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Michel Barnier à Londres : « Nigel Farage n’a pas pu me donner la preuve de la valeur ajoutée du Brexit »

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Michel Barnier à Londres : « Nigel Farage n’a pas pu me donner la preuve de la valeur ajoutée du Brexit »

Dix ans après le référendum qui a bouleversé la relation entre Londres et Bruxelles, Michel Barnier était de retour dans la capitale britannique. À Chatham House, où Lesfrançais.press était présent, l’ancien négociateur en chef de l’Union européenne pour le Brexit, ancien Premier ministre français et aujourd’hui député, est revenu sur une décennie de transformations politiques, économiques et humaines entre le Royaume-Uni et l’Europe.

Le Brexit : une séparation toujours coûteuse ?

Devant un public composé de diplomates, responsables européens, chercheurs et journalistes, en présence notamment d’Hélène Duchêne, ambassadrice de France au Royaume-Uni, et de Pedro Serrano, ambassadeur de l’Union européenne auprès du Royaume-Uni, Michel Barnier n’était pas venu refaire le procès du Brexit. Mais dix ans après le vote britannique, son constat reste clair : cette séparation continue de marquer les deux rives de la Manche.

Pendant près de quatre ans, Michel Barnier a incarné la réponse européenne au départ britannique. Face aux gouvernements successifs de Theresa May puis Boris Johnson, l’ancien Premier ministre français a dû mener une négociation inédite : organiser la sortie d’un État membre de l’Union européenne tout en maintenant l’unité des Vingt-Sept.

« Le Brexit reste un jeu perdant des deux côtés. »

Michel Barnier, ancien Premier ministre, député de Paris

Trois priorités guidaient alors les discussions : protéger le marché unique, préserver la paix en Irlande du Nord et garantir les droits des citoyens européens vivant au Royaume-Uni et des Britanniques installés dans l’Union européenne.

Michel Barnier revient à Londres sur dix ans de relations
entre le Royaume-Uni et l’Union européenne depuis le Brexit. ©
Chatham House
Michel Barnier revient à Londres sur dix ans de relations
entre le Royaume-Uni et l’Union européenne depuis le Brexit. ©
Chatham House

Dix ans plus tard, l’ancien négociateur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne estime que des conséquences politiques, économiques et humaines de cette décision historique avaient été sous-estimées. « Je ne suis pas sûr que les Britanniques aient été informés de toutes les conséquences de quitter l’Union européenne », a-t-il déclaré.

S’il reste critique sur le Brexit, Michel Barnier rappelle qu’il a toujours voulu écouter toutes les parties, y compris les défenseurs du départ de l’Union européenne. Durant cette période, il avait notamment rencontré Nigel Farage, figure emblématique du camp du « Leave ». Et il s’en souvient : « J’ai rencontré M. Farage à sa demande, personnellement dans mon bureau. En dix ans, personne, même Nigel Farage, n’a été capable de me donner une seule preuve de la valeur ajoutée du Brexit. »

« Nigel Farage, n’a été capable de me donner une seule preuve de la valeur ajoutée du Brexit. »

Michel Barnier, ancien Premier ministre, député de Paris

L’ancien Premier ministre français refuse toutefois de présenter le Brexit comme l’unique explication des difficultés britanniques actuelles. « Je ne pense pas que toutes ces difficultés soient provoquées par le Brexit », a-t-il nuancé. Mais selon lui, la séparation a rendu les réponses plus complexes : « Toutes ces difficultés sont plus difficiles à résoudre parce que nous sommes séparés. »

Une nouvelle page politique au Royaume-Uni

Depuis le vote de 2016, le Brexit a profondément transformé la vie politique britannique. David Cameron avait quitté Downing Street après la victoire du « Leave ». Theresa May avait ensuite tenté de trouver un compromis avec Bruxelles, avant l’arrivée de Boris Johnson, élu avec la promesse de « Get Brexit Done ». Les passages de Liz Truss puis Rishi Sunak ont ensuite confirmé une période de forte instabilité politique.

Michel Barnier lors de son intervention à Chatham House, à Londres. L’ancien négociateur européen du Brexit et ancien Premier ministre français est revenu sur dix ans de relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.
© Alexander Seale / Lesfrançais.press
Michel Barnier lors de son intervention à Chatham House, à Londres. L’ancien négociateur européen du Brexit et ancien Premier ministre français est revenu sur dix ans de relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.
© Alexander Seale / Lesfrançais.press

L’arrivée de Keir Starmer avait ouvert une nouvelle étape. Le dirigeant travailliste souhaitait reconstruire les relations avec Bruxelles grâce à un « reset » européen : davantage de coopération économique, diplomatique et sécuritaire, sans proposer un retour dans l’Union européenne, le marché unique ou l’union douanière.

Mais l’intervention de Michel Barnier à Londres intervient dans un moment politique particulièrement sensible au Royaume-Uni, marqué par la démission de Keir Starmer et la question de sa succession à la tête du Parti travailliste et du gouvernement britannique.

« Nous étions plus forts avec le Royaume-Uni. »

Michel Barnier, ancien Premier ministre, député de Paris

Parmi les personnalités au centre de cette nouvelle séquence figure Andy Burnham. Ancien ministre sous Tony Blair et Gordon Brown, maire du Grand Manchester depuis 2017 et figure populaire du nord de l’Angleterre, il a effectué son retour à Westminster en remportant l’élection partielle de Makerfield. Redevenu député travailliste, Andy Burnham dispose désormais du mandat parlementaire nécessaire pour prétendre à la direction du Labour et potentiellement entrer à Downing Street.

La succession pourrait même ressembler davantage à un couronnement qu’à une longue bataille interne. Wes Streeting, ancien ministre de la Santé et longtemps présenté comme un possible candidat, a annoncé son soutien à Andy Burnham. Selon le calendrier travailliste, les nominations doivent se dérouler du 9 au 16 juillet. Si aucun rival majeur ne se présente, Andy Burnham pourrait être confirmé rapidement. En cas de compétition interne, le processus pourrait se prolonger jusqu’au 1er septembre.

Michel Barnier revient à Londres sur dix ans de relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne depuis le Brexit.
© Chatham House / YouTube
Michel Barnier revient à Londres sur dix ans de relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne depuis le Brexit.
© Chatham House / YouTube

Surnommé le « King of the North », Andy Burnham a construit son image autour de la défense des régions industrielles du nord de l’Angleterre, dont plusieurs avaient voté en faveur du Brexit en 2016. Une éventuelle arrivée à Downing Street poserait une nouvelle question : jusqu’où le Royaume-Uni souhaite-t-il aller dans son rapprochement avec l’Europe ?

Interrogé sur cette période d’incertitude politique britannique, Michel Barnier refuse cependant de commenter le choix du prochain Premier ministre. Il rappelle simplement avoir entretenu « une très bonne relation avec Keir Starmer », un dirigeant qui selon lui comprend « l’importance de la stabilité européenne ».

Quel avenir pour la relation entre Londres et Bruxelles ?

Pour Michel Barnier, l’avenir de la relation entre Londres et Bruxelles ne doit pas uniquement se résumer à la question d’un éventuel retour britannique dans l’Union européenne. « C’était le choix souverain du Royaume-Uni de partir. Ce pourrait être le choix souverain du Royaume-Uni de revenir. La porte est ouverte, chacun connaît les règles », a-t-il rappelé.

« C’était le choix souverain du Royaume-Uni de partir. Ce pourrait être le choix souverain du Royaume-Uni de revenir. »

Michel Barnier, ancien Premier ministre, député de Paris

Mais dans un monde marqué par la guerre en Ukraine, les tensions avec la Russie et les nouvelles rivalités internationales, l’ancien Premier ministre estime que Britanniques et Européens doivent renforcer leurs liens.

Il défend notamment une coopération plus importante dans la défense, la sécurité et la politique étrangère, avec une place particulière pour des partenaires comme le Royaume-Uni, la Norvège ou l’Ukraine. Cette réflexion rejoint aussi la question de la puissance européenne, désormais centrale dans les débats à Bruxelles comme à Paris.

Les Français du Royaume-Uni au cœur de la négociation

Pour Lesfrançais.press, le Brexit reste aussi une histoire humaine : celle des Français installés outre-Manche qui ont vu leur quotidien changer après 2016. La fin de la libre circulation, les nouvelles démarches administratives et l’évolution de la relation franco-britannique ont marqué une génération d’expatriés. Interrogé sur les Français vivant au Royaume-Uni, Michel Barnier rappelle que la question des citoyens était au centre des négociations dès le premier jour. « Les trois points clés étaient le marché unique, la paix en Irlande et les droits des citoyens. »

Michel Barnier répond à une question lors de l’échange. © Chatham House
Michel Barnier répond à une question lors de l’échange. © Chatham House

Au-delà du Brexit, il souligne également le rôle essentiel des Français établis hors de France. « Il y a trois millions de Français vivant en dehors de France. Ils jouent un rôle clé pour l’influence française, pour les entreprises, pour la langue française. Nous devons être attentifs à eux. »

Quel avenir pour Michel Barnier ?

Rarement une personnalité française aura autant incarné le lien entre Paris, Bruxelles et Londres. Ministre à plusieurs reprises, commissaire européen, négociateur du Brexit puis Premier ministre en 2024, Michel Barnier se trouve désormais dans une nouvelle étape de sa carrière. Après son passage à Matignon dans une Assemblée nationale fragmentée, l’ancien chef du gouvernement est redevenu parlementaire. Interrogé par Lesfrançais.press sur son avenir politique, Michel Barnier affirme ne pas rechercher une fonction particulière.

Michel Barnier à Chatham House. L’ancien Premier ministre français souhaite désormais « être utile » au rassemblement du centre et de la droite. © Chatham House
Michel Barnier à Chatham House. L’ancien Premier ministre français souhaite désormais « être utile » au rassemblement du centre et de la droite. © Chatham House

Il souhaite désormais travailler au rassemblement de son camp politique : « Je veux être utile pour l’unité du centre et de la droite », nous a-t-il confiés, voyant cette reconstruction comme nécessaire pour éviter une confrontation limitée entre « l’extrême droite et l’extrême gauche ».

Dix ans après le Brexit, Michel Barnier refuse de regarder uniquement vers le passé. « Nous avons des regrets, mais pas de nostalgie. » Son message reste profondément européen : « C’est notre intérêt national d’être européen. »

Après avoir été l’homme chargé d’organiser la séparation entre Londres et Bruxelles, Michel Barnier revient aujourd’hui avec une autre conviction : le Brexit appartient à l’histoire, mais dans un monde plus instable, Britanniques et Européens devront continuer à écrire leur avenir ensemble.

Auteur/Autrice

  • Alexander Seale

    Alexander Seale est franco-britannique. Né et habitant au Royaume-Uni, il est correspondant pour lesfrancais.press, LCI (France) et LN24 (Belgique) à Londres.

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