Les Chinois ont inventé le terme de « democrazy », qu’ils partagent d’un sourire entendu avec la plupart des dirigeants de la planète, le commun des immortels. Difficile de leur donner tort, les signes de folies concordent. Dégénérescence ou vice de naissance ? La démocratie est-elle en train de devenir folle, ou l’a-t-elle toujours été ?
POTUS et le monde
À Dallas, où fut assassiné Kennedy, le 47ème POTUS (President Of The United States), Trump le Grand, a demandé à 20.000 de ses ouailles de lever la main droite et de jurer: « Je prête allégeance au plus grand président de l’histoire des États-Unis, qui nous aime tellement qu’il en a le souffle coupé … Je sortirai voter avec ma famille, mes amis … J’essayerai de tricher comme un malade, comme ils (les démocrates) le font ».
POTUS repeint le monde aux couleurs de la bannière étoilée englobant Canada, Islande, Groenland et Caraïbes. Y compris les Antilles françaises. Mais pas Haïti. Ah non, pas Haïti. Selon Trump ils mangent les chats. Folie ? Propagande. Dénoncer les immigrés, ça marche. Avant c’étaient les Juifs. Mais dénoncer les Juifs, ça remarche.
Les chats sont passés des Pharaons aux Fils du ciel. Mao aimait les chats et demandait aux Chinois de chasser les moineaux. Les paysans agitaient des drapeaux dans les airs pour les empêcher de se poser à terre. Un milliard de paires d’ailes décimées, de quoi ravir les criquets. La Chine dut importer des oiseaux de Russie. Dans les sages démocraties, des figures de la pensée comme Barthes, Foucault, Sollers, Kristeva, Duras, July, avec la caution de Sartre, agitaient le Petit livre rouge comme les Flagellants les fouets, tandis que les Chinois affamés vidaient le ciel et brûlaient les livres. Democrazy, déjà ? La force de la démocratie, c’est qu’elle supporte tout, même les idiots utiles.

La démocratie pas si universelle ?
Les Chinois ne supporteraient pas. « Le pouvoir chinois – et dans une certaine mesure le pouvoir russe – considère tout contestataire comme un sacrilège. En Chine, on ne fait pas la distinction entre l’aspect moral et l’aspect intellectuel. Dès lors, si vous considérez que votre adversaire est un suppôt du démon, vous avez tendance à l’envoyer au bagne. » (Malraux.)
Tendance très actuelle : quelques démocrates de Hong Kong, qui osent rappeler Tiananmen, alors que rien ne s’est passé sur la place Tienanmen le 4 juin 1989, ont été condamnés à des années de prison. Ils y rejoindront des pasteurs protestants, des chefs d’entreprise, des généraux ou anciens cadres déviationnistes ou corrompus du parti.
Les campagnes anticorruption servent à montrer quelques têtes au peuple, et à éliminer quelques concurrents. Les démocraties ne manquent pas de corrompus non plus. Mais parfois ils se font attraper par des juges, et non par le pouvoir en place, ce qui change beaucoup de choses. C’est la séparation des pouvoirs : le pouvoir n’est pas juge, le juge n’est pas au pouvoir. Beaucoup de grands dirigeants ont du mal à le comprendre. Alors, le grand art du grand dirigeant est de corrompre le peuple.
Trump promet de donner 5000 dollars à chaque électeur si les Républicains conservent le Congrès. Pourquoi à chaque électeur et pas seulement aux électeurs républicains ? Trop bon, Trump. L’achat de voix se pratiquait sous la République romaine, puis sous l’Empire auprès des Prétoriens. Il faut que les gardes soient contents. Après, comment ne pas devenir paranoïaque quand on dépend de son barbier, de son cuisinier, de son garde du corps, tous des assassins en puissance ?
Les régimes autoritaires ont besoin de soutien populaire, pour garder les gardiens. Les assassins de Cesar doivent avoir peur. Le culte du guide est une nécessité, pas une simple mégalomanie. Ce n’est pas parce que certains génies sont paranoïaques qu’on ne cherche pas à les tuer, ni parce qu’ils sont mégalomanes qu’on ne doit pas les idolâtrer.
La propagande est une question de survie.
Les géniaux tyranneaux aiment désigner des ennemis. Souvent des étrangers, parfois des ennemis de l’intérieur. La démagogie n’est pas l’apanage des autocraties ou des démocraties.
La démocratie est malade, elle désespère, gratte son nombril de culpabilités mondiales, soigne ses affections sociales au prix d’un lourd déficit public et de santé mentale, mais survit. Un régime autoritaire a besoin d’être sain. Il cultive un soutien populaire permanent, exalté, dynamique, triomphant. Toute faiblesse le tue. Une démocratie, elle, peut tenir avec des dirigeants ouvertement impopulaires. Parce qu’on peut en changer. L’opposant, dans une démocratie, n’est pas un ennemi, mais un successeur potentiel. Dans les 38 pays de l’OCDE, en dix ans, 90% des gouvernements ont laissé la place à leurs opposants. Dingue.

Tant que la démocratie est capable d’absorber non seulement les dirigeants mais aussi les opposants à la démocratie, cela fonctionne. Un mauvais dirigeant se remplace. Même un bon. Les partis « anti régime » jusqu’à présent, ont été contenus. Ce fut le cas du Parti communiste pendant des années, et du Front national. La propagande des partis « révolutionnaires » s’adoucit ou se radicalise. Celle du RN s’adoucit : on n’entend plus parler de « Révolution nationale ». Celle de LFI se radicalise : « toute la société doit changer » « le contrôle populaire doit s’exercer partout ». « Il y aura des lois d’urgence », et de faire référence au changement de Constitution, comme le RN. Rien de neuf : le vieux discours communiste, trotskyste, maoïste des années 60 et 70.
Ce qui est nouveau, c’est que Barbara Butch est, de fait, interdite de concert. La menace de la violence a suffi pour annuler le concert d’une artiste, parce que juive. Le maire, socialiste, a eu peur. Juive et donc considérée comme sioniste, comme si c’était un crime. (J’ose me dire sioniste, comme tous les gouvernements de la planète qui reconnaissent le droit à l’existence d’Israël)
Il ne faut pas être dupe. L’antisémitisme est un outil de propagande classique. Comme la dénonciation des riches. Comme la dénonciation des étrangers. Comme le nationalisme (Y compris celui des décoloniaux). Comme le culte du chef.
La folie c’est la concentration des pouvoirs
La question n’est donc pas de savoir si Trump est plus « fou » que Kim il Sung, Mao, Idi Amin Dada, Mugabe, Charles Taylor, Enver Hodja, Staline, Niazov ou Caligula. La question est d’éviter que, doux, dur ou dingue, le malade ne fasse pas trop de mal. George III et Paul Deschanel ne génèrent personne. La grandeur de la démocratie est de savoir vivre avec des fous.
La question de la folie au pouvoir, c’est celle de la concentration du pouvoir. Toute concentration du pouvoir, politique, économique, financier, moral, est un danger. Pire : un adversaire, qui, comme une hydre, présente plusieurs têtes, et renaît sans cesse. La pente vers l’accumulation de pouvoir et la peur, la dévotion au pouvoir, est naturelle, parce que facile. Dénoncer est facile. S’indigner est facile. Accuser est facile.
Un régime ne dure que s’il défend ses principes. Si les démocrates acceptent le mépris du droit, les vociférations guerrières, la banalisation de l’antisémitisme, si elles s’excusent des droits de l’homme, intègrent la défaite de la démocratie comme inéluctable, alors, en effet, elles deviennent folles, c’est-à-dire anti démocrates.
Le régime chinois n’a qu’une crainte, la démocratie. C’est pour cela qu’il la moque, dans une guerre culturelle qui est et qui sera perpétuelle. Les États-Unis ont déjà presque perdu le nord. « Le Monde est en plein chaos, la situation est propice » (Mao). Elle l’est pour tous. Y compris pour ces fous de Démocrates.







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