Retraite, coût de la vie, éducation, perception de la France… La 4ème édition du Baromètre Français du Monde – ADFE, menée auprès de plus de 25 000 expatriés dans 162 pays, dresse un portrait nuancé d’une communauté française installée durablement à l’étranger. Pour Lesfrancais.press, Stéphane Arnoux, le délégué général de l’association, analyse les résultats, entre inquiétudes, attentes et regard critique sur la France, mais pas uniquement.
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Une enquête record pour comprendre les Français de l’étranger
Avec près de 3 millions de Français vivant hors de France, les enjeux liés à l’expatriation n’ont jamais été aussi structurants. La 4ème édition du Baromètre Français du Monde – ADFE confirme cette tendance, avec une participation importante. Comme le souligne Stéphane Arnoux, « on a eu la chance d’avoir près de 25 000 Françaises et Français qui ont pris part à cette enquête. Pour nous, c’est un record ». Un signal fort, qui témoigne d’un besoin d’expression et de reconnaissance.
« Depuis 2019, la retraite arrive systématiquement en tête des préoccupations. »
Stéphane Arnoux, délégué général Français du monde – ADFE
Depuis 2019, cette enquête biennale s’impose comme un outil majeur pour comprendre les attentes de nos compatriotes établis hors de France. Pour le délégué général, il s’agit même d’un acte citoyen : « pour nous, c’est presque un geste démocratique de leur part ». Le profil des répondants révèle une transformation profonde de l’expatriation. Loin des séjours temporaires, les Français installés à l’étranger s’ancrent durablement : près de 60 % des répondants vivent hors de France depuis une décennie et 40 % possèdent une double nationalité.
Retraite : une inquiétude persistante et structurelle
Sans surprise, la retraite reste la première préoccupation des Français de l’étranger, comme lors des précédentes éditions. « Depuis 2019, la retraite arrive systématiquement en tête des préoccupations », rappelle Stéphane Arnoux. Mais derrière cette constance, ce n’est pas tant l’âge ou le montant des pensions qui inquiètent que la complexité des parcours.
Les Français de l’étranger ont souvent travaillé dans plusieurs pays, sous différents régimes. La grande difficulté est alors de comprendre leurs droits. « Peut-être que ce qu’ils attendent aujourd’hui, c’est d’avoir une réponse claire, un organisme vers lequel ils peuvent se tourner », explique-t-il. Le CLEISS, le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale, permet déjà d’accéder à des ressources, mais elles pourraient être complétées par d’autres acteurs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 41 % des Français ayant engagé des démarches ont rencontré des obstacles. Le manque d’information arrive donc en tête, suivi par la complexité des conventions bilatérales et les délais de traitement.
Coût de la vie : une préoccupation en forte hausse chez les expatriés
Autre enseignement majeur du 4ème baromètre 2026 de Français du Monde – ADFE, la progression spectaculaire du coût de la vie parmi les inquiétudes. En quelques années, cette préoccupation a plus que doublé. « En 2019, on était sur une préoccupation mentionnée à 12 %. Aujourd’hui, elle est dans le trio de tête, à 30 % », détaille Stéphane Arnoux.
« Pour beaucoup, l’école, c’est plus qu’un lieu d’enseignement. C’est aussi le principal lien structurant avec la France. »
Stéphane Arnoux, délégué général Français du monde – ADFE
Cette évolution bat en brèche certains clichés sur les expatriés. Loin d’une communauté homogène et aisée, les Français de l’étranger font face à des réalités économiques diverses. Inflation, logement, santé, emploi : autant de facteurs qui alimentent cette inquiétude. Le contexte international instable renforce également cette pression, notamment pour ceux dont l’emploi dépend directement de la conjoncture économique.
Enseignement français à l’étranger : un pilier fragilisé par le coût et le manque d’information
La question de l’éducation apparaît également centrale dans cette édition 2026. Pour de nombreuses familles, l’école française à l’étranger joue un rôle clé. « Pour beaucoup, l’école, c’est plus qu’un lieu d’enseignement. C’est aussi le principal lien structurant avec la France », souligne Stéphane Arnoux.
Elle permet de transmettre la langue, de maintenir une continuité éducative et de préparer un éventuel retour en France. Pourtant, le baromètre met en lumière un paradoxe préoccupant. D’un côté, l’importance accordée à l’éducation est forte. De l’autre, la méconnaissance du réseau éducatif est massive : 44 % des répondants ne connaissent pas les principaux acteurs comme l’AEFE, la Mission laïque française ou le CNED.
Plus inquiétant encore, lorsqu’ils sont identifiés, ces dispositifs sont jugés difficilement accessibles : « 71 % des répondants jugent ces établissements comme peu accessibles voire inaccessibles ». Un message envoyé envers celle et ceux en charge de la réforme de l’enseignement français à l’étranger.
Une image plus critique envers la France, vraiment ?
Le baromètre 2026 révèle également une dégradation de la perception de la France chez nos compatriotes vivant à l’étranger. Près de 45 % des répondants de notre diaspora déclarent en avoir une image négative. Pour autant, Stéphane Arnoux invite à nuancer : « s’arrêter sur ce constat, ce serait vraiment une erreur ». Derrière ces chiffres se cache une réalité plus complexe.
« Ce qui est questionné, ce n’est pas tant ce que la France représente, mais plutôt la manière dont elle fonctionne »
Stéphane Arnoux, délégué général Français du monde – ADFE
Les Français de l’étranger restent profondément attachés à la culture française, à la langue et au rayonnement du pays. Ce qui est critiqué, c’est davantage le fonctionnement que l’identité. « Ce qui est questionné, ce n’est pas tant ce que la France représente, mais plutôt la manière dont elle fonctionne », analyse notre invité.
Une communauté française à l’étranger exigeante, loin des clichés
Enfin, la 4ème édition du baromètre Français du Monde – ADFE 2026 dessine le portrait d’une communauté dynamique et engagée. Contrairement à certaines idées reçues, les Français de l’étranger ne sont ni désengagés ni désintéressés. « Il n’y a pas une critique acerbe gratuite, il y a une exigence », insiste Stéphane Arnoux.
D’ailleurs, les jeunes expatriés affichent une perception plus positive de la France, tout comme ceux qui n’y ont jamais vécu. En conclusion, le délégué général résume ainsi l’état d’esprit de cette communauté : « les Français, ce n’est pas un peuple malheureux, c’est un peuple exigeant ».
Avec cette quatrième édition, le Baromètre Français du Monde – ADFE confirme son rôle essentiel dans le débat public en 2026. Il met en lumière des attentes concrètes des Français de l’étranger, comme celles de la simplification des démarches, d’une meilleure information, de l’accessibilité aux services, du soutien à l’éducation,…Autant de signaux que les décideurs publics ne peuvent ignorer, alors que la population française à l’étranger continue de croître et de se transformer. Cette étude montre aussi que nos compatriotes établis en dehors des frontières nationales restent profondément liés à leur pays, mais attendent désormais des réponses à la hauteur de leur réalité.











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