Un nouvel accord du Plaza est-il encore possible ?

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Un nouvel accord du Plaza est-il encore possible ?

Les devises asiatiques connaissent depuis plusieurs semaines une dépréciation importante. Le won sud-coréen est tombé à son plus bas niveau face au dollar depuis dix-sept ans, tandis que le yen japonais a atteint son cours le plus faible depuis quarante ans. La vigueur persistante de l’économie américaine et l’engouement mondial pour les valeurs technologiques américaines alimentent la demande de dollars. Cette appréciation du billet vert ne laisse pas Washington indifférent. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a d’ailleurs exprimé à plusieurs reprises son inquiétude face à la faiblesse des monnaies asiatiques. Donald Trump estime que le dollar fort bénéficie aux importateurs et nuit aux Etats-Unis. En Europe, les préoccupations portent davantage sur la sous-évaluation durable du yuan chinois. Le Fonds monétaire international estime que la devise chinoise demeure environ 16 % en dessous de son niveau d’équilibre au regard des fondamentaux économiques. En juin, le chancelier allemand Friedrich Merz a  évoqué la possibilité d’un nouvel « accord du Plaza », en référence au compromis conclu en 1985 entre les États-Unis, le Japon, l’Allemagne de l’Ouest, la France et le Royaume-Uni pour organiser une baisse concertée du dollar, alors jugé excessivement fort. C’est également la position de Stephen Miran, l’ancien conseiller économique de Donald Trump et désormais membre de la Réserve Fédérale.

L’accord du Plaza occupe une place à part dans l’histoire des marchés des changes

Entre 1985 et la fin de 1987, le dollar s’est déprécié d’environ 30 % face aux principales devises partenaires des États-Unis. Cette évolution a notamment permis à George Soros de réaliser l’un des paris les plus célèbres de l’histoire des marchés financiers, en anticipant l’appréciation du yen, de la livre sterling et du deutschemark.

Ce précédent nourrit encore aujourd’hui les spéculations. Pourtant, espérer reproduire un tel scénario relève probablement de l’illusion. Les conditions économiques, financières et géopolitiques ont profondément changé. Obtenir un nouvel accord international serait infiniment plus difficile qu’il y a quarante ans et, même en cas de succès diplomatique, son efficacité serait loin d’être garantie.

Le premier obstacle tient à la transformation spectaculaire du marché des changes

En 1985, les réserves de change cumulées des cinq signataires représentaient 132 milliards de dollars, soit moins de 2 % de leur PIB. Elles atteignent désormais près de 1 900 milliards de dollars, soit environ 4 % de leur richesse nationale. Cette progression apparaît toutefois modeste au regard de l’explosion des volumes échangés sur le marché des devises. En 1986, les transactions quotidiennes représentaient environ 200 milliards de dollars ; elles dépassent aujourd’hui 12 000 milliards de dollars par jour, selon la Banque des règlements internationaux. En près de quarante ans, le marché a ainsi été multiplié par soixante, réduisant considérablement la capacité d’influence des banques centrales. Dans ces conditions, un accord crédible devrait impérativement associer la Chine. Avec plus de 3 400 milliards de dollars de réserves de change, Pékin dispose de loin de la plus importante puissance d’intervention au monde. Son yuan est par ailleurs régulièrement accusé par les pays occidentaux d’être artificiellement sous-évalué afin de soutenir les exportations chinoises. Imaginer un nouvel accord du Plaza sans la Chine reviendrait à imaginer celui de 1985 sans le Japon. Or cette hypothèse paraît peu réaliste. Les dirigeants chinois considèrent toujours l’accord du Plaza comme un épisode ayant contribué au déclin économique du Japon. Selon cette lecture, l’appréciation du yen aurait provoqué la longue période de stagnation de l’archipel en favorisant une politique monétaire trop accommodante, puis la formation d’une gigantesque bulle immobilière et financière.

L'accord du plaza
L’accord du plaza

Cette interprétation est contestée par de nombreux économistes, d’autant que la Chine connaît aujourd’hui une crise immobilière comparable sans avoir jamais signé d’accord de type Plaza.  Cette conviction demeure profondément ancrée au sein des autorités chinoises. Même si Pékin acceptait de participer à une telle initiative, rien ne garantit que les résultats seraient comparables à ceux des années 1980. L’accord du Plaza ne reposait pas uniquement sur des interventions concertées sur le marché des changes. Il s’accompagnait également d’un engagement des États-Unis à réduire leurs déficits budgétaires. La loi Gramm-Rudman-Hollings, adoptée à cette époque, n’a certes pas permis d’équilibrer les comptes publics, mais elle a contribué à ramener le déficit fédéral de 4,8 % du PIB en 1986 à 2,7 % en 1989, renforçant ainsi la crédibilité de la baisse du dollar. En 2026, le déficit budgétaire américain avoisine désormais 6 % du PIB et aucun consensus politique ne se dessine en faveur d’un retour à une plus grande discipline budgétaire. L’un des principaux piliers qui avaient assuré le succès de l’accord de 1985 fait donc aujourd’hui défaut.

Les effets de ces accords internationaux sont par ailleurs à relativiser. En février 1987, lors des accords du Louvre, les mêmes grandes puissances tentèrent cette fois de stopper la chute du dollar. Malgré leurs interventions, celui-ci poursuivit néanmoins son repli. Les marchés avaient repris le dessus sur les intentions politiques.

De multiples facteurs comme les déficits américains persistants, la stratégie chinoise, les mouvements de capitaux internationaux ou les politiques monétaires divergentes, limitent la capacité des gouvernements à orienter durablement les taux de change. Les investisseurs qui espèrent retrouver les gains spectaculaires générés par l’accord du Plaza de 1985 risquent donc de sous-estimer la complexité du nouvel environnement monétaire mondial.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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