L’avenir de l’enseignement français à l’étranger reste au cœur des inquiétudes des familles françaises expatriées. Alors que l’AEFE traverse une séquence budgétaire délicate, Samantha Cazebonne, sénatrice des Français établis hors de France, chargée d’une mission par le Premier Ministre sur la réforme de l’agence, veut replacer le débat sur le terrain des chiffres, du dialogue et des responsabilités partagées. Au cours de cette interview, elle détaille d’ailleurs les trois scénarios envisagés pour éviter hausses des frais et suppressions de postes.
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AEFE : renouer le dialogue avec le réseau
Au cours de ce podcast, notre invitée dresse plusieurs constats. Tout d’abord, Samantha Cazebonne remarque que le réseau de l’enseignement français hors de France souffre d’un manque d’écoute. Elle évoque notamment « un gros déficit d’échanges ». Les décisions prises ces derniers mois ont été ressenties comme brutales par une partie des acteurs.
« Créer un dialogue sincère, franc, entre les acteurs (…) recréer un peu ce lien de confiance. »
Samantha Cazebonne, sénatrice des Français établis hors de France, mission AEFE
La sénatrice dit alors vouloir rétablir une méthode : « créer un dialogue sincère, franc, entre les acteurs » afin de « recréer un peu ce lien de confiance ». Mais cette concertation n’efface pas les divergences. « Ça ne veut pas pour autant dire qu’on est d’accord sur tout, cela veut dire qu’on se parle en sincérité », précise-t-elle.
Frais de scolarité, postes, statut des personnels : les lignes rouges
Pour les familles, la principale crainte reste l’augmentation des frais de scolarité. Samantha Cazebonne résume leur position : « Leur ligne rouge, c’est de payer des augmentations sans comprendre pourquoi ils doivent les payer ». Et surtout, ajoute-t-elle, les parents ne veulent pas « avoir un service dégradé en face d’augmentation ».

Les syndicats, eux, défendent notamment le statut des résidents. Les chefs d’établissement s’inquiètent d’éventuels transferts de charges vers les budgets locaux. Dans ce contexte, la mission devra mettre à plat les positions de chacun. La sénatrice annonce qu’elle proposera « trois scénarios », dont deux destinés à éviter les mesures votées lors du conseil d’administration de décembre.
Budget de l’AEFE : une lecture contestée des chiffres
La situation financière de l’AEFE est difficile à comprendre pour les familles. Après un déficit annoncé, un excédent a été évoqué quelques mois plus tard. Pour Samantha Cazebonne, cette apparente contradiction ne doit pas masquer le fond du problème. « Les chiffres, ils ne trahiront personne », affirme-t-elle, en appelant parlementaires et acteurs du dossier à travailler à partir des mêmes données. Elle revendique « l’honnêteté intellectuelle » et refuse une lecture uniquement partisane.
« Le déficit structurel, il est là depuis des années. »
Samantha Cazebonne, sénatrice des Français établis hors de France, mission AEFE
Sur l’excédent annoncé, elle met en garde : « Le déficit structurel, il est là depuis des années ». Selon elle, certaines recettes exceptionnelles ne peuvent pas être présentées comme une solution durable. Elle estime aujourd’hui que l’agence fait face à « plus de 50 millions à combler » et juge nécessaire de prendre des mesures « à la hauteur des enjeux ».
Des missions parlementaires sur l’AEFE qui se multiplient
Entre la mission confiée à Samantha Cazebonne, la mission d’information menée au Sénat par Yann Chantrel et les travaux confiés à Karim Ben Cheikh à l’Assemblée nationale, les initiatives se multiplient autour de l’AEFE. La sénatrice y voit aussi un contexte politique : « Il n’aura échappé à personne qu’il y a des élections ».

Elle dit toutefois ne pas vouloir « décrédibiliser » le travail de ses collègues, tout en leur demandant d’analyser les chiffres « dans toutes leurs dimensions ». Autre point de vigilance : la responsabilité attribuée par certains au plan Cap 2030 voulu par le président de la République, Emmanuel Macron. Pour Samantha Cazebonne, il faut rester prudent : « Ce n’est pas Cap 2030 qui l’est plus que d’autres. »
Trois scénarios pour la réforme de l’AEFE
Sur les perspectives, Samantha Cazebonne se veut directe : « Il y aura trois scénarios. » Le premier correspondrait au maintien des mesures déjà votées. Dans ce cas, prévient-elle, « il y aura des départs d’enseignants, et puis il y aura des augmentations de frais d’écolage ».
« Tout le monde, tous les acteurs, il n’y a personne qui, à mon avis, ne peut se soustraire à, demain, faire des efforts »
Samantha Cazebonne, sénatrice des Français établis hors de France, mission AEFE
Le deuxième scénario serait plus médian. Il viserait à améliorer le fonctionnement de l’agence sans bouleverser tout le modèle, avec une recherche d’« efficience » et de réduction des écarts entre personnels.
Le troisième scénario irait plus loin dans la transformation de l’AEFE, sans pour autant remettre immédiatement en cause certains statuts d’établissements, comme les EGD (Établissements à gestion directe). Pour la sénatrice, ces sujets doivent être négociés : « Ce n’est pas quelque chose qu’on peut décréter sans adhésion. »
Des efforts demandés à tous les acteurs
Au micro Lesfrancais.press, Samantha Cazebonne exclut l’idée d’un financement public massif permettant d’effacer les difficultés : « Il ne faudra pas compter sur un abondement spectaculaire ». Elle estime en revanche possible de trouver rapidement des marges de manœuvre pour éviter les hausses de frais et les suppressions de postes.
Sa ligne repose sur un partage de l’effort : « Tout le monde, tous les acteurs, il n’y a personne qui, à mon avis, ne peut se soustraire à, demain, faire des efforts ». L’enjeu, selon elle, est de bâtir « une nouvelle agence d’enseignement français à l’étranger » capable de repartir « sur des bases beaucoup plus sereines », avec davantage de visibilité pour les familles qui souhaitent inscrire leurs enfants dans les lycées français à l’étranger.
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