Du 14 au 18 octobre, le Chelsea Film Festival présentera à New York douze films réunis dans sa sélection française, entre courts métrages, documentaire, animation et un long métrage généré par intelligence artificielle. De l’Hexagone à la Martinique, de la Guyane française au Sénégal, cette programmation dessine une cartographie francophone qui dépasse les frontières nationales. Parmi les films retenus, NKOA, de Jean-Michel Loutoby, occupe une place singulière dans une édition qui fait aussi entrer cinq films générés par IA dans sa compétition.
Les films français et francophones du Chelsea Film Festival
À New York, le cinéma français ne se présentera pas sous une seule forme. En effet, la sélection annoncée par le Chelsea Film Festival rassemble douze films, répartis entre documentaire, courts métrages internationaux, productions franco-américaines et œuvres venues de territoires francophones. Une géographie qui donne à la programmation une dimension plus large que celle d’une simple vitrine du cinéma français.
Le documentaire Puisque tout brûle, réalisé par Anna Ostasenko Bogdanoff et Tessa De Baudinière, ouvrira cette sélection avec ses 18 minutes. Du côté des courts métrages présentés dans la catégorie US Shorts, Mokunin, de Sebastien Abdelhamid Godelu, est une production franco-américaine de huit minutes qui mêle drame, thriller et crime. The Pursuit of Happiness, de J Samantha Cocozza-Walsh, complète cette catégorie.
« Le cinéma français et francophone continue, à mes yeux, à démontrer que l’on peut avoir une identité très forte tout en ayant une portée profondément universelle »
Ingrid Jean-Baptiste, co-fondatrice du Chelsea Film Festival
La sélection internationale élargit encore le cadre. Adan Nanm Ek Kò, d’Ella Moun, vient de Martinique. Gloria, de Marvin Yamb, de Guyane française. Alone Against All, de Mazigna Barros, associe la France et le Sénégal. Le reste de la sélection française réunit notamment Affamée. Et fachée, de Lev Prudkin, Goddamn Gorilla, de Valentin Coste et Florent Beaudot, I Will Be You, de Jamel Zaouche, et The Clockmaker, de Pierre Descamps.
Cette diversité traverse aussi les genres. Comédie, drame, thriller, science-fiction, animation, film historique ou surnaturel cohabitent dans une programmation qui ne cherche manifestement pas à donner une définition unique de ce que serait un film français. The Flesh Dress, de Joachim Hérissé, apporte ainsi l’animation à cette sélection, tandis que les autres œuvres explorent des registres très différents.
Pour Ingrid Jean-Baptiste, cofondatrice du Chelsea Film Festival, cette diversité constitue justement l’un des traits les plus révélateurs de la sélection 2026. « Ce qui me frappe le plus, c’est la diversité des voix et des récits. Le cinéma français et francophone que nous présentons cette année ne cherche pas à raconter une seule réalité : il explore des identités, des territoires, des générations et des expériences très différentes. »
Le choix du Chelsea Film Festival prend une résonance particulière à New York. Un film produit en France, en Martinique ou entre plusieurs pays peut y être regardé moins comme la pièce d’une industrie nationale que comme le fragment d’une conversation internationale. Fondé par les actrices Ingrid et Sonia Jean-Baptiste, le festival revendique précisément cette volonté de donner une place aux voix qui trouvent moins facilement leur chemin vers les grands circuits de diffusion. Sa mission consiste à mettre en lumière des cinéastes, producteurs et acteurs émergents et à défendre le cinéma indépendant.

Cette philosophie rejoint ce qu’Ingrid Jean-Baptiste dit rechercher dans les films présentés : « Il y a une vraie volonté de prendre des risques dans l’écriture et dans la manière de raconter. On retrouve des films très intimes, d’autres plus politiques ou sociaux, mais avec un point commun : une nécessité de raconter quelque chose qui vient de l’intérieur, avec une véritable singularité d’auteur. »
À New York, cette singularité peut aussi changer d’échelle. « C’est précisément ce que nous cherchons au Chelsea Film Festival : des films qui nous font découvrir une voix, un regard, une histoire que nous n’aurions peut-être pas rencontrée autrement », poursuit-elle. « Le cinéma français et francophone continue, à mes yeux, à démontrer que l’on peut avoir une identité très forte tout en ayant une portée profondément universelle, » explique la franco-américaine.
NKOA et les cinq films générés par IA
Avec NKOA, Jean-Michel Loutoby signe un film de 104 minutes présenté par le festival dans la catégorie des œuvres générées grâce à l’intelligence artificielle. Originaire de Martinique, le film est décrit dans la programmation comme une œuvre d’animation, d’aventure, de fantasy et familiale.
Pour sa 14e édition, le CFF a retenu cinq films créés grâce à l’IA, en provenance des États-Unis, de Martinique et d’Italie. Ils concourront dans le cadre du Generative Cinema Showcase, une compétition consacrée à cette nouvelle forme de création. Autour de NKOA figurent Kita, de Jidenna Mobisson, The Fire Listener, de Milo Pepe, Two Souls, de Siraj Huda, et Unheard, de Michele Brasili. Leurs durées vont de quatre à vingt minutes, à l’exception de NKOA, qui dépasse l’heure et demie.
« Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de savoir si l’IA peut remplacer le cinéma traditionnel, mais ce que les artistes vont choisir d’en faire. Au CFF, le fait de présenter ces cinq films aux côtés de films réalisés de manière plus traditionnelle permet justement de poser cette question sans opposer les deux approches. »
Ingrid Jean-Baptiste, co-fondatrice du Chelsea Film Festival
Pour Ingrid Jean-Baptiste, « cette coexistence est très révélatrice d’un moment de transition. Le cinéma a toujours évolué avec les outils qui apparaissaient, la caméra numérique, le montage numérique, les effets visuels et l’intelligence artificielle est aujourd’hui une nouvelle étape de cette évolution. »

Le cinéma connaît déjà ce mouvement à d’autres niveaux. Les outils d’intelligence artificielle commencent à intervenir dans l’écriture, la prévisualisation, les effets visuels, l’animation ou la fabrication d’images. Leur progression déplace aussi les questions auxquelles l’industrie devra répondre, de la place des artistes à la propriété des œuvres utilisées pour entraîner les modèles, en passant par la définition même de l’auteur. Ingrid Jean-Baptiste explique : « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de savoir si l’IA peut remplacer le cinéma traditionnel, mais ce que les artistes vont choisir d’en faire. Au CFF, le fait de présenter ces cinq films aux côtés de films réalisés de manière plus traditionnelle permet justement de poser cette question sans opposer les deux approches. »
Et de conclure : « Je place encore la frontière au niveau de l’intention et du regard. Un outil peut générer une image, une séquence ou même contribuer à construire un univers, mais l’auteur reste celui qui fait des choix : pourquoi raconter cette histoire, pourquoi cette image, cette émotion, ce rythme, cette vision ? »







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