 60 % précédemment), dès que 10 % des effectifs sont touchés (contre 30 % auparavant).

    Le parti pris immédiat du chômage partiel en France

    La France a fait rapidement le choix du chômage partiel. Ses modalités ont été précisées par le décret du 25 mars 2020 relatif à l’activité partielle et par l’ordonnance du 27 mars 2020 portant mesures d’urgence en matière d’activité partielle. Concrètement, le salarié reçoit 84 % de son salaire net et l’employeur est indemnisé à 100 % dans la limite de 4,5 smic. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé mardi une exonération de charges sociales, salariales et patronales sur les 16 % restant de rémunération (en nette) complétée par les entreprises volontaires, avec application rétroactive au 1er mars. Au 1er avril, selon la Direction statistique du Ministère du Travail, 3,9 millions de salariés sont ainsi concernés par des demandes d’activité partielle. Les entreprises ont déposé 425 000 demandes d’activité partielle. Le nombre de dossiers a ainsi été multiplié par trois par rapport au 25 mars. En une semaine, 2,4 millions de salariés supplémentaires sont entrés dans le dispositif. Au total, 1,6 milliard d’heures sont ainsi chômées en France (+1,0 milliard en une semaine). Cela représente en moyenne 419 heures chômées demandées par salarié (soit près de 12 semaines à 35 heures hebdomadaires). 42 % des salariés faisant l’objet d’une demande d’activité partielle travaillent dans des établissements de moins de 20 salariés, ces établissements représentant 34 % de l’emploi salarié privé. À l’inverse, ceux qui travaillent dans des établissements de plus de 250 salariés représentent 13 % des salariés en activité partielle, quand ces établissements recouvrent 20 % de l’emploi salarié privé.

    En termes de secteur d’activité, l’activité partielle est principalement demandée par des établissements du commerce et de la réparation des automobiles (21,4 %), de l’hébergement et de la restauration (15,7 %), de la construction (14,3 %), et des activités de services spécialisés, scientifiques et techniques (12,9 %). Ces quatre secteurs concentrent près des deux tiers des demandes, 58 % des effectifs concernés et 60 % des heures chômées demandées depuis le 1er mars. Les deux régions ayant reçu le plus de demandes d’activité partielle sont l’Île-de-France (20,0 %) et Auvergne-Rhône-Alpes (13,2 %). Elles cumulent à elles seules environ un tiers des dossiers déposés, des effectifs et des heures demandées depuis le 1er mars, une proportion proche de leur part dans l’emploi salarié privé (37 %).

    Dans les autres pays, si le principe est le même, les modalités de calcul varient :

    • en Italie, afin d’assurer la couverture de tous les salariés contraints au chômage partiel, la Cassa Integrazione Garantita doit verser au salarié 80% de son salaire pendant au moins les neuf prochaines semaines (quelle que soit la taille de l’entreprise et le montant du salaires), et les licenciements sont interdits au cours des soixante prochains jours. Les travailleurs autonomes, saisonniers et les ouvriers agricoles vont percevoir une indemnité de 600 euros au mois de mars ;
    • en Espagne, la mise en œuvre du plan de suspension temporaire d’emploi pour cas de force majeur (ERTE) permet une couverture chômage pour tous les salariés, mêmes s’ils n’ont pas cotisé suffisamment pour en bénéficier. L’entreprise paie la partie de salaire correspondante au temps travaillé, et le service public de l’emploi prend en charge la part restante à hauteur de 70 % du salaire brut (avec un plafond variable selon le nombre d’enfants). Les cotisations sociales patronales sont prises en charge à 100 % par les caisses publiques pour les travailleurs indépendants avec employés ou les PME, et à 75 % dans le cas d’entreprises de 50 salariés et plus ;
    • en Suède, l’État s’est engagé à prendre en charge jusqu’à 75 % du coût induit (contre 50 % avant), les salariés conservant plus de 90 % de leur salaire, même en cas d’un temps de travail diminué de 40 % ;
    • au Royaume-Uni, le gouvernement a annoncé qu’il paierait 80 % du salaire brut (plafonné à 2800 €/mois) si les entreprises touchées par la pandémie acceptent de ne pas licencier leurs employés ;
    • aux Pays-Bas, l’État garantira 90 % du salaire ;
    • en Belgique, la couverture sera assurée à 70 %, augmentée d’une indemnité de 6 euros par jour ;
    • au Danemark, 75 %, le salaire sera couvert dans une limite de 23 000 couronnes (3 000 euros) ;
    • en Autriche, entre 80 % et 90 % du salaire seront couverts, avec paiement dès le premier jour.

    La priorité au maintien en activité des entreprises

    Au 1er avril 2020, plus de 337 000 entreprises françaises ont fait appel au dispositif de chômage partiel, soit 4 millions de salariés dont 1 million supplémentaire depuis le 27 mars. Un salarié français sur cinq est au chômage partiel. La même tendance semble se confirmer ailleurs en Europe. Fin mars, en Espagne, plus de 200 000 entreprises y avaient eu recours, représentant environ 1,5 million de travailleurs mis au chômage partiel. Le constat est le même en Allemagne.

    Le recours au chômage partiel ne peut être que transitoire compte tenu de son coût pour les finances publiques. Sous réserve de l’évolution de la situation sanitaire et de la durée de la période de confinement, le coût du chômage partiel en France a été estimé au 1er avril 2020 à plus de 11 milliards d’euros quand la loi de finances rectificative votée fin mars prévoyait la somme de 8,5 milliards. En Allemagne, le coût estimé du dispositif, à ce stade, serait de 10 milliards d’euros pour 2 millions de personnes. Entre 2008 et 2009, l’État allemand avait consacré plus de 20 milliards d’euros lors de la crise de 2008-2009 au chômage partiel.

    L’économie n’est pas totalement arrêtée

    Si de nombreux secteurs sont à l’arrêt ou en en activité limitée, d’autres connaissent des surtensions. Ainsi, au Royaume-Uni, par exemple, la grande distribution embauche en nombre des CDD, de même que la filière logistique. Après avoir mis à l’arrêt leurs chaînes de production, certaines entreprises ont décidé de se lancer dans de nouvelles activités. Ainsi, Air Liquide, PSA, Valéo et Schneider Electric ont décidé d’unir leurs efforts pour construire des respirateurs artificiels. En Suède, le constructeur de poids lourd, d’autocars, et de moteurs industriels et marins Scania s’est rapproché du groupe Getinge, leader mondial de fabrication d’équipements médicaux, pour produire des masques.

    L’industrie française qui représente 12 % du PIB marchand et emploie 7,6 millions de personnes a tourné à 50 % de sa capacité lors de la première semaine de confinement, puis à 52 % la semaine du 23 au 29 mars et, selon France Industrie. Elle devrait être en situation d’assurer 56 % de la production durant les deux premières semaines d’avril. Si les secteurs métallurgie/mines, électronique/électricité, aéronautique/ferroviaire/naval, automobile et mécanique/machines sont les plus durement touchés, d’autres secteurs, eux, continuent à produire tels l’agroalimentaire, l’énergie, la chimie, le secteur de l’eau et déchets, et la santé.

    De la monnaie jetée d’un hélicoptère

    La moitié de l’humanité est en confinement entraînant la mise en cape d’une grande partie de l’économie mondiale. Cette situation sans précédent impose aux États de mettre en œuvre des solutions pour éviter un effondrement de l’économie comme un château de carte. Tirant les leçons de la crise de 2008, les gouvernements ont opté pour d’importantes mesures de soutien en direction des entreprises et des salariés.

    Aux États-Unis, pour la première fois, une opération assimilable à de l’hélicoptère monétaire (helicopter money) est engagée. Le recours à l’hélicoptère monétaire comme outil de politique économique a été évoquée par l’économiste Milton Friedman en 1969 dans un article comme une solution pour lutter contre la déflation. Il avait alors précisé, sur un ton certes un peu ironique, qu’un hélicoptère volant au-dessus des villes pourrait distribuer à chaque ménage 1 000 dollars. Son objectif était de relancer la consommation et donc la demande finale à travers l’amélioration du pouvoir d’achat des agents économiques afin de favoriser l’inflation. Cette idée de la distribution monétaire directe déjà suggérée par certains économistes lors de la crise financière de 2008 revient au goût du jour. Afin de compenser les pertes de pouvoirs d’achat que subissent les ménages ne pouvant plus exercer leur métier, l’attribution automatique sous forme de création monétaire d’un pécule apparaît comme une solution. Une telle pratique serait censée lutter contre le développement de la pauvreté et faciliter le redémarrage de l’économie. Elle séduit car son effet serait bien plus rapide qu’une baisse des impôts qui serait en outre difficile à réaliser en raison du niveau atteint par l’endettement public. Son recours ouvrirait une nouvelle voie pour la politique monétaire qui aurait atteint ses limites avec la baisse des taux et les opérations de rachat d’obligations.

    L’utilisation de l’hélicoptère monétaire pourrait cependant avoir de lourdes conséquences. Elle priverait, en partie, les banques commerciales de leur rôle, les banques centrales devenant un acteur direct auprès des agents économiques. Ces dernières entreraient en concurrence directe avec les administrations publiques et les régimes sociaux qui sont aujourd’hui les seuls à réaliser des opérations de redistribution. Les banques centrales s’engageraient en outre sur le terrain d’un revenu universel.

    Les effets d’un héliportage d’argent ne sont pas garantis.

    Les ménages, estimant que cet argent tombé du ciel serait la conséquence d’un grave dysfonctionnement de l’économie, pourraient l’épargner au lieu de le dépenser rendant ainsi l’opération peu efficace pour relancer l’économie. Même si le plan de Donald Trump n’est pas assimilable à un héliportage monétaire, il en reprend quelques principes. Ce plan prévoit en effet que les ménages américains en dessous d’un certain plafond de revenus touchent un chèque sans contrepartie de l’État fédéral. Ainsi, un adulte seul va ainsi recevoir 1 200 dollars, un couple 2 400 dollars, auxquels il faut ajouter 500 dollars par enfant. L’argent n’est pas distribué par la FED mais par le Trésor américain.

    Pour le moment, en Europe, aucun projet de distribution monétaire n’est prévu. L’ancien Président de la BCE Mario Draghi s’était montré intéressé par cette solution tout en soulignant qu’elle ne devait répondre qu’à « un événement exceptionnel qui ne se répétera pas » comme le soulignait Milton Friedman en 1969. Elle ne pourrait être menée en dehors de toute pression en provenance des États.