Dans l’univers des Français de l’étranger engagés, c’est un évènement politique et littéraire. L’ancien député PS des Français d’Allemagne et d’Europe centrale, Pierre-Yves Le Borgn’, publie un récit autobiographique qui raconte sa reconstruction personnelle et professionnelle après sa défaite aux législatives de 2017. « La vie d’après » (Éditions les 3 Colonnes) relève des mémoires politiques autant que d’un travail d’écriture au long cours. Il couvre, entre autres, sept ans de sa vie. Livre sur la résilience mais aussi récit intime de l’enfance et de la vie de père de famille, il témoigne qu’une défaite peut devenir le point central d’une nouvelle vie plus libre.
« La vie d’après » (ed. les 3 Colonnes), des confessions politiques et personnelles
L’écriture a une fonction cathartique, thérapeutique. En 2017 Pierre-Yves Le Borgn’, alors député sortant et riche d’un bilan de travail important, doit abandonner la politique après une défaite aux législatives. L’époque est alors au changement et à un homme qui apparaît comme providentiel : Emmanuel Macron recrute notamment dans les rangs des sociaux-démocrates et est porté par une dynamique en forme de rouleau compresseur. Les idées rocardiennes et pro-européennes du député Le Borgn’, élu en 2012 sous la bannière hollandiste, sont compatibles avec le projet du fringant ministre de l’économie devenu candidat à la fonction suprême. Stéphane Séjourné, alors principal conseiller du candidat Macron, l’assure de son investiture prochaine.
« J’ai trouvé dans l’écriture des vertus cathartique incroyables »
Pierre-Yves Le Borgn’, ex député et auteur de La vie d’après
Mais l’intervention de François Bayrou dans la dernière ligne droite va le priver du soutien présidentiel. C’est en effet Frédéric Petit (MoDem) qui lui souffle le dossard « macroniste ». Le socialiste est défait. Reste l’homme mis à nu par la défaite à la législative de juin 2017 où il s’est tout de même présenté. Pierre-Yves Le Borgn’ a toutefois des ressources intellectuelles et spirituelles profondes. Issu d’un milieu enseignant, breton aux racines ancrées dans la culture populaire, il possède les capacités de se réinventer. Même si c’est dans la douleur. Ce sera le point de départ d’une nouvelle vie, repensée sous la contrainte, mais où l’écriture devient un réflexe et une nécessité. « mon blog me manquait (…) un jour de janvier 2019, je repris l’aventure de l’écriture pour ne plus la lâcher (…) J’ai trouvé dans l’écriture des vertus cathartique incroyables, un refuge apaisant pour raconter, me souvenir, m’enthousiasmer, m’indigner, espérer, construire, partager ».
Changer le monde doit rester le rêve
Sept ans plus tard « la vie d’après » (éditions les 3 Colonnes) est née. Difficile de résumer 600 pages pleines des défis de l’époque, guerre en Ukraine, dérèglement climatique, ou des aventures entrepreneuriales d’un homme arrimé à ses projets : Il crée une entreprise alors que le COVID s’est abattu sur le monde et la fait grandir contre vents et marées. On y découvre la sensibilité d’un optimiste malgré tout comme la plume vagabonde d’un auteur inspiré. Il alterne ainsi chapitres politiques et pages plus personnelles, poétiques et tendres : Ses séjours à l’Île-Tudy sont ceux d’un contemplatif toujours émerveillé par la beauté puissante de la nature dans laquelle il trouve un refuge. Ce sont sûrement les plus belles du livre. Cet ouvrage est situé au sens où il s’inscrit dans la géographie ouverte d’un infatigable voyageur européen. Qu’il évoque les collines de Pagnol, les Chemins de cette Europe centrale qu’il connaît comme son mouchoir, ou l’Espagne où son épouse a grandi, Pierre-Yves Le Borgn’ a appris à aimer notre pays et notre continent en l’arpentant et en prenant toute la mesure de sa belle diversité.

Pour ce diplômé du collège d’Europe à Bruges, l’Europe n’est ni formelle ni technocratique mais une réalité de chaque instant. Elle est un ressenti, une vibration. Si ses idéaux initiaux sont ceux d’un enfant de l’école publique française, d’un petit-fils breton élevé par une grand-mère extraordinaire, c’est l’Europe qui l’a vu naître une seconde fois. Il faut lire cet ouvrage comme celui d’un amoureux de l’Europe qui la fera aimer davantage encore à ceux qui la redécouvriront dans ses pages habitées.
Car au fond ce récit a le pouvoir de nous réconcilier avec la politique : Pas celle des matamores, des tribunes beuglants à la tribune, pas celle des dangereux populistes. La politique de ceux qui font, de ceux qui entreprennent de modestes entreprises malgré les doutes, les échecs, les découragements. La politique de ceux qui voient loin.
« Il faut lire « La vie d’après » comme celui d’un amoureux de l’Europe qui la fera aimer davantage en-core à ceux qui la redécouvriront dans ses pages habitées »
Ce qui nous unit à la plume de l’auteur, c’est autant ses certitudes que ses doutes, c’est l’exposé « sans fard » de ses coups de pompes, des moments où sa situation personnelle aurait pu s’effondrer. Se relever toujours. Agir sans cesse. Si on ne le fait pas pour soi, le faire au moins pour ses enfants. Un politique humain en somme. Un humain avec une vision politique. On a peur de le dire d’ailleurs : Une espèce trop rare aujourd’hui. La brutalité de la vie politique n’aura donc pas eu raison de l’optimisme d’un citoyen debout. « Changer le monde doit rester le rêve ». Voilà peut-être un des fils conducteurs du livre. « L’enthousiasme est la clé et l’optimisme l’est certainement aussi ».
Entretien Lesfrancais.press avec Pierre-Yves Le Borgn’, ex député et auteur de « La vie d’après » (éditions les 3 Colonnes)
Après la politique, un porteur de nombreux projets
Lesfrancais.press : « Tout est à écrire, tout est à construire, il n’en tient qu’à nous. C’est l’une des belles formules du livre : il est celui d’un ex-député des Français de l’étranger, mais il dépasse le seul exercice des mémoires politiques. On y sent l’enthousiasme d’un homme de projets et de défis qui a su se réinventer après 2017. Comment cultive-t-on un tel optimisme de la volonté dans une époque d’angoisse telle que la nôtre où la xénophobie et les dérèglements climatiques abîment le vivre ensemble ? »
Pierre-Yves Le Borgn’ : « Je suis né optimiste. L’idée qu’il existe un avenir meilleur à construire par le rassemblement des volontés et le travail m’habite depuis toujours. Convaincre est possible et nécessaire, surtout quand c’est dur et que les nuages noirs s’accumulent comme aujourd’hui. Il y a la force de la parole et des mots, mais immédiatement après celle des actes à poser aussi. Depuis que j’ai quitté la vie publique, j’ai travaillé sur des projets de décarbonation énergétiques et industriels passionnants. Sous diverses latitudes, proches et lointaines, j’ai porté auprès d’autorités publiques et d’entreprises des convictions, des plans, des budgets.
« L’idée qu’il existe un avenir meilleur à construire par le rassemblement des volontés et le travail m’habite depuis toujours »
Interview de Pierre-Yves Le Borgn’, ex député et auteur de « La vie d’après ».
J’ai plaidé autant que j’ai agi aussi dans la salle des machines et sous la ligne de flottaison, avec quelques crics et tournevis symboliques à la main. Je n’étais jamais seul. L’avenir auquel je crois est une aventure collective ».
Lesfrancais.press : « Ce livre est plein de votre enfance. De ses valeurs tendres et solides cultivées auprès notamment de votre grand-mère dont vous dessinez un portrait plein d’amour. Il y a une chanson de Ferrat qui pourrait plaire à l’homme de gauche que vous êtes et qui dit « nul ne guérit de son enfance ». Votre enfance vous accompagne-t-elle tous les jours en tant que citoyen et dans votre rôle de père d’une famille heureuse ? »
Pierre-Yves Le Borgn’ : « Mon enfance m’habite. J’ai eu la chance qu’elle soit heureuse. Ma grand-mère y a occupé une place immense. Je ne viens pas d’un milieu privilégié. Mes parents étaient boursiers. Ils sont devenus instituteurs, puis professeur de lycée pour mon père. Ils avaient la passion de l’école et de la République. Cela m’a construit un cadre de valeurs.
« Je ne crois pas que l’écriture soit une chose innée. Elle se cultive tout au long d’une vie de curiosité et d’attirance pour les livres »
Pierre-Yves Leborgn’, ex député et auteur de La vie d’après
Je me souviens ainsi qu’il était important de n’oublier personne autour de nous, et notamment ceux de notre famille pour qui la vie était dure ou injuste. Il y avait entre nous tous par la preuve une vérité du partage et de la solidarité. Nos repas de famille avaient cette force-là : partager tout, même le plus difficile, et agir. J’ai pris conscience tôt des inégalités de destins et de la nécessité de les combattre, par le travail et l’entraide ».
Entre plume et politique
Lesfrancais.press : « Dans ce livre, il y a un écrivain qui s’exprime. Votre blog et vos chroniques ont été une thérapie contre le doute et les angoisses. On a l’exemple de politiques écrivains qui, de De Gaulle à Mitterrand, ont su dire leur pays et tracer une voie pour demain tout en utilisant toute l’amplitude et la beauté de notre langue. Comment apprend-on à écrire et votre plume vous a-t-elle aidée en politique ? »
Pierre-Yves Le Borgn’ : « J’ai toujours aimé écrire. Cela vient certainement de ce que j’ai toujours aimé lire aussi. Je ne crois pas que l’écriture soit une chose innée. Elle se cultive tout au long d’une vie de curiosité et d’attirance pour les livres, les témoignages, les récits et l’oralité. Spontanément, c’est vers l’écriture que je me suis tourné lorsque je me suis retrouvé seul, loin de la vie publique.

J’ai eu besoin d’écrire et de raconter, pour moi-même et puis pour les autres aussi. Cela m’a aidé et même sauvé en vérité. On vit une époque où traverser le désert avec un ordinateur est désormais possible, même lorsque le désert est long. Lorsque j’étais en politique, j’écrivais déjà. Aucun de mes discours de député n’avait été écrit par quelqu’un d’autre que moi ».
La passion de l’Europe
Lesfrancais.press : « Vous êtes au croisement de plusieurs cultures : une culture populaire issue de l’enfance et qu’on retrouve dans cet amour inconditionnel du Tour de France, votre madeleine de Proust , une culture d’entreprise qui jalonne vos projets culturels ou écologiques, une culture socialiste, libérale et européenne. Vous consacrez des pages vibrantes à cette Europe que vous chérissez et en particulier à son projet d’autonomie de défense. Mais plus largement et devant le rapport contrasté des Français à l’Europe, pouvez-vous nous parler du projet pour l’Europe de demain ? »
Pierre-Yves Le Borgn’ : « J’ai la passion de l’Europe. J’aime cette formule de la « communauté de destins », qui exprime la conviction que nos pays partagent une histoire, des valeurs et un avenir. Je suis de l’Europe des petites églises et des Lumières, celle de la foi et de l’esprit critique. L’Europe est pour moi un projet de paix par le droit. Parmi les pères de l’Europe, il y avait diverses sensibilités politiques, dont celle qui m’est chère : la social-démocratie.
« L’Europe doit protéger les Européens autant qu’elle a pu les libérer des frontières et des atavismes du passé »
Pierre-Yves Leborgn’, ex député et auteur de La vie d’après.
L’Europe doit protéger les Européens autant qu’elle a pu les libérer des frontières et des atavismes du passé. L’Europe de demain doit préserver son modèle social et ne pas s’ouvrir par principe à tous les vents libre-échangistes. La désindustrialisation est souvent venue de nos propres renoncements. Je l’ai vécu douloureusement dans l’industrie solaire. Je crois en l’économie de marché et en la nécessité d’être stratège aussi ».
Lesfrancais.press : « Allez-vous reprendre du service en politique ? Ce livre est en soi un acte littéraire et politique. Il est non-partisan mais riche de vos valeurs et idées. Le temps d’après peut-il ressembler au temps d’avant en mieux ? »
Pierre-Yves Le Borgn’ : « En toute sincérité, je ne sais pas. Je n’ai pas écrit mon livre pour revenir. La politique s’est éloignée de moi plus que je me suis éloigné d’elle. Je tiens les appareils politiques en horreur depuis quelques années. Les postures, les égos, la couardise généralisée tuent non seulement le débat public, mais plombent l’avenir de la France. Je crois à l’inverse en la vertu des rassemblements. Le pays sera toujours plus important que les partis. Pour sortir la France de l’ornière, il faudra rassembler sur un contrat de législature. Je tiens à nos libertés, à notre modèle social, à l’engagement climatique, à la laïcité, à la sécurité et à une économie vibrante. Je suis persuadé qu’il existe, loin de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite, une majorité possible pour redresser notre pays ».







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