Notre rédaction a l’habitude de consacrer une place importante à l’actualité de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’étranger (AEFE). Son réseau, ses établissements, ses personnels et sa direction font l’objet de toute notre attention. Mais il est parfois difficile de donner la parole à ses plus de 400 000 élèves répartis dans 612 établissements homologués dans le monde et qui pour 70% environ sont de nationalité étrangère. L’occasion nous a été pourtant offerte cet été. Bence Zei, du lycée français de Budapest, a en effet pris sa plus belle plume pour nous écrire. Quelques semaines après les résultats du Bac, nous avons choisi de publier notre échange avec ce futur étudiant de Sciences Po Paris. Il est l’incarnation des bacheliers de l’AEFE. Il promeut, entre autres, les valeurs et la curiosité intellectuelle acquise dans ce réseau, et aussi son excellence… avec une moyenne finale au baccalauréat de 19,79 sur 20 !
Un pur produit du réseau français d’enseignement
Lesfrancais.press : « Bonjour Bence Zei, peux-tu te présenter ? »
Bence Zei : « Je m’appelle Bence Zei, j’ai 18 ans, et je ne suis pas français : je suis hongrois, né et grandi à Budapest. Mais je suis un pur produit de votre réseau. Entré au Lycée français de Budapest en grande section à 5 ans, j’y suis resté treize ans, jusqu’au bac, que j’ai obtenu cette année avec 19,79 de moyenne et 20/20 à toutes les épreuves finales, dans une langue qui n’était pas la mienne à la naissance. J’ai aussi décroché la bourse France Excellence-Major de l’AEFE, et je rejoins Sciences Po Paris (Campus de Reims, mineure Amérique du Nord) à la rentrée, avec comme objectif de servir un jour la diplomatie française, et en devenir citoyen.
« Je suis, très concrètement, le retour sur investissement du soft power français »
Interview de Bence Zei, élève au lycée français de Budapest et futur étudiant de Sciences Po Paris
Si je me suis permis de vous écrire, c’est que mon histoire touche au cœur de ce que vous couvrez. Le réseau AEFE a deux missions : scolariser les enfants français à l’étranger, et diffuser la langue et la culture françaises, et c’est cette seconde mission, la plus fragile dans les arbitrages budgétaires, que j’incarne. Je suis, très concrètement, le retour sur investissement du soft power français : un jeune étranger que l’école française a rendu francophone, francophile, et bientôt, je l’espère, français. Réduire ce financement, c’est tarir des trajectoires comme la mienne ».
Lesfrancais.press : « Quel bilan dresses-tu de ta scolarité ? »
Bence Zei : « Un bilan lumineux, et surtout de la gratitude. Ces treize années ne m’ont pas seulement instruit, mais elles m’ont vraiment transformé. J’y suis entré enfant, à cinq ans, sans un mot de français ; j’en ressors avec plusieurs langues, une culture et une manière de penser devenues les miennes. L’école française m’a ouvert au monde et m’a donné des bases solides pour tenir ma place et faire face en toutes circonstances, partout.

Elle m’a offert des langues qui me permettent de dialoguer avec presque n’importe qui sur cette planète ! Mais ce dont je me souviendrai le plus, ce sont les rencontres : des professeurs qui ont cru en moi, des amis venus de partout. Donc ce système n’a pas seulement façonné mes résultats, il a bouleversé ma personnalité, mes ambitions, et a défini ce que je suis aujourd’hui ».
Des valeurs républicaines et intellectuelles
Lesfrancais.press : « Quelles sont les valeurs que l’école et le lycée français de Budapest t’ont transmises ? »
Bence Zei : « Sur le fronton de mon lycée est gravée la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Mais ce que l’école française m’a transmis va bien au-delà de trois mots, et je le regrouperais en trois familles.
« Ce dont je me souviendrai le plus, ce sont les rencontres : des professeurs qui ont cru en moi, des amis venus de partout »
Bence Zei, élève au lycée français de Budapest et futur étudiant de Sciences Po Paris
D’abord, des valeurs républicaines et intellectuelles : la liberté de penser, l’esprit critique, le goût du débat d’idées et du pluralisme, l’engagement citoyen. J’ai appris à défendre une idée mais aussi à l’abandonner face à un meilleur argument. C’est peut-être ce que je dois de plus précieux à ces salles de classe. Ensuite, des valeurs plus humaines : l’écoute, écouter les autres, et s’écouter soi, la bienveillance, la pensée structurée, et une certaine exigence envers soi-même.

Enfin, des valeurs d’ouverture : le plurilinguisme, le brassage culturel, et la conviction que l’excellence doit rester accessible à tous, y compris aux plus démunis. Une précision qui me tient à cœur : la France n’est pas, pour moi, un pays étranger. Depuis mes six ans, tous mes professeurs sont français, beaucoup de mes amis le sont, j’ai grandi avec la littérature, la philosophie et l’histoire françaises. Ces valeurs, je ne les ai pas apprises « sur » la France, je les ai apprises en français, dans des classes françaises. C’est pourquoi je me sens déjà, en partie, français, même si je n’en ai pas encore la nationalité ».
Lesfrancais.press : « comment vois-tu l’avenir de ce réseau AEFE ? »
Bence Zei : « Pour moi, préserver, et même développer, ce réseau est une évidence. L’AEFE est à la fois une source de fierté pour la France, un outil de rayonnement unique au monde qui fait vivre sa langue, sa culture et ses valeurs, et un aimant à talents venus du monde entier. Et pour ceux qui, comme moi, ont la chance d’y grandir, c’est une porte ouverte sur un autre monde, une façon d’élargir son regard.
Je trouve donc dommage qu’on envisage d’économiser sur cet outil. Je crois profondément qu’il rapporte à la France bien plus qu’il ne lui coûte, même si ce « bénéfice » est difficile à chiffrer pour quelqu’un qui ne connaît pas ce que l’Agence fait vivre, chaque jour, aux quatre coins du globe. Son modèle peut sans doute être réformé ; mais son existence ne devrait jamais être en question.
« L’avenir du réseau AEFE peut sembler incertain aujourd’hui. Pourtant je reste optimiste »
Bence Zei, élève au lycée français de Budapest et futur étudiant de Sciences Po Paris
Son avenir peut sembler incertain aujourd’hui. Pourtant je reste optimiste : c’est un atout trop précieux pour la diplomatie et l’influence françaises pour être mis de côté, quel que soit celui ou celle qui gouvernera la France demain. Un réseau qui sert à la fois son pays et tous ceux qu’il relie à lui mérite d’être défendu ».
Un bachelier qui rejoint le campus de Reims de Sciences Po Paris
Lesfrancais.press : « Quelle sera ta destination universitaire l’année prochaine ? »
Bence Zei : « À la rentrée, je rejoins Sciences Po Paris, sur le campus de Reims pour mes deux premières années, en mineure Amérique du Nord. J’avais d’autres portes ouvertes, la prépa B/L à Henri-IV, le CPES de l’ENS de Lyon, celui entre Henri-IV et PSL, Paris Dauphine (Licence Sciences des organisations), des doubles licences sélectives à la Sorbonne (droit-science politique, histoire-science politique), mais j’ai choisi Sciences Po pour une raison simple : c’est la formation qui correspond le plus à ce que je suis et ce que j’aimerais devenir.
S’il y a une chose qui me définit, c’est une curiosité tous azimuts : je suis incapable de me contenter d’une seule discipline. J’aime autant la géopolitique que l’économie, la philosophie, que l’histoire, et je passe de l’une à l’autre sans m’ennuyer.
En dehors des cours, j’anime un ciné-club de philosophie, je pratique le futsal en compétition, et j’ai passé des années dans des conférences de Model United Nations (MUN) à débattre du monde. Sciences Po est l’endroit qui me donne le plus d’opportunités et où cette curiosité peut continuer à se déployer et le meilleur tremplin, je crois, vers la diplomatie à laquelle je me destine ».
Toute la rédaction félicite Bence Zei pour ses brillants résultats et à travers lui souhaite une bonne rentrée universitaire à tous les bacheliers de l’AEFE.







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