La France n’est pas qu’un intermédiaire

La France n’est pas qu’un intermédiaire

septembre 13, 2019 0 Par Laurent Dominati

La paix au Moyen-Orient, Dieu soit loué, repose sur un quatre sages : Le Prince Ben Salmane, dit MBS, régent d’Arabie, qui a déjà une guerre sur le dos, celle du Yémen. L’ayatollah Khamenei, guide spirituel de l’Iran, qui croit que les guerres peuvent être saintes. Le Cheikh Nasrallah, du Hezbollah, qui rêve d’un Israël englouti. De Netanyahou, qui se défend d’être trop modéré pour les élections. Ces derniers jours, il vient d’annoncer qu’il souhaite annexer la vallée du Jourdain. Nasrallah, lui,  multiplie les provocations pour qu’Israël déclenche une guerre, une vraie, pas seulement quelques bombardements en Syrie et en Irak. Khamenei fait savoir que l’Iran augmenterait sa production d’uranium enrichi. Le Prince Salmane resserre son emprise sur le pays par crainte d’un coup d’Etat et ne cache pas son programme nucléaire « pacifique ».

Heureusement, il semblerait que Trump et Poutine, plus sages encore que les sages, ne veulent pas d’escalade. Trump menace simplement de détruire l’Iran, et Poutine autorise Bachar à gazer les récalcitrants. C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron, tel un futur prix Nobel, a invité les Iraniens au G7, en urgence, de quoi entamer un dialogue. Comme le dit leWall Street Journal, le succès n’est pas au rendez vous, puisqu’une semaine plus tard, l’Iran a annoncé son retour dans la quête de la bombe.

Mais pourquoi, finalement, cela n’explose-t-il pas ?

D’une part, parce que la guerre est déjà là. Elle n’a pas cessé. Il ne se passe pas de semaine sans que l’aviation israélienne ne bombarde des sites en Syrie, au Liban, en Irak, qui sont des bases iraniennes. Pas de semaine sans combat en Syrie et au Yémen. Pas de semaine sans accrochage dans le détroit d’Ormuz. Chacun veille à ne pas dépasser les lignes rouges, mais tous s’emploient à les tester. Ainsi les Russes acceptent les raids israéliens sans intervenir ni protéger leurs alliés. Il est vrai qu’il y a de fortes chances pour qu’ils n’en soient pas capables.

D’autre part, parce que ceux qui veulent le plus la guerre sont aussi les plus faibles. Nasrallah, du Hezbollah, veut la guerre, mais n’est que l’obligé de l’Iran. Qui veut la bombe, mais pas la guerre, parce qu’il est sûr de la perdre. Ben Salmane ne parvient pas à gagner au Yémen, ni à punir le Qatar. Il est dépendant des Américains. Et Trump, dans son inconstance, a une ligne : le moins de boyspossibles à l’extérieur. C’est pourquoi il négocie avec les Talibans en Afghanistan, veut retirer ses troupes de Syrie, et a renvoyé Bolton, son conseiller à la sécurité, trop faucon pour lui.

Chacun joue à tirer le maximum de sa puissance, feinte ou réelle. Or la puissance, là bas, se mesure à la capacité de nuisance, des groupes terroristes aux Chefs d’Etat. Ainsi joue la Russie, sur un théâtre où elle n’a, en fait, aucun intérêt stratégique, moins que le Japon, l’Inde, la Chine ou l’Europe. En étant dans le jeu, par les armes, elle pèse. Ainsi le Hezbollah, qui n’a de mainmise sur le Liban que par les armes et le financement de l’Iran, et se justifie par la guérilla qu’il mène à Israël. Ainsi MBS, qui raidit son pouvoir, qu’il sait fragile, par sa confrontation avec les Chiites et l’Iran. Quant à Trump, comme il est le seul à pouvoir user de la double menace, à la fois militaire et économique, il s’en sert. En commençant par l’économique. Heureusement.

La paix est donc impossible. L’Europe, -et la France en particulier- peuvent ils jouer un rôle ? Macron et Merkel le croient. Personne n’oserait les contredire. D’autant que l’Europe a un poids financier et militaire considérable. On l’a vu lorsque Macron a fait libérer le Premier ministre libanais. Pourtant il y a un hic. Dans un cadre où n’est respectée que la force, où la capacité de destruction est l’atout de négociation par excellence, quelle est la pression, réelle, de Macron et Merkel? Soit ils sont prêts à un engagement au Moyen-Orient, soit ils croient à leurs seules capacités de persuasion. Le premier cas est risqué, (nous avons des forces militaires là bas). Mais le deuxième est bien illusoire.

Le Moyen-Orient est à la frontière de l’Europe. La France n’est pas qu’un intermédiaire, messager de la paix pour les uns, idiot utile pour les autres. Elle n’est pas neutre. Elle n’est pas à équidistance de l’Iran et des Etats-Unis, du Hezbollah et d’Israël. Elle a ses intérêts, (qui ne se mesurent pas qu’en ventes d’armes), ses lignes rouges (qui ne sont pas que morales) Qu’elle les fasse connaitre, et reconnaitre. Ils ne sont pas moins légitimes que ceux des autres.

Laurent Dominati, Président de la Société éditrice « Lesfrancais.press », a été Ambassadeur de France, Député et Conseiller de Paris.

 

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