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Conseil d’administration de l’AEFE : des changements mais toujours pas de réforme globale.

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Conseil d’administration de l’AEFE : des changements mais toujours pas de réforme globale

C’était le premier conseil d’administration du nouveau directeur général de l’AEFE Alexandre Morois. Il aura été marqué par des délibérations importantes : adoption du budget rectificatif et suspension de la nouvelle contribution financière pour les établissements partenaires. Une décision aura fait débat aussi qui s’assimile à un coup de pression sur les conventionnés. Des changements mais toujours pas de réforme globale. La nouvelle architecture de l’agence et de son réseau se font toujours attendre. La sénatrice Samantha Cazebonne a quant à elle rendu son rapport. Mais elle n’a pu participer à ce conseil et donc lancer le débat politique attendu sur l’avenir de la diplomatie scolaire. Les échanges au CA ont néanmoins été animés en ce vendredi 26 Juin. Lesfrancais.press vous partage les points importants.

La réforme financière selon des modalités dissociées

Anne Grillo, la directrice générale de la mondialisation, c’est à dire la représentante en chef du ministère, a pu se féliciter de nouvelles homologations d’établissements et d’un réseau qui continue de s’étendre malgré un contexte international crispé.

Elle a ainsi répondu aux critiques des membres du CA qui s’inquiétaient de la suspension de la nouvelle contribution financière pour les établissements partenaires. Votée à l’unanimité des membres du CA en décembre 2025 celle-ci prévoyait une augmentation graduelle de la participation financière des établissements déjà signataires jusqu’à 4 pour-cent. Mais pour les établissements pas encore signataires la contribution votée était plus floue. C’est cette différence de traitement qui avait fait réagir les associations de parents pour demander de revoir la copie de décembre. La DGM et le nouveau directeur de l’AEFE, Alexandre Morois, ont confirmé que la contribution serait donc revue à l’avenir mais pas enterrée.

« Au 1er Juillet l’AEFE notifiera en effet la résiliation des conventions pour les établissements conventionnés qui n’auraient pas signé l’avenant intégrant les nouvelles dispositions financières » 

De quoi faire néanmoins réagir les organisations des personnels qui ont constaté, par ailleurs, que les établissements conventionnés étaient quant à eux mis sous forte pression cet été. Au 1er Juillet l’AEFE notifiera en effet la résiliation des conventions pour les établissements conventionnés qui n’auraient pas signé l’avenant intégrant les nouvelles dispositions financières. Seuls une cinquantaine d’établissements ont signé aujourd’hui soit un tiers environ du total des conventionnés. On s’attend donc à plusieurs dizaines de résiliations que le directeur présente comme relevant d’une logique juridique incontournable. L’AEFE confirme néanmoins sa volonté de poursuivre le dialogue jusqu’à la fin août pour obtenir ces signatures.

Alexandre Moroy, Directeur général de l'AEFE
Alexandre Moroy, Directeur général de l’AEFE

La FAPEE, association de parents très représentée dans les établissements conventionnés, avait demandé le moratoire des mesures adoptées du CA de décembre avec un courrier signé par 45 présidentes et présidents de comité de gestion. « Une réforme de fond ne saurait être conduite sous la contrainte d’une échéance comme celle du 30 Juin ». Son représentant au CA, Brice Bultot, a pu donc exprimer à nouveau ses critiques sur les options retenues en termes d’agenda très contraint. Ces résiliations de conventions risquent d’agiter les conventionnés une bonne partie de l’été. La France n’a aucun intérêt à ce qu’il y ait une hémorragie et un effondrement du nombre de conventionnés.

Brice Bultot, Président de la FAPEE
Brice Bultot, Président de la FAPEE

Un véritable travail d’équilibriste attend donc Alexandre Morois pour obtenir des signatures dans un délai très court et éviter de donner l’impression d’un deux poids deux mesures.

 Face à ce risque d’inéquité de traitement, le député Karim Ben Cheikh, très actif lors de ce CA, demande la suspension immédiate de toutes les décisions prises au CA de décembre. « Sans ce préalable il ne peut y avoir ni concertation sincère ni débat serein sur l’avenir de l’enseignement français à l’étranger ».

Les syndicats dénoncent coup de pression et menace sur les conventionnés et leurs personnels

Boris Faure pour l’UNSA s’exprime contre la méthode « Le faible nombre de signatures confirme l’absence d’adhésion à la réforme et les inquiétudes exprimées depuis plusieurs mois. Dans ce contexte, il est inacceptable que les personnels demeurent dans une telle incertitude quant à leur avenir. On ne négocie pas en insécurisant les établissements et et les personnels. Nous refusons la diplomatie du coup de pression estival ». 

Boris Faure - UNSA
Boris Faure – UNSA

Même tonalité pour la FSU représentée par Clémence Chaudin et Patrick Soldat « les établissements (conventionnés) qui ne signeraient pas dans les délais se voient explicitement menacés d’une résiliation conservatoire de leur convention. Voilà donc la méthode retenue : l’injonction, l’urgence et la menace (…) pour les partenaires la délibération devient soudainement révisable, suspendable et adaptable ».

Patrick Soldat et Clémence Chaudin
Patrick Soldat et Clémence Chaudin – FSU

Un budget rectificatif toujours en déficit

Le budget rectificatif numéro 1 qui a été adopté montre un déficit persistant mais diminuant. Le déficit budgétaire est fixé à 45,75 millions d’euros (contre 58,86 millions d’euros au budget initial). On remarquera que le montant de la contribution sur les pensions civiles des personnels résidents et expatriés des établissements conventionnés est de 11,74 millions en prévision. On mesure que la résorption totale du déficit passerait par un alourdissement des mesures actuelles ou par l’utilisation d’économies sur d’autres postes de dépenses.

« On ne redresse pas un budget public sur le dos des familles et des personnels »

Frédéric Costes, CFDT Éducation Monde Le Conseil supérieur d’administration (CSA) qui s’était tenu la veille du CA avait d’ailleurs entériné une suppression de plus de 200 emplois de détachés (sur environ 5000 au total).

Frédéric Coste, trésorier de la CFDT Éducation Monde
Frédéric Coste, trésorier de la CFDT Éducation Monde

Cela fait dire à Frédéric Costes de la CFDT Education monde « on ne redresse pas un budget public sur le dos des familles et des personnels (…) la solution existe : le ministre des comptes publics David Amiel, a lui-même reconnu la nécessité de revoir l’imputation des coûts de pensions des fonctionnaires. Sortir les pensions civiles du budget de l’AEFE, c’est traiter la cause, pas faire payer les familles et les personnels ».

Et maintenant ?

La réforme financière avait paru brutale à certains à l’issue du CA de décembre. Mais elle avait le mérite de faire contribuer toutes les catégories d’établissements. Mais depuis les familles ont grogné logiquement contre une hausse des frais de scolarité très marquée. Les conventionnés se sont révoltés en faisant la grève de la signature. Et les EGD (Établissements en gestion directe) ont obéi aux injonctions financières de bonne ou mauvaise grâce avec des personnels stressés par l’avenir qui se sont exprimés via leurs représentants ou par la grève.

« Aujourd’hui nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la capacité de l’AEFE à préserver son unité ».

UNAPE, Union des Associations de Parents d’élèves de l’Etranger

La période est ià l’incertitude et aux doutes. Comme le dit l’UNAPE (Union des Associations de Parents d’élèves de l’Etranger) représentée au CA, « Aujourd’hui nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la capacité de l’AEFE à préserver son unité ». Une interrogation porte notamment sur « la place des familles dans les décisions futures alors même qu’elles portent une part croissante de l’effort financier demandé au réseau ».

Le nouveau directeur a une tâche ardue devant lui : Intégrer la nouvelle stratégie Cazebonne dans ses plans. Respecter ainsi l’impératif de réforme politique fixé par le premier ministre et justifié par le déficit structurel.  Ménager les 250 à 300 000 familles qui vocalisent beaucoup sur le sujet des tarifs et ont la force du nombre, notamment en période électorale…manager des personnels sous tensions qui sentent déjà que la facture sociale à payer sera lourde alors que le système ne peut fonctionner sans eux.

Auteur/Autrice

  • HC est un spécialiste des questions internationales, cet ancien diplomate a vécu et travaillé plus de 20 ans à l'étranger

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