Vacciner le monde

Vacciner le monde

Une prouesse technologique : En un an, plus de six vaccins sont déjà à l’œuvre, 172 sont en cours de développement. Déjà, les querelles s’animent. Lesquels sont les plus efficaces ? Sont-ils dangereux ?  A-t-on le droit de les rendre obligatoire ? Y aura-t-il un passeport vaccinal ? Quels sont les pays champions de la vaccination ?

Il est difficile d’évaluer les systèmes de santé ou les réponses publiques en fonction du nombre de victimes. D’une part parce qu’il peut y avoir de nouvelles vagues, qui touchent des pays plus ou moins épargnés jusqu’alors. Ainsi, les pays d’Europe centrale et les Balkans avaient été peu touchés par la première vague. Aujourd’hui, la République tchèque dépasse les 2000 morts pour 100.000 habitants, un record mondial, pire que la Belgique. Slovénie, Hongrie, Monténégro, Bosnie, Macédoine sont parmi les pays les plus touchés du monde par rapport à la population.

Une troisième vague pourrait changer le classement des pays les plus meurtris

Une troisième vague, un nouveau variant, pourrait changer le classement des pays les plus meurtris. De même, les politiques de confinement, couvre-feu et autres n’ont pas forcément démontré leur pertinence : L’Argentine, qui a le record pour la durée de confinement, n’a pas vraiment de meilleur résultat que le Brésil par rapport à la population. La France ne fait pas mieux que la Suède. Les Pays-Bas, bien plus libéraux que la Belgique voisine, sont moins touchés. Et la Grèce fait mieux que l’Allemagne, bon élève vue comme un modèle. 

Il faut avouer avec humilité que l’on ne comprend pas vraiment cette maladie et que la pandémie n’est pas finie. Les médecins commencent à peine à entrevoir des traitements efficaces, n’utilisant désormais l’intubation qu’en extrême nécessité. Déjà les chercheurs essaient de lier d’autres critères que l’âge à la létalité, comme les groupes sanguins, ou de façon plus classique, l’obésité. 40% des victimes auraient été en surpoids, ce qui expliquerait l’hécatombe aux Etats-Unis et au Mexique. La carte de la contamination n’est donc pas la bonne pour juger des systèmes de santé, ni même celle des décés.

La carte des vaccinations permet de juger l’efficacité des politiques publiques 

Si les chiffres de la contamination, ou du nombre de morts ne permettent pas de tirer de conclusions, ceux du nombre de personnes vaccinées traduit bien la capacité des systèmes de soins.

En l’absence de traitement fiable et efficace, le vaccin apparait comme la seule possibilité de retrouver une vie normale. Plus vite la population sera vaccinée, plus vite les mesures restrictives (couvre feu, confinement, fermetures des frontières, etc…) seront levées. Et plus vite l’économie pourra repartir. On estime que chaque dollar investi dans la vaccination de permet d’en retrouver quatre. 

Les pays qui ont une bonne stratégie vaccinale verront leur économie repartir plus vite. Comme la campagne de vaccination est rapide aux Etats-Unis, les observateurs anticipent la reprise : le dollar remonte, le pétrole aussi. 

C’est moins vrai pour l’Europe. Les Européens auraient tout faux. Ils  se divisent pour se fournir en vaccins. La Russie promet ses vaccins à qui veut, la Chine traite avec une quarantaine de pays. Pourtant, quand on compare les chiffres de vaccination, la réalité est très différente.

Israël, Emirats, Royaume-Uni 

Israël caracole en tête de tous les pays. Un remarquable succès : avec plus de 93 doses pour 100 habitants, 55% de la population aurait déjà été vaccinée (il faut deux doses). Le risque de contamination aurait diminué de 95%. Un modèle. 

Les Emirats Arabes Unis sont sur la même voie avec 62 doses administrées pour 100 habitants, devant le Royaume-Uni, 33, puis les Etats-Unis 25.  Ces deux pays, dont la gestion a été sévèrement critiquée, et qui connaissent de nombreuses victimes, ont donc réagi fortement pour les campagnes de vaccination. 

Le Chili, en Amérique latine, se distingue avec 22 doses pour 100 habitants, tout comme le Maroc, qui, avec 10 doses, premier en Afrique, vaccine mieux que l’Union européenne, dont la moyenne n’est qu’à 8. 

Dans l’UE, le Danemark et la Pologne sont en tête, avec plus de 10 doses pour 100 habitants, l’Espagne à 9.5, l’Italie et l’Allemagne à 8.5. La France à 7.6, essaie de rattraper son retard initial.

Russie, Chine et Inde à la traîne 

La moyenne mondiale est à 3.6 doses pour 100 habitants. La Chine est à 3.65 ; la Russie à 4.1,l’Inde n’est qu’à 1.3. 

C’est pourquoi il est curieux d’entendre Russes et Chinois promettre leurs vaccins au monde entier, alors qu’ils semblent en manquer. Serait-ce qu’ils les réservent à l’exportation plutôt qu’à leur population? 

Sans doute le danger n’est-il pas perçu de la même façon en Chine et en Russie, soit parce que l’on considère la pandémie comme maitrisée, soit parce que l’on n’y accorde peu d’importance. En tout cas, il est difficile de faire croire que les campagnes de vaccination sont mieux organisées en Russie et en Chine qu’en Europe. 

Les épidémiologistes estiment qu’il faut que 30% de la population soit vaccinée pour qu’on en ressente les effets sur les courbes de contamination. L’immunité « collective » ne serait atteinte qu’avec 90%. A condition que les mutations du virus ne déjouent pas la stratégie vaccinale, puisque sur cette maladie, les inconnues sont plus nombreuses que les certitudes.

La dernière étape, le passeport santé

L’efficacité est évaluée selon les vaccins entre 90% et 94.5%, plus que la grippe (de 20 à 60%), moins que la rougeole : 97%. Mais on ne sait pas encore combien de temps les vaccinés sont protégés, ni s’ils empêchent toute contamination.

Après la lutte pour les masques, la course au vaccin, les campagnes de vaccination, l’étape suivante sera celle du passeport-santé. A vrai dire, il sera difficile de l’éviter. Dans 50% des pays démocratiques les libertés fondamentales ont été gravement suspendues, de façon disproportionnée selon l’IDEA, l’Institut pour la Démocratie de Stokholm. Il y a donc peu de chance qu’une Cour suprême interdise à un gouvernement d’exiger une vaccination pour le personnel médical (ce qui est déjà le cas pour l’hépatite B), voire pour tous les citoyens (comme c’est le cas pour le DTpolio). 

Les gouvernements attendent simplement que chacun ait la possibilité de se faire vacciner. S’il apparait que les vaccins sont efficaces face aux variants, le passeport vaccinal sera adopté avant l’été. 

Est-ce que c’en sera fini de la coronacrise ? Sans doute pas. A la pandémie s’est ajoutée une crise économique et une catastrophe sanitaire dont on mesure mal les effets : Troubles psychologiques graves et dépressions font des ravages, pas seulement chez les personnes âgées ou les jeunes. La hausse des violences conjugales est impressionnante, le « baby crash » (chute brutale de la natalité) stupéfiant.    

Contre cette catastrophe sanitaire et sociale, il n’y a pas de vaccin. Il y a la capacité, pour les pays comme pour les personnes, à affronter les crises. A chaque chute son rebond. Plus encore : sans rebond la chute continue. Ce ne sont pas les plus forts qui rebondissent le mieux, mais les plus agiles, les plus souples, les plus rapides. 

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire