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Le diplôme, de moins en moins un sésame ?

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Le diplôme, de moins en moins un sésame ?

Durant des décennies, le diplôme a constitué l’un des principaux passeports vers l’emploi et la promotion sociale. Dans une France marquée par l’idéal méritocratique, l’accès à l’enseignement supérieur était perçu comme la garantie d’une meilleure insertion professionnelle et d’un niveau de vie plus élevé. Le baccalauréat et l’accession à l’enseignement supérieur étaient les gages d’une réussite personnelle et professionnelle. Cette certitude est aujourd’hui de plus en plus contestée.

Des diplômes trop facilement accessibles ?

La massification de l’enseignement supérieur a profondément modifié la valeur relative des diplômes. En quarante ans, la proportion d’une génération accédant au baccalauréat est passée de moins de 30 % à plus de 80 %, tandis que le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur a plus que doublé. Cette démocratisation a permis à davantage de jeunes d’accéder aux études longues mais elle a également entraîné un phénomène d’inflation scolaire. Des diplômes autrefois rares sont devenus courants et leur pouvoir de distinction s’est affaibli.  Parallèlement, les entreprises accordent une importance croissante aux compétences opérationnelles, à l’expérience professionnelle et aux qualités comportementales. Dans de nombreux secteurs liés au numérique, à l’informatique ou à l’entrepreneuriat, les parcours atypiques se multiplient. L’essor de l’intelligence artificielle renforce cette tendance en facilitant l’accès à la connaissance et en remettant en cause certains savoirs académiques traditionnels.

L’IA remodèle l’emploi pour les jeunes, que ce soit pour les avocats ou les auditeurs dans les cabinets de conseil. Des métiers manuels autrefois déconsidérés offrent aujourd’hui des perspectives de revenus bien plus importantes que ceux relevant des cols blancs. Les plombiers, les boulangers, les pâtissiers ou les bouchers peuvent gagner des sommes bien plus importantes que des cadres au sein d’une entreprise. Ces dernières années, le peu d’engouement pour le travail manuel donne un avantage à ceux et celles qui ont choisi cette filière. Sur ce sujet sensible, l’INSEE a publié, en juin 2026, une étude qui apporte un éclairage nuancé. Elle rappelle que le diplôme conserve une valeur économique et sociale réelle, mais que celle-ci varie fortement selon le niveau de formation considéré. Plus encore que l’accès à l’emploi lui-même, c’est désormais la qualité de l’emploi obtenu qui semble constituer le principal dividende de la réussite scolaire. Le parcours professionnel, la prise de risque et les capacités à créer sont des facteurs plus importants que dans le passé.

Le niveau de diplômes des plus de 15 ans, sortis de scolarisation en France
Le niveau de diplômes des plus de 15 ans, sortis de scolarisation en France © INSEE

2 jeunes sur 3 en formation post-baccalauréat

Pour son enquête, l’INSEE a suivi une génération entière, celle des jeunes entrés en classe de sixième en 2007 et qui, seize ans plus tard, ont pour l’essentiel entre 26 et 27 ans. Parmi eux, 91 % ont quitté la formation initiale en 2023.

Le parcours éducatif de cette génération témoigne de la poursuite continue de la massification de l’enseignement supérieur. Deux jeunes sur trois ont accédé à une formation post-baccalauréat. Les masters représentent à eux seuls près d’un quart des parcours, tandis que les licences, les écoles d’ingénieurs ou de commerce et les formations de niveau bac+2 concentrent également une part importante des effectifs. Cette montée en qualification s’accompagne d’un taux de réussite élevé. Parmi les jeunes ayant atteint l’année terminale du plus haut diplôme qu’ils ont tenté d’obtenir, 81 % ont effectivement décroché leur diplôme. Les taux de réussite dépassent même 90 % dans les écoles d’ingénieurs, les écoles de commerce et les formations de master. À l’inverse, les formations du secondaire affichent des taux plus modestes, compris entre 67 % pour les CAP et 76 % pour les baccalauréats professionnels. Ces écarts traduisent en partie les mécanismes de sélection qui interviennent tout au long du parcours scolaire. Plus on progresse dans le système éducatif, plus les étudiants ont déjà franchi de nombreuses étapes de validation.

À première vue, le diplôme apparaît comme une garantie d’insertion professionnelle. À l’âge de 26 ou 27 ans, 88 % des jeunes ayant obtenu leur plus haut diplôme sont en emploi. Ce taux atteint 92 % pour les diplômés des grandes écoles et 90 % pour les titulaires d’un master. Même les titulaires d’un baccalauréat professionnel affichent un taux d’emploi remarquable de 87 %. À l’autre extrémité de l’échelle, les jeunes qui se sont arrêtés après un baccalauréat général ou technologique sans poursuivre leurs études ne sont que 77 % à occuper un emploi.

L’accès à l’emploi pas amélioré

L’analyse détaillée des données conduit à relativiser l’effet direct du diplôme sur l’accès à l’emploi. En neutralisant les différences liées à l’origine sociale, au sexe, aux résultats scolaires antérieurs ou aux difficultés personnelles rencontrées, l’obtention du diplôme n’améliore que modérément la probabilité d’être en emploi. En moyenne, le gain n’est que de deux points. Pour plusieurs diplômes, notamment les licences, les formations de niveau bac+2 ou les baccalauréats généraux, l’effet statistique devient même insignifiant. Le diplôme n’apparaît donc pas toujours comme la cause principale de l’insertion professionnelle. Il est souvent le révélateur d’autres caractéristiques favorables accumulées au cours du parcours scolaire.

Deux exceptions se distinguent néanmoins nettement. La première concerne les diplômés des écoles d’ingénieurs et de commerce. Pour eux, l’obtention du diplôme accroît de six points la probabilité d’être en emploi par rapport à ceux qui ont échoué lors de la dernière année. La seconde concerne les titulaires d’un baccalauréat professionnel, pour lesquels l’écart atteint neuf points. Dans ces deux cas, le diplôme joue un rôle de signal particulièrement puissant auprès des employeurs.

Le constat est similaire en matière salariale. Les jeunes diplômés gagnent en moyenne 2 020 euros nets par mois, contre 1 820 euros pour ceux qui n’ont pas obtenu le diplôme qu’ils préparaient. L’écart brut semble conséquent. En prenant en compte les différences de profil, le supplément de rémunération directement associé au diplôme n’est plus que de 3 %. Pour les diplômés du supérieur, il se situe autour de 4 %, tandis qu’il atteint 6 % pour les titulaires d’un baccalauréat professionnel. Les écarts de revenus restent néanmoins importants selon le niveau de formation atteint. Les diplômés des écoles d’ingénieurs et de commerce perçoivent en moyenne 2 610 euros nets mensuels à 26 ou 27 ans. Les titulaires d’un master gagnent 2 240 euros. Les diplômés de niveau bac+2 se situent autour de 1 820 euros, tandis que les titulaires d’un CAP ou d’un baccalauréat professionnel perçoivent environ 1 700 euros nets par mois. Ces différences illustrent la forte hiérarchisation des rémunérations selon le niveau de qualification dans l’économie française.

Quel avenir avec un diplôme ?

Parmi les jeunes diplômés, 61 % occupent un poste de cadre ou une profession intermédiaire, contre seulement 39 % parmi ceux qui ont échoué ou abandonné lors de leur dernière année d’études. Après correction des différences de profils, l’écart demeure de douze points, ce qui constitue un effet particulièrement important. Pour les jeunes ayant tenté un diplôme de niveau bac+2, la réussite augmente de vingt points la probabilité d’accéder à un emploi de cadre ou de profession intermédiaire. Pour les titulaires d’une licence, le gain atteint dix-sept points. Quant aux diplômés de master, ils disposent d’une probabilité supérieure de quinze points d’occuper un poste de cadre par rapport à ceux qui n’ont pas validé leur diplôme.

Image d'illustration, recherche d'emploi
Image d’illustration, recherche d’emploi

Le diplôme n’est pas mort mais il n’est plus le passeport exclusif de la réussite. Avec l’IA, les besoins en services domestiques et le vieillissement, une nouvelle carte des emplois s’installe. Les routes du succès risquent d’être différentes de celles du passé. Le diplôme qui a été sacralisé en France perd sa toute-puissance tout en restant un important levier de réussite.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d’être notre spécialiste économie.

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