Lesfrançais.press s’était déjà intéressé aux conséquences du Brexit sur les voyages avec des animaux de compagnie entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Depuis le 22 avril 2026, une nouvelle évolution réglementaire vient compliquer davantage les déplacements des Français installés outre-Manche et des familles franco-britanniques. Désormais, les résidents britanniques ne peuvent plus utiliser un passeport européen pour animaux afin d’entrer dans l’Union européenne. Explications !
Une “faille” post-Brexit désormais refermée
Pour voyager avec un chien, un chat ou un furet vers la France, les expatriés doivent désormais obtenir un Animal Health Certificate (AHC), un certificat sanitaire délivré par un vétérinaire officiel britannique avant chaque voyage. Une mesure technique en apparence, mais qui touche directement des milliers de voyageurs habitués aux allers-retours réguliers entre la France et le Royaume-Uni. En effet, lorsque le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne en 2021, il a également quitté le système européen des passeports pour animaux de compagnie.
En théorie, les résidents britanniques devaient déjà utiliser un certificat sanitaire pour voyager avec leurs animaux vers l’Union européenne. Mais dans les faits, de nombreux propriétaires avaient trouvé une solution alternative : faire établir un passeport européen pour leur animal lors d’un séjour en France, en Belgique, en Espagne ou dans un autre pays membre. Une fois obtenu, ce document permettait ensuite de voyager relativement librement entre le Royaume-Uni et l’UE sans devoir refaire des démarches avant chaque déplacement.
Cette pratique était devenue particulièrement courante parmi :
- les couples franco-britanniques ;
- les retraités britanniques vivant une partie de l’année en France ;
- les expatriés français installés au Royaume-Uni ;
- les propriétaires de résidences secondaires.
Plusieurs médias britanniques ont récemment rapporté que certains vétérinaires européens proposaient spécifiquement des passeports pour animaux à des résidents britanniques depuis le Brexit. Mais Bruxelles a décidé de mettre fin à cette possibilité. Selon les nouvelles règles européennes, les passeports pour animaux de compagnie ne peuvent désormais être utilisés que par des personnes ayant leur résidence habituelle dans l’Union européenne. Les documents détenus par des résidents britanniques ne sont donc plus considérés comme valides pour entrer dans l’UE.

« On estime que la communauté française dépasse les 300 000 personnes au Royaume-Uni. À cela s’ajoutent les binationaux franco-britanniques et les familles dont l’un des conjoints est installé en France. Combien possèdent un animal de compagnie ? Nul ne le sait avec précision, mais la mesure touche donc des dizaines de milliers de foyers », explique Vincent Caure, député Renaissance de la 3ème circonscription des Français établis hors de France, qui couvre notamment le Royaume-Uni et l’Europe du Nord. « Ce sont des familles dont l’animal fait partie du quotidien, et qui découvrent qu’il faut désormais le faire “certifier” à chaque trajet », ajoute t-il.
Ce qui change pour les voyageurs et leur animal
Pour voyager depuis l’Angleterre, l’Écosse ou le Pays de Galles vers la France avec un animal, plusieurs conditions restent obligatoires :
- L’animal doit être identifié par puce électronique ;
- Il doit être vacciné contre la rage ;
- La vaccination doit être à jour ;
- Un Animal Health Certificate doit être délivré par un vétérinaire officiel dans les dix jours précédant le départ.
Le certificat permet ensuite :
- Une entrée dans l’Union européenne ;
- Une circulation pendant plusieurs mois au sein de l’UE ;
- Le retour au Royaume-Uni.
Mais un nouveau certificat doit être demandé pour chaque nouveau départ depuis la Grande-Bretagne. Autrement dit : pour les familles qui effectuent plusieurs allers-retours par an entre Londres et Paris, ou entre le Kent et le nord de la France, les démarches deviennent répétitives et coûteuses.
Une hausse importante des coûts
Le principal sujet d’inquiétude reste ainsi le prix de cette nouvelle procédure. Un Animal Health Certificate coûte généralement entre 100 et 250 livres sterling, parfois davantage selon les délais ou le nombre d’animaux concernés. Le site spécialisé VisaHQ évoque de son côté une augmentation des coûts de voyage avec animaux pouvant atteindre 60 % depuis la disparition de cette solution basée sur les passeports européens. À l’inverse, un passeport européen pouvait être utilisé pendant plusieurs années tant que les vaccinations restaient valides. Pour certaines familles binationales qui traversent régulièrement la Manche, la facture annuelle pourrait donc atteindre plusieurs centaines de livres.
Installée à Londres depuis seize ans, Laura voyage régulièrement en France avec son chien de sept ans pour rendre visite à sa famille. « Avant, on devait déjà faire un certificat sanitaire pour chaque voyage et cela nous coûtait environ 90 livres à chaque fois. Pour éviter ça, je lui avais fait faire un passeport français il y a cinq ou six ans », explique-t-elle. Mais depuis le changement de règles intervenu en avril, cette solution n’est plus valable. « Je me retrouve dans la même situation qu’avant. Comme je voyage beaucoup vers la France, c’est devenu un vrai casse-tête. »
La Franco-Britannique explique notamment que les nouvelles démarches compliquent fortement les départs de dernière minute. « Il faut anticiper le certificat plusieurs semaines à l’avance. En cas d’urgence familiale, on ne peut pratiquement plus partir avec le chien. » Elle raconte avoir récemment dû renoncer à emmener son animal pendant les vacances scolaires faute d’avoir obtenu les documents à temps. « Pour les vacances de printemps, c’était trop juste. On n’avait pas fait la demande dans les délais. »
Vincent Caure affirme avoir déjà été alerté par plusieurs familles confrontées à ces nouvelles contraintes. « Plusieurs familles m’ont déjà alerté sur le coût et le délai d’obtention du certificat. Un AHC se facture entre 200 et 250 livres par animal et par voyage. On voit que la facture peut très vite grimper sur l’année à plus de 1 000 livres, uniquement en frais vétérinaires », souligne le député. « À cela s’ajoute la difficulté d’obtenir un rendez-vous. Tout cela pèse très lourd, en particulier sur les plus modestes. »
La British Veterinary Association (BVA) souligne également une charge administrative croissante pour les vétérinaires britanniques, les certificats sanitaires étant beaucoup plus longs et complexes à établir que les anciens passeports européens.
Une application encore confuse
Sur le terrain, plusieurs voyageurs évoquent encore une certaine confusion autour de l’application concrète des nouvelles règles.
Certains propriétaires d’animaux affirment sur les réseaux sociaux avoir récemment traversé la frontière avec leurs anciens passeports européens sans difficulté particulière, tandis que d’autres compagnies transmanche ont commencé à durcir les contrôles documentaires. Le Shuttle, anciennement Eurotunnel, précise désormais sur son site internet que les résidents britanniques doivent voyager avec un Animal Health Certificate et non plus avec un passeport européen pour animaux.
« Il faut anticiper le certificat plusieurs semaines à l’avance. En cas d’urgence familiale, on ne peut pratiquement plus partir avec le chien. »
Laura, franco britannique installée à Londres
Le gouvernement britannique lui-même utilise une formulation prudente, indiquant que les anciens passeports européens “may no longer be valid” pour entrer dans l’Union européenne. Vincent Caure recommande désormais aux voyageurs concernés de ne prendre aucun risque. « Depuis le 22 avril 2026, le passeport européen détenu par un résident du Royaume-Uni n’est plus valable pour entrer dans l’Union européenne, quelle que soit sa date de délivrance », insiste-t-il.
Et il partage ainsi : « Mon conseil : ne pas attendre la veille du départ. Prendre rendez-vous au moins dix à quinze jours avant le voyage. Bonne nouvelle toutefois : depuis le 22 avril, ce certificat est valable six mois une fois entré dans l’UE, contre quatre mois auparavant. »
Pas de changement pour les résidents européens
Pour les résidents de l’Union européenne voyageant vers le Royaume-Uni avec leur animal, les règles restent pour l’instant inchangées.
Le passeport européen demeure valable, à condition que :
- l’animal soit identifié par puce électronique ;
- le vaccin contre la rage soit à jour.
Les autorités britanniques rappellent toutefois que les contrôles peuvent varier selon les transporteurs et recommandent aux voyageurs de vérifier les formalités avant chaque départ.
Une nouvelle conséquence concrète du Brexit
Au-delà des démarches vétérinaires, cette réforme est perçue par beaucoup comme une nouvelle illustration des complications administratives nées du Brexit.
« Le Royaume-Uni et l’Union européenne ont engagé, depuis le 19 mai 2025, des négociations pour un nouvel accord sanitaire. Cet accord, qui doit entrer en vigueur à mi-2027, prévoit un alignement des règles sur la santé animale»
Vincent Caure, député des Français de l’étranger – 3ème circonscription
Depuis 2021, les voyageurs entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ont déjà dû s’adapter à de nouvelles contraintes : contrôles douaniers renforcés, limitations de séjour, visas pour certaines professions ou encore difficultés de reconnaissance administrative. Pour les expatriés français installés au Royaume-Uni, les animaux de compagnie viennent désormais s’ajouter à cette longue liste de complications du quotidien.
Vincent Caure estime toutefois qu’une simplification reste possible dans le cadre du rapprochement actuellement engagé entre Londres et Bruxelles. « Le Royaume-Uni et l’Union européenne ont engagé, depuis le 19 mai 2025, des négociations pour un nouvel accord sanitaire. Cet accord, qui doit entrer en vigueur à mi-2027, prévoit un alignement des règles sur la santé animale », explique le député.
« Le voyage d’un chien de famille entre Londres et Paris ne devrait pas relever des mêmes contraintes que l’exportation commerciale de bétail. Je porte cette demande de bon sens pour nos concitoyens. C’est une attente concrète. » Le député indique également qu’il compte saisir prochainement le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot afin que cette question soit explicitement intégrée aux discussions du « reset » entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.
En attendant, les voyageurs concernés sont invités à anticiper leurs démarches plusieurs jours avant leur départ. Car désormais, voyager avec son animal entre le Royaume-Uni et la France ne s’improvise plus.
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Alexander Seale est franco-britannique. Né et habitant au Royaume-Uni, il est correspondant pour lesfrancais.press, LCI (France) et LN24 (Belgique) à Londres.






















