Entre la réforme en cours de l’AEFE, la remise des rapports parlementaires sur l’avenir de l’enseignement français à l’étranger et la nomination d’un nouveau directeur général, Alexandre Morois, les syndicats des personnels du réseau réagissent. Ils viennent d’ailleurs de rencontrer celui qui prend la tête de l’Agence, dans un contexte particulièrement sensible pour l’ensemble des acteurs. Comment s’est passée cette première rencontre ? Lesfrancais.press a interrogé les organisations syndicales.
Alexandre Morois nommé à la tête de l’AEFE
Par décret du 15 juin 2026, Alexandre Morois, administrateur de l’État du deuxième grade, a été nommé directeur général de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Il succède à Mme Scherer-Effosse, appelée à d’autres fonctions.
Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (section service public), le nouveau directeur général occupait depuis septembre 2023 le poste stratégique de directeur des affaires financières du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Cette nomination intervient dans un moment charnière pour le réseau de l’enseignement français à l’étranger, engagé dans une réforme structurelle et financière d’ampleur.
Une nomination qui interroge les syndicats des personnels
Le profil d’Alexandre Morois, marqué par une expertise financière, suscite des interrogations au sein des organisations syndicales. Dans un contexte de transformation du réseau, certains redoutent une approche davantage guidée par les impératifs budgétaires que par les enjeux humains et pédagogiques.
Les équilibres financiers prendront-ils le pas sur les conditions de travail et les missions éducatives ? Quelle sera la place du dialogue social dans les décisions à venir ? Pour tenter de lever ces incertitudes, une première rencontre a été organisée entre le nouveau directeur général et les syndicats. À l’issue de cet échange, ces derniers ont accepté de livrer leurs premières impressions.
Pour l’UNSA, « des intentions louables », mais des inquiétudes persistantes
Pour Djamel Souiah, Secrétaire général Hors de France de l’UNSA : « l’échange avec le nouveau directeur général a été cordial et les intentions affichées, notamment en matière de dialogue social, sont louables ». Une appréciation nuancée par des réserves importantes. Il précise ainsi : « nous peinons encore à en voir la traduction concrète dans les faits. La volonté d’engager dès le prochain CSA une réforme de l’avantage familial, élaborée sans aucune concertation préalable, laisse craindre un passage en force ».
« Si les échanges ont été empreints de bonnes intentions, les premiers signaux envoyés ne sont pas de nature à nous rassurer. »
Djamel Souiah, Secrétaire général Hors de France de l’UNSA
À l’issue de cette première rencontre, le ton reste donc prudent. Le représentant syndical souligne que « si les échanges ont été empreints de bonnes intentions, les premiers signaux envoyés ne sont pas de nature à nous rassurer ».

Le calendrier à venir alimente également ses préoccupations. Djamel Souiah alerte : « entre la publication du rapport Cazebonne et les nombreux dossiers qui seront examinés lors des CSA et CA de la semaine prochaine (26 juin), il est difficile d’envisager une période estivale sereine. Les années se suivent et se ressemblent : les inquiétudes et les préoccupations des personnels sont loin de s’apaiser. »
La CFDT salue une reprise du dialogue mais alerte sur les décisions à venir
Du côté de la CFDT Éducation Monde, la première prise de contact est accueillie avec prudence mais sans hostilité. Frédéric Coste, présent lors de cet échange avec le nouveau directeur général de l’AEFE, souligne ainsi : « Nous avons accueilli cette première rencontre positivement. Alexandre Morois rouvre le dialogue et prend des engagements ; cette disponibilité tranche avec la période précédente ».
« Pour la CFDT, un dialogue ne vaut que par ses résultats : il ne comptera que si les arbitrages budgétaires changent. »
Frédéric Coste, CFDT Éducation Monde
Un satisfecit néanmoins mesuré. Le représentant syndical rappelle que les intentions devront rapidement se traduire en actes : « Mais pour la CFDT, un dialogue ne vaut que par ses résultats : il ne comptera que si les arbitrages budgétaires changent. » Au-delà de cette ouverture affichée, plusieurs éléments sont venus assombrir ce premier échange. Frédéric Coste évoque notamment une annonce préoccupante : « le directeur général nous a aussi annoncé un mauvais coup pour les personnels. Tout part de la lettre de cadrage du Premier ministre, il l’a reconnu lui-même : l’État refuse de prendre en charge la protection sociale complémentaire et veut réduire l’ISVL (ndlr : indemnité spécifique de vie locale) ».

Des orientations qui suscitent de fortes inquiétudes parmi les représentants des personnels, tant elles pourraient affecter directement les conditions de travail et de vie des agents à l’étranger. Pour la CFDT, les pistes envisagées de la réforme pour compenser ces contraintes budgétaires posent également problème. Frédéric Coste détaille : « cette baisse étant injuste et infaisable, on se rabat sur les prestations familiales : une solution encore plus injuste, jamais là où sont les vraies marges. Et le plus grave est ailleurs : plus de 200 postes ferment à la rentrée. Faute de moyens, ce sont les établissements eux-mêmes qui suppriment des postes de détachés devenus trop coûteux ».
Face à ces évolutions, la CFDT alerte sur les conséquences à moyen terme pour l’enseignement français à l’étranger. Frédéric Coste conclut ainsi : « À force de fermer des postes pour équilibrer les comptes, l’Agence se coupe de sa propre mission ».
Le SNES-FSU alerte sur une possible rentrée sous tensions
Patrick Soldat, secrétaire national hors de France du SNES-FSU, était également présent lors de ces échanges rappelle que « l’arrivée à l’AEFE d’un Directeur général est toujours un moment important, car chargé d’attentes ». Mais rapidement, le ton se fait plus grave. Dans un communiqué publié par son organisation, il prévient que « la tâche du nouveau venu sera lourde ». En cause, une situation budgétaire jugée préoccupante : « l’opérateur public est tout d’abord malmené budgétairement, et ce ne sont pas les mesures votées au Conseil d’administration de décembre 2025 qui régleront les problèmes, notamment celui du CAS pension ».
« Une chose est sûre cependant : rien ne pourra se faire contre ou sans les personnels »
Patrick Soldat, secrétaire national hors de France du SNES-FSU
Le SNES-FSU alerte sur les effets immédiats des décisions déjà actées. « Dans le réseau et en Centrale, ces mesures auront des conséquences très concrètes dès la rentrée 2026 : augmentation des élèves par classe, annulations de crédits, abandon de projets ou fermeture d’options, entre autres », prévient notre interlocuteur.
Au-delà de ces premières mesures, d’autres annonces suscitent également de vives inquiétudes. « D’autres mesures non moins funestes sont encore à venir comme les fermetures massives de postes de détaché.es. Chez ces dernier.es, on craint de plus des passages en force sur deux dossiers cruciaux que sont l’ISVL / ICCVL et l’avantage familial » précise Patrick Soldat.

Dans un contexte de réformes à venir, l’inquiétude est d’autant plus forte que le calendrier s’annonce chargé. « Tous les acteurs sont en attente des propositions de « réforme » par les parlementaires. On ne peut donc rêver pire moment pour prendre les rênes d’un des plus gros opérateurs de l’État ! » Le SNES-FSU met également en avant les interrogations des personnels : « une chose est sûre cependant : rien ne pourra se faire contre ou sans les personnels. Leurs attentes sont grandes, comme l’est leur souffrance ».
Enfin, le syndicat souligne un décalage récurrent entre les résultats du réseau et la réalité vécue sur le terrain. À l’approche des résultats du baccalauréat, Patrick Soldat anticipe déjà les discours officiels : « nul ne doute que les décideurs seront nombreux, comme chaque année, à louer le travail et l’incroyable succès de ce réseau AEFE! La réussite revient avant tout aux élèves »…et « aussi aux enseignants » Un rappel appuyé, alors que les personnels attendent, eux, des réponses concrètes à leurs préoccupations.
Au terme de cette première séquence d’échanges, un constat s’impose. Si le dialogue semble relancé, il reste fragile et suspendu aux décisions concrètes qui seront prises dans les prochaines semaines. Pour les organisations syndicales, le temps des intentions semble déjà désormais passé, et le prochain conseil d’établissement de l’agence le 26 juin prochain sera d’importances. Dans un réseau qui continue d’afficher des résultats académiques solides, mais où les inquiétudes sociales demeurent vives, l’équation s’annonce délicate C’est aussi tout l’enjeu de la réforme de l’AEFE qui est en cours.







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